Ma bouée de sauvetage

ma bouée de sauvetage

« Comment allez-vous Joël ? »

« Comment vous dire ! Si j’étais globalement en très bonne santé, mais néanmoins narcissique, et légèrement hypocondriaque, j’arriverais dans votre cabinet en me plaignant du nez qui coule depuis deux jours, et d’un mal de tête me rendant la vie impossible. Je serais forcément plus malade que n’importe quel autre patient de la salle d’attente, et je  vous demanderais ensuite de faire le nécessaire pour me soigner au plus vite. Mais ce n’est pas le cas, compte-tenu de mon lourd passé médical, je me sens plutôt en bonne forme, et je ne suis ici que pour le renouvellement de mes médicaments. Tout le reste n’est que des broutilles auxquelles je m’accommode aisément, sans l’avis d’un médecin ! »   

Je me souvenais fort bien d’avoir tenu un tel langage lors d’une consultation chez mon généraliste, à une époque située entre 2006 et 2009, où scanner après scanner, je n’obtenais de la bouche de l’oncologue que des résultats rassurants, ce qui me permettaient non pas d’oublier la maladie, mais du moins de prendre pas mal de recul sur mes douloureux souvenirs, et de relativiser au sujet des quelques petits ennuis de santé anodins, qui pouvaient quelquefois m’affecter. Par rapport aux années cauchemars de 2004 et 2005, période durant laquelle je vivais l’enfer, tout en  ne misant pas cher sur ma peau, je menais à présent une existence, à peu près normale.  

Mais depuis beaucoup d’eau était passée sous le pont, ma rechute avec reprise par deux fois d’un traitement chimiothérapique, ma septicémie, ma cryoablation, l’extraction tumorale de mon bras gauche, l’ablation de ma surrénale droite, la seule qui me restait, puis la découverte des tumeurs osseuses aux cervicales, et sur la tête du fémur gauche.   

Forcément qu’en ce mardi 18 novembre, je ne montais pas dans la voiture totalement serein, c’était même plutôt l’inverse. Si mon esprit était chargé de sombres pensées, en revanche j’avais plutôt l’impression d’être en bonne forme. Quelques douleurs par ci par là me rappelaient de temps en temps que je n’étais pas une personne tout à fait comme les autres, mais dans les conditions d’une météo clémente, il m’arrivait parfois de reprendre mon bâton de marche, sans toutefois pouvoir quitter la ville, car mon cou après cinq séances de rayons intensifs, restait douloureux, et un peu raide. Je me sentais néanmoins l’envie de franchir le pas, car mes balades en campagne me manquaient terriblement, et Chantal n’était pas toujours disponible pour m’accompagner.

Témoigner c’est aussi souvent répéter la même chose, et donc comme la veille, le parking du centre était saturé, aussi fallait-il faire preuve de patience pour pouvoir se garer.

Avoir un cancer c’est dans le meilleur des cas espérer guérir, mais en ce qui me concerne c’est plutôt escompter survivre le plus longtemps possible. On a beau dire et beau faire, l’homme sait qu’il est mortel, mais il s’accroche à la vie coûte que coûte, et la faucheuse est une vilaine dame qui lui fait terriblement peur. Certes bien souvent j’étais sorti du CAC de l’espoir enivré par une joyeuse légèreté de l’esprit, mais bien des fois encore les larmes avaient remplacé les rires, et inéluctablement à force de prendre des coups de bâtons sur la tête, l’animal devenait de plus en plus craintif. Aussi je franchis l’entrée du hall d’accueil des nœuds au ventre, avec  la tentation de prendre mes jambes à mon cou, pour m’enfuir  le plus loin possible de mes pensées funestes, plutôt que d’appuyer sur le bouton d’appel de l’ascenseur.

Nous étions ni en retard, ni trop en avance. Chantal discutait avec un couple dont le mari était malade. La femme me paraissait terriblement stresser, de temps en temps elle s’épongeait discrètement le front, avec un petit mouchoir. Je ne participais guère à la conversation, car mes oreilles continuaient à me faire défaut, et quelques bribes des phrases échangées m’échappaient, au point que je finissais par ne plus rien comprendre.

Nos éphémères interlocuteurs furent appelés, nous restâmes donc seuls face à nos incertitudes, il ne restait plus qu’à prier pour que le destin m’accorde encore le droit de m’accrocher encore à la bouée.  



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