La Moldau de Bedrich Smetana

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Cette fois j’en étais sûr, mon tour était enfin arrivé, je me préparai donc à entendre prononcer mon nom incessamment sous peu.

J’avais rempli contentieusement le questionnaire que l’on m’avait envoyé avec le courrier de la convocation. Je tenais fermement entre mes mains ce même questionnaire, ma feuille de résultat de prise de sang, ainsi que la boîte contenant mon produit de contraste.

« Monsieur Gautier ? »

Une jeune femme souriante m’invita à m’installer dans la cabine, elle s’empara de mes encombrantes affaires, me conseilla pour plus de confort de me déshabiller un maximum, et enfin me quitta un bref instant, me laissant le temps de quitter mes vêtements et d’enfiler ma blouse d’examen, avant de me poser un cathéter.

Elle revint toujours avec le même sourire rassurant pour maltraiter bien involontairement mes veines, puis me tendit un plateau pour que j’y pose mes prothèses auditives.

« A partir de cet instant, il va falloir hausser le ton, sinon vous n’obtiendrez pas grand-chose de moi ! »

« Je suis habitué monsieur, je vais m’adapter ! »

Quelque minutes plus tard elle m’introduisit dans l’antre du loup, et m’aida à m’allonger sur la bête. Un de ses collègues arriva à sa rescousse pour l’aider à me fixer efficacement sur la table d’examen de manière à ce que je ne puisse pas bouger, puis il me plaça la tête dans une cage antenne capable de capter les signaux émis par l’organisme, afin de les transformer en images exploitables.

« Quelles musique préférez-vous monsieur ? »

« Principalement la musique classique, mais je suis capable de tout entendre à l’exception du RAP. »

Elle me posa délicatement le casque d’écoute sur les oreilles, puis m’introduisit dans la main droite la poire à actionner en cas d’urgence.

Le personnel médical ayant quitté la salle, j’eus la fausse impression d’être livré à moi-même. La table sur laquelle j’étais solidement rivé se mit à bouger, et je fus engagé en quelques secondes dans le tunnel.   

Instantanément une vague de chaleur incommodante me submergea, j’eus un bref instant de panique, puis je me mis à souffler pour contrôler mon état d’esprit.

Dans un premier temps la machine demeura silencieuse, puis elle commença à émettre des bruits métalliques, tels ceux d’un marteau piqueur, bruits qui couvraient même parfois le son musical diffusé par mon casque d’écoute. Je n’étais pas étonné d’entendre ce ‘’curieux bruitage‘’, car j’en étais à mon 4ème IRM et je connaissais parfaitement la sensation que l’on peut éprouver lorsque l’on est placé dans ces conditions. Mieux j’étais plutôt rassuré de l’entendre, alors que j’exécrais les moments où la machine restait silencieuse.

La Moldau de Bedrich Smetana berçait mes pensées, je connaissais ce morceau de musique par cœur, et je fredonnais dans ma tête les notes en même temps que l’orchestre jouait sa partition. Ceci avait pour avantage de me faire passer le temps sans perdre patience.     

« Je vais vous injecter le produit de contraste monsieur ! Il restera dix minutes avant d’en finir avec cet examen. »

« Dix minutes ? »

« Oui ! »

J’avais tenu les dix premières minutes sans trouver le temps trop long, il fallait que je cherche le moyen d’en faire autant durant cette seconde partie d’examen.

« Dix minutes cela fait six cent secondes, et si je me mettais à compter jusqu’à six cent ! »

L’idée qui venait de me germer dans l’esprit ne tarda pas à passer à la trappe, j’eus la flemme de compter au-delà des cent cinquante. 

J’en revins aussitôt à mes ‘’premières amours’’, écouter et me concentrer sur ce que j’entendais dans mon casque. Cette fois c’était la voix d’une cantatrice interprétant un extrait d’opéra qui était susceptible d’attirer mon attention. Je ne connaissais ni cette chanteuse, ni l’air qu’elle était en train d’interpréter, mais je passais un excellent moment. Je n’eus même pas le plaisir d’entendre la fin du morceau, je sentis ma table bouger, et mes yeux retrouvèrent subitement la lumière des néons.

« Vous allez bien monsieur ? »

« Ma fois oui ! J’ai bien fait de vous écouter en me débarrassant de me polo et de mon t-shirt, car la sensation de chaleur est parfois assez désagréable à supporter. J’avais l’impression que cette chaleur était accentuée lorsque j’entendais les vibrations de la machine ? »

« Oui c’est tout à fait normal »

Elle me délivra ensuite des accessoires qui entravaient mes mouvements, puis m’aida à me redresser, avant de m’accompagner jusqu’à la salle de préparation.

Elle me laissa un certain laps de temps pour que ma perfusion finisse de me laver les veines, puis elle vint me débarrasser de mon cathéter avant de me saluer, pour disparaître définitivement.



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