Nouvelle zone de turbulences, aussi douloureuses qu’inattendues, suite 12

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Le chirurgien était très matinal en ce lundi 11 janvier, FR venait me rendre visite pour me donner la bonne nouvelle. D’une part mes derniers résultats sanguins faisaient état d’une charge virale considérablement diminuée dans mon organisme, et d’autre part la lésion tissulaire constatée une semaine plus tôt n’était plus qu’un mauvais souvenir.  

Ma sortie était prévue en milieu d’après-midi aux alentours de seize heures. Instantanément toutes les souffrances subies durant ces quinze derniers jours s’envolèrent de mon esprit pour ne laisser la place qu’à un élan de joie et de profond soulagement.

Les dernières constantes n’étaient prises que pour la forme, mais je m’y adonnai sans la moindre réticence, d’autant que l’infirmière profita de ce moment pour me retirer mon cathéter.

Ainsi donc il avait fallu attendre les derniers instants pour être totalement libéré de mes entraves, mais là encore j’oubliai sur-le-champ mes misères.

Mon voisin sombrait dans l’apathie et la communication stérile, il n’y avait aucun moyen de le sortir de ce comportement pour le moins négatif, je respectai donc son besoin de silence.

Le plateau du déjeuner desservi, il fallait comme tous les après-midi s’armer de patience, avant de retrouver un peu d’animation dans la chambre. La télévision restait une fidèle compagne, mais je commençai à être saturer d’images.

Alors que les jours précédents je n’y prenais pas garde, les aiguilles de mon réveil semblaient s’être arrêtées, mettant ma fébrilité à rude épreuve. Inquiet de ne pas voir quelqu’un m’apporter mon bulletin de sortie d’hospitalisation ainsi que mes ordonnances, je rejoignis le couloir, surpris de n’y trouver aucune âme qui vive.  

Comme je le dis souvent dans ce témoignage, la patience est un dur travail qu’il faut effectuer sur soi-même,  mais elle est aussi une vertu qui porte toujours sa récompense. Après avoir arpenté deux ou trois fois aller et retour le long couloir, j’aperçus enfin au loin une blouse blanche occupée par la lecture d’un dossier.

Mon interlocutrice ne me rassura guère, l’ensemble du staff médical était en réunion, elle allait s’occuper de mon cas, mais il n’était pas sûr qu’elle puisse faire preuve d’efficacité.

Je n’avais pas d’autres choix que de retourner dans ma chambre, et d’espérer une solution rapide pour retrouver enfin ma liberté.    

Jusqu’à la dernière minute il fallait dompter son ennui, et ce ne fut qu’à l’arrivée de Chantal que je pus enfin retrouver un peu de sérénité.

Lorsque la porte s’ouvrit sur le sourire de l’aide-soignante, je compris que l’heure de la délivrance était enfin arrivée. Après avoir passé quinze jours d’abord en chemise de malade, puis en pyjama, en enfilant mes habits de ville, j’eus l’impression de retrouver soudainement mon identité laissée au placard quatorze jours avant.  

Malgré la souffrance, les multiples frustrations, un séjour à l’hôpital peut être aussi une aventure humaine, j’aurais aimé saluer deux ou trois personnes avec lesquelles j’avais eu de très bons rapports, mais le couloir restait désespérément désertique, et nous partîmes comme des voleurs.

Nous n’avions pas choisi mon heure de sortie, mais c’était le pire moment de la journée pour mettre le nez dehors. Le ciel était d’un noir intense, et inquiétant, des bourrasques de vent et des trombes d’eau dissuadaient quiconque de franchir la porte du hall d’accueil.     

Un séjour à l’hôpital c’est un tiers de temps à supporter son corps endolori, et les deux autres tiers à attendre le retour à la maison, je n’étais donc pas à quelques minutes près. 

En passant le sas d’entrée, je respirai mes premières bouffées d’air frais depuis bien longtemps, j’étais comme sonné, j’avais l’impression de découvrir une autre planète, bizarrement je quittais le personnel médical avec une certaine forme de nostalgie. J’avais été contraint de mettre ma vie entre parenthèse le 29 décembre 2015, aussi était-il à présent nécessaire de reprendre le cours de ma vie. 

Je me sentais comme un voyageur entrant dans sa maison après une longue absence, un peu perdu mais heureux de retrouver mes habitudes familiales. Je me tâtai le ventre pour être bien sûr que je n’avais plus mal. Etais-je sorti d’un mauvais rêve, la chance allait-elle enfin tourner à ma faveur, je voulais y croire, c’était là le seul moyen de poursuivre le chemin.   

  



Nouvelle zone de turbulences, aussi douloureues qu’inattendues, suite 11

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Si jusqu’à présent les visites familiales ou amicales s’étaient effectuées en ordre espacé, en ce samedi après-midi il y avait foule autour de mon lit, à tel point que nous dûmes emprunter la salle d’attente pour accueillir convenablement nos hôtes. 

J’avais un besoin immense de distraction, et c’était sans doute en raison de cela, que je gardais péniblement mais durablement la position assise. La présence de mes visiteurs me procurait un ballon d’oxygène, me faisant oublier l’enfermement auquel j’étais astreint. 

A l’heure des soins, l’infirmière vint me chercher pour que je rejoigne ma chambre, mais dès qu’il me fut possible de le faire, je regagnai la salle d’attente, heureux de constater qu’elle n’avait pas désempli.

A l’heure du diner, il ne restait plus que Chantal pour me regarder manger, je m’apprêtais aussi à passer une nuit sans voisin de chambre.

J’espérais que ce week-end allait être marqué par la fin de ma présence en ce lieu, je prenais donc mon mal en patience, cette nuit de solitude et de questionnements pouvant être l’avant dernière.  

J’étais paisiblement en train de regarder la télévision lorsque les aléas de la vie vinrent une nouvelle fois me perturber l’esprit. Sans crier gare, trois membres du personnel médical firent irruption, m’informant que j’allais être immédiatement transféré.

Je n’eus pas le temps de poser la moindre question, car aussitôt mon lit déambula dans les couloirs, et je me retrouvai très vite dans une chambre double côté fenêtre. La tension était palpable au sein du personnel, une aide-soignante manqua à son devoir de réserve, en exprimant haut et faire, son ras le bol devant moi.

J’étais déménagé car le service avait besoin de la place pour y accueillir deux patientes, je ne pouvais guère protester, et d’ailleurs je n’en avais pas envie car la gêne était légère, d’autant que la télévision fut rétablie très rapidement, et que l’ensemble de mes affaires retrouvèrent la place que je leur avais attribuée.   

Tout le temps de ce tohu-bohu mon voisin resta impassible, les écouteurs sur les oreilles, et les yeux rivés sur son écran. Nous ne prîmes pas le temps de nous adresser la parole, ni même avant d’éteindre définitivement la lumière.  

Profiter de la proximité des fenêtres n’était pas un mince avantage, dès l’ouverture des stores je pus en effet me rendre compte du temps qu’il faisait, sans avoir besoin de le demander. J’avais mal dormi, mais ce n’était pas un scoop, car ce problème récurrent chez moi, n’avait fait que s’aggraver durant ce séjour.

Mon voisin demeurait peu loquace, il avait accepté contraint et forcé de s’installer au fauteuil pour prendre son petit déjeuner. Nous étions à présent côté à côte en train d’avaler une tasse de chocolat, séparés seulement par un rideau au trois quart ouvert. Il n’eut qu’une hâte retrouver son lit, d’ailleurs lors de la visite de sa chirurgienne, je crus comprendre qu’il souffrait d’une infection post-opératoire, accompagné d’une fièvre tenace. J’avais connu le même scénario une semaine plus tôt, et je comprenais aisément son envie de tranquillité.      

Ce dimanche était le second que je passais en ce lieu, et j’étais toujours perfusé dans l’attente des résultats d’une prise de sang qui me délivrerai peut-être de ma ‘’geôle’’. Pour l’heure le personnel étant réduit, personne ne me reprochait de rester trop longtemps au lit, et je ne manquai pas d’en profiter. Je pris moins de plaisir à faire ma toilette, car je manquais cruellement d’énergie, et chaque geste me coutait des efforts infinis. Je sentais mes muscles se recroqueviller, chaque jour ils devenaient un peu plus raides et douloureux. De plus j’avais la hantise de faire un mauvais mouvement, car ma perfusion restait un problème épineux, et je craignais une nouvelle intervention douloureuse de l’infirmière.     

Le temps commençait à me peser sérieusement, la télévision n’arrivait pas à tuer mon impatience, je supportais également de moins en moins cette solitude qui m’accompagnait une bonne partie de la journée.

A l’heure du déjeuner, je me retrouvai côte à côte avec mon voisin, mais cette fois le rideau totalement ouvert, ce qui ne me convenait guère, car je n’étais pas du tout à l’aise de devoir renoncer à mon intimité, d’autant que le repas s’effectuait dans un calme olympien, terriblement pesant. Je tentai malgré tout d’engager la conversation avec mon acolyte, mais nul doute il était fatigué, et me répondre le conduisait à faire des efforts bien inutiles, je renonçai donc à poursuivre ma tentative.

La grosse majorité de parents et amis étant venue me rendre visite durant ces deux dernières semaines, je m’apprêtais à passer un après-midi bien calme, mais contre toute attente ma belle-sœur vint effacer un peu de mon ennui jusqu’à l’arrivée de Chantal, qui comme prévu fut un peu plus en retard que d’habitude.

Un quart d’heure avant la vérification des constantes, j’eus une autre surprise avec l’arrivée de l’un de mes collègues de travail accompagné de sa femme. Nous restions de très bons amis, malgré mes très nombreuses années d’inactivité.

Leur départ marqua la fin de cette journée, le plateau repas du diner étant sur le point d’être servi.

J’allais passer ma dernière nuit d’hôpital, mais pour l’heure je l’ignorais encore.  

 



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Nous avions Chantal et moi décidé d’aller faire quelques pas dans le couloir, depuis mon entrée à l’hôpital c’était ma première activité physique digne de ce nom, et j’en avais bien besoin pour me renforcer les jambes. En même temps que nous ouvrâmes la porte, mon voisin de chambre remontait du bloc. Il paraissait bien réveillé, cette opération bénigne qui consistait à soigner une hernie inguinale ne l’avait pas dépossédé de son assurance. Lorsque nous revîmes de notre petite escapade, il avait d’ailleurs repris son activité favorite, téléphoner à son ‘’fan club’’.  

Si j’étais délivré de la plupart de mes tubulures, je restais néanmoins dépendant de mon cathéter et de mon encombrant pied à perfusions. D’ailleurs à chaque fois que je me déplaçais, le sang refluait dans le tuyau, rendant parfois nécessaire l’intervention d’une infirmière.

Les constantes de seize heures révélèrent une forte tension, car je restais largement impacté par le chambardement de la veille au soir.

Le personnel médical ne m’administrait plus les antalgiques par injection, mais par voie orale, suivant ma demande. Je limitais néanmoins ma consommation à deux gélules de paracétamol le soir avant de dormir, le reste de la journée j’apprivoisais ma douleur. De ce fait mon esprit naviguait de moins en moins en eaux troubles, je retrouvais ainsi petit à petit la notion du temps, mais également celle de l’ennui. 

Certes je n’espérais pas sortir durant le week-end, mais je fondais de grand espoir sur l’après-midi du lundi pour retrouver enfin mon domicile.

Mon voisin faisait dans la provocation, il semblait prendre un malin plaisir à rester allongé en slip, sans avoir la décence de se recouvrir d’un drap, ce qui avait le don d’exaspérer ma fille, décidément ma cohabitation dans une même chambre d’hôpital, offrait bien des surprises.

Je ne pouvais pas dire que l’appétit était là, pourtant j’étais capable de manger les aliments que l’on me proposa au diner, sans trop de dégouts.

Ce vendredi soir ressemblait à tous les autres soirs, il fallait me faire une raison, la télévision allait être encore une fois ma seule et unique compagne, avant de retrouver mes appréhensions de la nuit.

En ce samedi 9 janvier, le branle-bas de combat du petit matin fit baisser d’un cran mon état d’anxiété, avant qu’il ne disparaisse totalement avec la lumière du jour.   

Mes constantes étaient rassurantes, ce qui me donnait l’énergie nécessaire pour prendre mon petit-déjeuner au fauteuil. De plus début de week-end oblige, il ne fallait pas compter sur un personnel réduit, pour une quelconque aide à la toilette. Je pris donc l’initiative de rejoindre tout seul le petit coin lavabo, et ne privai point d’un long moment de plaisir, tant la réalisation de mes soins corporels m’apportaient un réel bien-être.

Comme cela m’arrivait souvent, une nouvelle broutille vint m’empoisonner la vie. Mes veines étaient fragiles, on m’avait conseillé d’éviter les mouvements brutaux pour préserver la bonne implantation de mon cathéter. En pratique il était bien difficile d’appliquer ce conseil, car à moins de laisser mon gant de toilette sur le lavabo, et passer le reste du temps à regarder le miroir, il avait bien fallu me servir de mes bras et de mes mains pour pratiquer mes ablutions.

Ce que les infirmières redoutaient arriva, le goutte à goutte ne coulait plus dans ma veine, mais entre mon bras et mon pansement formant une poche de liquide peu efficace pour éradiquer l’infection. Je dus me résigner à sonner une infirmière, qui n’avait pas d’autres solutions que de piquer ailleurs. Piquer ailleurs tel était la difficulté ! Sollicitées plusieurs centaines de fois depuis ces onze dernières années, mes veines ne voulaient plus rien savoir. Après plusieurs tentatives aussi infructueuses que douloureuses, elle parvint enfin à me repositionner le cathéter, avec l’espoir de ne plus avoir besoin d’intervenir.    

Loin d’être anodins ces actes médicaux ou chirurgicaux subis depuis bien trop longtemps, agressaient mon organisme, et une certaine forme de rébellion s’installait au fur et à mesure du temps. Mes nerfs notamment en prenaient un coup, et il me fallait faire bien des efforts pour contenir en moi une agressivité sous-jacente. Être désagréable envers le personnel médical, ou envers mon entourage ne pouvait rien résoudre, personne n’était responsable de mon état de santé, il fallait accepter l’injustice sans aucune forme de procès.   

Mon voisin s’était montré finalement plutôt gentil envers moi, il m’avait entre autres choses ramassé mon oreiller tombé par terre, en le repositionnant correctement sous ma tête, ou encore faute de porter mes appareils, il m’avait également tapoté sur le bras, pour me signaler un appel téléphonique que je n’entendais pas. Nous avions déjeuné ensemble, mais cette fois il quittait l’hôpital pour de bon, me laissant seul avec mes pensées.  

Une demi-heure plus tard, Chantal arriva rompant mon isolement, nous ignorions encore que sa visite ne serait pas la seule de l’après-midi.



Nouvelle zone de turbulences, aussi douloureuses qu’inattendues, suite 9

 

 

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Ce même jeudi mon voisin montrait quelques signes de nervosité, il fallait souvent faire intervenir le personnel médical pour le calmer. Ce n’était pas notre rôle de surveiller ses faits et gestes, mais comme sa famille était peu présente, il fallait bien faire preuve de compassion envers ce pauvre homme.

L’hospitalisation à deux lits n’est pas quelques choses de très confortables, et lorsque l’un des malades pose problème, il est bien difficile au second de trouver le repos.

Jusqu’à présent je n’avais guère matière à m’en plaindre, la nuit précédente je l’avais entendu ronfler, mais comme j’étais sourd comme un pot, je percevais ses ronflements très atténués, aussi n’avais-je pas ressenti cela comme de la gêne.

Désormais mon sort dépendait du bienfait des antibiotiques, et les infirmières passaient toutes les six heures pour renouveler les doses. Mon pied à perfusion était quant à lui délesté de quelques-unes des nombreuses poches qu’il avait dû supporter pendant un moment, car dorénavant je reprenais mes médicaments habituels par voie orale, hormis ma chimiothérapie suspendue jusqu’à nouvel ordre.       

Cet après-midi s’achevait aussi tristement que celles que j’avais vécues depuis mon opération du 29 décembre, c’est-à-dire par le départ de mes proches et le début d’une longue nuit de solitude.

La soirée à l’image des précédentes était monotone, désormais je n’étais plus au régime, mais j’avais mangé avec peu d’appétit, pressé de regagner mon lit. La télévision me tenait compagnie, elle m’aidait à ne pas trop penser au moment fatidique où il faudrait éteindre la lumière.

Le tintamarre commença sur le lit d’à côté. D’abord mon coéquipier souilla ses draps, mais il eut la présence d’esprit d’appeler à l’aide. Puis il s’attaqua à ses tubulures de perfusion, avant de renverser sa carafe d’eau. Suite à mon appel, les aides-soignantes intervinrent une seconde fois avant de l’encourager à se calmer. Il souilla de nouveau ses draps et eut encore une fois la présence d’esprit d’appeler au secours. De guerre lasse le personnel de service finit par lui mettre une couche de protection. A peine ces dames eurent le dos tourné qu’il se leva pour sortir dans le couloir, je dus une nouvelle fois intervenir. Reconduit fermement dans son lit, il ne mit pas plus d’un quart d’heure avant de renouveler l’expérience, j’appuyai pour la troisième fois sur la sonnette. C’en était trop, l’infirmière de garde s’approcha de moi et me proposa de me transférer soit avec un autre malade, soit dans la salle d’attente. J’optai pour la deuxième solution, là j’étais au moins sûr de ma tranquillité.   

Ma décision à peine prise, je savais déjà que j’allais la regretter, la salle était exigüe, noyée au milieu du mobilier,  j’étais privé de télévision. Je n’avais qu’une seule et bien peu rassurante possibilité, celle de frapper à l’aide d’une baguette en bois sur ma table à roulette, pour alerter le personnel en cas de besoins, et je ne disposais que d’une minuscule torche  pour m’éclairer également en cas de nécessité.

Je n’avais pas d’autres choix que de tenter d’obtenir les faveurs de Morphée, mais l’exercice semblait vouer à l’échec, tant j’étais sur les nerfs.

Tout était réuni pour que ma nuit soit blanche, l’apnée, la position dorsale, et le stress consécutif à ce déménagement précipité

Mon cœur et mes tempes battaient à se rompre, j’étais en colère non pas contre ce pauvre homme, et encore moi contre l’équipe médicale, mais contre cette mauvaise fortune qui me collait à la peau.

Lorsque l’infirmière vint changer mes poches j’eus l’impression de ne pas avoir dormi, pourtant comme à chaque fois que j’étais dans cet état d’esprit, depuis mon installation à la hâte  je n’avais pas perçu la notion de temps.  

J’accueillis l’équipe de jour comme une bénédiction, le petit déjeuner ne me faisait pas du tout envie, je m’efforçai néanmoins d’avaler deux biscottes et mon café. 

Ensuite il fallut de nouveau attendre que l’on vienne s’occuper de moi, mais cette fois je pouvais fermer les yeux et me détendre, ma solitude n’était plus la même,  car l’effervescence des couloirs reprenait son cours.

Je regagnai ma chambre en milieu de matinée, mon voisin était définitivement parti, mais un autre allait le remplacer dans le courant de la matinée. En attendant j’étais plutôt satisfait de retrouver mes repères, l’incident était clos, et dans mon esprit plus qu’un mauvais souvenir.

Si j’avais sincèrement le désir de tirer un trait sur les péripéties de la nuit, à l’inverse mon organisme sensiblement perturbé par ce fâcheux évènement réagissait vigoureusement, et il me le faisait savoir, car cette épreuve quasi sans sommeil dépassait les bornes, ses capacités de récupération devenaient de plus en plus limitées, et tout l’intérieur de mon corps était au bord de l’implosion. Ce n’était pas d’une trêve dont j’avais besoin, mais bien d’une paix réelle et durable. 

Peu de temps après que je sois installé, et comme on me l’avait annoncé, le nouvel et fringant  arrivant débarqua, comme en terrain conquis. Il passa le reste de la matinée au téléphone à converser avec la gente féminine.

Ce fut aux alentours de onze heures qu’un brancardier vint le chercher, et je dus une fois de plus supporter le déménagement de mon lit, pour que le sien situé côté fenêtre puisse rejoindre la porte d’entrée.

On m’obligea comme la veille à faire ma toilette au lavabo, et je fus aussi convié à m’asseoir dans le fauteuil en attendant le repas de midi.



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Mes nuits étaient inégales, souvent il se passait beaucoup de temps avant mon endormissement, mon régulateur de sommeil remplissait tant bien que mal son rôle, et Dieu sait s‘ il n’avait pas le travail  facile, ma position dorsale, et mes fréquentes apnées ne favorisant pas la situation.

L’équipe du matin avait accompli sa tâche, j’étais à jeun et me tenais prêt à redescendre au bloc.  Je guettais le moindre bruit de chariot, et ma tension commençait à monter.

Contre toute attente, ce ne fut pas le brancardier qui ouvrit la porte de ma chambre, mais le professeur FR qui était porteur d’une bonne nouvelle.

Le germe responsable de l’infection avait été clairement identifié, j’étais soigné à base de trois antibiotiques, et mon organisme répondait favorablement au traitement. Dans ces conditions il semblait inutile de me torturer à nouveau, le prix à payer étant de passer une semaine supplémentaire en ce lieu.  

Ainsi donc pour une fois la chance tournait en ma faveur, j’étais surpris de le constater, à présent je regardai d’une toute autre manière le minuscule univers dans lequel j’étais enfermé depuis une huitaine de jours. La nouvelle me donnait un regain d’énergie, mais je ne pouvais guère en profiter car j’étais toujours l’esclave de mes tubulures.

La première chose que j’entrepris après le départ de FR, fut d’avertir ma famille de cette évolution favorable, une information qu’elle aussi avait bien besoin d’entendre.

Mon nouveau voisin de chambre était parkinsonien, de plus, depuis son arrivée il semblait sombrer dans une léthargie qui empêchait toute communication. Il souffrait d’une occlusion intestinale, et cette fois c’était à mon tour de posséder une longueur d’avance sur mon ‘’colocataire’’, je m’en fis la remarque.

Une fois encore ma toilette s’était limitée à mon visage et au brossage de mes dents.

J’avais été plusieurs jours sans boire une goutte d’eau, mais l’hydratation intense de mon organisme acheminée par ma perfusion, supprimait toute sensation de soif, et ma carafe restait quasiment pleine. Je n’accueillis pas non plus le yaourt et la compote avec grande enthousiaste, je n’avais pas faim.

De nouveau l’équipe médicale m’avait obligé à m’asseoir dans le fauteuil, et je dois le dire de ce côté-là je manquais sérieusement de motivation, d’autant que mon drain de redon continuait à me faire souffrir. L’heure de la sieste était salutaire, c’était le créneau  horaire ou mon sommeil était indiscutablement le plus calme, aussi attendais-je ce moment-là avec impatience  

Chantal et Eliane n’arrivèrent pas avec une bouteille de champagne, l’expérience des milieux médicaux nous avait enseigné la prudence. Rien n’était encore réglé, et ma date de sortie loin d’être déterminée.  Il était cependant indéniable que la décision prise par le chirurgien nous procurait un réel soulagement.

L’après-midi  ressembla aux autres, lorsque tous sujets de discussions étaient épuisés, nous restions dans le silence, jusqu’à ce que l’un ou l’autre de mes visiteurs ne viennent nous distraire pour un petit laps de temps.

Cette matinée du jeudi 7 janvier ne différait pas non plus des jours précédents, aucun grain de sable ne vint enrayer  l’emploi du temps bien huilé du personnel médical.

FR vint me rendre visite alors que je terminais un petit-déjeuner désormais autorisé. Il était porteur une nouvelle fois de très bonnes nouvelles. La charge virale contenue dans mon sang continuait à diminuer, de plus il avait donné l’ordre que l’on me débarrasse de mon drain de redon, ainsi que de ma sonde urinaire. Tous ceux de mes lecteurs qui ont vécu une telle expérience seront se reconnaître dans mon état d’esprit du moment. J’avais l’appréhension de l’acte chirurgical, sentir un tube siliconé vous traverser les entrailles n’est pas une partie de plaisir, pas plus que de sentir ce même tube siliconé vous traverser l’urètre.   

L’infirmière qui vint accomplir la besogne, se contenta de me dire comment me comporter au moment de l’extraction. Les deux opérations furent aussi brèves que pénibles, mais j’eus tôt fait d’apprécier ce que je considérais comme une délivrance. 

« Ne vous n’inquiétez pas monsieur, vous n’allez pas avoir envie d’uriner de suite, c’est normal ! »

Elle poussa son chariot vers la sortie, puis referma la porte derrière elle sans plus d’explications.

Apparemment l’aide-soignante chargée de mon hygiène corporelle avait été mise au courant de la progression  des choses, puisqu’il n’était plus question de faire la toilette au lit.

Elle me prépara une bassine d’eau chaude dans un coin de lavabo, m’approcha une chaise, puis me quitta en me demandant de la rappeler lorsque j’en aurais besoin.

J’étais bien fatigué, et chaque mouvement s’apparentait à un challenge, pourtant me laver les cheveux et le visage me procurait un véritable bien-être. Je pris aussi le temps de ma raser correctement, et aussi et surtout de me laver les dents.

Je n’étais pas encore tout à fait délivré de mes entraves, car j’étais toujours perfusé du côté droit, rendant les mouvements de ma main malhabiles, aussi fus-je bien content de l’aide que l’on m’apporta lorsqu’il fallut me laver le dos.



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Lundi 4 janvier 2016, comme chaque matin, l’aide-soignante détacha de l’éphéméride, le feuillet correspondant à la date de la veille. L’hôpital reprenait ses pleines activités de la semaine, et l’on sentait dans les couloirs une certaine fébrilité.

Une fois encore j’avais été martyrisé par une infirmière qui s’y était reprise à deux fois pour me faire une prise de sang. Sans succès elle avait fini par appeler l’une de ces collègues à la rescousse.  

J’avais passé le test obligatoire des constantes, pouls, pression artérielle, température, et fréquence respiratoire, sans le moindre commentaire des aides-soignantes. Je n’étais d’ailleurs pas préoccupé outre mesure de mon état de santé, puisque je me sentais ni mieux, ni pire que la veille. Bien sûr le drain de redon me titillait un peu, mais à condition de ne pas trop bouger et avec l’aide des antalgiques, la douleur était supportable. L’infirmière avait constaté une petite rougeur et un gonflement de la peau autour du drain, mais elle le nota sur son cahier sans me faire elle non plus de commentaires.  

Un fois encore j’eus la visite de la chirurgienne de service, sans doute l’infirmière lui avait-elle fait son rapport, car elle commença en tout premier lieu par contrôler ce petit drain en plastique siliconé qui semblait poser problème. Elle tata mon flanc et je sentis la douleur envahir tout mon ventre, je restais plus que sensible à la palpation, elle en fit la remarque et demanda à l’infirmière de raugmenter les doses d’antalgiques.

J’étais tenu à l’écart des traitements que l’on m’appliquait, et Dieu sait si les poches suspendues sur mon pied à perfusions étaient nombreuses, mais en même temps, je ne songeais même pas à poser la question.

J’avais cependant une grand raison de me réjouir, la chirurgienne avait donné l’ordre de retirer ma sonde gastrique, et ce n’était pas la moindre de mes satisfactions.

Un brancardier allait venir me chercher pour passer un scanner, je pensais qu’il s’agissait d’un examen de contrôle, et je ne m’en inquiétai pas plus que ça.   

Retirer une sonde gastrique n’a rien de bien agréable, il fallut pourtant que je me soumette à l’épreuve, sachant qu’ensuite mon confort de malade en serait amplement amélioré.

Cette fois un aide-soignant avait suffisamment de temps à me consacrer pour s’occuper de mon hygiène corporelle.  Le sentiment de réserve qui prédominait entre moi, patient de sexe masculin, et les collègues féminines de mon ‘’bienfaiteur’’, n’avait plus lieu d’être. L’homme connaissait l’homme, y compris dans son domaine le plus intime. Il savait comment s’y prendre pour faire disparaître toute situation de gêne. C’était donc la première fois depuis bientôt une semaine que je bénéficiais d’une toilette digne de ce nom, et j’en éprouvais le plus grand bien. En prime j’eus même le privilège de profiter de massages dos, fesses, et talons,  pour soulager à ces endroits une peau on ne peut plus meurtrie, par une position allongée qui perdurait.

Me tirer de mon lit pour me transférer sur la table d’examen, fut une fois encore un déchirement pour mes entrailles. Je me sentais encore largement aussi fatigué qu’avant mon opération, mais je me soumis aux ordres donnés par le manipulateur radio sans la moindre réticence.

Cette matinée de lundi passa aussi vite qu’une lettre à la poste, de plus mon régime évolua quelque-peu, puisque en plus du bouillon, je pouvais à présent manger un yaourt et une compote. Mon voisin possédait toujours une bonne longueur d’avance sur moi, car il avalait désormais et de bon appétit, un déjeuner digne de ce nom.

Chantal me ramena dans l’après-midi un peu ‘’d’oxygène’’, celle d’un monde extérieur qui continuait à tourner sans moi. J’eus encore quelques visites, puis très vite il fut temps de fermer les volets.

Mardi 5 janvier 2016, cette fois c’était sûr mon voisin allait me quitter, sa compagnie avait été des plus agréable, et sans nul doute, j’allais regretter son absence.

Pour moi la situation ne s’arrangeait pas vraiment, j’appris avec étonnement par la bouche de FR que j’étais fiévreux, une surinfection sur drain polluait en effet mes chances de me rétablir rapidement. Ainsi donc je découvrais la clé du mystère, ces prises de sang à répétition, ce contrôle régulier du drain de redon, et enfin mon 52ème scanner, conduisait FR à un diagnostic peu réjouissant. Il allait devoir soit me réopérer, soit aspirer l’infection suivant la décision prise en collectif. L’intervention interviendrait le lendemain matin, on me retirerait ma carafe d’eau à minuit.

J’accueillis la nouvelle comme une fatalité, car malheureusement depuis onze ans, je n’étais que trop habitué à subir de vilains revers, alors un de plus, ou un de moins.  

Je serais malhonnête de dire que l’annonce ne m’avait pas porté un coup, mais j’avais une énergie mentale assez efficace pour accepter cet état de fait, ceci afin de rebondir le moment voulu.

En ce début de janvier le temps s’était un peu rafraîchi, mais l’hiver restait exceptionnellement doux. La terre était copieusement arrosée par des trombes d’eau qui se déversaient à espaces réguliers. Je tenais ces informations du personnel de service,  car de mon lit côté porte, je ne voyais guère ce qui se passait derrière la fenêtre, et d’ailleurs je ne m’en préoccupais peu.

J’avais averti Chantal par téléphone de mon infortune, mais lorsqu’elle  vint me rendre visite en compagnie de ma fille dans l’après-midi, nous ne prîmes pas un air accablé. L’expérience nous avait endurci l’esprit, la vie étant ainsi faite, il fallait faire avec, se révolter ne servirait à rien sinon qu’à nous faire encore plus de mal.  



Nouvelle zone de turbulences, aussi douloureuses qu’inattendues, suite 6

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J’étais une nouvelle fois angoissé à l’idée d’éteindre la lumière. Dans quelle mesure en effet serais-je apte à me remettre rapidement de cette ixième intervention chirurgicale, si mes insomnies persistaient à n’en plus finir.  Était-ce cette l’appréhension permanente du noir et de la solitude qui alimentait ces désordres mentaux, toujours est-il que je m’apprêtais à vivre une expérience identique à celle de la nuit précédente. Cette fois c’était  les regards puissants de parfaits inconnus qui me captaient l’attention. Des volutes de fumée ou des  feux follets virevoltaient au-dessus de moi, pire mon lit s’élevait vers le plafond, tandis que j’apercevais le téléviseur de la chambre à mes pieds. Pour retrouver le sens de la réalité, je fixais le rai de lumière qui pénétrait sous la porte du couloir, et tout revenait immédiatement à la normale, pour aussitôt recommencer.  

Au risque de devenir fou, je ne pouvais pas continuer à subir ces hallucinations sans réagir efficacement. J’étais très énervé et il ne fallait pas que l’infirmière se contente de vagues explications pour me laisser ensuite toute seul avec mes fantômes. Elle comprit à la tonalité de ma voix qu’il y avait urgence à trouver une solution. Elle avait laissé la porte ouverte, j’attendis un long moment avant qu’elle ne revienne avec le chirurgien qui m’avait opéré.

Il me posa des tas de questions, puis effectua une série d’examens. Il écarta la possibilité de métastases au cerveau, puis celle du délirium tremens car je ne prenais pas d’alcool. Ce fut moi qui le mis sur la voie, en lui parlant du médicament que m’avait prescrit mon généraliste pour réguler mon sommeil. J’avais interrompu la prise régulière de Mirtazapine, le jour même de mon hospitalisation, et peut-être étais-je en train de mal supporter cette interruption.

Le chirurgien quitta la pièce et alla chercher sur le Vidal le nom de ce produit pharmaceutique qu’il ne connaissait pas. Il s’agissait du générique d’une molécule que l’hôpital avait en sa possession. L’infirmière m’apporta de suite le petit comprimé rose que j’avalais d’un trait, puis l’équipe médicale qui m’entourait quitta la chambre. Vaincu par la fatigue et sans doute aussi grâce aux vertus du traitement, je dus m’endormir dans la demi-heure qui suivit. 

Qu’il fut agréable au petit matin d’être réveillé par l’équipe médicale de jour, j’étais de bonne humeur et surtout soulagé que l’on ait pu trouver enfin la solution à mes problèmes.

Le premier week-end du mois suivait immédiatement le jour de l’an, aussi je savais que le personnel tournerait encore à effectif réduit. Cette fois encore je ne bénéficiai pas de la toilette dite intime, mais on me fournit une petite bassine remplie d’eau chaude, un gant et un savon pour me nettoyer moi-même le visage. Pas facile d’effectuer mes ablutions bardé de toute ma tubulure, pourtant le peux que j’étais capable de faire m’apportait beaucoup de réconfort. De guerre lasse je finis néanmoins par abandonner la partie, dominé par la fatigue et le manque de motivation.     

Tandis que je lézardais le reste de la matinée dans mon lit, deux aides-soignantes vinrent m’encourager avec insistance pour que je m’asseye dans le fauteuil. L’opération n’était pas facile à réaliser et bien peu agréable à supporter. Il fallait traîner ma sonde urinaire, le drain de redon avec son récipient bien rempli, ma perche à perfusion, sans compter la gêne provoquée par ma sonde gastrique. Chaque mouvement était autant de tortures qui me déchiraient les entrailles. Je ne pouvais pas dire que je me sentais affaibli, la tête ne me tournait pas, mais la position assise dans le fauteuil était excessivement inconfortable, et je n’avais de cesse de trouver la position idéale, pour trouver un peu de réconfort. J’avais fait la promesse d’attendre le bouillon de poule dégraissé avant de me recoucher, mais une fois ce substitut de déjeuner ingurgité,  j’étais bien décidé à ne pas rester assis plus longtemps.

Ce fut donc encore et toujours dans la position du gisant que Chantal me découvrit lorsqu’elle pénétra dans la chambre. Cette fois plus d’hallucinations, je pouvais la regarder sans apercevoir derrière elle une porte ouverte, ou des animaux dansants.

Quel bonheur de pouvoir me laver les dents, être rasé, et nettoyé par une tierce personne qui avait tout son temps pour le faire. A l’hôpital il valait mieux ne pas être trop exigeant, le travail du personnel était chronométré au détriment bien souvent du bien-être des patients, mais tout ceci était bien pardonnable lorsque l’on pouvait compter sur l’aide précieuse d’un proche.

La monotonie du temps fut ponctuée par la visite de ma famille ou de quelques amis, aussi les heures s’égrènent-elles agréablement tout le long du week-end. Le soir venu, je n’avais toujours encore pas d’autres choix que d’affronter ma solitude.  

J’étais cependant un peu plus serein, car cette fois j’avais à ma disposition la télévision qui retarderait l’heure d’éteindre ma lumière, et aussi ce petit cachet précieux comme un trésor, me garantissant la tranquillité de la nuit.   



Nouvelle zone de turbulences, aussi douloureuse qu’inattendues suite 5

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Les ventres allaient se remplir et le champagne allait couler à flot, pendant que je ferais de mon mieux pour trouver le sommeil. J’étais cloué sur le dos, et c’était la pire de mes tortures, car j’avais l’immuable habitude de me coucher sur un côté. Dans ces conditions il était bien difficile de trouver les bonnes conditions d’endormissement. Je retardais le moment d’éteindre ma lumière, mais comme je n’avais pas encore la télévision, et que j’étais physiquement incapable de prendre un livre, il fallut bien me résoudre à le faire. Je souffrais depuis bien longtemps d’apnée de sommeil et par expérience je savais que la position dorsale n’arrangerait rien au problème, c’était même le pire des scénarios.  Jusque-là j’avais bénéficié d’une aide respiratoire, grâce à mes lunettes à oxygène, mais le dispositif m’avait été retiré en fin de soirée.  

D’autre part on m’avait sérieusement diminué les doses d’analgésiques, aussi  mon cerveau reprenait de plus en plus conscience de la réalité des choses.

Il fallait adopter la meilleure des stratégies, canaliser mes angoisses, faire en sorte de me détendre, et surtout il fallait tenter de ne penser à rien. Avec un peu de patience et d’exercices, je finirais bien par perdre connaissance. Ce que j’ignorais, c’était que des ennemies sournoises allaient s’immiscer dans le processus que je venais d’élaborer, rendant ma tâche quasi impossible à réaliser.

Bien réveillé et les yeux grands ouverts, j’apercevais le plafond comme un ciel blanc parsemé  d’étoiles bleus, ainsi que les queues lumineuses d’innombrables comètes.

Était-ce mon subconscient (nous étions la nuit du réveillon) qui me laissait entrevoir des feux d’artifices et des visages en liesse, un monde imaginaire s’agitait autour de moi, m’interdisant   de m’endormir, et même de trouver le moindre repos. J’avais pleinement conscience que j’étais en train de vivre des hallucinations, mais je ne savais absolument pas comment faire pour qu’elles cessent de me hanter.       

De guerre lasse je finis par appeler une infirmière qui semblait désarmer face à mon problème, elle me conseilla de respirer profondément, afin d’éliminer mon stress, elle s’inquiéta de savoir si j’avais de la fièvre, elle tenta autant se faire que peu de me rassurer, mais elle avait d’autres chats à fouetter, aussi finit-elle par me laisser seul avec mes fantômes.

Mes fantômes finirent effectivement par disparaître, mais j’étais extrêmement agité et je sentais mon cerveau perpétuellement en activé. Parfois j’avais l’impression de m’assoupir, mais je sursautais d’un bon, près à m’étouffer. Il fallait à partir de ce moment-là que je respire très vite et à petites doses, tel un chien qui halète, afin de de retrouver un souffle plus calme avant une nouvelle tempête.   

Avais-je fermé l’œil de la nuit, j’en n’avais pas l’impression, et pourtant lorsque l’équipe médicale du matin pénétra enfin dans la pénombre de la chambre, mettant un terme à mon cauchemar, j’eus la sensation de ne pas avoir mesuré le temps. Une chose était sûre cependant, si  j’avais bénéficié de quelques moments de sommeil, celui-ci avait été de mauvaise qualité.

Le drain de redon me faisait mal, un tube de matière plastique souple enfoncé dans le flan ne fait de bien à personne. L’infirmière vérifia le pansement qui l’entourait, puis ceux des cicatrices laissées par ma célioscopie. En ce jour de l’an le personnel était restreint, un service minimum était assuré, je dus me passer de toilette et de nouveaux draps.

Mon voisin qui décidément allait de mieux en mieux, passa devant mon lit roulant son pied à perfusions pour se rendre aux toilettes. Je devinai plus que je n’entendis, qu’il me souhaitait une bonne année, je lui rendis la politesse.

Tandis que le monde extérieur se réveillait avec la gueule de bois, moi j’avalais dans la plus grande indifférence,  un bouillon de poule dégraissé. Mon voisin avait droit en prime à un yaourt et à une compote.

L’infirmière de nuit avait pris soin de noter sur son rapport mes problèmes d’hallucinations, aussi lorsque la chirurgienne de service vint me rendre visite pour s’enquérir de l’évolution de ma santé,   elle tenta de me rassurer, sans me donner d’explications rationnelles, le phénomène que j’étais en train de subir allait s’estomper, il fallait être patient.     

En attendant même en pleine journée je voyais des fils de la vierge se détacher du mur, des couples d’amoureux en train de s’embrasser, des formes d’anges planer au-dessus de ma tête, je n’étais pas des plus sereins. Heureusement les hallucinations ne se produisaient qu’épisodiquement me laissant de larges moments de repos.

Chantal était rentrée assez tard dans la nuit, le réveillon s’était bien déroulé. Ma fille était revenue d’Angers, où elle avait passé quelques jours dans la famille de son compagnon. Ils allaient venir me rendre une petite visite dans la soirée.

En fin de soirée c’était toute ma famille qui était réunie autour de moi, j’appréciai ce moment à sa juste valeur, avant que tombe encore une nouvelle fois le couperet de la nuit. 



Nouvelle zone de turbulences aussi douloureuses qu’inattendues suite 4

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Ainsi donc s’achevait l’année 2015 en jus de boudin, et le début de l’année à venir allait forcément elle aussi être marqué par ces ixièmes péripéties de santé, car je n’étais pas sorti de l’auberge.

Nouvelles constances, nouvelles visites de l’infirmière avec à la clé une énième prise de sang de plus en plus douloureuses en raison de veines bien fatiguées, nouveau supplice de changement de draps et de la toilette corporelle, et toujours l’interdiction de boire et de manger. J’avais à mon actif, la satisfaction de revoir la lumière du jour,  elle faisait disparaitre de mon esprit les angoisses  de la nuit.

Je n’avais pas revu le professeur FR depuis le soir de mon intervention, celui-ci étant de garde en ce jeudi 31 décembre, j’eus l’opportunité donc de le rencontrer lors de sa visite aux malades.

Il hocha légèrement la tête en signe de salut, je crus apercevoir un très léger sourire au coin de ses lèvres, puis je tendis les oreilles pour entendre le compte-rendu de mon intervention chirurgicale.

J’avais été opéré d’une péritonite, mon appendice perforée retirée, FR avait lavé autant se faire que peut mes intestins de l’infection qui s’était répandu. Il me faudrait patienter une bonne semaine avant de prétendre rentrer chez moi, j’étais donc  ainsi prévenu. Il me tâta le plus délicatement possible mon abdomen gonflé, mais n’insista pas davantage en constatant mes grimaces.

« Demain c’est ma collègue qui est de service, je reviendrais vous voir samedi. »

Le chirurgien avait donné l’autorisation de me donner à boire un liquide chaud au diner, mais je fus  totalement indifférent à l’annonce de la nouvelle.

Mon voisin de chambre se rétablissait beaucoup plus vite que moi, en effet moins de quarante-huit heures après l’intervention  il était capable de s’asseoir au bord du lit. Quelque-part je l’enviais un peu, car à l’inverse de lui,  je n’étais qu’une marionnette emberlificotée dans ses fils. Dépendre  entièrement des autres, n’était pas une situation que l’on pouvait qualifier d’enviable.     

La sonde gastrique me gênait beaucoup, lorsque j’avalais mon peu de salive, j’avais l’impression que l’on m’arrachait la gorge, d’autant que le fait d’être privé d’eau aggravait la sensation de sécheresse et d’irritation. Le pire c’était lorsque je faisais un mouvement inapproprié et que le tube en plastique effleurait  le tube digestif ou titillait la luette, dans ces moment-là  je tirais du cœur en faisant fortement la grimace. Par expérience je savais qu’il ne fallait pas focaliser mon attention sur ce genre de désagrément, car la situation risquait de devenir rapidement insupportable pour les nerfs. Par une subtile gymnastique d’esprit je me persuadais au contraire que les meilleurs moments étaient à venir, et que la patience étant la mère de toutes les vertus, je verrais un de ces jours le bout du tunnel.     

Les puissants analgésiques qui m’empêchaient de souffrir, me maintenaient dans un état léger de somnolence et dans une sorte de léthargie. Tous les services de la matinée étaient passés dans la chambre, et nous étions à présent seuls avec nos pensées. Mon voisin assis dans son fauteuil fermait les yeux, quant à moi je scrutais le plafond, les fenêtres, et les murs, lorsque mon attention fut attirée par un iule qui courait sur la tapisserie. Je sonnai immédiatement l’aide-soignante pour qu’elle nous débarrasse de cet intrus. Celle-ci arriva à mon chevet accompagnée de l’une de ses collègues. Lorsque je leur fis la remarque de l’insecte sur le mur, elles se regardèrent droit dans les yeux, l’air embarrassé.  Je compris immédiatement qu’il se passait quelque chose d’anormal.   

« Ce n’est pas un mille-pattes monsieur, mais le clou pour suspendre une horloge. Ne vous inquiétez pas, nous avons déjà rencontré ce genre de réaction auprès d’autres malades. »

Je me sentais totalement ridicule, comment ma vision pouvait-elle me trahir à ce point, sans doute parce que j’étais  encore bien las de mon opération, mais aussi parce que je ne portais pas mes lunettes. L’incident était officiellement clos, mais il me perturbait profondément l’esprit, je n’avais pas besoin de ce nouveau tracas, j’en avais déjà bien assez.

Le meilleur moment de la journée se situa aux alentours de 14h30 lorsque Chantal me ramena des nouvelles de l’extérieur, car entre mes quatre murs j’étais totalement hors du temps.

La femme de mon voisin de chambre était toujours aussi loquace, et c’était un moyen efficace pour Chantal de tuer le temps, car passer un après-midi auprès d’un malade peu disposé à la discussion devait être à n’en pas douter d’un ennui mortel.

Il était prévu de réveillonner chez l’une de ses sœurs, elle décida de ne rien changer au programme, et elle avait bien raison, car rester chez elle ou aller se divertir ne changeait rien à l’affaire, j’étais cloué sur mon lit, pour un bon moment.  

En cette troisième journée d’hospitalisation je commençais par avoir quelques visites, celles de mon fils aîné et de sa femme, celle de mon fils cadet, celle de la plus jeune de mes belles-sœurs avec son mari, ainsi que celle d’un ami parrain de ma fille. Je dois le dire même si j’étais fatigué, leur présence me ramenait à la vie, elle m’aidait aussi à me détendre quelque-peu car mon corps malmené se rebellait parfois par de vilaines contractures musculaires, et aucun médicament ne me soulageait durablement dans ces périodes heureusement très espacées de révoltes.

Boire un bouillon de poule dégraissé le soir de la Saint Sylvestre, il n’y avait rien de bien réjouissant, mais même si j’avais pu espérer mieux, la vilaine journée de 29 décembre était dernière moi, et grâce au chirurgien j’étais sorti de ce mauvais pas. 



Nouvelle zone de turbulences aussi douloureuses qu’inattendues suite 3

 

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Lorsque mon brancard s’ébranla, je fus tout à coup pris de panique. J’avais pourtant l’habitude de fréquenter ce genre de lieux, car j’en étais à ma huitième opération en onze ans, je ne pouvais donc guère expliquer les raisons d’un tel état d’esprit. Je n’avais qu’une seule envie m’enfuir à toutes jambes, ou me réveiller de ce qui devait être sans doute un cauchemar. J’étais pourtant bien incapable de changer mon destin, et ce que je vivais était bien réel, il fallait affronter l’adversité, et renoncer à toutes autres options.

Il faisait frais dans la salle d’opération, et je frissonnai de tous mes membres lorsque l’on me retira mon drap, avant de me transférer sur la table. J’étais à l’étroit, et mes bras serrés contre mon corps ne demandaient qu’à se relâcher. Très vite on m’emmaillota solidement dans une couverture, afin que je ne puisse plus bouger. Je ressentis aussitôt une douce chaleur pénétrer peu à peu  mon corps. Je fermai les yeux. J’étais par la force des choses plongé dans le silence le plus complet, et donc incapable de savoir si quelqu’un m’adressait la parole. Un masque à oxygène se posa délicatement sur mon nez, et aussitôt je pris de grandes aspirations comme j’en avais l’habitude. 

L’avantage de l’anesthésie c’est que l’on ferme les yeux avec la sensation de les ouvrir aussitôt, la durée de l’opération étant totalement éludée par le cerveau. Même si j’étais dans les vapes, j’avais conscience que le plus dur était derrière moi, et ce n’était pas sans apaisement que je constatai cette réalité de fait.

J’avais très envie de satisfaire un besoin naturel, j’eus la force de demander un urinal, mais fut dans l’incapacité de me soulager. L’anesthésiste qui était à mes côtés de sembla pas surprise, et sans me donner la moindre explication me posa une sonde urinaire. Elle me précisa néanmoins que cette sonde n’était que provisoire. Sans doute sous l’effet des analgésiques, je ne ressentis rien durant cette manipulation.  

J’ignorais si j’étais dans la salle de surveillance depuis longtemps, mais on me chuchota à l’oreille, qu’à présent il était l’heure de remonter dans ma chambre. Je fermai les yeux durant le trajet, et ne vit pas le brancardier me reconduire au second étage.

L’équipe médicale s’affairait autour de moi afin de m’installer de manière optimale dans mon lit, l’une d’entre elle me chuchota à l’oreille que Chantal avait demandé de mes nouvelles, et qu’elle me faisait des bisous, un petit moment de douceur dans cet environnement somme toute relativement agressif pour le corps et l’esprit.  

Quelle heure était-il dans la nuit ? Je l’ignorais et j’en avais que faire, mon seul souhait étant que l’on me laisse tranquille afin de me reposer.

Sonde gastrique, drain, cathéter, sonde urinaire, lunettes à oxygène,  j’étais de nouveau branché, otage d’une mauvaise fortune qu’il fallait bien accepter, au risque de me rendre la vie encore plus difficile à vivre.

Au petit matin je retrouvai l’univers routinier de l’hôpital, les constantes, l’infirmière à espaces réguliers, les aides-soignantes, le personnel de ménage.

J’appréhendais le moment venu de faire ma toilette et mon lit. J’étais comme un pantin désarticulé perclus de douleurs, à chaque mouvement que l’on exigeait de moi.

Avec l’impossibilité de me lever, l’interdiction de manger ou de boire quoique ce soit, le désintérêt de la lecture et de la télévision, il ne me restait qu’une seule occupation, celle de dormir le plus longtemps possible.

La morphine avait l’avantage de me diriger vers une sorte de paradis artificiel, en me rendant imperméable à toutes formes d’ennuis, pourtant hors du temps et de l’espace, je ressentis un réel plaisir lorsque la porte de la chambre s’ouvrit sur le visage de Chantal. Elle amenait avec elle le tumulte du monde extérieur, brisant ainsi le cocon dans lequel l’hospitalisation m’avait enfermé.    

Mon voisin de chambre était celui-là même qui avait subi une intervention chirurgicale avant la mienne, il avait vécu trente-cinq dans le village dont Chantal et moi étions issus, la conversation entre nos visiteuses étaient donc largement fournies. J’entendais les propos que sa femme et la mienne pouvaient tenir, mais j’étais incapable de participer à leurs échanges verbaux.

Chantal me rapporta la réaction des parents et amis lorsqu’elle leur avait appris la nouvelle de cette  énième hospitalisation, ils étaient désolés pour moi, c’était le minimum qu’ils pouvaient ressentir à mon égard, mais quoiqu’il en soit, personne ne pouvait rien pour moi. Il fallait faire en sorte de ne pas leur en vouloir, ce n’était pas parce que j’étais dans une mauvaise posture, que leur vie allait s’arrêter.

Irrémédiablement l’instant de la séparation arriva, il était temps pour Chantal de quitter les lieux. J’avais l’expérience de cette épreuve, et je la redoutais comme la peste. Certes j’étais entouré par un personnel médical dévoué et compétent, mais lorsque la porte se referma sur elle, je ressentis comme à chaque fois le sentiment d’abandon, et la nuit à venir me hantait l’esprit tant j’allais à coup sûr me sentir seul et angoissé.



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