Nouvelle zone de turbulences, aussi douloureuses qu’inattendues, suite 9

 

 

homme t

Ce même jeudi mon voisin montrait quelques signes de nervosité, il fallait souvent faire intervenir le personnel médical pour le calmer. Ce n’était pas notre rôle de surveiller ses faits et gestes, mais comme sa famille était peu présente, il fallait bien faire preuve de compassion envers ce pauvre homme.

L’hospitalisation à deux lits n’est pas quelques choses de très confortables, et lorsque l’un des malades pose problème, il est bien difficile au second de trouver le repos.

Jusqu’à présent je n’avais guère matière à m’en plaindre, la nuit précédente je l’avais entendu ronfler, mais comme j’étais sourd comme un pot, je percevais ses ronflements très atténués, aussi n’avais-je pas ressenti cela comme de la gêne.

Désormais mon sort dépendait du bienfait des antibiotiques, et les infirmières passaient toutes les six heures pour renouveler les doses. Mon pied à perfusion était quant à lui délesté de quelques-unes des nombreuses poches qu’il avait dû supporter pendant un moment, car dorénavant je reprenais mes médicaments habituels par voie orale, hormis ma chimiothérapie suspendue jusqu’à nouvel ordre.       

Cet après-midi s’achevait aussi tristement que celles que j’avais vécues depuis mon opération du 29 décembre, c’est-à-dire par le départ de mes proches et le début d’une longue nuit de solitude.

La soirée à l’image des précédentes était monotone, désormais je n’étais plus au régime, mais j’avais mangé avec peu d’appétit, pressé de regagner mon lit. La télévision me tenait compagnie, elle m’aidait à ne pas trop penser au moment fatidique où il faudrait éteindre la lumière.

Le tintamarre commença sur le lit d’à côté. D’abord mon coéquipier souilla ses draps, mais il eut la présence d’esprit d’appeler à l’aide. Puis il s’attaqua à ses tubulures de perfusion, avant de renverser sa carafe d’eau. Suite à mon appel, les aides-soignantes intervinrent une seconde fois avant de l’encourager à se calmer. Il souilla de nouveau ses draps et eut encore une fois la présence d’esprit d’appeler au secours. De guerre lasse le personnel de service finit par lui mettre une couche de protection. A peine ces dames eurent le dos tourné qu’il se leva pour sortir dans le couloir, je dus une nouvelle fois intervenir. Reconduit fermement dans son lit, il ne mit pas plus d’un quart d’heure avant de renouveler l’expérience, j’appuyai pour la troisième fois sur la sonnette. C’en était trop, l’infirmière de garde s’approcha de moi et me proposa de me transférer soit avec un autre malade, soit dans la salle d’attente. J’optai pour la deuxième solution, là j’étais au moins sûr de ma tranquillité.   

Ma décision à peine prise, je savais déjà que j’allais la regretter, la salle était exigüe, noyée au milieu du mobilier,  j’étais privé de télévision. Je n’avais qu’une seule et bien peu rassurante possibilité, celle de frapper à l’aide d’une baguette en bois sur ma table à roulette, pour alerter le personnel en cas de besoins, et je ne disposais que d’une minuscule torche  pour m’éclairer également en cas de nécessité.

Je n’avais pas d’autres choix que de tenter d’obtenir les faveurs de Morphée, mais l’exercice semblait vouer à l’échec, tant j’étais sur les nerfs.

Tout était réuni pour que ma nuit soit blanche, l’apnée, la position dorsale, et le stress consécutif à ce déménagement précipité

Mon cœur et mes tempes battaient à se rompre, j’étais en colère non pas contre ce pauvre homme, et encore moi contre l’équipe médicale, mais contre cette mauvaise fortune qui me collait à la peau.

Lorsque l’infirmière vint changer mes poches j’eus l’impression de ne pas avoir dormi, pourtant comme à chaque fois que j’étais dans cet état d’esprit, depuis mon installation à la hâte  je n’avais pas perçu la notion de temps.  

J’accueillis l’équipe de jour comme une bénédiction, le petit déjeuner ne me faisait pas du tout envie, je m’efforçai néanmoins d’avaler deux biscottes et mon café. 

Ensuite il fallut de nouveau attendre que l’on vienne s’occuper de moi, mais cette fois je pouvais fermer les yeux et me détendre, ma solitude n’était plus la même,  car l’effervescence des couloirs reprenait son cours.

Je regagnai ma chambre en milieu de matinée, mon voisin était définitivement parti, mais un autre allait le remplacer dans le courant de la matinée. En attendant j’étais plutôt satisfait de retrouver mes repères, l’incident était clos, et dans mon esprit plus qu’un mauvais souvenir.

Si j’avais sincèrement le désir de tirer un trait sur les péripéties de la nuit, à l’inverse mon organisme sensiblement perturbé par ce fâcheux évènement réagissait vigoureusement, et il me le faisait savoir, car cette épreuve quasi sans sommeil dépassait les bornes, ses capacités de récupération devenaient de plus en plus limitées, et tout l’intérieur de mon corps était au bord de l’implosion. Ce n’était pas d’une trêve dont j’avais besoin, mais bien d’une paix réelle et durable. 

Peu de temps après que je sois installé, et comme on me l’avait annoncé, le nouvel et fringant  arrivant débarqua, comme en terrain conquis. Il passa le reste de la matinée au téléphone à converser avec la gente féminine.

Ce fut aux alentours de onze heures qu’un brancardier vint le chercher, et je dus une fois de plus supporter le déménagement de mon lit, pour que le sien situé côté fenêtre puisse rejoindre la porte d’entrée.

On m’obligea comme la veille à faire ma toilette au lavabo, et je fus aussi convié à m’asseoir dans le fauteuil en attendant le repas de midi.



Laisser un commentaire

WEIGHT WATCHERS ET BIG MAMA... |
Manon Pepin - Massage suédois |
Alimentation et grossesse |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lamaladiedalzheimer
| Info Sante 76
| Vivre sa vie