Ma vie de tous les jours

trésor

Le produit de contraste m’avait chauffé l’organisme plus que de coutume mais à présent je me sentais beaucoup mieux.  

« Est-ce que pour vous l’examen c’est bien passé monsieur Gautier? De mon côté je n’ai pas eu de problèmes ! »

Je répondis par l’affirmative, puis l’aimable jeune homme m’aida à me redresser de la table, avant de m’accompagner à la cabine. Il m’abandonna le temps que la perfusion fasse son travail, c’est-à-dire celui de me laver les veines, il revint ensuite ôter mon cathéter avant de me coller un pansement.

Toujours soucieux du bien-être de ses patients le manipulateur n’oubliait aucune miette de ce qu’il devait me dire, conformément à sa formation.

« N’oubliez pas de boire abondamment pour éliminer le produit ! »

Je lui répondis une fois encore par l’affirmative.

Je savais que je n’aurais pas les résultats du scanner avant mon rendez-vous chez l’oncologue  le mardi de la semaine suivante, mais je savais aussi qu’il allait m’inviter à patienter au côté des autres malades, afin que le médecin puisse vérifier la netteté des clichés.  

Je n’avais pas de bons souvenirs du précédent examen effectué en ce lieu. L’attente avait été très longue, et j’avais eu beaucoup de mal à contrôler mes réactions épidermiques. Pour ne pas faire subir mon anxiété à mon entourage, j’avais dû arpenter plusieurs fois en long et large les couloirs du service, avant d’entendre avec soulagement la phrase libératrice.

« Mon Gautier ? Vous pouvez partir ! »

Cette fois je me promettais de ne pas me laisser dicter par mes sentiments. Je prévoyais un bon quart d’heure de patience avant que l’une des portes ne s’ouvre et qu’apparaisse une silhouette blanche  venant  me donner le top de départ. Pour tuer le temps, j’entrepris donc de faire un peu de gymnastique d’esprit.

Remplir une grille de mots fléchés avait complètement accaparé mes pensées, mais à présent j’avais besoin de fermer les yeux pour juguler une indicible forme de lassitude. Je tentai par tous les moyens de ne penser à rien, pour faire barrière aux ondes négatives, vectrices d’instabilités émotionnelles. L’exercice était difficile, et je n’ignorais pas que ma résistance ne s’installerait pas dans la durée. Lorsque je me sentis faiblir, je m’efforçai de réagir en feuilletant une de ces revues on ne peut plus froissées, mise à la disposition du public.

Il y avait désormais bien plus d’un quart d’heure que j’étais sorti de la salle de préparation, et nous étions comme Anne, nous ne voyions rien venir.   

Cette fois je me sentais petit à petit débordé par l’anxiété, sans n’avoir aucune possibilité de stopper le processus en marche.  

La souffrance psychologique était aussi douloureuse, que les serres d’un rapace vous déchirant la chair, il fallait que je réagisse, aussi je pris la solution de sortir arpenter le couloir dans l’espoir de soulager ‘’ma peine’’.   

Si le médecin tardait tant à me laisser partir c’était sans doute qu’il avait trouvé quelque chose d’anormale, les idées noires me traversaient la tête à la vitesse du vent. Mon raisonnement était incohérent et sans fondement, mais compte-tenu de mon état de frayeur, je ne pouvais pas en être conscient.

Si l’attente était insupportable pour moi, Chantal commençait de son côté à manifester quelques signes d’impatience, il y avait à présent plus d’une demi-heure que j’étais sorti de la cabine de préparation et rien ne se passait, il fallait impérativement réagir.

Elle profita d’une nouvelle apparition du manipulateur en radiologie pour lui faire remarquer que nous étions toujours là. Il devait en parler au médecin, et allait nous tenir au courant.

Il fallut moins de cinq minutes pour qu’une jeune femme vienne nous donner l’autorisation de quitter les lieux, nous en conclûmes que nous avions tout simplement été oubliés, ce qui contribua à ma rassurer quelque-peu.

Pour l’heure j’étais plutôt pressé de m’engouffrer dans la voiture afin de quitter au plus vite le CAC de l’espoir, je voulais revenir à ma vie de tous les jours celle que l’on peut parfois trouver banale lorsque l’on est en bonne santé, mais qui vaut tout l’or du monde lorsque la faucheuse vous menace à chaque tournant de rue.

A l’heure où nous partions, les bouchons sur le périphérique nantais n’allaient sûrement pas manquer de retarder notre route, nous avions plus que l’habitude de ce genre d’inconvénient, aussi allions-nous devoir encore une fois prendre notre mal en patience.  



L’entrave

 

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Ce lundi 7 mars, j’étais bien décidé à bousculer mon égo, car le manque d’exercice physique me faisait perdre les forces dont j’avais expressément besoin. Je n’avais pas choisi le bon jour pour mettre le nez dehors, car il faisait frais, voir même froid lorsqu’un vent de l’est venait par vagues successives me fouetter le visage. Mon initiative ne m’apporta pas la satisfaction don j’avais escompté, j’eus donc tôt fait d’abandonner la partie.  

Je rentrai chez moi frustré de me sentir freiné par je ne sais quelle entrave. Était-ce un manque occasionnel de motivation ? Était-ce la fatigue cumulée depuis trop longtemps ? Étais-je tout simplement en train de faire le dos rond sous les coups de boutoirs d’un malin qui ne manquait pas une seule opportunité pour me rappeler sa supériorité au combat.     

Je ne pouvais pas remettre au lendemain ce que je n’avais pas pu faire ce jour, car un programme peu réjouissant m’attendait au CAC de l’espoir.

Ainsi donc je n’échappais pas à un nouveau contrôle médical, puisque mon 53ème scanner était programmé en ce début d’après-midi du 8 mars. Il n’y avait pas foule sur la nationale 249, à l’heure où nous mîmes le cap sur Nantes, la plupart des usagers de la route étaient encore installés devant leur déjeuner.

Ma grande expérience de ce genre de voyage ne me préservait pas, loin s’en faut, d’un stress qui se manifestait sans que je ne puisse faire autre chose que de tenter de le maîtriser. Lorsque nous atteignîmes notre but, la vision des bâtiments du centre ne firent qu’accentuer le phénomène.    

Plus la direction du CAC de l’espoir programmait la création de nouveaux parkings, et plus le nombre de voitures augmentait, cette fois encore nous dûmes nous résigner à garer notre véhicule beaucoup plus loin que prévu. 

L’entrée principale était bouclée, des flèches nous indiquaient la direction que nous devions prendre. Nous contournâmes donc le bâtiment sur la droite, et nous empruntâmes ensuite un dédale de couloirs qui nous conduisit là où nous étions attendus.

L’accès habituel avait été exceptionnellement condamné pour préserver l’intérieur de  l’édifice des très fréquents courants d’airs. L’immense hauteur du plafond, l’étendue des lieux conjugués avec l’ouverture quasi permanente des portes automatiques, faisaient qu’il était impossible d’y maintenir une température correcte.

Les architectes avaient conçu un hall d’accueil digne de celui d’une gare ultra moderne, en privilégiant la beauté, au détriment de la fonctionnalité. Depuis longtemps j’avais remarqué durant l’hiver que chaque box occupé pas le personnel de réception était équipé d’un radiateur électrique, et le plus souvent ce même personnel était chaudement couvert. Cette déperdition incommensurable de chaleur était un non-sens absolu, un budget énergétique abyssal dont je n’osais imaginer le montant. Je m’étonnais que ni le directeur général du centre, ni ses acolytes n’aient pas eu l’idée de prendre cette mesure plus tôt. Il était indéniable que le résultat en valait la chandelle, malades, accompagnants et personnel, tout le monde semblait s’y retrouver.   

Les démarches administratives étant faites, nous gagnâmes l’ascenseur pour accéder au second étage, service d’imagerie médicale. Je n’avais pas remis les pieds dans le secteur examens au scanner depuis plusieurs mois, mais j’avais l’impression d’y être déjà venu la veille. La salle d’attente était pleine, mais entre ambulanciers, accompagnants et patients, au final on n’était pas si nombreux à attendre que notre nom soit prononcé.

La porte de la cabine numéro trois s’ouvrit, et cette fois c’était mon tour. J’appréciais le lieu car il disposait d’une fenêtre ouverte vers l’extérieur, et donc d’une lumière naturelle, ce qui me paraissait moins lugubre que l’enfermement et l’éclairage aux néons des autres cabines.   

Le manipulateur en électroradiologie était nouveau au CAC de l’espoir, mais il avait débuté sa carrière à Angers. Indiscutablement le jeune homme aimait le contact avec ses malades. Même si je lui avais parlé de ma grande expérience en ce domaine, il me reprécisa point par point le déroulement de l’examen. La pose de cathéter fut un jeu d’enfant, manifestement les veines de mon bras droit se refaisaient une santé. Il me quitta quelques minutes puis revint me chercher pour passer dans la salle d’examen.

« Regardez monsieur la preuve que nous vous attendions ! »

Cette petite phrase sympathique avait été formulée pour que je constate par moi-même l’affiche électronique de mon nom sur l’imposante machine.



Nouvelle zone de turbulences, aussi douloureuses qu’inattendues, fin

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Entre le 30 octobre 2015 jour de mon 50ème examen au scanner, et le lundi 30 novembre 2015 date de mon rendez-vous chez mon généraliste, j’avais été tenu à l’écart des milieux médicaux. Un petit mois de répit qui ne m’avait pas permis cependant de reprendre mes activités physiques.

J’étais sorti du cabinet du docteur C plutôt confiant, car il m’avait trouvé en bonne forme, ce qui avait d’ailleurs été pour moi l’occasion de manifester un optimisme débordant. Les semaines qui allaient suivre me prouveraient qu’il ne faut jamais se réjouir trop vite, une nouvelle zone de turbulences n’allait pas tarder à me déstabiliser.

Mais avant cela le régisseur de mon destin m’accordait le prolongement d’une trêve qui s’avèrerait effectivement chèrement payée. Je voulais croire que mon état santé allait me permettre de reprendre mes marches régulières en campagne, aussi je puisais autant se faire que peu dans mes ressources mentales, pour me lever les fesses de mon fauteuil. Ces quelques petites balades n’étaient plus que l’ersatz de ce qu’elles avaient été par le passé, cependant j’arrivais à m’en contenter, car elles me donnaient l’espoir de jours meilleurs.

Le cataclysme du 29 décembre qui avait très douloureusement frictionné mes entrailles, m’avait, malheureusement ramené, à la case départ.   

En  ce mercredi 1 mars alors que le ciel se voilait encore une fois de gris, je pensais amèrement à ces deux premiers mois de l’année 2016 qui ne m’avaient laissé aucun repos.

Je lisais avec effarement cet emploi du temps, qui ne possédait pas les vertus que l’on aurait aimé lui attribuer.

Le calendrier s’établissait comme suite :

- du 29 décembre au 11 janvier, hospitalisation à Cholet

- le 13 janvier infirmière à domicile

- le 14 janvier cancérologue à Nantes

- le 18 janvier infirmière à domicile

- le 20 janvier chirurgien à Cholet

- le 21 janvier O.R.L  à Cholet

- le 25 et 26 janvier infirmière à domicile

- le 29 janvier généraliste à Cholet

- le 1 février infirmière à domicile et généraliste à Cholet  

- le 2 février chirurgien-dentiste à Cholet

- le 3 février infirmière à domicile

- le 4 février cardiologue à Cholet

- le 8 février chirurgien à Cholet

- le 9 février infirmière à domicile et audioprothésiste à Cholet

- le 10 février chirurgien à Cholet

- du 11 février jusqu’à ce jour du 22 mars infirmière à domicile

Toutes ces contraintes infligées à mon encontre, n’étaient que les conséquences d’un lent processus de destruction entrepris par le malin  début décembre 2004, processus auquel je devais faire face, afin de rester comme j’en avais envie, le plus longtemps possible la tête hors de l’eau.

Il n’y avait nullement matière à se réjouir en lisant cette liste, où puiser en effet la force nécessaire pour profiter malgré tous des petits moments de ciel bleu, mon capitale commençait sérieusement à s’épuiser.

D’autre-part le sentiment d’injustice que je me chargeais lui aussi de combattre, regagnait du terrain, et gangrénais mon esprit, à tel point que je ne savais plus comment faire pour le dompter.

Comment en effet pouvais-je ne pas me révolter lorsque je voyais mon idée de partir à Londres s’évaporer comme de l’eau sur le feu. Presque à chaque fois que nous décidions, Chantal et moi de prendre un peu de bon temps, un grain de sable venait enrayer notre plaisir, et bon nombres de nos projets étaient relégués dans un fond de tiroir. Vivre sa vie par procuration n’est vraiment pas la panacée, aussi étais-je de plus en plus rempli de jalousie envers les autres, ceux que je considérais comme plus chanceux que moi. Je ne méritais pas un tel ‘’châtiment’’, pas plus qu’ils ne méritaient selon mon opinion, leurs conditions de vie bien meilleures que la nôtre.

Cependant il n’était point question pour moi d’exprimer mon état d’esprit, je me devais de rester digne et souriant, au risque de voir mon entourage s’éloigner du vilain petit canard que j’étais en train de devenir.

Mon cerveau basculait entre le bien et le mal, entre le positif et le négatif, vivre ma vie de malade ce n’était pas seulement supporter mon corps meurtri, c’était aussi faire un énorme travail sur moi pour ne pas devenir ‘’ le monstre du Los Ness’’.

Cette nouvelle zone de turbulences aussi douloureuses qu’inattendues m’avait épuisé dans tous les sens du terme, et il ne fallait pas compter sur une période de repos, car le début mars s’annonçait vecteur d’incertitudes et de grands stress. Le cancérologue avait concocté pour moi trois rendez-vous, un scanner le 8 mars, une IRM le 9mars, et un visite à son cabinet le 15 mars.

 

 

 

 

 

 



Nouvelle zone de turbulences, aussi douloureuses qu’inattendues, suite 18

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Nous interpelâmes vertement la première blouse blanche qui se trouva sur notre passage, pour que l’on puisse rapidement me porter assistance. La femme que nous avions chargée de cette mission pénétra dans le bureau des secrétaires, et en sortie assez rapidement avec la promesse que je serais le prochain patient reçu en consultation.

Je continuais à me détendre, l’’abcès s’était percé sans une intervention humaine, aussi avais-je la quasi-certitude que cet incident allait m’épargner un nouveau séjour à l’hôpital.

Le personnel médical n’étant pas uniquement à ma disposition, nous dûmes nous résigner à attendre environ une petite dizaine de minutes avant qu’une infirmière vienne nous chercher.

Madame D la chirurgienne de service se souvenait de moi, nous avions passé le réveillon de la Saint Sylvestre ‘’ensemble’’.

Je lui demandai la raison pour laquelle on m’avait laissé sortir sans traitement d’appoint, dans la mesure où la veille du 11 janvier je bénéficiais toujours d’une thérapie par antibiotiques, à la fois par perfusion et par voie orale.

Je ne me faisais aucune illusion sur sa réponse, il n’était pas question pour elle de charger son collègue. Le corporatisme médical est puissant, et ses membres sont solidaires entre eux. Elle me répliqua que mon état de santé du moment n’exigeait pas que l’on prenne une telle mesure. Cette surinfection était la faute à pas de chance, mais je n’étais pas convaincu de la véracité de ses propos.

La plaie était certes béante mais elle ne trouva pas de quoi s’affoler. Elle tritura ma peaux sur le pourtour de l’ulcération pour faire sortir le reste de liquide jaunâtre qui était susceptible de stagner à l’intérieur, puis à l’aide d’une seringue sans aiguille, elle injecta dans la poche vide qui restait, du sérum physiologique, afin de nettoyer autant se faire que peu l’endroit.

Elle me posa une poche médicale pour recueillir les dernières impuretés restantes, et nous repartîmes avec une ordonnance pour des soins infirmiers. Je devais garder la poche jusqu’au mercredi date à laquelle je revoyais le professeur FR.

Le mardi 9 février j’avais un ‘’rencart’’ cette fois avec l’audioprothésiste, qui effectuait un travail très consciencieux de suivi et d’entretien de mes appareils. De ce côté-là je n’étais pas très rassuré, mon oreille gauche avait de nouveau perdu de l’audition, j’attendais simplement qu’elle me le confirme.

L’audiogramme étaya ma crainte, l’oreille interne était moins touchée que l’oreille externe, mais elle me suggéra de revoir l’ORL, ce qui ne présageait rien de bon. Elle fit un nouveau réglage de mes appareils de manière à les adapter aux nouvelles donnes, puis nous convînmes de fixer un nouveau rendez-vous.

Nous approchions petit à petit de la mi-février et je n’avais toujours pas possibilité de prendre du recul par rapport à cette vilaine période qui n’en finissait pas de se prolonger.

Ainsi donc le mercredi nous nous armâmes une fois de plus de courage pour revenir en consultation à l’hôpital. Bizarrement la salle d’attente était vide, nous n’eûmes guère le temps d’être assis, lorsque l’infirmière qui nous avait reconnu vint nous chercher. Le chirurgien naviguait entre deux bureaux, en attendant qu’il nous rejoigne, je fus invité à me mettre le torse nu, et à m’allonger ensuite sur la table d’examen.  

La poche avait été vidée la veille par l’infirmière de soins à domicile, mais cette fois elle était beaucoup moins remplie.

FR n’était pas spécialement quelqu’un de souriant, il allait à l’essentiel et ne s’égarait pas dans des discussions susceptibles de détendre l’atmosphère. Il ordonna à sa collègue d’enlever la poche, et de nettoyer la plaie, à la suite de quoi il m’ausculta. L’endroit était sensible certes, mais je n’avais plus vraiment mal. Il semblait que tout était sur le point de rentrer dans l’ordre, et il ne jugea pas nécessaire de me revoir. Il déclina la proposition de cette même collègue qui suggérait de me soigner par méchages, puis il quitta la pièce.  

J’espérais en avoir fini avec toutes ces consultations, il me restait cependant à recevoir le courrier du CAC de l’espoir qui n’avait pas donné signe de vie, concernant mes examens à passer, et nous attendions aussi le rapport du cardiologue, à propos de mon apnée du sommeil.

Enfin comme je ne pouvais absolument pas me passer de soins, il fallait patienter tous les matins pour que mon pansement puisse être remplacé. Justement l’infirmière à domicile n’étant pas d’accord avec la décision de FR, prit la décision de mécher la plaie, il n’était pas question de prendre le moindre risque.   

 



Nouvelle zone de turbulences, aussi douloureuses qu’inattendues, suite 17

 

 

 

nue

Le week-end s’annonçait bien peu folichon, dans mes rêves agités, j’avais senti s’abattre sur moi un vent chaud soufflant voilement du désert, et j’avais reçu l’image d’une nuée de sauterelles m’assaillant dans l’intention de me nuire au plus haut point. Mon côté droit me faisait mal et je discernais un net gonflement de la peau, qui ne laissait rien présager de bon. Je contrecarrais la douleur en prenant des antalgiques, mais j’étais à présent certain que ma prise de sang du lundi me réserverait de nouveaux déboires.

Avec une moyenne de 3 à 4 prélèvements sanguins par mois en onze ans, je frisais les 460 piqures et analyses associées, l’infirmière ne savait vraiment plus où enfoncer son aiguille.

En ce lundi matin du premier février je voulais croire encore au miracle, car la nuit n’avait pas été finalement si mauvaise, et la douleur était minime. Je détestai le moment où il fallut se déshabiller pour prendre une douche, car je dévoilais à mes yeux, un corps déformé autant par mes multiples opérations, que  par cette infection qui n’avait pas cédé un pouce de terrain aux effets soi-disant curatifs des antibiotiques.

Cette fois une auréole blanchâtre apparaissait sur ma peau en périphérie de la cicatrice laissée par l’ablation du drain. Je ne voyais pas ça d’un bon œil. Il n’y avait pas de doute possible, dès le début de l’après-midi nous allions recevoir un appel téléphonique alarmiste du médecin.  

Malgré mon mal être, j’avais quand même eu envie de m’allonger, sinon pour faire la sieste, du moins pour me reposer un casque d’écoute télévision sur les oreilles.

Isolé dans mon univers de malentendants, je ne percevais aucune manifestions du monde extérieur, mais je me tenais prêt à toutes éventualités.

En composant le numéro de téléphone du médecin généraliste, Chantal avait bien fait de prendre les devants. Contre toute attente les résultats de ma prise de sang œuvraient dans le sens d’une nette amélioration, aussi selon l’avis du praticien,  les antibiotiques ayant fait leur travail, mon affaire était classée.

Au vu de la situation qui était loin de correspondre à son diagnostic, C compris très vite qu’il ne fallait pas en rester là. Il faisait le nécessaire pour contacter l’hôpital, afin d’obtenir un rendez-vous de toute urgence.

Je n’osais pas palper mon côté droit, une grosseur de la taille d’un œuf de poule me tiraillaient la peau. Outre les tiraillements, je sentais des douleurs, des brûlures, des picotements voir même par moment des démangeaisons qui me donnaient l’envie de gratter là où ça faisait très mal.

Au service de chirurgie digestive du centre hospitalier, la salle d’attente était bien remplie, le chirurgien qui m’avait opéré était absent, c’était donc sa collègue madame M qui allait m’ausculter.

Notre rendez-vous s’ajoutait à d’autres rendez-vous de patients prévus de longue date, l’attente risquait d’être importante, il fallait s’armer de patience mais dans ce domaine nous en connaissions un rayon.

Je n’avais pas prévu d’emporter des mots fléchés, j’avais donc tout le temps d’observer autour de moi l’agitation des couloirs, et l’indiscipline des gens qui utilisaient leur portable alors qu’une inscription sur le mur interdisait son utilisation.

Je me triturais les méninges. Comment la chirurgienne allait-elle s’y prendre pour me sortir de ce mauvais pas ? Étais je condamné à une nouvelle intervention chirurgicale et donc à une hospitalisation possible ? Allais-je devoir souffrir davantage alors que mon organisme n’en pouvait plus de supporter la torture ?

J’en étais là de mes funestes pensées lorsqu’un besoin naturel me ramena à la réalité, je ralliai donc les toilettes pour soulager ma vessie, avant de m’armer une nouvelle fois  de patience.

En retournant dans la salle d’attente, subitement je perçus au niveau du bas des reins une sensation de vêtement humide collant fermement à ma peau. J’en fis part à Chantal que j’invitai à m’accompagner une nouvelle fois  aux toilettes, pour éclaircir un mystère qui en n’était pas un. L’abcès venait d’éclater, et mon t-shirt absorbait une grande quantité d’un liquide jaunâtre bien peu ragoutant. Il fallait faire vite car la plaie béante continuait de déverser son ‘’fiel’’, et le spectacle n’était pas beau à voir, à en juger la réaction de Chantal qui me semblait avoir perdu un peu de son sang-froid habituel.  

De mon côté j’adoptai une attitude beaucoup plus sereine, d’une part parce que j’évitais de regarder la lésion, et d’autre part parce que mon extrême tension nerveuse liée à la douleur venait brusquement de se volatiliser.



Nouvelle zone de turbulences, aussi douloureuses qu’inattendues, suite 16

alien

Je trimbalais toujours cet ‘’Alien’’ et il me pourrissait copieusement la vie. Etait-il en train de s’installer durablement ? Etais-je en train d’affabuler ?

Pourtant au fil du temps de mauvaises pensées naissaient dans ma tête, car je le sentais grandir et grossir en moi, alors que j’essayais tant bien que mal de me prouver le contraire.

J’étais cependant partiellement rassuré, car les antibiotiques offraient une barrière protectrice qui pour l’heure freinait considérablement la propagation du mal, j’en étais du moins intimement persuadé.

Depuis le 29 décembre mon organisme subissait des assauts répétés de la maladie, et il puisait dans une énergie devenant de plus en plus rare. J’étais fatigué et lorsque je n’étais pas chez les médecins,  mon emploi du temps se résumait à peu de choses, je passais de mon lit à mon fauteuil, où je m’occupais l’esprit en lisant un livre, ou en effectuant des mots fléchés.

Comme je l’ai déjà écrit plusieurs fois lors de ce témoignage, je pouvais comparer mon cancer à une voiture, mon arythmie cardiaque, mon hypertension, mon hypothyroïdie, mes insomnies, mes problèmes auditifs, et mes apnées du sommeil à des options.  

Justement en matière d’options, l’apnée du sommeil était une de mes préoccupations du moment, et j’avais rendez-vous le jeudi 4 février au cabinet de mon cardiologue pour que nous nous penchions sur la question.

Compte-tenu de mon état  de faiblesse, le généraliste nous avait conseillé de téléphoner une heure avant de partir de chez nous au cabinet de cardiologie, car le spécialiste accusait souvent beaucoup de retard, aussi était-il inutile d’infliger à mon organisme une contrainte supplémentaire.

Ce n’était pas le docteur L qui allait nous recevoir, mais une infirmière qui avait été embauchée pour le décharger de certaines tâches ne relevant pas d’une compétence particulière. Madame LT pouvait nous accueillir à peu près à l’heure, nous ne tardâmes donc pas à monter dans la voiture pour rejoindre la clinique.

Madame LT était un petit bout de femme affable, souriante et très communicative. Elle nous expliqua très en détail comment allait se dérouler l’opération, et comprit fort bien ma réticence lorsque le moment fut venu de faire la démonstration du masque qui allait être peut-être le quotidien de mes nuits.

L’examen portait le nom scientifique de polygraphie ventilatoire, consistant à enregistrer ma respiration nocturne. L’appareil qu’elle allait me poser était capable de dépister et diagnostiquer le syndrome d’apnées obstructives du sommeil.

Elle me demanda de me mettre torse-nu, puis débuta un semblant d’épilation nécessaire à la pose de différents capteurs.

Un capteur en forme de pince sur le bout d’un doigt pour mesurer l’oxygène et la fréquence cardiaque, un pour percevoir les bruits respiratoires et les ronflements, deux pour détecter les mouvements respiratoires, le tout étant relié à un boîtier qu’elle me fixa solidement au poignet gauche, à la manière d’une montre. Le seul travail qu’il nous restait à faire au moment du coucher c’était de me poser des lunettes nasales au préalablement branchée à ce même boîtier, pour mesurer le flux d’air respiré durant la nuit. Enfin nous devions restituer l’appareil le lendemain matin, pour qu’une analyse approfondie soit faite par le médecin, au terme de laquelle nous serions tenus informés de la procédure à suivre.

J’avais déjà subi un tel examen au début des années 2000, à l’époque cela avait nécessité une hospitalisation d’une nuit, mais grâce au progrès technique, je pouvais à présent rester chez moi, aussi j’acceptai sans trop de réticence de supporter cet encombrant accoutrement jusqu’au lendemain.

Handicapé par mon infection post-opératoire, et gêné par le port de mon appareillage, je doutais sur mes capacités d’endormissement, pourtant je me réveillai le vendredi 5 février au petit matin, plutôt satisfait de ma nuit. Les dés étaient jetés, il fallait maintenant patienter pour savoir à quelle sauce j’allais être mangé.

Cet examen était censé être le dernier des nombreux contacts que j’avais eu avec les médecins depuis le  29 décembre, mais j’en étais beaucoup moins persuadé, car mon côté droit continuait à me faire un mal de chien, et j’avais beau faire un important travail sur moi pour ne pas dramatiser, je constatais avec amertume que si la lésion ne s’était pas étendue, elle n’en demeurait pas moins  d’un rouge violacé qui ne me disait rien qui vaille.



Nouvelle zone de turbulences, aussi douloureuses qu’inattendues, suite 15

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Malgré ma meilleure volonté, il fut difficile le week-end qui suivi d’oublier l’effet d’apesanteur que je ressentais sur le côté droit. J’avais adopté une tenue décontractée assez ample pour contrer les effets négatifs des frottements de mes vêtements sur la lésion, mais je vivais une situation plutôt inconfortable, et je me sentais soulagé uniquement lorsque je m’allongeais sur le dos.

Je n’avais pas lieu de m’alarmer puisque je n’avais commencé mon traitement que le vendredi soir, il fallait laisser le temps au temps.

Le lundi matin aux aurores, l’infirmière vint me prélever un peu de mon sang, conformément à l’ordonnance qui m’avait été prescrite par le généraliste.

Au levé du lit ma peau étant tout aussi rouge et enflammée que la veille, je savais que les résultats de laboratoires ne seraient pas bons, mais comme j’étais sous antibiotiques, j’imaginais que pour le docteur C, il ne s’agissait  là que d’un examen de surveillance. 

J’étais en train d’émerger de ma sieste lorsque j’aperçus sur mes genoux un petit billet écrit de la main de Chantal qui s’était absentée : rendez-vous chez le généraliste 16 h 45.

Voilà qui me donnait une nouvelle fois matière à réfléchir. Qu’avait-il décelé dans ma prise de sang qui l’incite à me revoir ?  Ainsi-donc je revenais à la case départ, pas plus avancé que je ne l’étais le vendredi précédent. Mon après-midi était gâché, et je me faisais violence pour m’occuper l’esprit, mais le cœur n’y était pas.

Encore une fois mon organisme était soumis à dure épreuve, car si je donnais l’impression d’encaisser ces assauts successifs de la maladie avec une certaine forme de sagesse, il n’en restait pas moins vrai qu’au fond de moi-même le traumatisme de ces onze années de luttes incessantes était bien réel, et je devais composer avec, ce qui n’était pas aussi simple que ça.    

Je me retrouvais donc encore une fois coincé entre les quatre murs d’un cabinet médical qui s’habituait à ma présence. La salle d’attente était quasiment vide, je n’allais donc pas devoir attendre trop longtemps, ce qui constituait un point positif, dans cette affluence d’ondes négatives qui déversaient sur moi leur fiel depuis déjà bien trop longtemps.

Ma prise de sang s’avérait en effet très préoccupante, la charge virale détectée par le laboratoire était très largement au-dessus des normes, je souffrais donc d’une importante infection qui nécessitait de prendre toutes les précautions possibles.   

Pourtant une fois de plus le médecin se voulait rassurant pour moi, et pour lui-même. Certes la lésion continuait sa progression, mais il n’y avait aucune trace de putréfaction. Je débutais mon traitement aux antibiotiques, il fallait faire confiance en leur efficacité. Il leur restait une semaine pour faire leur preuve, au bout de laquelle je subirais une sempiternelle prise de sang pour faire un bilan.

Je ne repartais pas du cabinet le cœur léger, je ne partageais pas l’optimisme du médecin, quoique je voulais encore croire à une amélioration sinon rapide, du moins progressive.

Mon programme était chargé, autant pas les rendez-vous imprévus que par ceux qui l’étaient. Ainsi le mardi 2 février, le dentiste m’avait réservé une place parmi ses créneaux horaires. Cette visite semestrielle était obligatoire en raison de mes traitements anticancéreux qui fragilisaient la dentition. Je n’avais absolument pas mal, et je respectais scrupuleusement ses consignes en matière d’hygiène buccale et dentaire, je n’eus donc aucune appréhension lorsque je quittai ma maison pour rejoindre à pied le cabinet du docteur P, situé à deux pas de chez moi. 

Comme rien n’est simple en ce qui me concerne, cet examen de contrôle décelait une carie sous couronne. Cette molaire supérieure droite bien que dévitalisée posait problème, sans soins elle risquait de se briser en plusieurs morceaux, et le dentiste jugeait important de la préserver. 

« Je suis en train de faire du bricolage ! »

Ces mots venaient directement de la bouche du dentiste, et je m’étonnai qu’il se laisse aller à une telle confidence. En fait il n’était pas question d’ôter la couronne, la dent était trop fragile, aussi devait-il composer avec. La tâche n’étant sans doute pas facile, il s’était senti soulagé de me le faire savoir.

Je ne peux pas dire que j’étais en train de vivre une partie de plaisir, mais j’en avais vu bien d’autres, et je n’avais pas spécialement la phobie de la roulette dentaire.  

Cependant pour être honnête, je me tenais un peu raide, et j’avais hâte que ‘’l’aventure’’ se termine, d’ailleurs je sentais des rougeurs envahir mon visage, signe que mon état de stress s’amplifiait au fil des minutes.

Entre examen de la bouche, prise de radiographie, traitement de la carie, et détartrage complet, il avait fallu pas loin de trois quart d’heure au praticien, pour me libérer de mon fauteuil.   

Mon optimisme d’avant rendez-vous venait d’être une fois encore contredit par la réalité, je rentrai donc chez moi en me faisant la promesse de ne plus jamais faire de prévisions concernant ma santé.  



Nouvelle zone de turbulences, aussi douloureuses qu’inattendues, suite 14

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Lorsque je parlais d’une période de relative accalmie, ce n’était pas des paroles en l’air. Depuis ma sortie de l’hôpital je n’avais pas cessé de voir des infirmières, j’avais été reçu en consultation par mon oncologue, et par FR le chirurgien qui m’avait opéré.

En ce jeudi 21 janvier cette fois c’était l’ORL qui m’attendait de pied ferme pour vérifier l’état de mes tympans.

L’hôpital devenait petit à petit ma résidence secondaire, nous en connaissions tous les coins, et recoins. C’était la onzième fois en deux ans que le docteur M me recevait dans son cabinet. Il ne possédait pas les pouvoirs d’un certain Merlin l’enchanteur qui d’un coup de magique aurait été capable de me guérir sur le champ. Mon cas n’était pas unique, mais excessivement rare, des oreilles qui coulaient en permanence ne formaient pas l’essentiel de sa clientèle. Il se contenta d’examiner à l’aide de son otoscope, mes conduits auditifs ainsi que mes tympans, et il ne constata pas d’infection. Il prit la peine ensuite comme à chaque visite d’aspirer les impuretés, il ne pouvait pas faire grand-chose d’autre pour moi. Il conclut la visite en nous donnant des échantillons d’antibiotiques auriculaires à utiliser évidement à bon escient. Il ne jugea pas nécessaire que je le revoie avant la fin de l’été.

Quatre jours plus tard, alors que j’en avais terminé avec les piqûres de Lovenox, je fus réveillé au chant du coq par une infirmière qui venait m’effectuer une ixième prise de sang avec les difficultés désormais coutumières, pour revenir ou non le lendemain suivant les résultats, m’injecter une dose de Xgéva

Etait-ce condamné à jouer de malchance ? Le destin ne m’était pas favorable, et comme je l’ai souvent mentionné dans l’écriture de ce témoignage, je n’avais de cesse de me demander pourquoi.

Il y avait à peine une semaine que j’avais vu FR qu’une petite plaque rouge réapparut en périphérie de la cicatrice de mon drain. Comme je suis du genre à penser que les choses finissent toujours par s’arranger, je ne m’en inquiétai pas outre mesure.

Les jours suivants la petite plaque rouge s’était étendue, et je ressentais de légers picotements, voir même quelques douleurs provoquées par le frottement de ma ceinture élastiquée de pantalon.

La nuit j’avais retrouvé ma position de côté droit pour m’endormir, et comme par hasard celle correspondant à la zone affectée. Chaque mouvement était un supplice, mais curieusement et à condition de ne pas bouger,  j’arrivais à me caler dans le lit où je finissais par m’endormir. Se réveiller signifiait quasiment le reste de la nuit sans sommeil, heureusement j’arrivais quand même à me reposer convenablement. Tous les matins je me levais avec l’espoir d’une amélioration, et tous les matins je regardais une ceinture rouge violacée qui continuait inlassablement de s’étendre.

Le vendredi 29 janvier soit un mois jour pour jour après mon entrée aux urgences, la mort dans l’âme, j’acceptai que Chantal prenne un rendez-vous chez mon généraliste.

Trois personnes attendaient leur tour avant moi dans la salle d’attente, j’avais tout le loisir de cogiter, et je n’étais pas spécialement détendu. Qu’allait-il me dire ? Mon destin allait-il me conduire encore à l’hôpital ?    

Lorsque le docteur C vint me chercher, mais tempes se mirent à battre à tout rompre, j’étais pris encore une fois dans un engrenage où aucune échappée ne s’offrait à moi.

Il me demanda d’ôter ma veste polaire et mon t-shirt, il palpa la zone enflammée, j’émis quelques grimaces, mais je ressentais plus de douleurs en surface qu’en profondeur. Il se voulu rassurant, il ne constatait pas de formation de pue, et il était persuadé qu’avec un traitement antibiotique, l’affaire serait vite classée. Il termina sa consultation en auscultant mon cœur, et en prenant une tension largement au-dessus de la moyenne habituelle. J’étais énervé et le médecin l’avait bien compris, il constata des dizaines de petits points rouges sur mon torse, et avant même que je lui en fasse la remarque, il m’expliqua qu’il s’agissait d’un signe évocateur de stress intense.

Nous remontâmes donc dans la voiture avec une ordonnance de Pyostacine à prendre matin midi et soir pendant dix jours, et une autre de prise de sang à effectuer le lundi suivant.

Je me sentais pleinement rassuré, je ne doutais pas un seul instant de l’efficacité des antibiotiques, et surtout j’évitais une nouvelle hospitalisation, je pouvais donc aborder le week-end un peu plus sereinement.

J’étais forcément très mal à l’aise avec cette lésion cutanée aussi mal placée, mais il fallait que je prenne mon mal en patience. Au cours de toutes ces années la maladie m’a appris la philosophie. La meilleure manière de combattre le mal, c’est faire en sorte de l’ignorer.

 

 

 



Nouvelle zone de turbulences, aussi douloureuses qu’inattendues, suite 13

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Si j’émettais ardemment le vœu de pouvoir enfin profiter d’une période de relative accalmie, je ne pouvais cependant pas faire autrement que de me soumettre aux dures lois de la réalité. 

Deux jours après avoir quitté l’hôpital, mes veines devaient encore une fois affronter l’épreuve de la seringue, pour un prélèvement sanguin ordonnés par l’oncologue, dans un souci de suivi médical. Il était convenu de revoir FR le mercredi 20 janvier. D’ici là d’autres réjouissances m’attendaient.

Outre le fait que je bénéficiais tous les jours de la visite d’une infirmière, pour subir une piqûre de Lovenox, un anticoagulant de manière à prévenir une éventuelle phlébite, il fallait aussi composé avec la rigueur de mon protocole anticancéreux.  

Ainsi mon rendez-vous au CAC de l’espoir fixé au mardi 29 décembre 2015 annulé, pour les raisons que nous connaissons, avait été reporté au jeudi 14 janvier 2016.

Comme un gentil soldat qui tenait encore à la vie, je ne souhaitais pas faire un autre choix que de répondre présent à l’appel, je montai donc en ce début d’après-midi du jeudi dans la voiture au côté de Chantal, pour rallier la grande agglomération nantaise.

Le jeudi n’était pas pour l’oncologue un jour de consultation, c’était donc à titre exceptionnel qu’il me recevait dans le service.

Le couloir 7 était vide de tout patient, son bureau habituel était néanmoins occupé par un autre médecin, et une autre secrétaire que N assurait sa permanence. Nous l’interrogeâmes pour savoir où aurait lieu la rencontre avec le docteur R, elle nous répondit qu’elle faisait le nécessaire pour le contacter, et nous proposa en attendant de nous asseoir un peu plus loin devant le bureau inoccupé de madame B.  

Fort de notre expérience, nous avions apporté avec nous livres et mots fléchés, mais contre toute attente, monsieur R apparut dans le couloir affublé du sourire que nous lui connaissions.

Il nous invita à pénétrer dans le cabinet vacant, et me fixa dans les yeux curieux de connaître mes péripéties. Il s’était informé de mon sort auprès de mon généraliste, mais le docteur C n’avait pas été en mesure de lui répondre.

Il songeait à poser ma candidature pour paraître sur le livre des records, une plaisanterie qui s’ajoutait à la bonne humeur ambiante. Cette parenthèse refermée, il me demanda comment je me sentais.

J’étais fatigué certes, mais compte tenu de l’expérience récemment vécue, il n’y avait rien d’étonnant. En effet si ce gros grain de sable n’était pas venu enrayer la machine, mon rendez-vous du 29 décembre n’aurait été qu’une simple formalité.

Nous avions en notre possession les résultats de ma prise de sang, elle ne contenait aucun élément alarmant. Il me demanda néanmoins de me déshabiller pour vérifier la cicatrice de mon drain. Il ôta mon pansement, s’assura que tout était normal, puis il me posa un nouveau pansement avant de me palper le reste du ventre, un geste qui ne me faisait plus souffrir.

L’œdème que je trimbalais depuis un très long moment à la base du cou était toujours présent, et visiblement il était intrigué de la chose.   

Nous arrivions au moment le plus désagréable de l’entretien, car je savais que je n’allais pas y couper. Hormis les deux examens passés lors de mon séjour à l’hôpital, mon dernier scanner de contrôle prescrit par ses soins datait du mois d’octobre. Il comptait aussi contrôler plus précisément ma tumeur cervicale. Il fut donc convenu de fixer deux rendez-vous en mars pour passer un nouveau scanner et une nouvelle IRM. N se chargerait d’établir le planning, et nous recevrions la convocation par la poste les jours à venir. 

Ma lutte contre le cancer était un éternel recommencement, je n’avais guère eu le temps de souffler depuis l’annonce rassurante des résultats d’examens précédents, qu’il fallait déjà replonger dans l’incertitude.

Nous prenions l’habitude des bouchons, aussi notre retour ressembla comme deux frères jumeaux à celui du mois d’octobre, avec en prime un accident porte du vignoble qui ne fît qu’aggraver la situation.  

Lundi 18 janvier j’avais une nouvelle fois rendez-vous avec l’aiguille d’une infirmière, cette fois pour le compte de FR, les prises de sang s’enchainaient et il n’était point question de se rebeller. Les résultats confirmaient la fin de l’épisode ‘’péritonite et ses complications’’.

Mercredi 20 janvier il fallait prendre la voiture direction l’hôpital pour mettre officiellement un terme à cette ‘’aventure’’ bien peu enviable. J’y retrouvai le chirurgien qui ne mit pas bien longtemps à établir son diagnostic, j’étais officiellement guéri. 

 



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