Nouvelle Zone de turbulences, aussi douloureuses qu’inattendues suite 2

turbu

Je n’avais donc plus de ressentis physiques et psychologiques, je ne savais pas où cette épreuve allait me conduire, mais cela m’était donc tout à fait égal. Il n’y avait qu’une seule chose qui restait claire à mon esprit, demeurer impérativement sur le dos (de doute façon je ne pouvais pas faire autrement), les genoux pliés, et les pieds bien à plats sur l’assise du brancard afin de soulager la tension musculaire de mon ventre.

On me chuchota à l’oreille qu’il était temps de rejoindre le service de radiologie, je ne regardai même pas la personne qui poussait à présent ce même brancard.

Je n’eus pas besoin d’attendre bien longtemps avant que l’on me fasse glisser sur la table d’examen, mais l’opération aussi brève fut-elle me tordit de douleur. Je me sentais terriblement las, pourtant j’obéis aux instructions qui m’étaient données. 

Aussitôt le scanner passé, le brancardier que cette fois je consentais à regarder, me ramena là où il était venu me chercher. J’eus la force de le remercier.  

Combien de temps fallu-t-il attendre encore avant que l’on s’intéresse de nouveau à moi, j’étais bien incapable de le dire, mais cette fois le médecin m’informa que l’on allait me conduire dans un petit local, en attendant que le chirurgien vienne m’informer du diagnostic.

Au bout d’un moment et contre toute espérance, j’aperçus le visage de Chantal  penché au-dessus de moi, brisant ainsi ma solitude. Le service lui avait téléphoné pour qu’elle vienne prendre connaissance elle aussi des conclusions de l’examen.  

J’ignorais la raison pour laquelle on m’avait installé ici, car au bout de quelques temps on vint me chercher pour me placer dans le couloir, libérant ainsi les lieux pour un autre malade.

Le visage souriant et familier du médecin s’approcha de nous, cette fois elle venait me dire à quelle sauce j’allais être mangé.

« Nous avons longuement étudié votre scanner, nous n’avons trouvé aucune métastases à votre cancer, par contre vous souffrez d’une appendicite perforée, et il est grand temps de vous opérer. Le chirurgien va venir vous donner davantage de précisions. »

Je reçus le verdict  avec une relative indifférence, j’étais bien trop fatigué, et bien trop apaisé par les analgésiques pour réagir en tant que tel. Chantal me donnait par bride de phrases des nouvelles de l’extérieur, et c’était la seule chose pour laquelle je portais une certaine forme d’intérêts.

Le professeur FR s’approcha de nous à son tour, et nous confirma ce que nous venions d’entendre. Toutefois nous savions désormais que mon opération aurait lieu vers les onze de soir, en attendant un brancardier allait me conduire au second étage dans une chambre affectée au service viscéral.

Là encore il fallut me transférer dans mon lit, et le glissement d’un lieu à un autre ne fut pas des moins douloureux.

Il ne restait plus qu’à attendre, mais à vrai dire c’était bien ce que je n’avais jamais cessé de faire depuis mon arrivée. Le silence de la chambre contrastait fortement avec l’agitation des urgences, et je ne m’en plaignais guère, bien au contraire, au moins j’avais la satisfaction de ne plus être balloté d’un côté sur l’autre. Je demandais régulièrement l’heure à Chantal, la perspective de mon opération imminente me faisait sortir peu à peu de ma torpeur, je reprenais conscience du temps et de l’espace.

Tandis que je sombrai de nouveau dans la somnolence, une petite troupe de femmes en blancs surgirent de nulle part. Il y avait un changement de programme, l’heure de mon opération était avancée, et il fallait faire vite pour que je sois prêt avant de descendre au bloc. 

C’était le moment de renoncer à toutes formes de dignité, car il fallait me raser, me désinfecter à la Bétadine, m’enfiler des chaussettes de contention,  et enfin me changer. Entièrement nu sur mon lit, j’avais l’impression d’être une escalope que l’on badigeonne de moutarde avant de la passer à la poêle. En tous les cas, chaque geste était un supplice, et j’avais hâte de retrouver un peu de repos.

J’avais été préparé en un temps record, et le brancardier ne tarda pas à venir ensuite me chercher. Nous prîmes l’ascenseur de service, et Chantal celui réservé aux visiteurs. Nous nous retrouvâmes en bas, et je lui adressai un dernier salut de la main, avant qu’elle ne disparaisse de mon champ de vision. Une fois de plus j’étais seul face à mon destin, je n’avais pas d’autres choix que de subir cette nouvelle épreuve. 

Cette fois sans mes appareils  auditifs il fallait préciser à chaque personne rencontrée que j’étais mal entendant. Je tendais bien difficilement l’oreille et répondait autant se faire que peu aux questions que l’on me posait.

« Bonjour monsieur Gautier, je suis l’anesthésiste. »

Un petit bout de femme qui ne devait pas avoir encore la quarantaine, mais son visage empreint de douceur m’inspirait confiance.

« Vous a-t-on dit de quoi vous allez être opéré ? »

En fait je ne sais pas trop pourquoi, mais j’hésitai à répondre.

« De l’impadouille. »

Elle avait employé un mot d’argot comme si elle avait voulu dédramatiser la situation, et peut-être aussi pour que nous soyons à cet instant précis un peu plus familier. 

J’aperçus le lit du patient opéré avant moi sortir de la salle de chirurgie, nul doute que mon tour de passer sur le billard était arrivé.    



Nouvelle zone de turbulences aussi douloureuses qu’inattendues suite

mer

Il me restait dans la pharmacie de la morphine à effet immédiat. Chantal me proposa d’en prendre suivant la posologie autorisée, et j’acceptai sa proposition. J’eus la brusque impression que le médicament faisait l’effet inverse de celui désiré. A l’intérieur de mes entrailles je sentais en effet qu’un incident s’était déclaré, et tous mes intestins me brûlaient au-delà de ce qu’il m’était possible de tolérer. Cette fois pas d’hésitation permise, il fallait prendre à vitesse grand V le chemin des urgences.

Le parcours en voiture n’était pas bien long, mais je ressentais chaque soubresaut du véhicule comme autant de coups de poignards que l’on me plantait dans le corps.

Les urgences je connaissais, et elles n’avaient d’urgence que le nom, mais cette fois j’étais bien décidé de faire du forcing pour que l’on trouve rapidement la solution à mon calvaire.

La pâleur extrême de mon teint, et ma façon de me déplacer tel un fauve en cage, furent les manifestations incontestables de la préoccupation de mon cas, aussi l’équipe médicale me prit en charge sur le champ. Je refusai  néanmoins que l’on m’installe sur un brancard pour me rendre dans le box  d’examen. Je fus donc amené en fauteuil roulant. Il fallait pourtant que je rassemble tous mes efforts pour m’allonger, et ce n’était pas la moindre des choses, car chaque mouvement était autant de supplices infligés à mon corps.

Dieu seul sait comment je pus obéir, mais dès qu’il fut possible on me perfusa. Ma température corporelle n’était que de 35° 6, mais l’infirmière ne fit pas davantage de commentaires.  Elle me posa les questions d’usage, je lui précisai qu’un dossier médical devait exister déjà  dans ses locaux, puisque j’avais eu l’occasion de faire d’autres séjours en ce lieu. Le médecin de garde tenta de me rassurer, et elle ne manquait pas de sourire pour tenter de me ramener à la raison, car à cet instant précis j’avais peur de perdre la vie. Chantal donna mes ordonnances, rajouta quelques détails sur ma pathologie, puis rentra à la maison comme on lui avait conseillé de le faire. Sa présence n’était plus utile, il fallait attendre en effet deux ou trois bonnes heures avant d’émettre un diagnostic précis à mon sujet.

« Pour l’instant monsieur, nous allons vous hydrater, et nous allons aussi vous soulager avec une dose puissante de morphine. Nous allons ensuite vous faire une prise de sang. »

Le médecin de garde était d’un calme rassurant, d’autant qu’elle ne se défaisait pas de son sourire. Elle s’éloigna de mon champ de vision, puis l’infirmière vint exécuter les ordres. Déjà je me sentais apaisé et quelque peu groggy par l’effet de la morphine, comme on me le confirma d’ailleurs.

A cet instant précis je m’abandonnai corps et âme à mon destin, les douleurs, les contractions musculaires, les agitations excessives, ainsi que la peur s’estompèrent peu à peu pour définitivement disparaître.

Un homme entre la trentaine et la quarantaine se pencha au-dessus de moi. Il me posa des questions auxquelles j’avais déjà répondu, puis commença à me tâter le ventre, ce qui eut pour effet de rallumer le feu. En fait j’avais mal partout, il n’y avait pas une partie moins sensible qu’une autre, il n’eut pas besoin de s’acharner davantage pour le constater.

Malgré mon état plutôt préoccupant, j’avais encore la force de plaisanter un peu.

« Il n’est pas gentil le monsieur, de ma faire de la misère ! »

« Ne dîtes pas ça monsieur, c’est le chirurgien qui va sans doute devoir vous opérer » Rétorqua le médecin.

Le professeur FR m’informa aussi précisément qu’il pouvait le faire de la situation.

« Il y a plusieurs solutions à envisager, une crise de colite aigue, un problème de diverticules, ou bien une appendicite. » Il se garda bien d’évoquer mon cancer, et sur le moment cela ne me traversa pas du tout l’esprit.

L’équipe me laissa un petit moment tout seul, puis alors que j’étais à moitié assoupi, quelqu’un me chuchota à l’oreille que je devais libérer les lieux, et qu’on allait me placer dans le hall d’accueil, en attendant  un scanner prévu à dix-sept heures. Avant de partir de la maison j’avais pensé dans la précipitation à prendre mes appareils auditifs, heureusement d’ailleurs  car un tel oubli n’aurait pu que compliquer les choses.

Le fruit de hasard voulu qu’à cet instant précis mon fils aîné pompier professionnel se trouvait au bon endroit au bon moment. Il ne put pas me parler très longtemps, mais se présence fut un réel réconfort.

Les analgésiques produisaient leur effet, je ne ressentais rien d’autre qu’une lourdeur indécise au niveau de l’abdomen, et mon esprit voguait dans un monde parallèle, je n’avais aucune notion du temps. Le monde s’agitait autour de moi, les urgences continuaient de fonctionner à plein régime, mais je n’avais pas autre courage que de me laisser porter par le traitement que l’on m’avait injecté.



Nouvelle zone de turbulences aussi douloureuses qu’inattendues

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Comme je l’ai déjà écrit à propos de mon état de santé,  lors de mon précédent article, j’abordais cette fin d’année intimement  persuadé de pénétrer dans une phase d’accalmie durable. Était-ce l’euphorie de Noël qui me laissait penser cela ? Nul ne le sait. Quoi qu’il en soit, j’allais apprendre à mes dépens, l’absence totale de crédibilité de mes convictions masculines.  

J’avais été suffisamment en forme pour profiter  au mieux des manifestations publiques organisées par la ville à l’occasion de ces fêtes, je l’avais été également pour faire mes emplettes de Noël, mais aussi pour préparer le chapon familial aux marrons.

Le repas et la distribution de cadeaux s’étaient passés suivant la tradition. Certes en cette fin de journée du 25 décembre, je me sentais un peu lourd, mais eu égard à la fragilité de mon organisme, je n’étais pas étonné de cet état de fait,  compte-tenu d’un menu plus riche à digérer que de coutume.

Le lendemain j’étais à la diète,  j’avais mal au bas du ventre et plus spécialement à droite mais je ne m’inquiétais pas outre mesure, dans le sens où depuis plus de onze ans j’étais habitué aux petits malaises en tous genres, aussi vites apparus, aussi vites disparus.

De plus mes enfants ayant prévu de fêter le surlendemain un anniversaire surprise à leur mère, mon esprit était donc suffisamment impatient de la fête, pour oublier facilement les désagréments du moment.   

Le dimanche 27 décembre, je ressentais toujours et encore une gêne conséquente toujours au bas du ventre, mais rien qui puisse me dissuader de passer la journée entre famille et amis, de toute façon j’aurais trouvé l’énergie nécessaire pour laisser de côté ce que je considérais comme un petit souci de santé, plutôt que de rater l’un de ces trop rares bons moments de l’existence.

Le succès fut total, et nous rentrâmes le soir fatigué mais comblés  par cette journée somme toute plutôt très bien organisée. Je ne me souviens pas d’avoir passé une nuit plus dure que d’habitude, mes problèmes d’insomnies restaient préoccupants, mais je me réveillai le matin avec la sensation d’avoir correctement dormi.

En ce lundi 28 décembre, je n’avais pas la motivation d’entreprendre grand-chose, certes depuis longtemps mes activités étaient limitées, mais cette fois je dus me faire violence ne serait-ce que  pour aller chercher mon pain. Vingt bonnes minutes de marches aller-retour ne m’avaient pas paru plus longues que d’habitude, et j’avais même pu converser avec plusieurs de mes voisins avant de rentrer. Cependant je décidai de passer l’après-midi dans mon fauteuil, car mon corps tout entier manifestait sa fatigue extrême, et mon mental au beau fixe n’était pas en mesure de combattre cet état de fait, je n’avais pas de doute à ce sujet.

Bien souvent pour de mauvaises raisons, les personnes dites en bonne santé s’affolent dès la moindre douleur, mais lorsque la souffrance fait partie de votre quotidien, vous vous habituez à la cohabitation. J’avais toujours espoir d’une amélioration, et je misais sur une bonne nuit de sommeil pour voir disparaître  mes désagréments du moment. Moins serré dans mon pyjama que dans mes vêtements de jour, je savais aussi que la position allongée serait un réel soulagement, ce n’était pas la première fois que ce genre de situation se produisait, il fallait faire avec.  

Le lendemain nous avions un rendez-vous intermédiaire entre deux examens au CAC de l’espoir, et je n’avais surtout pas l’intention  d’y renoncer. Pourquoi ce soir-là plutôt qu’un autre soir je m’endormis comme une masse ? Je serais bien futé de pouvoir répondre à la question. Toujours est-il que Morphée m’enveloppa dans ses bras le quart d’heure qui suivit mon coucher.

Mon malheur se précisa vers les six heures du matin, je me réveillai avec une douleur toujours du côté droit, largement plus intense cette fois que celles que j’avais connues jusque-là. Mon esprit n’était pas encore en l’état de mesurer la gravité de la situation, j’étais persuadé qu’avec l’administration d’un antalgique mon état allait s’améliorer rapidement. Je me levai donc, pour prendre un comprimé effervescent de Doliprane, puis je repris de chemin de mon lit. L’accalmie de la douleur de donna raison, et je me rendormis finalement assez rapidement.

Lorsque mes yeux s’entrouvrirent quelques heures plus tard, c’était mon ventre tout entier qui se déchirait, le supplice qui m’était infligé par je ne sais encore quelle entourloupe du destin était intense, et quelque-soit la position que je prenne sous mes draps, je n’arrivais pas à apaiser mon corps meurtri.

A partir de l’instant où je décidai de me lever, les choses se précipitèrent et prirent une tournure qu’il me fut impossible de maîtriser.

Cette fois mon esprit était lucide, je vivrais des instants difficiles et très probablement gravissimes. Je perdis immédiatement la notion de l’espace et du temps. Je ne savais pas quelle position prendre pour soulager ma peine, la position couchée m’était insupportable, les positions debout ou assise ne l’était pas moins. Sur l’instant je ne savais pas ce qu’il allait m’arriver et la panique envahissait mes pensées.

Nous décidâmes d’annuler notre escapade à Nantes et de prendre un rendez-vous chez mon généraliste qui ne pouvait me prendre que dans la soirée. Chantal insistait pour me conduire aux urgences, mais j’avais une telle saturation des milieux médicaux, que j’arrivais encore à me persuader qu’avec un peu de patience la douleur finirait bien pas s’estomper.     



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