Nouvelle zone de turbulences aussi douloureuses qu’inattendues suite 4

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Ainsi donc s’achevait l’année 2015 en jus de boudin, et le début de l’année à venir allait forcément elle aussi être marqué par ces ixièmes péripéties de santé, car je n’étais pas sorti de l’auberge.

Nouvelles constances, nouvelles visites de l’infirmière avec à la clé une énième prise de sang de plus en plus douloureuses en raison de veines bien fatiguées, nouveau supplice de changement de draps et de la toilette corporelle, et toujours l’interdiction de boire et de manger. J’avais à mon actif, la satisfaction de revoir la lumière du jour,  elle faisait disparaitre de mon esprit les angoisses  de la nuit.

Je n’avais pas revu le professeur FR depuis le soir de mon intervention, celui-ci étant de garde en ce jeudi 31 décembre, j’eus l’opportunité donc de le rencontrer lors de sa visite aux malades.

Il hocha légèrement la tête en signe de salut, je crus apercevoir un très léger sourire au coin de ses lèvres, puis je tendis les oreilles pour entendre le compte-rendu de mon intervention chirurgicale.

J’avais été opéré d’une péritonite, mon appendice perforée retirée, FR avait lavé autant se faire que peut mes intestins de l’infection qui s’était répandu. Il me faudrait patienter une bonne semaine avant de prétendre rentrer chez moi, j’étais donc  ainsi prévenu. Il me tâta le plus délicatement possible mon abdomen gonflé, mais n’insista pas davantage en constatant mes grimaces.

« Demain c’est ma collègue qui est de service, je reviendrais vous voir samedi. »

Le chirurgien avait donné l’autorisation de me donner à boire un liquide chaud au diner, mais je fus  totalement indifférent à l’annonce de la nouvelle.

Mon voisin de chambre se rétablissait beaucoup plus vite que moi, en effet moins de quarante-huit heures après l’intervention  il était capable de s’asseoir au bord du lit. Quelque-part je l’enviais un peu, car à l’inverse de lui,  je n’étais qu’une marionnette emberlificotée dans ses fils. Dépendre  entièrement des autres, n’était pas une situation que l’on pouvait qualifier d’enviable.     

La sonde gastrique me gênait beaucoup, lorsque j’avalais mon peu de salive, j’avais l’impression que l’on m’arrachait la gorge, d’autant que le fait d’être privé d’eau aggravait la sensation de sécheresse et d’irritation. Le pire c’était lorsque je faisais un mouvement inapproprié et que le tube en plastique effleurait  le tube digestif ou titillait la luette, dans ces moment-là  je tirais du cœur en faisant fortement la grimace. Par expérience je savais qu’il ne fallait pas focaliser mon attention sur ce genre de désagrément, car la situation risquait de devenir rapidement insupportable pour les nerfs. Par une subtile gymnastique d’esprit je me persuadais au contraire que les meilleurs moments étaient à venir, et que la patience étant la mère de toutes les vertus, je verrais un de ces jours le bout du tunnel.     

Les puissants analgésiques qui m’empêchaient de souffrir, me maintenaient dans un état léger de somnolence et dans une sorte de léthargie. Tous les services de la matinée étaient passés dans la chambre, et nous étions à présent seuls avec nos pensées. Mon voisin assis dans son fauteuil fermait les yeux, quant à moi je scrutais le plafond, les fenêtres, et les murs, lorsque mon attention fut attirée par un iule qui courait sur la tapisserie. Je sonnai immédiatement l’aide-soignante pour qu’elle nous débarrasse de cet intrus. Celle-ci arriva à mon chevet accompagnée de l’une de ses collègues. Lorsque je leur fis la remarque de l’insecte sur le mur, elles se regardèrent droit dans les yeux, l’air embarrassé.  Je compris immédiatement qu’il se passait quelque chose d’anormal.   

« Ce n’est pas un mille-pattes monsieur, mais le clou pour suspendre une horloge. Ne vous inquiétez pas, nous avons déjà rencontré ce genre de réaction auprès d’autres malades. »

Je me sentais totalement ridicule, comment ma vision pouvait-elle me trahir à ce point, sans doute parce que j’étais  encore bien las de mon opération, mais aussi parce que je ne portais pas mes lunettes. L’incident était officiellement clos, mais il me perturbait profondément l’esprit, je n’avais pas besoin de ce nouveau tracas, j’en avais déjà bien assez.

Le meilleur moment de la journée se situa aux alentours de 14h30 lorsque Chantal me ramena des nouvelles de l’extérieur, car entre mes quatre murs j’étais totalement hors du temps.

La femme de mon voisin de chambre était toujours aussi loquace, et c’était un moyen efficace pour Chantal de tuer le temps, car passer un après-midi auprès d’un malade peu disposé à la discussion devait être à n’en pas douter d’un ennui mortel.

Il était prévu de réveillonner chez l’une de ses sœurs, elle décida de ne rien changer au programme, et elle avait bien raison, car rester chez elle ou aller se divertir ne changeait rien à l’affaire, j’étais cloué sur mon lit, pour un bon moment.  

En cette troisième journée d’hospitalisation je commençais par avoir quelques visites, celles de mon fils aîné et de sa femme, celle de mon fils cadet, celle de la plus jeune de mes belles-sœurs avec son mari, ainsi que celle d’un ami parrain de ma fille. Je dois le dire même si j’étais fatigué, leur présence me ramenait à la vie, elle m’aidait aussi à me détendre quelque-peu car mon corps malmené se rebellait parfois par de vilaines contractures musculaires, et aucun médicament ne me soulageait durablement dans ces périodes heureusement très espacées de révoltes.

Boire un bouillon de poule dégraissé le soir de la Saint Sylvestre, il n’y avait rien de bien réjouissant, mais même si j’avais pu espérer mieux, la vilaine journée de 29 décembre était dernière moi, et grâce au chirurgien j’étais sorti de ce mauvais pas. 



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