Indéfinissable malaise

comprendre

 

N était absente, c’était une remplaçante qui occupait provisoirement son poste. Elle écouta attentivement les instructions du médecin, avant que celui-ci ne prenne congé de nous.

La date du 9 mai avait été arrêtée sur le calendrier pour une prochaine consultation, restait maintenant à prévoir le scanner, en conséquence.

« Je vous enverrez la convocation par courrier, car pour l’instant je ne suis pas en mesure de vous dire où vous passerez l’examen. »

Cette visite avait été brève, et bien qu’elle n’eût aucune raison de m’exposer au stress, en quittant le secrétariat, je ressentais un indéfinissable malaise, qui me donnait l’envie de m’éloigner au plus vite de ces lieux. Indéniablement cette longue période qui avait débuté mi-août 2005 et qui s’était achevée en mai 2013 avec la fin de mon traitement au Sutent, avait un petit parfum de nostalgie. Malgré quelques difficultés de parcours, grâce à ma réaction globalement positive aux différentes chimiothérapies et donc grâce aussi aux nombreux résultats encourageants qui en avaient découlé, j’avais appris à cohabiter avec la maladie en l’apprivoisant chaque jour un peu plus, ce qui m’avait donné pas mal de tonus pour reprendre confiance en l’avenir, tout en chassant efficacement de mon esprit le spectre de la mort. Mon hospitalisation d’août 2013 avait tout foutu en l’air, et j’avais l’impression que tout était à reconstruire, y compris la confiance que j’accordais au CAC de l’espoir, ainsi qu’à son équipe médicale, qui me suivait pourtant depuis si longtemps.

Eliane avait refermé son livre, elle avait terminé de patienter, nous pouvions à présent reprendre la route, et à l’heure que nous quittions le centre, il était certain que  nous allions rencontrer quelques difficultés de circulation. Nos craintes furent bien fondées, car en moins de temps qu’il ne faut pour le dire, nous rejoignîmes le périphérique et son flot impressionnant de voitures, la sortie des usines ne faisant qu’aggraver la situation.

Nous avions donc avec la patience nécessaire réussi à nous extirper du cauchemar, que subissaient quotidiennement les autochtones, et à présent nous traversions le vignoble nantais à demi inondé. La pluie  ne tombait que faiblement, mais à l’approche d’un camion, ou lorsque Chantal effectuait une manœuvre de dépassement, des nappes en fines couches d’eau, projetées par les roues des bolides, venaient s’écraser sur le pare-brise de la voiture, rendant la conduite inconfortable. Il nous fallut presque de fois plus de temps qu’à l’aller pour retrouver le toit de notre maison.

 

« Vivre un peu plus longtemps, mais ne plus jamais vivre vraiment »

Rien n’est moins certain de son avenir qu’un malade gravement atteint. Plus le temps passe, plus la guérison se fait attendre, moins il a de rochers auxquels s’accrocher.

Ce fichu cancer qui lui colle à la peau comme de la mélasse, est pourtant bien la triste réalité à laquelle il ne peut échapper.

Chaque fois qu’il pense être redevenu une personne comme les autres, une épine du malin, revient l’égratigner.

Alors que son entourage s’inquiète  des changements technologiques, du démembrement des familles et des communautés, de la diminution de l’influence des religions traditionnelles, de la construction de l’Europe, lui il espère simplement profiter encore d’un peu de soleil.

Il sait qu’il n’a aucun contrôle sur le futur, ni sur la plupart des évènements, et que de se faire des soucis n’a jamais apporté de solutions aux difficultés de la vie. Belle pensée en vérité, mais bien difficile à mettre en application. Pourtant il n’a pas d’autres solutions que d’accepter le challenge, car l’incertitude et la peur de l’avenir sont adoucies lorsqu’on apprend à porter son attention sur le présent, sur l’ici et le maintenant.

Plus il sera calme, plus il sera paisible à l’intérieur de lui, plus il pourra aller de l’avant  en emportant avec lui, peut-être un peu d’optimisme dans ses bagages.

Beaucoup de ses journées ont été déjà assombris, par les mauvaises nouvelles, par  les examens, ou les hospitalisions, par la souffrance aussi. Dans son esprit encombré de bien trop de vilaines choses, il ne fera de la place qu’aux moments précieux passés en famille.

Lorsqu’il aura fait tout ce travail sur lui, il faudra qu’il reste vigilent car dans ce domaine rien n’ai jamais vraiment acquis, il ne sera pas exempt de faiblesses, loin s’en faut, mais il n’aura de cesse de diriger son navire à l’opposé des fortes houles, au risque de sombrer dans une mélancolie sans fin.

 

Quand bien même j’aurais eu le mental suffisamment puissant pour oublier la maladie, les séquelles des différentes opérations, et des différents traitements, ne manquaient pas d’occasions de répondre présentes, en me rappelant ainsi mon statut de personne atteinte d’un cancer. Ceci  s’avérait particulièrement  exact lorsque très tôt dans nuit les douleurs intenses au niveau des cervicales mettaient un point final à ma période de sommeil, ou lorsque pour diverses raisons, se servir de mon membre supérieur gauche devenait un handicap à cause d’un tremblement intempestif de ma main, ou à cause d’une faiblesse de plus en plus accentuée du bras.

Et puis il y avait mon cœur, qui restait quoiqu’on fasse, ou quoiqu’on en dise, le très mauvais élève de la classe. Après ma cryoablation j’avais cru l’espace d’un moment que la situation s’était améliorée, mais la trêve n’avait pas duré, et il fallait compter de nouveau sur les crises d’arythmies qui se déclenchaient à n’importe quel moment de la journée, ou de la nuit.   



Mésaventures au pays des blouses blanches

anesthésie générale 1

 

Au risque d’ennuyer le lecteur, raconter son parcours de malade n’est pas un exercice facile, car l’écriture est malheureusement répétitive, et il ne peut guère en être autrement lorsque l’on affiche un bilan comme le mien. Depuis ce rendez-vous de décembre 2004 qui devait faire du cancer mon maître, et de moi son esclave, j’ai à ce jour passé allégrement la barre des deux cent visites chez différents médecins, et spécialistes, aussi est-il difficile de se renouveler dans la narration de mes différents comptes-rendus.

Mes chers fidèles, je ne vais donc pas être très original, lorsque vous allez prendre connaissance de la suite de mes ‘’ mésaventures au pays des blouses blanches ’’.

En ce mardi 28 janvier, il n’était pas étonnant de constater que la météo était à la pluie, car l’hiver ressemblaient comme une sœur jumelle à l’automne, et les rivières vomissaient l’eau qu’elles ne pouvaient absolument plus canaliser. J’avais craint l’espace d’un instant la fermeture partielle du périphérique nantais pour cause d’inondations, mais il n’en fut rien. Nous mîmes donc moins d’une heure pour rallier le centre anticancéreux de notre habitation.

La visite était sans surprise, car l’oncologue allait me confirmer ce que j’avais déjà entendu de la bouche du professeur D, lors de mon IRM, aussi rien ne pouvant faire craindre à ma fille de nous accompagner, elle avait accepté de monter dans la voiture, pour nous agrémenter une expédition, somme toute assez ennuyeuse. 

Eliane était au tout début de son adolescence lorsque l’on m’avait découvert la maladie. Comme sa mère, ainsi que comme ses deux frères,  elle n’avait eu de cesse de me soutenir durant toute cette période au terme de laquelle, elle était désormais devenue une adulte. Elle ne connaissait le centre CAC de l’espoir qu’à travers on imagination.

Rien de nouveau dans l’organisation et la prise en charge des malades à mon arrivée. A cette heure avancée de la journée mon numéro d’ordre de passage au guichet s’était affiché assez rapidement. Nous avions rallié ensuite le second étage par l’ascenseur avant de prendre un autre ticket qui me donnerait le feu vert, lorsque le panneau lumineux m’indiquerait de me rendre au secrétariat de l’oncologue.

Là encore notre patience n’avait pas été mise à rude épreuve, et le service étant désormais prévenu de ma présence, il ne restait plus qu’à s’installer dans le petit coin style boîte de nuit, aménagé pour le confort du public.

Le jeune homme assis à côté de moi était occupé à surligner sur un livre religieux des phrases qu’il référençait ensuite consciencieusement sur un cahier. Etudiait-il la théologie pour devenir prêtre ! En tous les cas une chose était certaine, il n’était pas le malade, mais l’accompagnant, car une femme d’un certain âge, encombrée de son dossier médical,  vint le rejoindre quelques minutes plus tard, tandis qu’au même moment Chantal se leva, ayant aperçu dans le couloir la silhouette du docteur R qui venait me chercher, ce qui permit à ma fille de mettre un visage sur l’homme dont elle entendait si souvent parler.

Notre dernier entretient remontait à début octobre, et je n’en conservais pas un bon souvenir, car la vilaine période marquée par la sentence prononcée le 16 juillet 2013, par le professeur D du CHD,  m’avait éloigné du CAC de l’espoir suffisamment longtemps pour que je n’y retrouve plus mes marques. De son côté l’oncologue n’avait pas été mon complice de ces durs moments, et il ne mesurait rien des conséquences psychologiques que la souffrance avait pu engendrer en moi.  Lors de cette fameuse rencontre, je l’avais donc senti à des millions d’années lumières, de mes préoccupations du moment.

En ce mardi 28 janvier, j’avais pris un peu de recul par rapport aux différents évènements qui avaient émaillé mon parcours médical de l’année 2013, et puis l’éprouvante épreuve de l’IRM s’étant soldée par un bon résultat, j’arrivais ici dans de bonnes dispositions psychiques susceptibles de faire évoluer favorablement mes ressentis négatifs de la dernière fois.

« Est-ce que vous avez passé un scanner en même temps que votre IRM ? » Il se posait la question parce qu’il n’avait reçu qu’un seul résultat, et pour cause !

« Non je n’ai passé qu’un IRM. »

« J’avoue qu’avec le CHD la communication n’est pas facile. » Il disait cela en souriant et en ne montrant aucun signe d’agacement, mais il y avait du progrès dans son comportement, car c’était la première fois qu’il avouait devant son malade l’existence d’une réelle difficulté d’échanges entre les deux établissements.

« Pourquoi est-il préférable de passer le deux examens ? »

« Car l’IRM ne montre pas les éventuels problèmes pulmonaires. »

Il marqua un bref instant de silence.

« Vous connaissez sans doute les résultats de l’IRM, il sont bons. »

Il marqua de nouveau une pause.

« Comment vous sentez vous en ce moment ? »

Etait-ce bien nécessaire de lui énumérer mes petits bobos rencontrés au quotidien, globalement j’allais le mieux qu’il m’était possible d’aller, et je me considérais encore suffisamment autonome pour profiter encore de la vie. 

« Et bien ma foi, à part des douleurs persistantes (je lui montrai évasivement la zone concernée par ces douleurs), je n’ai pas trop à me plaindre. »

Il me demanda de rejoindre la petite pièce séparée de son bureau par une demi-cloison, de me mettre le torse nu, puis de m’allonger sur la table d’examen, enfin il m’ausculta de manière méticuleuse durant un long moment.

« Bon tout à l’air d’être parfait ! »

Il m’invita à me rhabiller avant de rejoindre ma place, puis il s’installa à son tour en face de nous.

« Je ne vais pas vous lâcher en si bon chemin, il faut que nous programmions un nouveau scanner. »

Avec la complicité de mes enfants, Chantal avait prévu d’organiser une réunion avec famille et amis pour fêter mon 60ème anniversaire. Dans l’incertitude des résultats, et pour ne pas gâcher la fête, je n’avais pas envie que l’examen soit fixé avant. Je lui fis part de mes réticences. 

« Pas de soucis, nous allons nous arranger pour que vous ne soyez convoqué qu’au début du mois de mai. »

Il me demanda ensuite comme il avait l’habitude de le faire, si j’avais besoin qu’il me prescrive quelques choses, ce qu’il fit en fonction de mes besoins, puis nous passâmes  dans le bureau de sa secrétaire.



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