Nouvelle zone de turbulences aussi douloureuses qu’inattendues suite 3

 

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Lorsque mon brancard s’ébranla, je fus tout à coup pris de panique. J’avais pourtant l’habitude de fréquenter ce genre de lieux, car j’en étais à ma huitième opération en onze ans, je ne pouvais donc guère expliquer les raisons d’un tel état d’esprit. Je n’avais qu’une seule envie m’enfuir à toutes jambes, ou me réveiller de ce qui devait être sans doute un cauchemar. J’étais pourtant bien incapable de changer mon destin, et ce que je vivais était bien réel, il fallait affronter l’adversité, et renoncer à toutes autres options.

Il faisait frais dans la salle d’opération, et je frissonnai de tous mes membres lorsque l’on me retira mon drap, avant de me transférer sur la table. J’étais à l’étroit, et mes bras serrés contre mon corps ne demandaient qu’à se relâcher. Très vite on m’emmaillota solidement dans une couverture, afin que je ne puisse plus bouger. Je ressentis aussitôt une douce chaleur pénétrer peu à peu  mon corps. Je fermai les yeux. J’étais par la force des choses plongé dans le silence le plus complet, et donc incapable de savoir si quelqu’un m’adressait la parole. Un masque à oxygène se posa délicatement sur mon nez, et aussitôt je pris de grandes aspirations comme j’en avais l’habitude. 

L’avantage de l’anesthésie c’est que l’on ferme les yeux avec la sensation de les ouvrir aussitôt, la durée de l’opération étant totalement éludée par le cerveau. Même si j’étais dans les vapes, j’avais conscience que le plus dur était derrière moi, et ce n’était pas sans apaisement que je constatai cette réalité de fait.

J’avais très envie de satisfaire un besoin naturel, j’eus la force de demander un urinal, mais fut dans l’incapacité de me soulager. L’anesthésiste qui était à mes côtés de sembla pas surprise, et sans me donner la moindre explication me posa une sonde urinaire. Elle me précisa néanmoins que cette sonde n’était que provisoire. Sans doute sous l’effet des analgésiques, je ne ressentis rien durant cette manipulation.  

J’ignorais si j’étais dans la salle de surveillance depuis longtemps, mais on me chuchota à l’oreille, qu’à présent il était l’heure de remonter dans ma chambre. Je fermai les yeux durant le trajet, et ne vit pas le brancardier me reconduire au second étage.

L’équipe médicale s’affairait autour de moi afin de m’installer de manière optimale dans mon lit, l’une d’entre elle me chuchota à l’oreille que Chantal avait demandé de mes nouvelles, et qu’elle me faisait des bisous, un petit moment de douceur dans cet environnement somme toute relativement agressif pour le corps et l’esprit.  

Quelle heure était-il dans la nuit ? Je l’ignorais et j’en avais que faire, mon seul souhait étant que l’on me laisse tranquille afin de me reposer.

Sonde gastrique, drain, cathéter, sonde urinaire, lunettes à oxygène,  j’étais de nouveau branché, otage d’une mauvaise fortune qu’il fallait bien accepter, au risque de me rendre la vie encore plus difficile à vivre.

Au petit matin je retrouvai l’univers routinier de l’hôpital, les constantes, l’infirmière à espaces réguliers, les aides-soignantes, le personnel de ménage.

J’appréhendais le moment venu de faire ma toilette et mon lit. J’étais comme un pantin désarticulé perclus de douleurs, à chaque mouvement que l’on exigeait de moi.

Avec l’impossibilité de me lever, l’interdiction de manger ou de boire quoique ce soit, le désintérêt de la lecture et de la télévision, il ne me restait qu’une seule occupation, celle de dormir le plus longtemps possible.

La morphine avait l’avantage de me diriger vers une sorte de paradis artificiel, en me rendant imperméable à toutes formes d’ennuis, pourtant hors du temps et de l’espace, je ressentis un réel plaisir lorsque la porte de la chambre s’ouvrit sur le visage de Chantal. Elle amenait avec elle le tumulte du monde extérieur, brisant ainsi le cocon dans lequel l’hospitalisation m’avait enfermé.    

Mon voisin de chambre était celui-là même qui avait subi une intervention chirurgicale avant la mienne, il avait vécu trente-cinq dans le village dont Chantal et moi étions issus, la conversation entre nos visiteuses étaient donc largement fournies. J’entendais les propos que sa femme et la mienne pouvaient tenir, mais j’étais incapable de participer à leurs échanges verbaux.

Chantal me rapporta la réaction des parents et amis lorsqu’elle leur avait appris la nouvelle de cette  énième hospitalisation, ils étaient désolés pour moi, c’était le minimum qu’ils pouvaient ressentir à mon égard, mais quoiqu’il en soit, personne ne pouvait rien pour moi. Il fallait faire en sorte de ne pas leur en vouloir, ce n’était pas parce que j’étais dans une mauvaise posture, que leur vie allait s’arrêter.

Irrémédiablement l’instant de la séparation arriva, il était temps pour Chantal de quitter les lieux. J’avais l’expérience de cette épreuve, et je la redoutais comme la peste. Certes j’étais entouré par un personnel médical dévoué et compétent, mais lorsque la porte se referma sur elle, je ressentis comme à chaque fois le sentiment d’abandon, et la nuit à venir me hantait l’esprit tant j’allais à coup sûr me sentir seul et angoissé.



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