Vie par procuration

vie par procuration

Un week-end en mai à Paris, et un séjour d’une semaine au bord de la mer en septembre, classaient l’année 2012 parmi les meilleures, depuis que j’étais tombé entre les griffes du malin. Ensuite les rouages de la machine s’étaient une nouvelle fois enraillés.

J’avais sciemment choisi  de procéder à l’extraction de la petite tumeur de 10mm située au niveau de mon épaule gauche, ainsi qu’à la cryoablation de celle nichée dans mon thorax à proximité du nerf sympathique, mais c’était d’après les médecins pour la bonne cause. Ces deux petites interventions n’avaient d’ailleurs pas trop perturbé mes projets du moins jusqu’à ce mois de juillet de la même année, où le docteur D du CHU de Nantes m’annonça que tout était à recommencer.    

La semaine que nous avions prévu de résider sur l’île de Ré, fut donc à remettre aux calendes grecques, l’urgence étant de passer une nouvelle fois sur la table d’opération, pour l’ablation de la surrénale droite, la seule qui me restait.   

La dégradation de mon état de santé nous interdisant la moindre escapade, nous n’eûmes pas d’autres choix après cette intervention chirurgicale très compliquée de rester cloîtré à la maison, en espérant des jours meilleurs.  

Ceux qui n’ont pas traversé une telle épreuve, ne peuvent pas comprendre à tel point il est frustrant de vivre sa vie par procuration, et en effet c’était bien le cas. Nous observions les faits et gestes de notre entourage, comme celui de partir en vacances par exemple, et notre seule issue était d’attendre leur retour pour partager avec eux leurs souvenirs.

Pourtant en dépit de tous ces obstacles,  la situation s’améliorait doucement, et en faveur de ce week-end exceptionnel du 21 et 22 mars, marées du siècle obliges, nous avions accepté l’invitation de mes cousins à passer  ces deux journées en leur compagnie. Ce n’était pas le voyage en Amérique mais pour nous respirer les embruns marins après des mois d’enfermement, valaient son pesant d’or.  

« Il n’y a pas de traitement à proprement dit pour soigner un décollement du vitré, néanmoins il faut boire énormément et veiller donc à ne jamais être en état de déshydratation, je vous conseille vivement de vous reposer autant que faire se peut, et évitez de faire de la voiture, car les secousses ne sont pas très appropriés pour l’hémorragie. »

« Nous devions aller à la mer ce week-end, ça veut dire que nous allons devoir rester chez nous ? »

Madame H hocha de la tête en signe d’assentiment. « Je suis vraiment désolée ! » 

Et voilà qu’en deux temps trois mouvements, l’ophtalmologiste venait de ruiner cruellement notre plaisir.  

Fallait-il en pleurer, fallait-il en rire, l’injustice était tellement révoltante. Après cette révélation pour le moins inopportune, je me sentais comme abasourdi. Nous traversâmes les couloirs et le parking de la clinique sans échanger un mot. Le coup était rude, les larmes de la colère n’étaient pas bien loin de couler.  

Malgré mon œil légèrement voilé, et mes difficultés auditives, nous avions eu une semaine culturelle intense, la seule activité que nous nous accordions encore de faire, sans nuire à ma santé, en tout cas c’était ce que nous pensions.

En ce vendredi 20 mars nous étions une nouvelle fois de spectacle, et cette fois notre fille était de la partie, aussi après notre départ de la clinique, nous nous dirigeâmes à son adresse, pour aller la chercher.  

Elle écouta attentivement le bilan de l’intervention médicale, et donna ensuite son avis.

Nous avions réagi de manière épidermique, nous avions besoin de prendre du recul, afin de réfléchir  sereinement à la situation. Fallait-il suivre aveuglément  si je puis dire, les recommandations de madame H, ou bien fallait-il entrer en dissidence, tout en mesurant les conséquences de notre décision.

Cela valait la peine de braver un danger peut-être minime, car l’enjeu en valait la chandelle. Les bienfaits de cette escapade sur notre mental étaient indéniables, contrarier nos projets  risquait de provoquer de fâcheux effets inverses.

Après mûre réflexion, je pris la décision de me passer de la séance théâtrale afin de me coucher de très bonne heure, car nous allions partir le lendemain matin selon le plan établi. En contrepartie je renoncerai à mes sorties en campagne pour le reste de la semaine. Les dés étaient jetés, advienne que pourra.



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