Un semblant de sérénité

 

chemin de séréntié

 

Alors que je m’apprêtais à reprendre ma place sur ma chaise, le manipulateur radio sortit de la zone interdite pour nous signaler que nous pouvions partir. J’avais attendu tellement longtemps qu’il n’y avait plus de doute possible dans mon esprit, une nouvelle catastrophe allait me tomber sur le coin de la figure.

Cette pensée me hanta l’esprit tout le long du voyage de retour.

Lorsque la voiture franchit l’ouverture du garage et que je m’installai devant mon ordinateur, je recouvrai de nouveau un semblant de sérénité.

J’avais deux jours à vivre dans l’incertitude, plutôt que de m’engluer la tête de spéculations funestes, je tentais tant bien que mal d’appliquer ma doctrine : vivre le moment présent sans réfléchir au lendemain.

L’épée de Damoclès qui pendait au-dessus de ma tête ne tenait plus que par un fil, il fallait espérer que le fil soit assez solide pour me permettre de poursuivre ma route encore un petit moment.

Impossible pour moi de fuir mon prédateur, impossible non plus d’arrêter les aiguilles, je n’avais pas d’autres choix que d’affronter la réalité aussi cruelle soit-elle.

Paradoxalement, même si je n’avais pas très bien dormi,  les deux nuits qui avaient suivi mon examen au scanner n’avaient pas été peuplées de démons. Ce vendredi 22 août il fallait d’ailleurs se lever assez tôt, car mes deux rendez-vous étaient fixés en deuxième partie de matinée.  

Comme à toutes les fois que l’angoisse me tenaillait les entrailles, le voyage jusqu’à Nantes s’effectua dans le silence. Le CAC de l’espoir nous accueillait pour l’ixième fois, et pour l’ixième fois nous accomplirent les démarches administratives.

Le centre antidouleur était toujours aussi coloré et toujours empreint d’une indéfinissable quiétude. Nous étions les seuls ‘’invités’’ et j’espérais ne pas trop attendre.

Madame Q immergea soudainement de je ne sais quel endroit de l’établissement, puis nous invita à nous asseoir.

« Comment allez-vous depuis la dernière fois ? »

« Je vais plutôt bien, à part que je suis terriblement stressé d’attendre les résultats. »

« Vous pouvez vous rassurer immédiatement, car le scanner ne montre aucune évolution négative. »

D’un coup j’eus l’impression que mon corps se vidait de tous ses organes, et que j’allais flotter dans l’air comme une plume d’oiseau. Comme j’ai eu l’occasion de le dire mainte et mainte fois durant ces presque dix années de témoignage, j’avais la sensation d’assister à une nouvelle renaissance. Il y avait moins d’un quart d’heure que j’avais mis les pieds au  CAC de l’espoir, et voilà que j’étais déjà tranquillisé sur mon sort. Nul doute que le docteur Q venait de me faire un cadeau avant l’heure.

« Utilisez-vous toujours  le neurostimulateur transcutané pour assouplir les mouvements de votre coup et de vos épaules ? »

Je regardai Chantal avec un petit sourire en coin, je n’avais pas intérêt à mentir.

« J’avoue que ces derniers temps, j’ai ressenti un peu de lassitude à pratiquer tous les matins l’exercice que vous m’aviez préconisé, mais j’ai bien l’intention de recommencer. »

Le docteur Q ne fit aucune remarque concernant ma réponse.   

« Comment vous situez vous devant la douleur sur une échelle de 1 à 10 ? »

« Je dirais 3, aussi je voulais vous demander s’il était possible de diminuer la morphine ? »

« Bien sûr même au contraire, vous ne vous en porterez que mieux. Nous allons passer à 37 mcg/h et je vais vous prescrire de l’Oxynormoro pour soulagement immédiat, en cas de réveil ponctuel de la souffrance. »

« Mon sommeil est très agité, j’ai l’impression d’avoir toujours le cerveau en ébullition, difficile dans ce cas-là de ne pas être fatigué le matin. Et puis j’ai également très souvent les pieds complètement glacés, une sensation désagréable dont j’ai du mal à me débarrasser, même en enfilant deux paires de chaussettes de laine. »

« Votre thyroïde peut être la cause des deux phénomènes, sommeil difficile et pieds froids. Je vois d’après votre prise de sang que les résultats ne sont pas satisfaisants, vous êtes passé en hypothyroïdie. Nous allons changer une fois de plus votre traitement, mais il faut bien l’avouer avec votre pathologie et les médicaments qui vont avec, trouver le bon dosage de Lévotyrox pour stabiliser le taux de TSH s’avère une opération délicate. »  

J’en étais bien conscient car ce n’était pas la première fois que les médecins devaient intervenir dans ce domaine, mais j’avais l’impression que les symptômes s’intensifiaient de plus en plus.  

« Puis-je vous demander de me prescrire un collier cervical semi-rigide, car celui que j’ai en ma possession est un peu défraîchi »

« Vous n’utilisez plus votre collier rigide ? »

« Si comme vous me l’aviez conseillé la dernière fois, c’est-à-dire quand je fais des grands trajets en voiture. »

« Ok mais soyez vigilent quand-même ! »

J’acquiesçai en hochant de la tête.

« Bon je crois que nous avons fait le tour des questions, aurions-nous oublié quelques choses ? »

« Je pense que non. »

« Vous voyez le docteur R à présent ? »

« Oui. »

« Je me calquerai sur son prochain rendez-vous pour vous revoir. »

Madame Q se leva doucement de sa chaise, puis nous invita à regagner la porte d’entrée. Elle nous salua puis repartit vers d’autres horizons.

Il nous restait un petit peu de temps avant de rejoindre le service de consultation des oncologues. Nous décidâmes néanmoins de nous y rendre sans plus tarder.



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