La patience ou l’art de se maîtriser

 

 

 

 

 

la patience

 

L’humanité toute entière est capable du pire comme du meilleur. L’homme occupe son temps à survivre, boire, manger, mais il sait aussi  aimer, haïr, lutter. Il aspire également à donner un sens à sa  vie, cependant il épuise  toute son énergie à avoir peur de la mort, à l’ignorer, à essayer de la retarder, voir même à tenter de l’arrêter.

Pourtant que savons-nous de la mort ?

Que personne n’est réapparu. 

Tôt ou tard pour une raison ou pour une autre, notre esprit dépassera nos désirs et nos obsessions, alors nos habitudes survivront à notre rêve.

Et quand en plus, le poids de la solitude et du chagrin creusera de profonds sillons en nous, la mort sera alors peut-être un cadeau.

Pensons-y malgré nos frayeurs !

                                                                                                                             J Gautier 28/07/15

 

Nous retrouvâmes donc  la salle d’attente que nous avions quittée quelques instants plus tôt. La lecture du CD n’ayant pas été possible, le radiologue n’avait pas eu d’éléments comparatifs pour parfaire son analyse. Que le cancer ne se soit pas propagé à d’autres organes étaient plutôt bon signe, mais j’étais à peine rassuré concernant mes tumeurs osseuses.

Le médecin devait vérifier mes cervicales, mais vérifier quoi puisque l’exploration radiologique s’était limitée au thorax abdomen pelvis.

Comme j’en avais eu la quasi-certitude, la secrétaire nous remit les clichés sans que le radiologue ne m’apporte de vive voix d’autres commentaires. Nous quittâmes donc les lieux, l’esprit en demi-teinte, pour rejoindre ensuite le CAC de l’espoir.

Nous arrivâmes à bon port moins de dix minutes plus tard, il était l’heure de déjeuner, et nous avions beaucoup de temps à tuer, avant de rallier le service des consultations, mon rendez-vous étant fixé à seize heures quarante-cinq.

Le soleil nous accompagnait depuis le matin, et je trouvais plutôt sympa de pouvoir piqueniquer, sur l’herbe à l’ombre d’un chêne. Malgré le manque total de précision concernant ce scanner, au fil du temps mes muscles semblaient se relâcher. Je n’étais pas totalement serin, en revanche mes pensées évoluaient positivement, j’avais en effet bon espoir d’entendre de la bouche de l’oncologue, un diagnostic tout à fait rassurant.   

Nous écourtâmes notre sieste, car dans la voiture nous étions comme dans une étuve, et d’ailleurs à travers le pare brise le soleil avait encore frappé, mon bras droit ressemblait à une écrevisse, au sortir de sa cuisson.

Nous décidâmes d’aller marcher sur le petit chemin ombragé qui conduisait à l’autre bout de l’immense ensemble hospitalier, puis nous aperçûmes un banc qui ne demandait qu’à être utilisé.  La dureté de l’assise malmenant ma hanche, nous ne pûmes y demeurer trop longtemps.   

Finalement nous n’eûmes pas d’autres solutions que d’élire domicile sur les fauteuils un peu plus douillet du hall d’accueil.

La patience est l’art de se maîtriser, dans ce domaine avec un peu plus de dix ans d’expérience, nous commencions à en connaître un rayon.

Le paquet de feuilles de mots fléchés que j’avais à ma disposition avait de beaux moments à vivre avant qu’il ne soit remisé dans notre sac,  j’avais en effet quasiment trois heures devant moi pour remplir sans doute beaucoup de ses cases.  Chantal de son côté continuait de dévorer les pages d’un livre qu’elle avait emporté le matin même avec elle.

Pratiquer de la gymnastique d’esprit, ne me mettait pas à l’abri des effets encore actifs de la Mirtazapine, à savoir que je luttais corps et âme contre le sommeil. De guerre lasse, je finis par abandonner mon jeu, et je fermai les yeux pour soulager des paupières décidément bien lourdes.  Je n’avais pas d’appui tête, aussi ma situation devint très vite inconfortable. Je n’eus pas d’autres choix que de lutter contre ce besoin de sommeil, je trompais donc mon ennui  en observant les allers et venues des patients de leurs accompagnants et du personnel en tous genres. Il faut dire qu’en ce domaine il y avait de quoi se distraire, car je me situais dans un environnement en agitation  permanente.

Tout vient à point nommé qui sait attendre, et la pendule du hall d’entrée finit par nous indiquer qu’il était temps de rejoindre l’ascenseur.   

Deux étages plus hauts le couloir en terrasse surplombait le grand hall d’entrée qui continuait d’accueillir son flot de ‘’visiteurs’’.  La place, que nous avions occupé une partie de l’après-midi, était déjà prise, et certains malades continuaient à rejoindre les guichets pour faire enregistrer leur arrivée.

Lors de ma dernière visite, l’oncologue avait eu pas moins d’une heure de retard dans ses consultations, et j’espérais que cette fois il n’en soit pas ainsi. Fort heureusement N la secrétaire de l’oncologue nous rassura. Effectivement peu de temps après que nous nous fûmes installés dans la salle d’attente, N nous invita à rejoindre le couloir, et à nous asseoir face à la désormais célèbre photo de la vallée du Lison.    

J’étais plongé dans mes pensées lorsque la porte du médecin s’ouvrit.  Celui-ci apparut avec son sourire légendaire, et d’un signe il nous pria d’entrer dans son bureau.

D’emblée il remarqua mes prothèses auditives et ne manqua pas de me le faire remarquer. 

« Alors dîtes-moi  ces appareils, est-ce que vous vous sentez bien avec ? »

Je ne pouvais évidement qu’attester.

« Bon j’ai vu votre scanner, il est bon, et nous pouvons nous en réjouir ! »

Je voulus lui répondre par l’affirmative, mais il ne m’en donna pas le temps.

« Inutile de vous demander si vous allez-bien, car je peux le constater par moi-même. Avez-vous néanmoins quelque chose à me dire ? »

Je luis touchai deux mots sur mes rougeurs permanentes du visage, et sur les problèmes que je rencontrais avec le soleil, mais il semblait guère préoccupé par un sujet qui ne touchait pas à son domaine, aussi je ne poursuivis pas davantage mes explications.

Il y avait aussi mes cervicales pour lesquelles l’examen semblait incomplet, mais là encore je préférai passer  la question sous silence.

J’avais une faveur à lui demander, celle de ne pas me fixer un rendez-vous en août. Il répondit favorablement à ma requête puisqu’il me proposa même de ne revenir que le quinze septembre.  

Nexavar, Sutent, et à présent Votrient, avaient  malmenés mon corps durant ces dix dernière années par leurs effets secondaires, cependant en dehors d’une diarrhée  bien délicate à soigner, je ne ressentais à présent que très rarement d’autres symptômes liés au traitement, aussi n’avais-je pas besoin de me faire prescrire autre chose, que mon traitement anticancéreux de rigueur.

Nous avions attendu bien longtemps une consultation qui n’avait duré que quelques minutes, mais c’était plutôt un bon signe, et il fallait s’en réjouir.

N la secrétaire du docteur R étant devenue  quasiment  une ‘’amie’’, se félicita ouvertement de constater  que tout allait bien pour moi.

Nous parlâmes ensuite de différents sujets, et notamment de son départ à la retraite, qui n’aurait lieu que d’ici quelques années.

J’avais l’habitude de la répartie, non pas pour faire le malin, mais plutôt pour masquer ma sensibilité et ma fragilité face à la maladie, aussi ne pus –je m’empêcher d’intervenir autrement que sur le ton de la plaisanterie.

« Si ça continue comme cela, je serais en mesure de vous voir quitter votre poste pour de bon ! »

« C’est tout le mal que je vous souhaite monsieur Gautier ! »

Feuilles d’ordonnances et de prochaine convocation en poche, nous sortîmes en ayant pris soin d’espérer pour elle de bonnes vacances.

Depuis plus de 10 ans, nous approchions probablement de notre 100ème visite au CAC de l’espoir, mais comme à chaque fois j’éprouvais un réellement soulagement à lui tourner le dos, un peu comme si j’y laissais la partie effrayante de moi-même.

Nous arrivâmes une fois de plus à une heure bien avancée de la soirée, pourtant la communication faisant partie de ma stratégie de lutte, je n’attendis pas le lendemain pour donner de mes nouvelles à mon entourage.

Courriel du 23 juin 2015

 

De tous les combats, garder l’espoir est la plus grande et la plus difficile victoire que je puisse remporter contre l’adversité.

Journée stressante, longue, et ennuyeuse, au programme mon 49ème scanner que je dois aller passer au clinique de A.

Le prochain portera le numéro 50, pas de quoi pavoiser, et encore moins de quoi faire péter les bouchons de champagne, quoique !

Dix ans de lutte peuvent donner l’espoir aux nouveaux malades qui  à l’annonce de leur maladie, seraient tenter de considérer leur mort pour le lendemain.

49ème scanner je disais donc, avec un rendez-vous d’examen fixé à 11h 15 et une rencontre ensuite avec le cancérologue à 16h 45.

Terrible est la peur à l’attente des résultats, mais cette fois encore je peux reprendre mon souffle, la maladie est stabilisée, il faut s’en contenter car le mot guérison ne sera jamais prononcé.

Merci à tous de votre amitié et de votre soutien



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