Le risque zéro n’existe pas

sablier

 

Il était bien au-delà de seize heures lorsque l’on cessa de me faire mariner. Le docteur M était d’accord pour effectuer l’intervention à condition de me faire passer une autre radiographie. Je devais d’ailleurs en être à ma seizième depuis le début de mes péripéties. Pourtant il était hors de question de me trimbaler de nouveau au rez-de-chaussée, personne s’avisa d’ailleurs de me l’imposer. On se contenta de l’appareil mobile et de la station  semi-assise pour me faire l’examen qui devait exaucer le souhait du médecin. Il ne restait plus qu’à attendre le résultat. La patience est une vertu certes, mais il ne faut pas pousser le bouchon trop loin, et je commençais sérieusement à me demander si on ne se fichait pas de moi.

Il y avait belle lurette que ma famille m’avait laissé à mes préoccupations. J’étais sur le point de recevoir mon plateau repas, lorsque l’infirmière de service et le pneumologue pénétrèrent dans la pièce en se plaçant à hauteur de mon lit. L’homme me salua puis prit la parole.

« Je viens de vérifier votre radio qui est bonne, mais j’ai un petit soucis. Il est presque dix neuf heures, et nous allons changer d’équipe. Retirer votre drain est un acte facile à réaliser, mais il n’y a aucune intervention anodine, le risque zéro n’existe pas. Comprenez bien que s’il devait vous arriver quelque chose cette nuit,  le personnel en place est beaucoup plus restreint que celui de la journée, aussi si cela ne vous dérange pas je préférerais attendre demain pour pratiquer l’extraction en toute sécurité. »

Que je préfère ou que je ne préfère pas, la décision était déjà prise. De toute façon il valait mieux pour moi entendre ces mots de la bouche du médecin, plutôt que de rester dans l’ignorance totale. Mon transfert précipité au service radiologie du matin n’avait servi à rien d’autre qu’à me fatiguer physiquement, et à mettre aussi et surtout mes nerfs à rude épreuve, mais je voulais bien pardonner au service qui avait voulu bien faire, victime d’un manque manifeste de coordination avec les médecins.

Il n’y avait plus aucun doute possible j’allais passer une autre nuit dans cette chambre de soins intensifs qui ne portait plus que le nom, car désormais l’infirmière de garde et le personnel attaché au service, me fichaient une paix royale, en espérant ainsi préserver mon sommeil.

Même si la situation s’était nettement améliorée, dormir longuement et profondément restait un exercice difficile, et comme en matière d’antalgique les médecins avaient largement levés le pied, ma lucidité retrouvée, je percevais la notion du temps qui du coup s’écoulaient beaucoup trop lentement. Mes oreilles étaient à l’écoute de la moindre indice qui me ferait espérer que nous approchions du petit matin, car je ne pouvais plus lire l’heure depuis qu’un de mes gestes mal assurés avait condamné mon réveil à être jeté la poubelle. 

Mardi 10 septembre, j’entamais ma troisième semaine d’hospitalisation, je ne pensais plus qu’à la promesse du pneumologue, ma délivrance était proche, aussi j’avalai mon petit déjeuner  avec une bonne humeur, que je n’hésitais pas à communiquer autour de moi.

Pourtant entre ma toilette au lavabo, et les quelques soins que me prodiguait encore l’infirmière, je dus recevoir la visite de la manipulatrice en radiologie venue prendre encore des clichés. Je ne savais pas vraiment s’il fallait mourir de rire, ou pleurer de rage, mais la situation devenait carrément ubuesque. Subir un ixième examen signifiait attendre une fois de plus les résultats, et ensuite espérer une décision heureuse du pneumologue.  

La bonne humeur du matin, avait laissé sa place à une profonde irritabilité. Pourtant il était hors de question de laisser transparaître mon état d’esprit, les gens qui me côtoyaient depuis le début de cette ‘’aventure’’, n’étaient pas responsables de cet état de fait, et les rapports exceptionnels que j’avais entretenus avec infirmières et aides-soignantes jusqu’à ce jour n’avaient pas à en souffrir.

Ce drain pleural s’accrochait à moi comme une sangsue, et les élancements douloureux qu’il provoquait ne me permettaient pas de rester assis trop longtemps. Il me fallait l’aide d’une tierce personne pour me coucher, car j’étais toujours branché au moniteur cardiaque, et donc emberlificoté dans ses fils. A présent je n’étais rien d’autre que tétanisé dans l’espoir profond que l’on vienne mettre fin à mon calvaire.

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