Le point d’ancrage des angoisses et des espérances

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Qu’on le veuille, ou qu’on ne le veuille pas, notre existence est ponctuée par des moments réjouissants, mais aussi par des  moments plus ou moins pénibles.

Une visite intermédiaire entre deux scanners n’était pas ce que l’on peut appeler une dure épreuve, mais comme balade dans la région nantaise, il y avait sûrement mieux à faire.

J’étais donc en train de méditer sur le sujet, lorsque N nous invita à rejoindre le couloir, pour nous asseoir entre son bureau et celui du médecin.

Contrairement à ce que nous avions pu espérer lors de notre arrivée, l’oncologue accusait une bonne heure de retard, et il était certain que nous allions devoir affronter les bouchons à notre retour.

N était décidément très disponible, ce qui expliquait sans doute sa décontraction, car les moments de récréation étaient pour elle aussi rares que des lingots d’or dans mon jardin, dix ans de visites régulières  m’avaient permis de m’en rendre compte.

Elle discutait à voix basse avec Chantal, je ne comprenais pas un traitre mot de ce qu’elles disaient, et je les abandonnai  donc à leurs échanges verbaux.

Au moment de reprendre ma lecture, mes yeux se rivèrent sur le mur, à l’endroit même où le cliché représentant la vallée du Lison était habituellement suspendu, il ne restait plus que le crochet.

J’avais besoin de satisfaire ma curiosité, je ne pus m’empêcher de poser la question du pourquoi, à N qui était toujours à nos côtés.

Quelqu’un était passé trop près du cadre, et en tombant sa vitre s’était fêlée. N attendait que les services administratifs viennent le chercher, pour qu’il soit réparé.

Je n’eus pas le temps de finir un chapitre de mon livre, que la porte de l’oncologue s’ouvrit, aussi fallut-il suspendre immédiatement ma lecture.

Nous eûmes droit au sourire habituel, et à des excuses pour son retard un peu trop important. J’étais malade, je pouvais comprendre aisément le besoin d’accorder un peu plus d’attention à certains patients.

A part mes problèmes intestinaux, les effets secondaires du Votrient n’étaient pas immédiatement visibles, je savais cependant qu’ils étaient en partie responsables de mes soucis d’oreilles, sans doute étaient-ils aussi responsables  de pas mal d’autres choses qui se révèleraient au fur et à mesure du temps.  En attendant comme mon organisme semblait relativement bien le supporter, le traitement  anti-angiogénique pouvait se poursuivre sous surveillance. La chimiothérapie est à la fois une amie, et une ennemie, je ne le savais que trop, mais de toute manière je n’avais guère le choix.

Maintes et maintes fois j’avais reculé le moment d’en parler à un médecin, mais cette fois je me jetai à l’eau. En effet je souffrais d’un œdème récurant depuis plusieurs mois déjà au niveau du coup, œdème qui n’était pas douloureux en soit, mais qui se révélait extrêmement gênant dans la vie de tous les jours. 

J’aurais aimé que le docteur R me  rassure sur le champ, mais les choses ne se passèrent pas ainsi. Il se leva et me demanda de me mettre le torse nu, puis commença à me palper de longues minutes. J’étais suffisamment à l’écoute de mon corps pour n’avoir rien remarqué de suspect, mais j’étais cependant loin d’être sûr de moi, aussi appréhendais-je ce que le médecin allait me dire. 

Je n’avais à priori rien d’anormal, mais il y avait sûrement une cause à mes problèmes, aussi le docteur R préféra-t-il  m’envoyer chez un angiologue, pour passer un doppler.

Nous sortîmes du cabinet pour rejoindre le bureau de la secrétaire après avoir reçu des mains du médecin ordonnance et prise de sang.

Je ne pouvais pas échapper à un prochain examen au scanner, et celui-ci était prévu pour le 30 octobre, restait à savoir si N allait pouvoir obtenir un créneau horaire, dans le planning chargé du service radiologie du centre.

Il était trop tard pour contacter qui que ce soit, N nous confirma donc que nous recevrions mes convocations par courrier. Je ne me faisais aucune illusion concernant le scanner, j’étais sûr que nous allions devoir nous rendre aux cliniques de A.

Le cadre de la Vallée du Lison était bien là,  posé sur le sol et  adossé au mur. Sa vitre souffrait effectivement  d’être changée. 

Pourquoi étais-je tant obnubilé par cette photo, sans doute parce qu’elle était le point d’ancrage à la fois de mes angoisses et de mes espérances. A chaque visite en ce lieu, et particulièrement lorsque j’étais en attente de résultats, mes yeux se fixaient sur ce cadre qui représentait la nature, la vie et donc aussi l’espoir.

 



Pas le temps de respirer

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Ainsi donc en moins de temps qu’il ne fallait pour le dire, nous avions rayé de notre emploi du temps, deux de nos sorties estivales prévues, sacrifiées toutes les deux sur l’autel des aléas malchanceux de la vie.

Compte-tenu de mes antécédents, on ne peut pas dire que cette prostatite m’avait fait souffrir outre-mesure, mais elle avait mis à mal mon énergie, énergie durement acquise, et qu’il fallait maintenir inéluctablement au plus haut.

Je voulais ainsi conserver toutes mes forces restantes, afin d’accomplir l’ultime projet établi par ma famille pour cette fin d’été, à savoir un voyage à Versailles.

La motivation était assez forte pour que mon esprit aille à contrecourant de mon organisme exprimant pourtant  haut et fort  sa lassitude.

Outre une énième prise de sang, et des analyses d’urine, je ne sais pas par quel miracle, mais rien de fâcheux m’arriva de plus, durant cette période qui précéda notre escapade. Aussi ce n’est pas sans plaisir, qu’en ce matin du 11 septembre 2015, je montai dans la voiture pour m’éloigner l’espace d’un temps de mes préoccupations quotidiennes.

On ne peut pas dire que le séjour ce soit mal passé, bien au contraire, mais le temps pluvieux s’était imposé sans qu’on l’ait convié. Je ne revins pas sans une petite pointe de nostalgie, mais j’avais des souvenirs pleins les yeux, et j’étais possesseur de quelques 450 photos, qu’il  me faudrait difficilement sélectionner, pour conserver l’empreinte la plus fidèle  de ce séjour.

Je n’avais guère eu le temps de respirer, lorsque le mardi 15 septembre 2015, nous remontâmes dans la voiture, cette fois pour nous rendre dans un endroit que je connaissais trop bien,  le CAC de l’espoir.

Malgré l’heure tardive le parking était encore assez plein, néanmoins nous trouvâmes de la place, en évitant de nous garer sur le seul emplacement pour personne à mobilité réduite restant.

L’enregistrement de mon arrivée fût rapide, et nous montâmes de suite rejoindre le second étage.

N, la secrétaire de l’oncologue s’affairait à photocopier une pile de documents, elle se retourna à notre approche, nous reconnut immédiatement, et ne manqua pas de nous exprimer sa sympathie.

Les vacances étaient derrière elle, mais elle avait fait le plein d’énergie, et sa bonne humeur était à ne point en douter très communicative.

J’avais laissé mes mots fléchés à la maison, au profit d’un bon roman. Nous nous installâmes sur notre banquette, deux patients devaient encore passer avant moi.  

La lecture ne manquait pas de nourrir ma patience, lorsque N vint nous rejoindre pour la seconde fois.

« Vous y voyez quelque-chose plongés dans cette pénombre ? »

Il est vrai que les lumières censées nous éclairer montraient quelques signes de faiblesse.

« Allez-vous installer dans le box d’à côté, vous serez beaucoup mieux. »

Nous nous exécutâmes immédiatement, et constatâmes effectivement que l’endroit était plus adapté à nos yeux.

La conversation se poursuivit entre Chantal et N, mes appareils auditifs avaient leurs limites, je ne comprenais guère leurs chuchotements, j’abandonnai donc rapidement la partie, et replongeai dans ma lecture, à l’endroit où je l’avais laissée.  

Elles furent interrompues par un ambulancier qui n’était manifestement pas content d’un problème administratif non résolu, il menaçait de faire payer sa cliente.

« Alors là monsieur non ! Je ne rentre pas dans ce petit jeu, vous avez de la chance d’avoir la santé. »

N avait porté le son de sa voix suffisamment haut, pour que je comprenne mot pour mot ce qu’elle venait de balancer à son interlocuteur. L’homme resta pantois et fila son chemin, à la recherche d’une solution fortement improbable à cette heure avancée de la journée.

N était un petit bout de femme qui venait de montrer qu’elle n’était pas de celles qui se laissaient facilement impressionner. L’incident ne l’avait donc en aucune façon déstabilisée, elle nous laissa cependant à nos occupations, pour regagner ensuite son bureau.

Faisant l’apologie en détail des qualités de soins apportées aux patients en ce lieu,  un court reportage passait en boucle, sur un large écran de télévision accroché au mur. Je connaissais le sujet du film sur le bout des doigts, mais je ne pouvais pas m’empêcher de le regarder en même temps que mes yeux  fixaient régulièrement sur ce même écran l’ordre d’arrivée des malades, en espérant que mon numéro s’affiche enfin.

 

 

 

 

 

 



Soigner son optimisme

Citation-sur-optimiste-Citation-sur-la-vie

Je ne supporte pas les gens qui se plaignent. Or il n’y a que ça sur cette terre. C’est pourquoi j’ai un problème avec les gens.

Dans le passé, j’aurais eu maintes et maintes occasions de me lamenter sur mon sort, mais j’ai toujours résisté à ce qui a transformé le monde en un immense pleurnichoir.

La seule chose qui nous sépare des animaux finalement, ce n’est pas la conscience qu’on leur refuse bêtement, mais cette tendance à l’auto-apitoiement qui tire l’humanité vers le bas. Comment peut-on y laisser libre cours, alors que dehors, nous appelle la nature, le soleil et la terre.

                                                                 

                                                                                             Franz-Olivier Giesbert

                                                                                                               

L’agenda des mois de juillet et août était vide de tous rendez-vous médicaux, j’avais du mal à le croire, restait maintenant à espérer qu’un grain de sable ne vienne pas mettre en péril les quatre petits projets d’évasion que nous avions établis, pour profiter des quelques semaines du bel été à venir.

Ce n’était pas tout à fait exact de prétendre que le mois de juillet et août allaient se passer loin des préoccupations de la maladie, car j’avais oublié qu’une infirmière à domicile devait venir me prélever un peu de mon sang, pour effectuer le lendemain, c’est-à-dire le 14 août au matin, ma piqure de Xgeva.

De plus de nos quatre fameuses petite escapades, l’une d’entre elle devait déjà être annulée, non pas en raison de ma maladie, mais à cause d’un petit contretemps d’ordre privé.

Bien que le grain de sable tant redouté vint  coincer par la suite les rouages de la machine, il ne serait pas honnête de ma part de signaler à mes lecteur que ma petite escapade de trois jours en Bretagne put se réaliser, et compte-tenu de mes conditions de vie, cela n’était pas si mal.

Nous étions encore loin de mon rendez-vous chez mon oncologue, et il nous restait suffisamment de temps pour confirmer nos autres projets.

Bien que je soignai mon optimisme, il fallait se rendre à l’évidence, mon corps était fatigué par la maladie, par les multiples opérations, par tous ces traitements, et mon mental ne suffisait pas toujours, à passer à travers les mailles du filet.

Justement en ce mardi 25 août alors que j’étais à peine remis de mon escapade chez  les bretons, je me sentis progressivement fébrile, ce qui me sembla ne pas être de bon augure.  Malgré tout je résistai tant bien que mal aux assauts d’un ennemi  qui n’allait pas tarder à être démasqué. Les frissons qui parcoururent mon organisme au moment du coucher, ne firent que confirmer mes craintes. Les douleurs au bas ventre, et les difficultés pour uriner s’amplifièrent, ce qui me permit de connaître un peu mieux mon adversaire.     

Avec un tel menu rien d’étonnant que le lendemain et le surlendemain, je dus garder le lit, du moins une grande partie des deux journées. Cependant j’hésitais à prendre un rendez-vous chez mon généraliste, car j’avais espoir d’une amélioration durant le weekend. En effet la fièvre était tombée, et la gêne éprouvée baissait progressivement d’intensité.

Mon entêtement à vouloir éviter à tout prix les médecins, ne fut pas suivi d’effets positifs, car le lundi 31 août alors que nous avions projeté de passer quelques jours au bord de la mer, nous dûmes abandonner cette idée, pour prendre le chemin du cabinet médical de mon généraliste.

Je suis amené à me persuader qu’une force supérieure s’acharne à me vouloir du mal, et je n’arrive pas à en savoir la raison. Il est difficile de se poser des questions et de ne pas avoir les réponses, et cette réalité me donne parfois la rage au ventre, me laissant ainsi un goût amer, tout en développant au plus profond de moi un sentiment de frustration.  

Mais bon ! Comme le dit si bien Franz Olivier Giesbert se plaindre ne fait guère avancer les choses, pire même il les envenime. Il ne faut pas oublier que d’autres connaissent des situations bien pires que la mienne, aussi faut-il relativiser le fait que la maladie me mette  parfois en situation d’handicap.

J’héritai d’une prostatite aigue, ce qui ne m’étonnait guère compte-tenu des symptômes que j’avais ressenti la semaine précédente. Le médecin me prescrivit donc une vingtaine de jours d’antibiotiques, une analyse de sang, une analyse d’urine, le programme était donné.

Tout comme  l’Amiodarone, la Norfloxacine était un médicament qui une fois absorbée, ne souffrait pas que le malade se mette au soleil. Son effet de photosensibilisation m’interdisait donc de sortir de chez moi, au risque d’endommager gravement ma peau par d’importantes  brulures, aussi fallait-il que je mette une croix sur mes balades journalières, en essayant de ne pas sombrer dans la mélancolie, en faisant preuve d’imagination pour trouver d’autres activités de substitution.

 



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