Le courant était bien passé

 

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Le courant était décidément bien passé avec la manipulatrice IRM, car se sentant responsable de moi, elle comprit en m’apercevant dans l’entrebâillement de la porte, que Chantal serait la bienvenue près de moi, plutôt que de nous laisser poiroter chacun de notre côté.

Maîtriser son calme n’était pas chose aisée, et mon anxiété se manifestait par des bouffées de chaleur, et par une accélération du rythme cardiaque dont je n’avais sûrement pas besoin.

La porte coulissante venait de s’ouvrir plus largement, et le professeur D apparut à nos yeux.

« Bon l’IRM montre que la cryoablation du moi de juin est en bonne voix de guérison, sinon en ce qui concerne le scanner j’ai été étonné d’apercevoir une tâche blanche au niveau du rein, comme une sorte d’hématome. »

Voilà qui confirmait ce que je redoutais, le CHD  n’avait pas été informé de ma surrénalectomie, nous étions là pour leur apprendre. Au final je voulais croire que ce scanner n’avait pas été complètement inutile, et je me refusais de me rendre malade pour des difficultés de communications entre les différents établissements hospitaliers, que je ne serais de toute façon jamais en mesure de comprendre.

« Vous prenez bien suffisamment de comprimés d’Hydrocortisone et de  Flucortac j’espère ? Vous savez que c’est primordial pour votre survie. Je vous le dis parce que je vous trouve une très mauvaise mine. » 

Chantal se chargea de lui donner une réponse, quant à moi je devinais aisément la raison pour laquelle j’étais si pâle, stress, manque de sommeil, fatigue post opératoire devaient très certainement contribuer à cet état de fait.

Pour l’heure la chape de plomb qui s’était abattu sur moi à la veille de ces examens s’était envolée, et je commençais progressivement à reprendre vie.

Les jours qui suivirent, je repris  mes marches en campagne mais avec peu d’enthousiasme, il fallait me forcer pour y trouver du plaisir, le choc post opératoire perdurait aussi bien dans mon mental, qu’à travers les différentes doléances de mon corps.

 

La fin de vie je la vois un petit peu comme la mer, comme quelque chose qui s’impose à vous majestueusement avec solennité, beaucoup de force et une très grande beauté. Dans ces moments qui peuvent être difficiles je pense la mort, comme j’ai vu la mer pour la première fois.

                                                                                              Pierre Mauroy

 

La mort de Bernard investigateur du forum d’échange entre malades traités au Néxavar et Sutent, sur lequel j’avais l’habitude de me connecter, m’avait asséné un coup supplémentaire sur la tête. L’homme était un leader dans la manière de faire face à la maladie, son optimisme son humour avaient eu sans aucun doute des répercussions positives sur ses lecteurs. Il est vrai que son site avait été lancé au moment où les nouveaux traitements appliqués aux patients atteints d’un cancer métastatique du rein offraient des espoirs énormes pour ces patients et leurs familles, mais qu’au fil du temps l’enthousiasme s’était effiloché avec l’annonce des décès successifs des personnes concernées pas ces traitements. A présent je ne trouvais plus dans la lecture des différents messages, matière à recharger mes batteries, pire le site semblait s’enfoncer lentement mais sûrement vers les abîmes d’un silence définitif.

Une semaine et un jour après avoir passer entre les mains du CHD, nous reprîmes la route, pour un entretien au CAC de l’espoir avec le docteur R.  

Il y avait trois mois que je n’avais pas franchi le seuil de cet établissement, et je n’y retrouvais pas l’accueil que je connaissais habituellement. Ce n’était pas le centre qui avait changé, mais c’était moi. Depuis cette date, mes relations avec l’oncologue, ainsi que ceux avec sa secrétaire, n’avaient été établies que par téléphone, éloignant d’autant sur quoi s’appuyait ma confiance envers eux deux, c’est-à-dire le contact direct.

Le docteur R avait reçu les différents rapports des médecins qui m’avaient côtoyé depuis notre dernière rencontre, mais l’oncologue n’était pas à ma place, et celui-ci ne mesurait en aucune façon le degré des ravages que cette nouvelle épreuve avait causés sur mon psychisme. Nos échanges verbaux me paraissaient de pure forme, et je n’y trouvais plus matière à me ressourcer.

Il envisageait de me laisser en paix jusqu’au mois d’avril. J’aurais dû être content, car j’avais grand besoin de m’aérer l’esprit, en m’écartant un temps des milieux médicaux, mais paradoxalement je ne l’étais pas. Le fait de ne pas subir de contrôle avant si longtemps me terrorisait, j’avais beaucoup de mal à faire confiance en son optimisme, et lorsque  nous quittâmes son bureau, ce fut bien à contrecœur que je me pliai à sa décision.

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