A bas les masques !

 

masque de radiothérapie

 

« Je vais vous laisser un bref instant, vous obériez aux ordres que l’on vous donnera ok ?

« Oui j’ai compris. »

La table commença à s’introduire dans le tunnel, mais très brièvement elle s’arrêta à hauteur de la nuque, puis le reste de ma solitude ne fut qu’une pure formalité à accomplir.

« Bon tout c’est bien passé. »

Il m’invita à me relever, puis commença à me communiquer la suite des évènements. Il s’agissait de fabriquer un masque conforme aux morphologies de mon visage. Une plaque thermoplastique trempée au préalable dans l’eau serrait poser sur moi. Cette plaque comporterait des systèmes de fixation, de manière à ce que le masque puisse être rivé  sur la table, dans le but d’immobiliser ma tête. Il fallut donc que me je couche de nouveau à l’endroit même où quelques instants plus tôt j’étais installé, puis je sentis cette sorte de filet humide se poser sur ma tête, tandis que l’assistante du manipulateur modelait avec ses deux mains l’empreinte de mon visage. Très vite la matière durci, et lorsque tous les calculs dont le personnel médical avait besoin furent conformes aux désirs, je pus enfin être libéré. 

Mon accompagnateur alla chercher Chantal. Il emportait avec lui le ‘’le déguisement’’ dont j’allais être affublé lors de mes séances de rayons. Il nous indiqua le chemin qu’il faudrait prendre lorsque nous aurions déjeuné, pour rejoindre le service de radiothérapie, tout en nous invitant à ne pas nous présenter avant 14h 30. Mon esprit reprenait un peu de ses couleurs, je commençais donc sérieusement à saturer d’être balloté d’un endroit à l’autre.

Nous étions cependant résolus à voir mon oncologue, pour connaître son point de vue sur la situation. Nous décidâmes de rallier le deuxième étage, service des consultations, puis nous demandâmes à l’accueil si notre interlocutrice pouvait contacter le docteur R afin de lui demander de nous recevoir.

Le docteur R avait répondu par l’affirmative, et nous fûmes conduits vers un bureau que nous ne connaissions pas. Là notre accompagnatrice nous demanda de patienter quelques instants.

Le temps d’attente ne fut pas bien long, l’oncologue nous salua. Son visage marquait l’embarras de la tâche qu’il avait à accomplir. Il nous invita à rentrer dans le petit cabinet mis à notre disposition.

« Bon vous êtes au courant de ce qu’il vous attend je présume ? »

Je lui répondis en hochant la tête.

« Vous allez donc bénéficier de séances de radiothérapie concentrées sur 5 jours au lieu de 30. En ce qui concerne la hanche, il n’y a pas urgence pour le moment, mais je pense que la solution sera de renforcer par des injections de ciment, ou plus radicalement il faudra vous opérer »

Je ne voyais pas cette opération d’un bon œil, trop c’était trop. Je m’étais bien battu mais à présent il était clair que je voulais qu’on me laisse tranquille.

« Dans un premier temps, vous allez faire vos rayons, et je vous reverrai après, probablement pour vous prescrire une nouvelle chimiothérapie. Pour le reste, nous procéderons petit à petit. »

Il n’avait pas grand-chose à rajouter, sinon qu’à me prouver par des gestes et un regard qui en disait long, son entière compassion. Nous quittâmes rapidement son service, d’autres tâches l’attendaient.

Faire la sieste dans une voiture surchauffée, après avoir avalé sans appétit un sandwich jambon beurre, fut une mission quasi impossible à réaliser. Vivre le moment présent n’était pas cette fois la panacée, car j’avais hâte de rentrer chez moi pour oublier, ne serait-ce qu’un bref instant, les blouses blanches et leurs inquiétantes machines.              

 

Ne croire en rien, quelle phrase facile à prononcer lorsque l’on est jeune, en bonne santé, et que l’on a tout l’avenir devant soi. Il en va tout autrement (quoique certains restent fidèles à leurs convictions jusqu’au bout), lorsque notre destin nous amène au seuil de la souffrance, de la déchéance, et de la mort. On a alors plus vraiment d’intérêts, de s’éblouir des choses matérielles de la vie, celles qui font pourtant courir tant de monde.

Il est bon dans ces conditions, de se tourner vers un autre univers, peut-être vers celui que l’on nous a enseigné à l’époque des culottes courtes. Mais se tourner vers quelque chose d’impalpable, n’est pas forcément facile à réaliser. Faire des efforts  n’apportent pas toujours ses fruits, chercher le chemin n’implique pas que l’on va le découvrir un jour

Pour moi ce chemin est toujours un mystère.

Sans aucun doute je ressens comme un privilège de côtoyer nombre de ces gens de foi (peu importe la religion d’ailleurs, et je ne parle pas non plus des fanatiques), qui n’ont pas de recette à me donner, pour que je puisse un jour rejoindre leur clan. Comment dans ces conditions, ne pas me sentir profondément enfoui, dans la solitude.

 

 

                                                                            Joël Gautier 27 juillet 2014

 



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