Repas de noce

repas de noces 2

Nous approchions à grand pas de mon second week-end en clinique, et mon destin restait toujours lié à celui du personnel des soins intensifs. Une aide soignante quittant le service pour plusieurs jours me confia gentiment que personnellement, je faisais désormais partie de la liste de ses quelques malades qu’elle n’oublierait pas aussi facilement. Touché par ses paroles, j’avais extrêmement de mal à m’en remettre, et je n’avais de cesse d’essuyer les larmes qui coulaient à la commissure de mes yeux.

« Croyez vous que si j’étais soigné pour une simple grippe, nous aurions eu des échanges verbaux aussi sincères. Il y a des moments dans la vie, où l’homme doit montrer sa vraie nature, avec ses forces et ses faiblesses. »

Elle avait acquiescé par un hochement de tête, en marquant cette approbation par un léger sourire.

« Je vous souhaite du plus profond de mon cœur un prompt rétablissement. »

Mon interlocutrice quitta ma chambre, et je savais que probablement je ne la reverrais jamais.

Sans surrénale il fallait prévoir un traitement à vie, une endocrinologue madame L, était donc venue me rendre visite pour m’expliquer ce à quoi je devais m’attendre. On me jugeait fragile nerveusement, aussi à peine avais elle prit congé de moi, qu’un psychologue, le docteur W vint la remplacer. Le kinésithérapeute ne fut pas en reste car il arriva en plein milieu de la conversation, écourtant ce premier contact avec le docteur W.  

Le samedi fut un jour particulier, car en plus de reprendre de manière définitive, une alimentation dite normale, le service étendit l’autorisation de visite à l’épouse de mon fils aîné, ainsi qu’au petit ami de ma fille.

De toutes mes entraves, il ne me restait plus que mes électrodes qui me reliaient à mon moniteur cardiaque, et je supportais douloureusement le drain pleural qui pour l’heure était clampé en attendant que l’on veuille bien me le retirer. En dehors de ma piqûre anti-phlébite,  tous mes traitements médicaux  étaient à présent administrés par voix orale.    

Le temps accomplissait donc son œuvre, car les soins infirmiers devenaient de plus en plus rares, aussi n’étais je plus guère dérangé par le personnel de nuit. De plus avec une mobilité amplifiée, et des douleurs de moindre intensité, Morphée acceptait de m’accueillir plus durablement dans ses bras, qu’auparavant.

Je suis bien placé pour savoir que le bonheur absolu n’existe pas. La vie est faite toutefois de tas de petits moments de bien-être qui vous donnent l’envie d’avancer beaucoup plus sereinement vers l’avenir. Ce petit-déjeuner du dimanche matin avec son pain frais, son beurre, sa confiture, et son café au lait bien chaud, correspondait à l’un de ces instants là.  

Me rendre au cabinet de toilette était devenu techniquement possible, mais avec l’aide d’une tierce-personne. Recouvrer une semi-liberté avait un prix, car me débrouiller comme un grand pour me laver, puis refaire le chemin inverse afin de m’installer dans un fauteuil, grâce à cette même tierce-personne, épuisèrent littéralement mes forces. J’avais cependant la volonté de patienter assis jusqu’à l’heure de midi, prendre mon repas dans des conditions normales était un challenge que je ne voulais pas perdre. Ma position était pourtant bien inconfortable, mes cicatrices, mon drain, mon corps qui exprimait dès qu’il en avait l’occasion sa souffrance et son ras le bol, tout ceci était autant d’obstacles pour que j’abandonne la partie.

Ce dimanche était le jour fixé pour une grande réunion de famille à laquelle je n’assisterai pas. Chantal faisait partie des protagonistes qui avaient mis sur pied cette cousinade, j’ignorais donc si elle pourrait disposer d’assez de temps pour venir me voir. Le personnel médical qui m’entourait était au courant, nous en avions parlé à l’occasion d’une de nos nombreuses discussions.

« Repas de noce aujourd’hui monsieur Gautier, pour compenser votre absence à cette fête familiale. »

Le menu était sans doute le même pour tous les pensionnaires de la clinique, mais j’avais trouvé l’intention plutôt sympathique de la part du service de me remonter le moral de cette manière. Gambas, lapin accompagné de champignons et petite pommes de terre, fromage, et part de tarte  n’avaient pas compensé ma déception, mais mon estomac affichait complet,  lorsque les aides-soignantes arrivèrent pour me recoucher, comme je leur avais demandé. 

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