La soixantaine

la soixantaine

Chacun sait que le mental constitue une arme de guerre efficace pour combattre l’adversité, et lorsque vos pensées redeviennent positives, votre situation de malade ne peut que s’améliorer.

Aussi en cette belle journée de la fin mars, je décidai de reprendre la plume, pour écrire un discours de bienvenue, que j’avais bien l’intention de lire à mes convives lors de notre petite assemblée, marquant l’anniversaire de mes 60 ans. Qu’il était plaisant de restructurer mes journées alors que depuis belle lurette je ne faisais rien d’autre que de rester figé, en  m’apitoyant plus ou moins, sur mon sort. Pourtant rien n’était réglé, les bouillotes que Chantal avait confectionnées pour me décontracter les muscles par la chaleur, le Doliprane que j’avalais toutes les 4 heures pour contrecarrer les pics de douleurs, la minerve qui ne me quittait plus du matin au soir, le patch de morphine que je changeais toutes les 72 heures, n’avaient pas ou peu d’impact positif sur ma santé.

Pour l’heure,  je supportais sans broncher mes malheurs, la réussite de ma petite fête occupant essentiellement mon esprit. Cependant pour être bien sûr de tenir le coup, le généraliste m’ayant dit de ne pas hésiter à le rappeler pour augmenter la dose de morphine, nous prîmes la décision de reprendre contact avec lui. Le samedi matin du 5 avril, j’eus le courage pour stimuler ma motivation, de me rendre à pied, à son cabinet,  afin de me procurer une ordonnance autorisant la pharmacie à me délivrer des patchs dosés cette fois à 50 microgrammes par heure, j’espérais pouvoir bénéficier enfin d’une nette amélioration dans ma qualité de vie. En passant ensuite à l’officine, la pharmacienne m’avait conseillé de conserver le dernier patch de 25 microgrammes qui me restait, pour le rajouter à un de 50 microgrammes, si la douleur devait persister. Le conseil n’était pas tombé dans l’oreille d’un sourd.

En plus de l’antalgique morphinique, le docteur C m’avait prescrit du Bromazépam, un anxiolytique et sédatif puissant, ce qui me permit les jours suivants de rattraper un peu du sommeil qui me manquait tant, mais également de réguler mon humeur, qui avait été jusqu’à ce jour pas mal chahutée.

J’attendais le 13 avril avec impatience, malgré une certaine anxiété. Mon état de santé était stable, mais je ne voyais aucun signe qui puisse me faire espérer à une évolution positive dans les prochains jours

Nous n’avions pas organisé un tel rassemblement depuis le mariage de mon fils aîné, et cette fois, c’était moi qui était mis à l’honneur, il n’était pas question que je flanche à un moment ou à un autre de la journée,  je désirais ardemment ne pas décevoir mes invités. En même temps je redoutais la fin des festivités, car je ne voyais pas qui aurait le pouvoir de remplacer dans mon esprit, cette sorte d’euphorie, qui m’empêchait de penser trop souvent à mes conditions peu enviables de malade. 

Il était évident que sans la participation active de me femme et de mes enfants, cet anniversaire n’aurait pas eu lieu. Le matin même de ce dimanche 13 avril, j’étais resté au lit le plus longtemps possible. Après ma douche, et après ma mise en tenue ‘’d’apparat’’, j’avais attendu, conformément installé dans mon fauteuil, que l’on veuille bien venir me chercher, ma famille s’étant absentée pour les préparatifs de la fête.

Pour être bien sûr de tenir le coup, j’avais suivi le conseil de ma pharmacienne, en rajoutant avec la complicité de Chantal le patch morphinique de 25 microgrammes qui me restait, à celui de 50. Dosé désormais à 75 microgrammes j’escomptais oublier pour un temps ‘’la monstrueuse bête’’ qui me dévorait les muscles des cervicales.

Au menu du jour, depuis 7 heures le matin, un cochon était en train de griller à la broche, dans un coin de la pelouse, qui jouxtait la salle que nous avions louée. Nombreux convives étaient arrivés avant moi, et comme nous avions la chance de voir briller le soleil, beaucoup d’entre eux entouraient notre cuisinier, pour humer la bonne odeur de la viande, qui rôtissait lentement au-dessus de la braise.  

Je n’étais pas aussi mal à l’aise que j’aurais pu l’imaginer, ma timidité ne me trahissait pas, et comme j’avais beaucoup communiqué avec les gens depuis l’apparition de mon cancer, les échanges verbaux se faisaient sans gêne et sans détour. La journée revêtait un caractère particulier car un peu moins de dix ans plus tôt, bien peu des personnes qui m’entouraient, auraient parié sur mes chances de survie, compte-tenu d’un diagnostic médical plutôt pessimiste. Sans vouloir être prétentieux, j’avais l’impression de susciter une certaine forme d’admiration, et représentais d’après mon expérience vécue, pas mal d’espoir pour tous ceux qui craignaient d’être confrontés un jour ou l’autre à ce fléau des temps modernes. Je supposais  que mes invités avaient eu à cœur de me faire plaisir, aussi avaient-ils prévus pas mal de surprises, pour doper une ambiance finalement très conviviale. J’étais parvenu à prononcer mon mot d’accueil, sans trop laisser déborder mes émotions, et l’effort qui avait été fourni pour animer la fête avait atteint son but, car tout le monde semblait ravi de sa journée.  Rien ne fut donc plus triste que de remercier l’animateur du bal  pour sa prestation, et de  saluer les derniers amis vidant progressivement les lieux. Le rideau était tombé,’’ le spectacle’’ était terminé. Faire le ménage et verrouiller la porte mirent le point final à un objectif qui avait bel et bien atteint son but.



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