Comme deux ronds de frites

hanche fémur

 

Avec un problème aussi récurrent que le manque de stationnement, nous avions décidé de profiter des services d’une ambulance, pour nous rendre en plein centre de l’agglomération nantaise. Nous avions choisi de jouer la prudence, les faits nous révélâmes que nous avions raison. Par contre ce n’était pas le manque de places qui était à l’origine de notre problème, mais en cette période estivale, c’était plutôt la multitude des travaux engagés par la municipalité, qui nous obligea à prendre des chemins détournés. Des travaux qui rendaient également l’accès au CHD bien plus difficile encore, et qui malgré son professionnalisme, faisaient pas mal galérer notre chauffeur.  

Je retrouvais le service d’orthopédie dont le professeur G était le chef de service. C’était d’ailleurs le professeur G qui m’avait opéré de mon bras en mai de l’année 2013.

Nous passâmes à l’accueil pour les démarches administratives habituelles, tandis que notre chauffeur prit congé de nous.

« Vous téléphonerez au bureau pour que l’on revienne vous chercher.» Nous avait-il dit.

Nous étions les seuls occupants de la salle d’attente, notre rendez-vous était fixé à quatorze heures, mais comme à l’habitude, il fallait attendre, encore et toujours.

Le professeur B, avec lequel nous devions avoir cet entretien, était un homme grand, légèrement grisonnant, et son visage était sans expression. Il nous invita à nous asseoir dans son bureau, resta un moment silencieux, puis nous demanda à notre grand étonnement ce que nous attendions de lui.

J’avais très envie de lui dire sur le ton de la plaisanterie que j’étais venu acheter des choux, mais je me retins. Je lui expliquai donc en deux mots le scanner qui avait montré la présence d’une tumeur à la hanche, et la démarche du CAC de l’espoir, qui m’avait conduit ici. Je n’eus pas plus de réactions, pas plus de paroles. L’homme semblait embarrassé, il tapotait sur son écran d’ordinateur pour avoir une certaine contenance, mais j’étais sûr qu’il ne savait pas où chercher.

En dix ans de maladie, et de confrontations avec le monde médical, c’était la première fois que nous nous trouvions devant un tel scénario.

« Patientez deux secondes, je vais voir si j’ai reçu un courrier. »

Outrés de vivre la scène, nous nous sentions comme des individus de moindre importance.

Après quelques minutes d’attente, il professeur B refit son apparition.

« Je n’ai dû recevoir le courrier que ce matin. »

« J’avais la certitude qu’il mentait, parce-que c’était justement à la suite d’une lettre du centre antidouleur du CAC de l’espoir, que le rendez-vous avait été convenu. 

« Ah j’y suis maintenant ! »

Ah j’y suis maintenant, trahissait le mensonge.

A présent qu’il avait les coordonnées de mon dossier, il eut son accès par intranet.

« Deux solutions étaient possibles. Il tourna son écran pour nous montrer l’image de ma hanche. Nous aurions pu injecter du ciment dans l’os de la jambe, mais la tumeur se situe juste sur la périphérie de la tête du fémur, aussi une fuite du produit étant une quasi-certitude, l’incident aurait pour conséquence de vous bloquer irrémédiablement l’articulation, vous privant ainsi de marcher. »

« Donc on abandonne cette solution? »

« Je le regrette mais oui ! »

« L’autre solution serait de scier la partie haute du fémur, et de la remplacer par une prothèse. »

Cette solution de m’enchantait guère, j’y étais même formellement opposé.

« Souffrez-vous beaucoup de la hanche ? »

« Je sens qu’à cette endroit il se passe quelques choses, mais rien qui puisse m’affecter dans mes déplacements. »

« Justement il serait ridicule de tenter une opération lourde, alors que je vous sens terriblement fatigué. Le risque serait plus important que les bénéfices. Je vous propose donc de ne rien faire du tout. »

« J’acquiesçai de la tête. »

« Sauf un changement de situation, il sera inutile de revenir nous voir. »

L’homme se leva, nous raccompagna, prit congé de nous, puis referma la porte de son bureau, nous laissant comme deux ronds de frites, dans le couloir.   

Et voilà notre voyage à Nantes s’achevait, et le déplacement avait été bien inutile.

Terriblement frustrés, presque écœurés, nous nous sentions encore une fois, rétrogradés au rang de simples numéros.

Comment ne pas éprouver de la colère. Il aurait suffi au professeur B de donner son point de vue à madame Q, nous aurions été informés par elle de la situation, nous évitant ainsi d’être ballotés d’un endroit à l’autre.

Nous retournâmes à l’accueil pour prévenir le service des ambulances, de venir nous chercher, puis nous nous installâmes dans le hall d’entrée.  

L’attente était longue, très longue alors qu’on nous avait certifié de la présence d’un véhicule dans notre environnement. J’avais eu le temps de faire deux grilles de mots fléchés, et Chantal de lire pas mal de pages de son livre, lorsqu’elle décida de téléphoner aux enfants pour leur donner de nos nouvelles.

J’étais en train de perdre patience, et je fermais les yeux, la tête appuyé sur le mur, lorsqu’elle m’aborda pour me dire que notre chauffeur était arrivé. En fait c’était le même qu’à l’aller, il y avait plus d’une demi-heure qu’il était dans sa voiture à poiroter, personne ne lui avait signalé la fin de notre visite. Le destin avait prévu que cette journée, serait un sale moment à vivre, il avait bien réussi son coup.   

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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