Comme neige au soleil

neige

Difficile de vivre dans l’incertitude, je le redis à chaque fois, car ce sentiment est vecteur d’un stress épouvantable, et malgré mon expérience dans le domaine de la maladie, j’ai de plus en plus de mal à canaliser mes émotions. 

Bref nous causions de choses et d’autres, dans le but de tuer le temps, mais pour oublier  aussi et surtout  nos pensées négatives.

Comme à chaque fois dans ce cas de figure, les minutes me paraissaient des heures, et je finissais petit à petit par céder à la peur.

La porte s’ouvrit enfin et je tournai mon regard vers le docteur M EL G qui arrivait le visage souriant, nous informer du diagnostic.

Les tumeurs de la tête du fémur et celles nichées à hauteur des cervicales étaient toujours présentes, des petites taches blanches sur les clichés, qui paraissaient pour un non connaisseur parfaitement anodines, et qui pourtant représentaient le danger par excellence. 

« Lorsque je compare avec votre scanner précédent, je ne constate pas d’évolution. »

Je savais que malgré les rayons, les tumeurs cervicales n’avaient pas pu être totalement détruites, aussi la nouvelle me rassura quelques peu.

« Ressentez-vous des douleurs ? »

Je préférais toucher du bois, mais je lui répondis que pour l’instant je ne ressentais la présence de la maladie que par la raideur extrême de mon cou, ma hanche quant à elle me laissait en paix.

« Bon pour le reste, je n’ai rien d’autre à signaler, tout va pour le mieux. »

« C’est un réel soulagement que d’entendre de telles paroles ! »

Le radiologue sourit, puis pris congé de nous, d’autres contrôles de clichés l’attendaient.

Nous étions invités à patienter dans la salle d’attente, avant de récupérer le dossier contenant le rapport d’examen. 

Le stress qui me minait petit à petit le corps quelques minutes plus tôt, venait de fondre comme de la neige au soleil, et après une telle tension nerveuse, la fatigue prenait le relais.

J’étais à présent en mesure d’analyser le comportement des gens autour de moi, et je remarquai que je n’étais pas le seul à ne pas supporter l’incertitude. Ce sentiment se manifestait de différentes manières, en face de moi par exemple, un homme d’une cinquante d’année griffonnait sans s’arrêter  une dizaine de petits pos-its déjà bien remplis, collés eux-mêmes sur un calepin guère plus grand. Un jeune garçon qui avait déjà fait les cent pas avant de passer l’examen, continuait de manifester une certaine impatience, il avait eu le temps d’aller deux fois aux toilettes et à présent il scrutait à travers la baie vitrée, sans doute dans l’attente de quelqu’un. Avait-il reçu de mauvaises nouvelles !

D’autres enfin le visage fermé prenait par moment profondément leur respiration, trahissant ainsi leurs préoccupations.

Rien ne nous semble plus précieux que la vie lorsque l’on court le risque de la perdre, comme je le dit souvent dans ce témoignage, chaque bonne nouvelle est pour moi une renaissance, et à ce moment précis de la journée, je me sentais léger comme une plume au vent, débarrassé pour un petit moment du poids écrasant de la peur.

Si nous étions arrivés en avance pour cet examen, nous étions à présent en retard d’une heure environ sur l’horaire de visite prévue chez mon oncologue.  

En sortant de la clinique je pus enfin ouvrir tout grand les yeux, pour profiter pleinement de ce soleil généreux d’octobre, nous montâmes dans la voiture, et moins de dix minutes plus tard nous nous garâmes sur le parking du CAC de l’espoir.

Depuis notre petit déjeuner du matin, nous n’avions rien avalé. Un peu moins ou un peu plus en retard ne changeait guère à l’affaire,  aussi nous décidâmes de manger tranquillement notre piquenique, avant de tomber d’inanition.  

Nous ne retrouvions pas l’effervescence habituelle du hall d’accueil, nous sentions clairement l’approche du week-end, aussi la prise en compte de mon arrivée fut quasi immédiate, et nous prîmes sans plus tarder l’ascenseur pour le second étage.

Pour une fois ce n’était pas le médecin qui faisait attendre ses patients, mais l’inverse. La secrétaire était avertie  par les cliniques de A des lenteurs inhabituelles de leur service radiologie, et par voie de conséquence de la difficulté qu’elle aurait d’accueillir les malades dans les délais convenus.   

Nous n’eûmes pas la peine de rejoindre la salle d’attente, les deux chaises du couloir étaient pour nous. N était très occupée, nous ne pûmes donc pas échanger les deux ou trois mots habituels.

La vallée du Lison n’avait toujours pas intégré sa place, et je craignais que ce soit pour longtemps. J’en étais là de ma réflexion lorsque la porte du cabinet médical s’ouvrit.

Cette visite était sans suspense, le 50ème scanner de ‘’ma carrière de malade’’ n’avait pas décelé une quelconque aggravation, et je n’étais pas le seul à m’en réjouir car l’oncologue fit allusion à mes onze ans d’un dur combat, qui était aussi un peu le sien.

L’œdème qui me gonflait désagréablement le cou était toujours bien présent, l’angiologue n’avait pas découvert d’anomalies lors de l’examen, et je n’étais sorti de son cabinet qu’avec des suppositions. Le docteur R ne pouvait pas m’en dire davantage, et comme seule et unique explication, il fallait se contenter d’un possible effet secondaire lié à ma radiothérapie, sans en être totalement convaincu.

Certes entre deux visites au  CAC de l’espoir il m’arrivait parfois d’avoir des gros coups de fatigue, de souffrir çà et là de petits maux, mais je n’avais rien de très important à lui signaler, qui l’oblige à changer radicalement de traitement, aussi nous sortîmes de son cabinet avec nos ordonnances habituelles,  mais aussi avec en un rendez-vous intermédiaire fixé au 29 décembre. 

Le jeune homme particulièrement nerveux que nous avions quitté aux cliniques de A, nous avait rejoint, accompagné cette fois d’une jolie jeune femme. Le couple était assis à notre place dans le couloir, en attendant que le docteur R veuille bien les recevoir.

L’homme aux pos-its griffonnés arrivait à son tour, tandis que nous nous dirigions vers la cage d’ascenseur, heureux de pouvoir enfin nous éloigner des lieux.   



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