Un  »Alien » dans l’oeil

oeil

Cet entretien dont l’issue heureuse me rendait aussi léger qu’une plume d’oiseau, ne marquait cependant pas un terme à notre visite au CAC de l’espoir. J’avais en effet rendez-vous au premier étage avec le docteur Q, spécialisée dans la gestion de la douleur. Il y avait un an que j’étais traité à la morphine, et de notre propre chef, nous avions Chantal et moi décidé de diminuer progressivement la dose, aussi fallait-il obtenir l’approbation du médecin. De plus nous avions aussi besoin de lui poser d’autres questions d’ordre pratique, sur la gestion du stress et sur celle de mon sommeil perturbé.

La visite chez l’oncologue n’avait pas duré plus de vingt minutes, aussi lorsque nous arrivâmes dans l’espace des soins de suite, nous fûmes à peine surpris de ne pas y rencontrer âme qui vive.

Pourtant sans qu’une heure précise n’eût été fixée, je devais m’entretenir avec madame Q aussitôt après avoir vu le docteur R. J’étais donc étonné  de constater la fermeture d’un service médical entre midi et deux heures, et tout aussi étonné qu’aucune secrétaire ne soit présente pour m’informer de ma prise en charge éventuelle. Nous étions fatigués, nous n’avions personne à qui nous adresser, et comme nous n’étions pas sûrs d’être attendus, nous décidâmes en commun accord de ne pas rester davantage en ce lieu,  nous prîmes donc la poudre d’escampette, sans éprouver le moindre remord.     

Tourner le dos au CAC de l’espoir avec des résultats encourageants, savoir que je n’y mettrais plus les pieds avant la fin avril, me rappelaient l’époque ou gamin après la distribution des prix, je sortais de l’école, l’air réjoui de penser aux deux longs mois d’été qui s’offraient à moi. En montant dans la voiture, je me sentis  dans ce même  état d’esprit.

Ma famille dans tout ça méritait bien elle aussi de se reposer nerveusement, car vivre à proximité d’un malade, partager ses doutes et ses peurs, sans pouvoir partager ses douleurs, étaient une épreuve peut-être plus difficile encore à supporter que celle du malade lui-même. Le sentiment d’impuissance crée en effet des émotions aussi désagréables que celles de l’agacement, de la frustration, de l’inquiétude et sans doute aussi du découragement.

Un bonheur n’arrivant jamais seul nous nous apprêtions donc à fêter l’anniversaire de ma fille autour d’une table dressée spécifiquement pour l’occasion. Pourtant en ce samedi 14 mars je n’étais pas en très grande forme.  Certes j’avais l’habitude de ces variations d’état de santé, mais cette fois les clignotants étaient au rouge. La trachéite et les 40° de fièvre n’étaient pas bien loin, je n’avais pas très envie de réitérer ‘’l’expérience’’. Je faisais en sorte de ne pas m’écouter, mais il fallait que je fasse un effort humain pour ne pas aller me coucher.

Je ne sais ni à quel moment du repas, ni pour quelle raison, naquit ce phénomène persistant faisant apparaître de nombreux petits points noirs dans le champ de vision de mon œil droit, mais je compris tout suite qu’il se passait quelques choses de pas trop catholique. Je mis cette anomalie sur le compte de mon extrême fatigue, car elle gagnait du terrain depuis que nous étions sur le point d’avaler le dessert. Je pris donc  l’initiative de m’allonger dans mon fauteuil, afin de ne pas faiblir davantage, dans l’espoir également de voir s’éloigner ce mystère.    

La nuit suivante la situation ne s’arrangea guère, car durant mon cycle de sommeil,  je subis comme c’était devenu la coutume, des perturbations de toutes sortes, altérant d’autant la qualité  de mon repos nocturne.

Condamné à vivre avec un organisme en perpétuelle souffrance, j’avais appris à ne pas trop m’apitoyer sur mon sort, aussi je refusai d’annuler le programme établi pour ce dimanche 15 mars, à savoir se rendre à la porte ouverte des carnavaliers, et ensuite assister à une exposition de peinture organisée non loin de là. Le challenge n’était pas facile à réaliser, je sentais mas jambes flageolantes, et surtout ma vue s’était considérablement aggravée.

La rudesse de la maladie m’avait appris à être optimiste, un trait essentiel dans mon caractère qui me permettait en tout état de cause de me maintenir en condition de survie, néanmoins je fus plutôt content de rentrer chez moi, et satisfait d’avoir pu maitriser un malaise naissant.

Pour l’heure les points noirs s’étaient transformés en une sorte de corps flottant, une figure géométrique indéfinissable floutée à l’intérieur, et noir en lisière, capable aussi de se déformer bizarrement, à chaque mouvement de l’œil. Difficile de vivre avec cet ‘’Alien’’  sans s’exaspérer, car ce défaut visuel était d’autant plus gênant, que j’avais tendance à me focaliser dessus.

Je voulais espérer que cette entrave ne soit qu’un épisode passager, et de toute manière j’avais rendez-vous avec mon généraliste en fin de semaine, aussi décidai-je de faire un travail sur moi-même, afin de patienter jusque-là.



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