Des bruits agressifs

cornet

La vie est injuste, il faut s’y habituer au risque sinon de se pourrir l’existence. Ressentir de la rancœur devant cet état de fait ne résout rien, au contraire ça vous bouffe de l’énergie en rendant plus difficile encore les épreuves. Cette même rancœur est un poison mortel qui masque tous les bons côtés des choses, elle est aussi un frein à la difficile accession vers un semblant de stabilité.

Il y a toujours pire situation que la sienne, et n’oublions pas que la chance est volatile, ceux qui en bénéficient un jour, seront peut-être amenés à en payer le prix le lendemain.

Fort de ce constat, plutôt que de m’apitoyer sur mon sort, je poursuis mon chemin épineux, en faisant de mes obstacles ma solidité mentale, et en évitant autant que faire se peut de regarder chez le voisin.

Je ne dis pas que c’est facile, je ne dis pas qu’il ne m’arrive pas d’avoir des failles, mais lorsque tangue le bateau, je m’acharne à revenir le plus vite possible vers cette philosophie.

Le cancer et ses pathologies satellites continuaient de faire de moi leur pantin, et il n’y avait aucune raison pour que cela ne change.

L’appréhension  est un sentiment qui m’est que trop familier, et justement à ‘’entendre’’ les témoignages des uns et des autres, me faire appareiller les oreilles ne garantissait pas un résultat probant, aussi je priais pour que ce rendez-vous du samedi 9 mai soit malgré tout la solution de dernier recours.

Nous retrouvâmes donc l’audioprothésiste un tout petit peu plus d’un mois après avoir pris congé d’elle. Je reconnaissais son sourire, sa disponibilité et ses compétences, j’avais d’ailleurs l’impression de la revoir comme une vieille amie.

Elle procéda d’abord par un test oral, qui consistait à prononcer des mots de vocabulaire de plus en plus bas, mots que je devais lui répéter. J’ignorais si j’avais brillé à l’épreuve, et elle se garda bien de me le dire.

Puis vint l’instant crucial, le retour ou non à un confort de vie dépendait du degré d’efficacité de deux petits appareils qu’elle s’apprêtait à m’installer derrières les oreilles.

« Il ne faut pas penser que cela restitue une audition normale, un système électronique ne redonne pas la qualité d’écoute de nos 20 ans, mais je suis très optimiste quant aux résultats. Il ne faut oublier non plus que vous n’avez pas attendu trop longtemps avant de franchir notre porte, aussi l’adaptation ne devrait pas poser trop de problèmes. »

L’un des embouts moulés à mes mesures s’introduisit parfaitement dans le conduit auditif de mon oreille gauche, et l’autre tout aussi précisément dans celle de droite, les deux petits appareils furent placés simultanément derrière mes oreilles.

En l’espace d’un éclair toutes les pensées qui m’avaient taraudé l’esprit durant les trois derniers mois me revinrent à la mémoire.

Je ne niais pas ma perte auditive, car c’était une évidence, et je savais que je n’étais pas tout seul au monde à affronter ce problème, cependant j’avais eu une période d’hésitation avant de franchir le pas. Franchir le pas ne voulait pas dire ne pas se poser de questions, comme celle de la gêne éventuelle d’un corps étranger dans et derrière l’oreille. J’avais peur également d’être déçu par rapport à mes attentes exigeantes, et ce n’était pas les différents témoignages, que j’avais pu récolter de ci de là qui pouvaient me réconforter dans mes incertitudes.

En dix et presque six mois de maladie, j’avais encaissé pas mal de déboires, et plus encore pas mal de nouvelles tragiques, mais comme toutes les choses de la vie ne sont pas totalement négatives, j’avais été aussi réconforté par de bons résultats que j’avais reçu à chaque fois comme autant de renaissances.

Cette fois encore la science faisait des miracles, car elle m’extirpait comme par magie d’un isolement qui ne m’avait pas semblé jusqu’alors aussi profond que ça. J’étais en train de me rendre compte à quel point j’étais dans l’erreur. C’était comme si en effet on venait de monter brutalement le son d’une radio.

L’audioprothésiste ne fut pas surprise de ma réaction pour le moins excessive, à l’inverse de Chantal qui n’eut pas besoin de longs discours pour comprendre que la partie était gagnée.

Les bruits  devenant de plus en plus feutrés, j’avais finis par oublier, me concentrant davantage sur les conversations que j’étais encore en mesure de capter. Cette fois ces mêmes bruits me revenaient à la mémoire de manière agressive, et il semblait que cette agressivité soit normale, en attendant que le cerveau se réhabitue.

Il fallait à présent recommencer le test oral, et cette fois j’étais en mesure de répéter ce que j’avais clairement entendu, la note était bien meilleure que la première, et j’en étais ravi.



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