Triste privilège

triste privilège

L’homme ne peut pas rester indéfiniment sur terre, chacun de nous est bien conscient qu’il est mortel, triste privilège qui doit en effrayer plus d’un, mais qui cependant nous différencie des animaux. Lorsque l’on est jeune, et plus généralement en bonne santé, cette lugubre pensée ne nous traverse que très rarement l’esprit. Il n’en est pas de même lorsque le crabe vous enserre entre ses deux pinces, et que vous n’arrivez pas à le faire lâcher prise. La grande faucheuse hante alors régulièrement vos nuits, et vous pollue non moins régulièrement vos jours.

Depuis 10 ans que je me battais contre le mal absolu, au levé du lit, Chantal m’observait de la tête aux pieds, puis me fixait de nouveau le visage, en me posant la question rituelle.

« Comment vas-tu ce matin ? »

En fonction de ma réponse, la journée s’articulait d’une manière ou d’une autre.

Justement en ce mardi 30 septembre, j’arrivais à me tenir correctement debout, sans vaciller.

Doucement mais sûrement les antibiotiques faisaient leur effet, j’avais effectivement l’impression que mon état fiévreux voulait se dissiper. Cependant, mes oreilles continuaient de me trahir, en ne remplissant pas leur fonction. 

Le trajet vers l’hôpital devenait à son tour routinier, et le docteur M demeurerait fidèle au poste. Comme le vendredi précédant il procéda à l’aspiration des impuretés qui obstruaient les deux conduits auditifs, mais il ne pouvait pas faire grand-chose d’autre pour moi. L’audiogramme que j’avais passé lors de ma précédente visite  ne faisait que confirmer le diagnostic. Outre mes tympans brûlés par les rayons, et la perforation de celui de mon oreille droite, cause de ma forte surdité, il fallait rajouter la fatigue des deux nerfs auditifs, normale lorsque l’on atteint l’âge de 60 ans. Le menu était donc copieux et peu ragoutant. Le médecin ne se prononçait pas sur un délai précis concernant une très nette amélioration d’écoute, mais il osa avancer les chiffres de 12 à 16 mois.

J’entendais à peine le bruit du moteur de la voiture, mais je m’habituais nettement à l’intonation de voix de Chantal, ce qui n’était pas un mince plaisir. Au moins nous allions pouvoir recommencer à communiquer sinon normalement, du moins pour s’exprimer sur l’essentiel.

Si l’été avait été complètement pourri, le mois de septembre au contraire avait connu un ensoleillement remarquable et cette météo clémente semblait vouloir durer. A la faveur d’une amélioration de mon état de santé, je me sentais suffisamment solide pour reprendre des balades régulières, à condition d’être accompagné.

Je ne pouvais pas passer à côté de ‘’mon contrôle technique’’ trimestriel chez mon généraliste. Je ne pouvais pas me passer non plus de la présence de Chantal, qui ferait office d’intermédiaire entre moi et le docteur C.

Mes visites auraient pu être routinières, mais à chaque fois que je le rencontrais, j’arrivais avec une nouvelle pathologie. Cette fois j’étais sourd comme un pot, et il ne pouvait pas faire grand-chose d’autre, que ce qui avait été pratiqué jusqu’à maintenant. Il préconisa cependant de faire un prélèvement de ce liquide jaunâtre, pour analyse, afin d’adopter le bon antibiotique au traitement du problème.  Pour l’heure les oreilles étaient sèches,  il fallait donc revenir à un moment propice. 

A l’heure de prendre congé, me médecin me cria suffisamment fort dans les oreilles.

« Si je ne savais pas ce que vous avez, je vous trouverais plutôt en forme.»

Il se ravisa

« Non ! C’est justement parce-que je sais ce que vous avez que je vous trouve particulièrement en bonne forme. »

Il est vrai que mon cœur me laissait en paix depuis un bon moment, et j’osais espérer qu’il fasse preuve de sagesse le plus longtemps possible, car vivre sans ces arythmies cardiaques était synonyme pour moi de résider au paradis. 

Sans en savoir réellement la raison, mon traitement hypertenseur était revu à la baisse, et ce changement datait de la sale période, que j’avais passée en juillet.

Restait deux points noirs, mes problèmes thyroïdiens qu’aucun médecin ne parvenait à réguler, et les vomissements du matin, sans doute en raison d’une insuffisance rénale chronique et d’une pathologie là encore difficile à soigner.

Dans la nuit mes oreilles s’étaient remises à couler, mais je n’avais absolument pas envie de me pointer chez le médecin, pour qu’il effectue ce fameux prélèvement. J’en avais comme dirait l’autre, ras-le-bol. De toute façon il fallait que je patiente sagement dans mon lit, car une infirmière allait venir effectuer une prise de sang, dont les résultats permettraient ou non de faire ma piqûre de Xgeva le jour suivant.

Du 30 septembre au 21 octobre je n’avais pas eu moins de cinq rendez-vous avec différentes personnes du corps médical, j’espérais que la maladie m’accorde une pause bien méritée, mais rien n’était moins sûr. 



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