Rapports conflictuels

nourriture berk

 

En ce dimanche soir, alors que je n’attendais surtout pas la visite d’un médecin, une interne pénétra dans la chambre et s’adressa directement à moi.

« Monsieur Gautier ? »

« Oui c’est bien moi. »

« Bon j’ai reçu le bilan de votre prise de sang effectuée par l’équipe du matin, elle est normale, par conséquent, nous avons la confirmation qu’il n’y a pas lieu de s’alarmer. Difficile de savoir si vos vomissements sont à l’origine de telle ou de telle chose, l’essentiel c’est que nous ayons réussi à les stopper. Vous avez rendez-vous demain avec un cardiologue à la polyclinique je crois ? »

« Oui une date qui avait été prise sur ordre de mon généraliste, la dernière fois que je l’avais rencontré. »

« A quelle heure êtes-vous convoqué ? »

« Quatorze heures. »

« Bon nous maintenons  ce rendez-vous, je vais faire en sorte de signer votre bulletin de sortie, pour que vous puissiez vous rendre à l’heure à cette consultation. »

« J’ai demandé aussi que vous repreniez dès ce soir vos médicaments par voie orale. » 

« Est-ce que je vais encore garder ma perfusion toute la nuit ? »

« Non je vais demander à l’infirmière dès qu’elle sera disponible, de venir vous l’enlever. Avez-vous des questions à me poser ? »

« Je ne vois rien qui puisse me contrarier l’esprit. »

« Bon dans ce cas, je vous souhaite une bonne nuit. »

A l’inverse du déjeuner, je n’avais pas très envie de manger, mes rapports avec la nourriture restaient pour le moins conflictuels. Dans ce domaine  il fallait avoir aussi, ce que l’on peut appeler, une certaine forme de courage, donc avec un peu d’effort,  j’avais fini par prendre ma fourchette, dans l’espoir de ne pas ressentir la nausée tout de suite après  avoir vidé mon assiette. L’interne venait de me dire que j’allais rentrer à la maison,  je n’avais pas l’intention de la faire changer d’avis.

« Monsieur Gautier ! Je viens vous apporter vos médicaments du soir, et je vais en profiter pour vous retirer votre perfusion. »

 Les évènements continuaient à évoluer dans le sens que je le désirais. 

Je n’avais pas mis les pieds à terre, depuis le veille au matin, à présent que j’étais libéré de toutes contraintes, et que mon déplacement en serait facilité, je décidai de me rendre au toilette, plutôt que d’utiliser un urinal qui n’avait normalement plus lieu d’être. Il fallait me rendre à l’évidence j’étais beaucoup trop faible pour tenter le diable, par conséquent je m’inquiétai de savoir comment j’allais pouvoir tenir le coup, pour me rendre à la consultation du cardiologue.  

Une appréhension qu’il valait mieux chasser de mon esprit, si je voulais que ma nuit ne soit pas totalement blanche.

Mon voisin de chambre restait toujours aussi gentil, et toujours aussi discret. Il recevait régulièrement des appels téléphoniques, mais  n’avait reçu qu’une seule visite. Il était célibataire, et demeurait dans la région. Son état de santé se dégradait, et il n’espérait pas guérir de sitôt. Il souffrait d’une cirrhose du foie, c’était la raison pour laquelle son ventre était si gonflé. Nous avions tous les deux nos petites et nos grandes misères, je ne sus vraiment pas comment faire pour lui donner de l’espoir, alors que moi-même j’étais bien las de me battre.

Ce bruit particulier d’un liquide qui bout sur le feu me poursuivit toute la nuit, et au petit matin l’équipe de jour vint me déloger des bras d’Orphée pour contrôler mes constantes. Restait à venir le petit-déjeuner qui ne me faisait pas rêver, l’infirmière pour une dernière prise de sang dont je ne connaîtrais jamais les résultats, puis enfin l’attente de la libération promise.  

« Bonjour messieurs, nous venons refaire vos lits, enfin pas le vôtre, car je crois que vous partez, n’est-ce pas ? »

« J’espère que oui. »

Les deux femmes qui parlaient entre elles de problèmes internes, et qui ne s’occupaient plus de notre présence, ne laissèrent pas mes draps pour autant. Désormais il me fallait patienter dans un fauteuil, que je trouvais inconfortable. Sans aucun doute j’étais excessivement fatigué. J’avais même l’impression de ne pas avoir été autant épuisé depuis des lustres.

La télévision était un timide réconfort, car en ce lundi matin, à part des niaiseries sans intérêt, je ne trouvais aucunement matière à m’évader l’esprit.

J’avais grand besoin de faire ma toilette, mais là encore sans motivation il fallut me faire violence pour connaître enfin un peu de confort.



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