Tache d’encre

 

tache d'encre

 

 

Cet échange verbal avait fait tache d’encre, et à présent l’ensemble du personnel en charge de mes soins participait à la conversation, car le malade que j’étais s’était un peu délesté d’une charge émotionnelle exacerbée par les évènements du moment. Beaucoup d’humanité se dégageait des conversations, et je savais que d’ores et déjà, mes rapports avec infirmières et aides-soignantes seraient beaucoup plus riches de tendresse et de compassion durant le reste de mon séjour.

La prochaine visite, était celle que j’espérais le plus, en attendant que la porte s’ouvre sur des visages familiers, il fallait patienter. J’étais incapable de m’occuper l’esprit, encore moins de pratiquer une quelconque activité, heureusement les drogues tuaient dans l’œuf le sentiment d’ennui qu’aurait pu provoquer l’inertie dans laquelle j’étais plongé.

J’avais tendance à toussoter par intermittence, et je rejetais quelques glaires à chaque fois. Je ne m’en inquiétais pas plus que ça. Je ne m’étonnais pas non plus de la présence régulière d’un kinésithérapeute, qui me faisait faire des exercices de respiration, en m’appuyant fortement sur la cage thoracique en même temps qu’il me donnait le signal d’expirer.  Sa présence bien au contraire était une distraction, qui rompait ma solitude, et le silence parfois pesant des lieux. 

Cette fois, la totalité de ma famille avait fait le déplacement. En deux équipes, chacune à leur tour, elles étaient venues à mon chevet. Comme sa mère, et le reste de la fratrie, mon fils cadet qui n’était donc pas venu la veille,  ne montra rien des ses émotions,  lorsqu’il me découvrit branché ‘’des pieds à la tête’’. Je redoutais le moment de leur départ, car je savais qu’ensuite une fois les soins terminés, il faudrait amorcer une nouvelle soirée, puis une nouvelle nuit d’incertitude et de vive anxiété. Ce qui j’ignorais alors, c’était que l’équipe médicale avait cerné ma personnalité, et que depuis peu du Tranxène  injectable coulait dans mes veines.

Avant que l’équipe de nuit ne prenne le relais, j’eus une dernière visite, celle de mon urologue qui s’inquiéta de ma santé, tout en me promettant de faire ôter ma sonde gastrique le lendemain matin. Il me précisa ensuite qu’il serait absent quelques jours, mais que l’un de ses collègues suivrait l’évolution de mon état.  

Ce que je trouvais d’assez insupportable c’était la position allongée sur le dos, et lorsque je commençais à y penser trop fort, je devenais agité, malgré ‘’la potion magique maison’’ que l’on m’administrait à un rythme régulier. A ce moment là j’appelais régulièrement le personnel, pour qu’il me remonte dans mon lit, condition évidement exécrable pour espérer rapidement gagner le sommeil. Et puis il y avait cette sonde gastrique, que j’avais envie d’arracher tellement elle me causait de désagréments.

J’entamais donc ma troisième nuit peuplée parfois de chimères. Elles apparaissaient dans les courtes phases de somnolence que mes conditions de malade, et les interventions fréquentes du personnel, m’accordaient malgré tout.

En début de soirée, j’avais refusé que l’on me fasse une injection péridurale de morphine, car la douleur était tombée à presque zéro. Je commençais à le regretter amèrement. Mon regard se fixait sur le tableau suspendu au mur, sur la caméra de surveillance pointée dans ma direction, puis sur le téléviseur, et enfin sur la petite lumière qui éclairaient à la tête de mon lit, du bas vers le haut. Je devinais plus que je distinguais les choses, mais observer ‘’ce décor’’  m’occupait l’esprit. Pendant ce temps là, j’oubliais la souffrance, et la tension baissait d’un cran. Difficile de penser à des choses positives quand tous les éléments semblent contre vous, je bataillais ferme pour que mon mental ne suivent pas une courbe descendante.

La nuit le personnel n’était pas moins aimable que le jour. Il restait à l’écoute des malades, mais évidement, ce n’était pas l’heure d’entretenir des conversations, comme je pouvais en avoir dans la journée, aussi nous échangions des petites phrases chuchotées, pour respecter le droit au silence des autres patients. Il n’empêche que l’infirmière de garde ou les aides soignantes, avaient la vertu de trouver les gestes et les mots capables de m’apaiser l’espace d’un moment.

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