Le poids des mots

le poids des mots

 

Il cessa d’élaborer son ordonnance pour se relever et se diriger vers moi.

« Il y a longtemps que vous souffrez autant de votre cou ? » Cette question m’avait déjà été posée, je répondis à peu-près la même chose que la première fois. Le visage de l’oncologue  était fermé, manifestement il faisait la moue.

« Pouvez-vous enlever votre t-shirt que je vous ausculte ? » J’obéis à sa sollicitation sans dire un mot.   

Au fur et à mesure que ses mains progressaient de la base de mon cou, vers l’épaule, la palpation se faisait de plus en plus précise. Il était clair que dans sa tête traversait de vilaines pensées. Il comprenait petit à petit ce que je savais d’instinct depuis belle lurette, cependant il ne s’exprima pas de suite à ce sujet. Il se réinstalla à son bureau, puis continua de remplir l’ordonnance, là où il l’avait arrêtée.

« Je ne fixe pas de rendez-vous pour le moment, car j’ai l’intention si vous êtes d’accord, de vous faire passer un IRM. Nous n’allons pas laisser vos souffrances sans explications, je vais demander à la secrétaire de contacter le service, et nous vous enverrons chez vous la convocation ». Du malade ou du médecin, je ne saurais dire lequel des deux était le plus abattu. Il prit ma main entre les deux siennes, puis la serra longuement, en me fixant droit dans les yeux. La compassion était sincère, et lorsque je lui demandai si c’était le début de la fin, il sut quoi me répondre.

« Monsieur Gautier, nous nous connaissons depuis dix ans, et c’était déjà ce que vous disiez au tout début de notre collaboration. »

Le retour à la maison se fit aussi silencieusement que l’aller, avec en plus le poids insupportable des mots qui venaient de nous être assénés, poids qu’il fallait supporter quand même. Mon fils cadet avait écouté notre récit, dépité d’entendre le compte-rendu d’un scanner dont il avait pensé qu’il ne serait qu’un examen de routine. Mon fils aîné avait réagi à un message téléphonique, et venait de rappliquer, avec femme et enfants. Quant à ma fille qui résidait exceptionnellement chez nous cette semaine-là, nous attendions assez tard son retour du travail. Paradoxalement, après tant de mois de souffrances et de déni, la vérité même si elle était dure à entendre, me plongeait progressivement dans une certaine forme de repos, voir même d’acceptation et de sérénité.

Il ne fallait pas se laisser abattre, il fallait vivre l’instant présent et profiter d’être en famille pour faire un pied de nez à la maladie. Chacun avait manifesté sa tristesse à sa manière, mais à présent nos ventres avaient faim, nous commandâmes donc des pizzas, ‘’the show must go one’’. 

Pendant que les gens profitaient de ces longs week-ends de printemps, de notre côté mon carnet était bien rempli, et je ne chômais guère entre deux visites. Afin de soigner mes pathologies annexes, une consultation, était prévue le 1undi 12 mai auprès de mon généraliste.

Celui-ci avait été fortement troublé, en apprenant les derniers résultats émanant de Nantes. Cette fois les rôles étaient inversés, et il fallait que le malade fasse preuve de diplomatie pour mettre à l’aise son médecin traitant, afin qu’il reprenne aisément ses esprits.

« Nous avons un IRM d’envisagé pour écarter d’éventuelles autres métastases osseuses, demain après-midi. »

La nouvelle avait vraiment frappé fort sur sa tête, il était quand même venu au bout de l’ordonnance à prescrire, sur laquelle il avait également augmenté la dose de morphine à appliquer en me donnant des patchs dosés à 100 microgrammes, soit le maximum de cette série d’antalgiques.

Le rendez-vous pour l’IRM avait en effet été fixé pour le mardi 13 mai, soit 3 jours après mon examen au scanner. Je savais qu’il n’y avait rien à espérer,  je n’étais donc pas chamboulé à l’idée des résultats, et je m’abandonnai littéralement à mon sort



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