Du grain à moudre

grain à moudre

 

« Parler à un sourd, c’est déranger l’une de nos activités volontaires la plus automatiques : le langage. Notre organisme supporte mal cette agression. C’est pourquoi, quel que soit notre gentillesse, inconsciemment, nous n’aimons pas les sourds, car ils perturbent en nous quelque chose de très profond”  -Claude Henri Chouard-

 

“Je suis tellement heureux lorsque je me promène dans les bois, parmi les arbres, les fleurs et les rochers. Personne n’aime la campagne autant que moi. Ici, la surdité ne me préoccupe plus.” -Ludwig Van Beethoven-

 

Le dimanche matin ressembla trait pour trait à la journée du samedi, avec peut-être un chouia de fatigue en moins. Il est vrai qu’avec pas loin de 36 heures de sommeil, mon organisme avait eu le temps de se régénérer.

Pourtant comme tous les jours à l’heure du petit déjeuner, mes mouvements à la marche étaient déséquilibrés, à l’instar d’un comportement de personne en état d’ivresse. Mon acuité auditive déficiente du moment en était certainement la cause, mais j’en n’avais pas la confirmation.

Mes tympans étaient fragiles, au point que je ressentais,  une violente douleur à chaque fois qu’un bruit très agressif transperçait subitement mon silence.

Sans que j’en aille la preuve, le panel de médicaments que j’ingurgitais à longueur de temps, pouvaient être responsable de certains problèmes de concentration, et parfois même de mémoire.

Ma chimiothérapie avait affecté considérablement mon appétit, mais pas simplement car elle dénaturait intensément le goût de la nourriture. Désormais me mettre à table ne me procurait que du déplaisir. Autre phénomène et pas les moindres, j’étais devenu hypersensible aux odeurs, celles de cuisine avaient le don particulier  de m’occasionner des nausées.    

J’étais condamné à rester toute la journée dans mes pantoufles, aussi à l’inverse de ma famille qui s’activait ardemment autour de moi à préparer le pique-nique du midi, j’exécutais chacun de mes  mouvements lentement et prudemment, à la manière d’un ai accroché sur sa branche.

Pas plus que la veille, je n’avais envie de passer sous la douche, pourtant mes sous-vêtements collaient inconfortablement à ma peau, j’avais l’impression de macérer dans ma transpiration, il fallait impérativement que je fasse preuve de courage, chaque geste me coûtant cependant le peu d’énergie dont je disposais encore.

La volonté est toujours récompensée, car débarrassé de mes impuretés, je me sentis renaître à la vie, comme si l’eau et le savon avaient gommé cette sensation de lourdeur physique si désagréablement ressenti au réveil.

Je n’étais pourtant pas totalement débarrassé de mon état fébrile, les antibiotiques commençaient à faire leurs effets mais il n’était pas question pour autant de reprendre une activité physique ‘’normale’’, compte-tenu d’une tension artérielle toujours anormalement basse.  

Une fois de plus mon lit semblait être le refuge idéale pour parer au mieux à tous mes maux, cependant différemment de la veille, je ne trouvai à aucun moment de la matinée le sommeil.

Ma surdité était comme un emprisonnement solitaire, mais la présence de mes proches rendait mon handicap relativement supportable, pourtant il fallut accepter l’instant où Chantal et ma fille allaient me quitter pour participer à cette cousinade organisée comme tous les ans, à la même époque.

A présent je m’imaginais interné dans un cachot enterré de vingt mètres sous le sol, sans lumière et sans même la présence d’un geôlier. Etrange sensation difficile à expliquer à une très grosse majorité de gens qui ne connaissaient pas, ou qui n’avaient jamais connu l’expérience, aussi je me gardai bien de faire part de mon état d’âme lorsque j’aperçus penché au-dessus de mon lit le visage de mon fils cadet mandaté par sa mère pour me surveiller.

Calvaire parmi les calvaires, il fallait faire honneur à un déjeuner que je me sentais incapable d’avaler, je renonçai donc  à me faire violence, mais plutôt que d’opter pour une autre solution de facilité, c’est-à-dire retourné me coucher,  j’entrepris de m’installer devant mon ordinateur. L’envie soudain de reprendre l’écriture était un signe encourageant, il fallait cultiver ce regain de courage, avant que la plante ne dépérisse à nouveau.

La grande aiguille de la pendule avait eu le temps de faire deux fois le tour du cadran, lorsque Romain m’annonça qu’il venait de recevoir un SMS de sa mère. Elle me proposait de venir me chercher pour terminer la journée avec les cousins.

Je n’obéis point à ma sagesse qui me conseillait de dire non, aussi moins d’une demi-heure plus tard j’étais habillé, prêt à grimper dans la voiture.

Moi qui aime avant tout la discrétion, je fus plutôt gêné de voir les yeux des convives braqués sur moi.

Le langage des uns ou des autres, n’était rien d’autre  que du charabia, aussi comme j’étais incapable de communiquer, beaucoup de mes interlocuteurs abandonnèrent l’effort de se faire comprendre. Je fus donc mis très vite en quarantaine. Heureusement ma fille s’étant installée à côté de moi, tenta régulièrement de briser mon isolement, en me rapportant haut et fort dans l’oreille la mieux réceptive, un bref résumé des conversations.  

Je ne dérogeais pas aux habitudes et acceptai de faire la balade longue de quelques kilomètres, seul au milieu de tout le monde, usant de ma volonté jusqu’à plus soif.

Une petite pause fut la bienvenue lorsque nous passâmes à la salle de sport assister partiellement au match de basket-ball de mon fils aîné, puis nous rejoignirent la cousinade. Mon fauteuil n’attendait plus que moi, pour que je m’écroule d’épuisement.

J’étais plutôt satisfait d’avoir obstinément résisté au malin et  d’avoir si vaillamment défié mon extrême faiblesse. Depuis que le destin m’avait chargé les épaules du poids considérable que représente un cancer, je n’avais de cesse de narguer  l’adversité. Dévorer la vie avant que ce soit la mort qui me dévore, voilà qui apportait du grain à moudre à mon moulin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



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