Sans matière à appréhension

sérénité

Nous avions donc quitté le CAC de l’espoir avec beaucoup de retard sur l’horaire, et comme prévu en rejoignant  le périphérique nantais,  nous nous étions noyés dans le tumulte d’un trafic routier on ne peut plus dense, en cette fin de journée. 

Le période estivale qui m’avait permis  d’écarter partiellement la maladie de mon esprit était derrière moi, à présent il fallait revenir à la triste réalité d’une situation qui n’avait aucune raison de changer.

Si mon histoire de malade atteint d’un cancer du rein était l’inspiratrice d’une série télévisée, cette nouvelle saison s’annonçait plus que prometteuse.

Outre mon rendez-vous du 24 septembre pour une échographie de la prostate déjà noté sur notre éphéméride,  je reçus dans les deux jours qui suivirent notre retour de Nantes, un courrier du CAC de l’espoir qui m’informait de la date de mon doppler, ainsi que de celle de mon prochain examen au scanner, à savoir le 29 septembre  pour la première,  et le 30 octobre pour la seconde.

De plus j’avais oublié qu’il était également convenu de revoir le 29 septembre mon ORL, des perspectives peu réjouissantes en vérité, qu’il me fallait pourtant assumer, en évitant de sombrer autant se faire que peut dans le découragement.  

Ce jeudi 24 septembre le soleil voilé de ce début d’automne n’était pas en mesure de réchauffer une atmosphère relativement fraîche. Le centre de radiologie vers lequel nous nous dirigions était géré par le docteur H, un lieu et un nom qui me rappelaient bien des mauvais souvenirs.

Ce n’était pas de gaîté de cœur que j’allais passer cet examen, mais je ne me sentais pas particulièrement stressé, en tout cas beaucoup moins que lorsqu’il s’agissait de subir un scanner.

La salle d’attente était quasiment vide en ce début de matinée, aussi je fus invité très vite à rejoindre l’endroit où l’examen devait avoir lieu.

Une assistante m’avait demandé de me déshabiller et de m’allonger sur la table, un médecin au patronyme inconnu, mais dont le visage me disait tout de même quelque-chose, s’installa à côté de moi sans me saluer. Il m’ordonna de me coucher sur le côté gauche puis il m’enduisit l’abdomen de gel conducteur, et commença l’examen. L’homme était peu loquace, j’entendais seulement les bips répétés de la machine, et le cliquetis régulier des touches et boutons de son clavier de commande.

Au bout d’un moment qui me parut interminable, il commença à me poser quelques questions, sur mon cancer d’abord, puis sur ma prostatite proprement dite.

Sans tenter de me rassurer il m’informa qu’il allait procéder à une opération qui n’allait pas être agréable, il fallait néanmoins que je me détende.    

Depuis presque onze ans que je me baladais de médecin en examen,  cette information ne me donna pas particulièrement  matière à appréhension.   

Je crus comprendre malgré mon audition déficiente qui fallait que je m’installe en chien de fusil, et le radiologue inséra sans d’autres préavis  la sonde de l’échographe dans mon rectum. Le geste me parut aussi brutal que ses effets furent douloureux, je ne pus m’empêcher de pousser un petit cri. Ma réaction ne sembla pas impressionner le ‘’bourreau’’  qui continua son travail sans aucune compassion pour sa ‘’victime’’

A mon deuxième sursaut il me sembla qu’il prenait conscience de ma position inconfortable, il cessa  en effet de me ‘’torturer’’. En fait ce n’était pas pour me donner un peu de répit qu’il stoppait là sa besogne, c’était tout simplement parce qu’il avait terminé l’examen. 

« Bon rien de grave, je confirme que vous avez souffert d’une prostatite. Vous pouvez vous rhabiller.»

Pendant tout le temps de la visite, il s’était montré distant, indifférent à ma personne, j’étais un client parmi tant d’autres, et mon ressenti d’être humain  ne l’avait guère interpellé, pas plus que lui importait celui des autres patients

Ce fut donc sans un sourire, et sans un seul mot de gentillesse, qu’il quitta les lieux, après m’avoir demandé d’attendre son compte-rendu dans la salle d’attente.

A bien réfléchir, il me sembla que l’homme qui m’avait copieusement énervé de par sa froideur, lors du contrôle de ma thyroïde  en janvier 2014, était celui-là même qui venait à l’instant de me quitter.  

Finalement même si j’avais réussi à me persuader avant de partir de mon domicile que cet examen ne serait pas aussi impressionnant que bien d’autres, c’était avec soulagement que je retrouvai ma maison et mes pantoufles.  



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