La légereté de la plume

la plume dans le vent

 

Quand on vit depuis dix ans avec un cancer, les opérations, les chimiothérapies, tous les problèmes annexes que la maladie vous a infligés,  sont autant de facteurs qui favorisent la déchéance du corps, et si l’on n’y prend pas garde celle aussi de l’esprit.

Au cours de cette décennie, j’ai appris à me connaître, j’ai surtout appris à ne pas m’écouter, pour tenter d’oublier le pire, afin de ne conserver que le meilleur. C’est au prix de cette gymnastique d’esprit compliquée, que mon existence n’a pas été totalement un enfer. J’ai su mettre de côté les mauvais moments, pour me focaliser que sur les bons. 

L’exercice n’est pas facile, je dirais même qu’il est des plus compliqués, mais je suis aussi parvenu à côtoyer mes démons en les regardant en face. Ainsi cette vilaine petite voie qui me susurre tous les matins à l’oreille : « Tu es bien trop fatigué pour te lever, l’activité physique ce n’est plus pour toi, reste au lit et rendors toi ! »

Quelle victoire sur l’adversité lorsque au moment où je l’ai décidé, je pose mes deux pieds parterre, pour narguer cet ennemi intime, qui cherche à me déstabiliser  à tout prix. Je sais que la matinée sera difficile, mais puisque tout est désormais compliqué,  je considère les barrières qui se dressent devant moi, comme autant de défis à affronter.

Je sais très bien que je ne suis pas le plus fort, mais j’ai le mérite de ne pas me rendre sans me battre, et j’espère avoir le plus longtemps possible suffisamment  d’énergie, pour gagner encore quelques batailles.

En ce dix-huit novembre, ce n’était pas mon organisme qui subissait l’assaut de différents ennuis liés aux effets secondaires des traitements, ou de la maladie elle-même, mais plutôt mon cerveau qui faisait front à des ondes négatives engendrées par la peur de l’incertitude des résultats d’examen.

La femme stressée mais en bonne santé qui s’inquiétait pour son mari en apparence beaucoup plus zen, sortit du cabinet de l’oncologue, suivie rapidement par son conjoint. Je n’osais pas regarder le couple qui prenait le chemin du départ, car j’avais pris l’habitude d’analyser le comportement des gens et d’instinct je lisais sur leur visage les bonnes ou les mauvaises nouvelles, aussi le cas échéant, je ne souhaitais pas me saper le moral.

Depuis le 28 mars de la même année je vivais sous morphine, et ses effets n’avaient pas qu’un faible impact sur la qualité de mon sommeil. Mon cerveau toujours en activité me donnait l’impression de ne pas fermer l’œil, et le matin je me levais souvent très fatigué, avec en prime tous les inconvénients que cela pouvait m’apporter.

Par contre je connaissais une période de répit exceptionnelle concernant les pénibles aléas de mon rythme cardiaque. Habituellement classé du côté des mauvais élèves mon cœur donnait l’impression d’emprunter la voix de la sagesse, et j’appréciais les bienfaits que cela me procurait.  

Du côté des intestins en revanche, après une durée de quelques mois de trêve, les diarrhées étaient réapparues aussi violente que lors de mes premiers traitements de chimiothérapie.  Outre de m’indisposer quelque peu, elles empoisonnaient l’aspect pratique de mon quotidien.

Malgré bien des inconvénients, je me sentais capable de mener une existence à peu près normale, du moins mentalement je m’en donnais la force.

Cette fois c’était la bonne, la secrétaire du docteur R nous faisait signe d’avancer, pour prendre place sur les chaises du couloir.

Sans doute ne se passa-t-il que quelques minutes, avant que la porte du cabinet ne s’ouvre, mais elles parurent interminables, pour mon corps et mon esprit complètement paralysés par le doute.

L’oncologue nous accueillit avec le sourire que je lui connaissais si bien, mais j’étais incapable de discerner si ce sourire était de bon augure.  

« Comment vous sentez vous depuis la dernière fois que nous nous sommes rencontrés ? »

« En super forme ! » Je répondis avec force, et détermination, avec aussi beaucoup exagération, sans doute pour chasser les mauvais esprits, un peu comme si j’avais frappé dans mes mains pour chasser les pies voleuses de mon jardin.

« Bon le résultat de votre scanner est plutôt encourageant, puisqu’il nous indique une stabilisation de la maladie, ce qui n’est déjà pas si mal ! »

A l’instar du courant électrique que l’on venait de rétablir après une coupure prolongée, mon corps et mon esprit en hibernation, se remirent en activité. La chape de plomb qui s’était abattu sur moi, quelques jours avant cette date fatidique, venait de s’envoler comme une plume emportée par le vent.

Libéré de cette emprise psychologique, j’étais en mesure de délier ma parole, et plutôt que de confirmer que tout allait bien, je fis la liste de tous mes petits soucis au quotidien.

Les gens qui sont en pleine santé, ne savent pas à quel point le malade se raccroche au moindre souffle d’espoir, la sensation de légèreté et de bienêtre que j’étais en train de vivre, ne peut être comprise que par un autre malade.

Je quittai le CAC de l’espoir avec la certitude de pouvoir passer les fêtes de fin d’année en toute quiétude, et ça ce n’était pas le moindre des cadeaux.

Début décembre arriverait l’échéance de ma dixième année de combat.     



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