La poignée de main

poignée de main

Malgré les bienfaits de la nourriture, j’avais l’impression qu’un essaim d’abeilles me tourbillonnait dans la tête, je savais que la crise était derrière moi, mais je savais aussi qu’il me faudrait le reste de la journée pour m’en remettre vraiment.

J’appréciais ce petit moment d’intimité que nous passions au milieu d’un semblant de nature, je tentai même de faire une petite sieste sans succès. 

J’étais plutôt pressé d’en finir, car l’incertitude était mon pire ennemi, celui qui  mentalement me déstabilise systématiquement, anéantissant ainsi les efforts surhumain que je devais accomplir, pour garder la tête hors de l’eau.

Comme à toutes les fois que je me retrouvais en situation d’inconfort, je souffrais du syndrome de la vessie hyperactive, j’avais une nouvelle envie impérieuse d’uriner, mais du coup, il n’y avait aucune raison pour que je  ne me retienne plus longtemps. Depuis mon réveil, cette maudite vessie ne m’avait pas laissé beaucoup en paix, mais j’en connaissais parfaitement bien la raison, sulfate de Baryum et stress ne faisaient pas bon ménage, aussi fallait-il que je prenne mon mal en patience, cet épisode fâcheux finirait bien à un moment ou à un autre, par se calmer. 

Nous avions pique-niqué tôt, car mon rendez-vous chez l’oncologue était fixé à douze heures quinze, aussi lorsque Chantal regarda sa montre, elle m’avisa qu’il était temps de regagner le centre médical.

Un fois de plus il fallait que j’emprunte le chemin pentu, une fois de plus mon souffle allait être mis à rude épreuve.  

L’ascenseur à reconnaissance vocale, nous achemina doucement et silencieusement au second étage, puis nous prîmes la direction du service des consultations.

C’était plutôt l’heure de déjeuner, que celle d’attendre une visite de médecin, aussi la salle d’attente était vide, et N la secrétaire de l’oncologue nous invita à rester assis dans le couloir. Le cliché encadré de la vallée du Lison attirait mon attention, je le connaissais sur toutes ses facettes, car il était accroché au mur depuis le tout premier jour de l’installation des médecins dans cette partie nouvelle du centre. Comme à chaque fois, je le fixais  avec insistance de manière à me libérer de mes pensées négatives, ce qui m’aidait par voie de conséquence à gérer au mieux mon stress. La méthode n’était pas toujours concluante, mais j’avais au moins le mérite d’essayer.     

Un jeune homme d’une trentaine d’années passa à proximité de moi, il allait rejoindre le cabinet de madame B, tenant dans ses mains l’enveloppe des clichés d’un scanner passé très probablement dans une autre clinique. Sa démarche n’était pas très assurée, sans doute était-il également inquiet de ce qu’il allait entendre. Je l’ignorais, et je ne le serais jamais, simplement j’éprouvais énormément de passion à son égard. Je trouvais le destin  injuste, car il frappait bien cruellement une personne à la fleur de l’âge, tandis que des milliers de vieillards attendaient douloureusement une mort qui ne voulait pas d’eux.

Il fallut une fois de plus que Chantal m’indique que notre tour était arrivé, car je n’avais pas entendu la porte du cabinet s’ouvrir. Comme à toutes les fois, j’étais accueilli par un sourire que je jugeais rassurant, car il ne me semblait très généreux.

Une fois assis nous passâmes aux questions routinières, suivies par des réponses pas plus originales. Le docteur R avait l’art et la manière sans doute involontaire de faire durer le suspense, car la seule chose qui m’importait c’était évidemment les conclusions de l’examen. Je pense qu’à force de voir des centaines de malade, les médecins restent totalement imperméables à leur état d’esprit. L’être humain est une machine complexe, et le travail des blouses blanches ressemble à celui du mécanicien, pas à celui d’un psychologue.  

Pourtant cette fois lorsqu’il m’annonça que tout allait bien, je détectai une sincère émotion à travers son regard. Il était content de pouvoir me donner de bonnes nouvelles, et je ne mettais aucunement en doute sa sincérité.  

Une satisfaction aussi démonstrative devait avoir une explication, et je n’avais pas l’intention de mener l’enquête.

Le docteur R vérifia que ma prise de sang dont il avait reçu les résultats la veille, ne comporte pas d’anomalies trop importantes, puis il m’établit l’ordonnance habituelle.

« Nous nous reverrons le 24 avril, mais ce sera simplement une visite de courtoisie. »

Nous passâmes ensuite tous les quatre dans la bureau de sa secrétaire, puis il me serra très très longuement la main avant de s’éclipser pour de bon. Un autre patient l’attendait après moi et il n’était pas encore venu le moment pour lui de passer à table.

 



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