Maladie honteuse

maladie honteuse

J’étais justement en train de  rejoindre Chantal qui devait s’impatienter dans la salle d’attente, lorsque je croisai sur mon chemin le professeur D. Je n’eus pas besoin de me présenter, il me reconnu d’emblée. Il faut dire que l’élimination de ma tumeur par cryoablation, à l’endroit où elle était placée, n’était pas une intervention que le praticien  réalisait tous les jours.

« Vous allez passer un scanner ? »

« Absolument pas je m’en allais rejoindre ma femme dans la salle d’attente, pour m’approcher ensuite de votre service. »

« Ok je vais vérifier les images, et je vous appelle ensuite. »

Il rebroussa chemin, et comme il venait de m’en informer, il s’enferma dans son bureau pour dresser le bilan de l’IRM.

Mon arrivée dans la salle d’attente procura sans doute du soulagement à Chantal. L’ambulancière qui avait pris le relais de son collègue du matin, était arrivée, et lui tenait compagnie. Je les invitai à me suivre afin de nous asseoir où l’on m’avait dit de patienter. J’étais probablement blême, et mes mots ne sortaient que par saccade tant j’étais  à la limite de devenir fou.

J’avais à peine eu le temps de poser mon blouson, que le professeur D  posté dans l’entrée de son cabinet me fit signe d’approcher. Chantal et l’ambulancière qui discutait dans leur coin n’eurent pas le temps de réagir, et je n’eus pas le réflexe non plus de demander à Chantal de m’accompagner. Tandis que je m’approchais de lui, le praticien marmonna une phrase que je n’entendis point, mais que je compris en lisant sur ses lèvres. Le destin m’accordait un nouveau sursis. 

« Bon tout va bien, les résultats sont à la hauteur de ce que l’on pouvait espérer. »

La phrase venait d’être répétée d’une autre manière, et audible cette fois. Ainsi je recevais en cadeau ce que j’avais imploré de toutes mes forces.

« Entrez et installez vous devant cet écran. »

Mon interlocuteur n’était pas peu fier de son travail, nous n’étions que deux patients à avoir reçu des soins de tel type, et les résultats obtenus prédisaient un bel avenir pour cette technologie de destruction des tumeurs inopérables. J’écoutais les explications tout en regardant des images que je ne comprenais guère. Mon corps défilait par fines tranches, au rythme de la molette de sa souris d’ordinateur. Ma surrénalectomie ne présentait pas d’anomalies particulières non plus, il insista comme il l’avait fait la dernière fois, pour que je suive à la lettre mon traitement de substitution.   

Je pris congé de lui, les idées confuses par trop d’émotions en si peu de temps. Il m’avait vaguement parlé de nous revoir dans un délai de 6 mois, mais pour l’heure je ne voyais que la porte de sortie, et j’étais surtout pressé de colporter la bonne nouvelle à ma famille, mettant ainsi un terme à leurs propres inquiétudes.

Le chemin du retour ne s’effectua pas en silence, les discussions allaient bon train, pourtant je fournissais un effort colossale pour trouver au fond de moi un peu d’énergie. Un petit bout de mon cerveau m’assénait l’ordre de continuer malgré tout à parler, alors que le reste de ce même cerveau, était totalement anéanti par la charge émotionnelle particulièrement élevée que je venais de supporter. Mon corps commençait à se détendre, l’adrénaline était tombée d’un cran, et je sentais venir l’engourdissement, l’après-midi et la nuit suivante seraient des moments de repos indispensables.

Comme à chaque retour d’examens, ou comme à chaque fois qu’un élément nouveau triste ou heureux se produisait dans mon parcours de malade, je ne manquai pas d’en faire part à tous ceux qui voulaient bien s’intéresser à mon histoire. Nous avions opté des l’annonce de mon cancer, de communiquer le plus possible avec l’extérieur, nous évitant ainsi de nous enterrer vivant. La lutte que nous allions devoir mener serait longue et forcément très incertaine, il fallait que nous puissions ne pas nous sentir seul devant l’adversité. J’étais persuadé que l’on est plus fort lorsque l’on est entouré et soutenu, et je ne voulais pas vivre mon cancer comme une maladie honteuse, dont on doit taire l’existence. Sans concession possible, le diagnostic du médecin m’avait conduit à l’écart de la vie active, et si je n’avais pas réagi immédiatement à cet état de fait, ma désocialisation aurait été définitive. Aussi je maintenais des relations étroites avec mes collègues de travail, prenant soin de m’intéresser à l’évolution de la société dans laquelle j’avais travaillé pendant 31 ans. Je ne changeais rien non plus de ma vie publique, je soignais même systématiquement mon apparence, pour donner une image rassurante de moi. Tous ces efforts avaient porté leurs fruits, puisqu’au bout de 9 années de lutte je me sentais toujours autant entouré. Voilà pourquoi il était important en cette journée du 14 janvier, que je m’installe devant mon ordinateur pour écrire ce énième message, dont les mots s’inscrivaient sur mon écran d’ordinateur, comme de l’eau coule de source.

Chers tous

Dans le programme que nous concocte la maladie, outre la souffrance morale et physique, il faut combattre parfois une peur extrême, celle des résultats d’examens. Ce matin était une de ces journées particulières, que je n’affectionne guère.

IRM de contrôle donc à CHD, avec un bon résultat. Le professeur D est content de sa cryoablation, de juin. Pour le reste tout va pour le mieux du moins pour le moment.

Amitiés sincères.

Joël  

maladie honteuse 2



Se tourner vers l’irrationnel

 

visage rouge

Tout vient à point nommé, à qui sait attendre, aussi mon tour arriva alors qu’il n’était pas encore venu l’heure de pousser un ouf de soulagement.

« Vous êtes très rouge sur le visage monsieur, vous n’avez pas de la fièvre ? »

« Non, j’ai chaud simplement. »

En fait je voulais passer sous silence le fait que mon angoisse m’avait dominé d’un bout à l’autre de cette période d’attente, et ce malgré mon acharnement à la combattre, les rougeurs en étant une manifestation.

Ce n’était rien de ce que j’avais vécu jusqu’à présent qui me rendait fou, non c’était ce qui allait se passer après l’examen. Ma prochaine et inévitable confrontation avec le professeur D, me travaillait sans cesse l’esprit, comme un bourreau torture sa victime, dans l’espoir de le faire craquer. L’introduction de mon corps dans ce tunnel pendant les 30 minutes que durent l’examen, n’allait sûrement pas arranger mes affaires.

« Bon je vous mets un casque sur la tête, une petite poire dans la main en cas d’appel en urgence, et nous commençons le travail. A tout à l’heure monsieur ! »

Tel un petit garçon laissé à l’abandon au milieu de la foule par sa mère, ce à tout à l’heure monsieur, signifiait l’irrémédiable moment où il faudrait me trouver seul face à moi-même.

L’appareil amorça son travail, et j’entendis les premières sonorités de l’exploration de mon corps. En baissant les yeux et en écartant les pieds, j’apercevais très confusément la manipulatrice à travers la vitre, devant son écran de contrôle, ce qui me donnait tel un prisonnier devant sa fenêtre à barreaux, un semblant d’ouverture vers la liberté.

Je voulais réellement faire l’effort de recouvrer mon calme, mais je partais avec un handicap très important, autant donc me demander de rechercher une aiguille dans une botte de foin. J’étais proche de l’instant où j’allais totalement perdre pied, lorsqu’il me vint une idée de génie. Autrefois lorsque j’étais enfant et que religion catholique était encore largement pratiquée, nous récitions dans l’église de notre paroisse, au chapelet du soir le ‘’Je vous salue Marie’’, j’entrepris donc de me souvenir du texte. Au début il me manquait des mots, puis je rajoutais d’autres mots qui n’étaient pas les bons, enfin à force d’obstination je pus réciter la prière par cœur, et je ne m’en privai point. Dans ce moment de terreur, lorsque la solitude est votre seule compagne,  il n’y a pas grand-chose d’autre à faire que de se tourner vers ce qui peut être considéré par certains comme de l’irrationnel, pour vous raccrocher à la bouée,  aussi ma démarche n’était-elle pas complètement désintéressée, de plus en pensant à ça, je ne pensais pas au reste.   

Comme la fois précédente, je n’avais pas aimé le laps de temps où la praticienne me demandait de prendre ma respiration, et de bloquer mes poumons. Etait-ce les séquelles  du pneumothorax  dont j’avais été la victime au mois d’août, ou était-ce pour une autre raison ?  J’avais l’impression que ma capacité respiratoire était largement diminuée, et je paniquais rapidement en trouvant beaucoup trop long, d’attendre l’autorisation de reprendre mon souffle.

L’heure d’injecter le produit était venu, et je savais aussi que nous approchions de la fin de l’examen, je continuai néanmoins à réciter cette prière qui m’avait si bien réussi jusque-là. 

« Dîtes donc ça commençait à devenir très long, j’ai failli perdre mes moyens. »

« En tout cas pour nous l’examen c’est bien passé, vous allez pouvoir vous relever, et nous allons regagner votre cabine. J’envoie un coup de fil au professeur D, et vous irez  vous asseoir auprès de son bureau, pour attendre les résultats. » 

La petite pièce dans laquelle la manipulatrice m’avait posé le cathéter était occupée, elle m’invita à rester dans ma cabine un bref instant, puis me débarrassa de ma perfusion avant de prendre congé de moi.  

A partir ce moment là, je fus en arrêt total sur image, seul restait la crainte que ma vie ne puisse plus reprendre le cours normal des choses, après cet entretien de tous les dangers.

visage rouge 1



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