Nouvelle zone de turbulences, aussi douloureuses qu’inattendues, suite 6

nua

J’étais une nouvelle fois angoissé à l’idée d’éteindre la lumière. Dans quelle mesure en effet serais-je apte à me remettre rapidement de cette ixième intervention chirurgicale, si mes insomnies persistaient à n’en plus finir.  Était-ce cette l’appréhension permanente du noir et de la solitude qui alimentait ces désordres mentaux, toujours est-il que je m’apprêtais à vivre une expérience identique à celle de la nuit précédente. Cette fois c’était  les regards puissants de parfaits inconnus qui me captaient l’attention. Des volutes de fumée ou des  feux follets virevoltaient au-dessus de moi, pire mon lit s’élevait vers le plafond, tandis que j’apercevais le téléviseur de la chambre à mes pieds. Pour retrouver le sens de la réalité, je fixais le rai de lumière qui pénétrait sous la porte du couloir, et tout revenait immédiatement à la normale, pour aussitôt recommencer.  

Au risque de devenir fou, je ne pouvais pas continuer à subir ces hallucinations sans réagir efficacement. J’étais très énervé et il ne fallait pas que l’infirmière se contente de vagues explications pour me laisser ensuite toute seul avec mes fantômes. Elle comprit à la tonalité de ma voix qu’il y avait urgence à trouver une solution. Elle avait laissé la porte ouverte, j’attendis un long moment avant qu’elle ne revienne avec le chirurgien qui m’avait opéré.

Il me posa des tas de questions, puis effectua une série d’examens. Il écarta la possibilité de métastases au cerveau, puis celle du délirium tremens car je ne prenais pas d’alcool. Ce fut moi qui le mis sur la voie, en lui parlant du médicament que m’avait prescrit mon généraliste pour réguler mon sommeil. J’avais interrompu la prise régulière de Mirtazapine, le jour même de mon hospitalisation, et peut-être étais-je en train de mal supporter cette interruption.

Le chirurgien quitta la pièce et alla chercher sur le Vidal le nom de ce produit pharmaceutique qu’il ne connaissait pas. Il s’agissait du générique d’une molécule que l’hôpital avait en sa possession. L’infirmière m’apporta de suite le petit comprimé rose que j’avalais d’un trait, puis l’équipe médicale qui m’entourait quitta la chambre. Vaincu par la fatigue et sans doute aussi grâce aux vertus du traitement, je dus m’endormir dans la demi-heure qui suivit. 

Qu’il fut agréable au petit matin d’être réveillé par l’équipe médicale de jour, j’étais de bonne humeur et surtout soulagé que l’on ait pu trouver enfin la solution à mes problèmes.

Le premier week-end du mois suivait immédiatement le jour de l’an, aussi je savais que le personnel tournerait encore à effectif réduit. Cette fois encore je ne bénéficiai pas de la toilette dite intime, mais on me fournit une petite bassine remplie d’eau chaude, un gant et un savon pour me nettoyer moi-même le visage. Pas facile d’effectuer mes ablutions bardé de toute ma tubulure, pourtant le peux que j’étais capable de faire m’apportait beaucoup de réconfort. De guerre lasse je finis néanmoins par abandonner la partie, dominé par la fatigue et le manque de motivation.     

Tandis que je lézardais le reste de la matinée dans mon lit, deux aides-soignantes vinrent m’encourager avec insistance pour que je m’asseye dans le fauteuil. L’opération n’était pas facile à réaliser et bien peu agréable à supporter. Il fallait traîner ma sonde urinaire, le drain de redon avec son récipient bien rempli, ma perche à perfusion, sans compter la gêne provoquée par ma sonde gastrique. Chaque mouvement était autant de tortures qui me déchiraient les entrailles. Je ne pouvais pas dire que je me sentais affaibli, la tête ne me tournait pas, mais la position assise dans le fauteuil était excessivement inconfortable, et je n’avais de cesse de trouver la position idéale, pour trouver un peu de réconfort. J’avais fait la promesse d’attendre le bouillon de poule dégraissé avant de me recoucher, mais une fois ce substitut de déjeuner ingurgité,  j’étais bien décidé à ne pas rester assis plus longtemps.

Ce fut donc encore et toujours dans la position du gisant que Chantal me découvrit lorsqu’elle pénétra dans la chambre. Cette fois plus d’hallucinations, je pouvais la regarder sans apercevoir derrière elle une porte ouverte, ou des animaux dansants.

Quel bonheur de pouvoir me laver les dents, être rasé, et nettoyé par une tierce personne qui avait tout son temps pour le faire. A l’hôpital il valait mieux ne pas être trop exigeant, le travail du personnel était chronométré au détriment bien souvent du bien-être des patients, mais tout ceci était bien pardonnable lorsque l’on pouvait compter sur l’aide précieuse d’un proche.

La monotonie du temps fut ponctuée par la visite de ma famille ou de quelques amis, aussi les heures s’égrènent-elles agréablement tout le long du week-end. Le soir venu, je n’avais toujours encore pas d’autres choix que d’affronter ma solitude.  

J’étais cependant un peu plus serein, car cette fois j’avais à ma disposition la télévision qui retarderait l’heure d’éteindre ma lumière, et aussi ce petit cachet précieux comme un trésor, me garantissant la tranquillité de la nuit.   



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