Le paradis ou l’enfer

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« Derrière chaque être vivant, il y a 30 fantômes, car tel est le rapport des morts aux vivants. Depuis l’aube des temps 100 milliards d’humains ont vécu sur la planète. Ce nombre est intéressant, car par une étrange coïncidence, il existe 100 milliards d’étoiles dans la Voie lactée. Ainsi pour chaque homme qui a vécu, une étoile brille dans l’espace. Chacune de ces étoiles est un soleil, souvent plus puissant que cette étoile proche que nous appelons le soleil. De nombreuses étoiles de la Voie lactée, possèdent des planètes tournant autour d’elles. Ainsi il existe certainement dans l’univers, assez de mondes pour donner à chaque homme de la Terre, un paradis ou un enfer qui n’appartient qu’à lui. »

Arthur Charles Clarke, préface à « 2001, l’odyssée de l’espace »

 

Je n’avais pas revu mon oncologue depuis cette perforation d’abcès qui m’avait créé bien des soucis. Je n’avais pas l’intention de lui signaler cet enflant persistant et fortement inesthétique, sachant que j’avais un rendez fixé chez mon généraliste peu de temps après mon passage à Nantes. Je considérais que cette nouvelle anomalie n’était pas de son ressort, mais je savais aussi au fond de moi-même que Chantal se chargerait de lui en parler tant son inquiétude était grande.

En ce mardi 24 mai, nous ne savions pas à quelles sauces nous allions être mangés, entre manifestations d’agriculteurs, opposants au projet de l’aéroport de Notre Dames des Landes et travaux sur la voirie, nous espérions aborder le périphérique nantais un jour d’accalmie.

Depuis le début du printemps, il fallait compter les jours de ciel bleu, pourtant lorsque nous montâmes dans la voiture, l’astre solaire semblait vouloir nous accompagner tout le long de notre parcours. Je n’étais pas spécialement anxieux, cette visite intermédiaire entre deux scanners n’était qu’une simple formalité dans le protocole de soins et d’accompagnement établi par le CAC de l’espoir, cependant je demeurais sur mes gardes, compte-tenu de l’incertitude qui pesait sur le diagnostic médical concernant toujours et encore cet enflant qui faisait beaucoup parler de lui.

Nous arrivâmes sur le parking du centre médical largement avant l’heure, car nous avions prévu d’éventuels incidents de parcours qui n’avaient pas eu lieu. De plus pour une fois nous n’eûmes aucune difficulté à garer notre véhicule. Il était encore très tôt dans l’après-midi et ce n’était donc pas la période d’affluence, aussi l’enregistrement de mon arrivée s’effectua en moins de temps qu’il faut pour le dire.

Le service des consultations nous était familier et pour cause, c’était ma 83ème visite chez mon oncologue, mais pour la première fois en 11 ans notre expédition allait être aussi brève qu’un éclair.

Chantal rejoignit le bureau de N pour déposer la feuille d’étiquettes à mon nom, tandis que je me rendis assouvir un besoin naturel. Je m’apprêtais à la rejoindre lorsque je me retrouvai nez à nez avec le docteur R. La patiente qui me précédait avait du retard, il me proposa donc d’avancer notre entretien. Affublé de son large sourire, il nous invita à pénétrer dans son bureau et à nous asseoir.

Autrefois alors que j’étais encore trop petit pour distinguer clairement le péché du reste, mais qu’il fallait me rendre régulièrement à confesse, je préparais dans ma tête une liste d’aveux que j’allais débiter au prêtre sans être convaincu du mal dont je devais me délivrer. Là c’était un peu la même chose, sans éléments nouveaux à lui raconter, je débitais des phrases préalablement réfléchies mais que l’oncologue avait eu maintes et maintes fois l’occasion d’entendre, j’avais même l’impression de perdre mon temps, autant qu’il perdait le sien.

Ma prise de sang était bonne compte-tenu du contexte, il s’apprêtait donc un me délivrer une nouvelle ordonnance de chimiothérapie, lorsque Chantal intervint comme je l’avais prévu. Il fallut donc me rendre de l’autre côté du bureau cloisonné, et m’allonger sur la table d’examen après m’être déshabillé.

Bien que je fusse considérablement déformé par cette énième malchance du destin, le médecin ne sembla pas interloqué par l’anomalie. Il tâta la surface décriée à plusieurs reprises et sans ménagement, mais son regard resta toujours aussi serein. La surface était violacée mais rien à voir avec une éventuelle nouvelle infection, il s’agissait plutôt d’une irritation due au frottement de ma ceinture de pantalon.

« Il s’agit tout simplement d’une éventration ! Il y a bien une possibilité d’opération mais le résultat n’est pas garanti. »

De toute manière il était hors de question que je passe encore une fois sur le billard, j’étais donc condamné à ne plus me regarder dans un miroir, ou à faire un travail sur moi-même pour m’accepter tel que cet autre vilain coup du sort avait fait de moi.

La solution la plus simple pour me soulager de cette gêne incessante, c’était une ceinture lombaire, la ceinture abdominale n’étant pas appropriée dans mon cas.

J’étais sauf nouvel important incident tranquille jusqu’au 22 juillet, date à laquelle était fixé mon 54ème scanner. Nous sortîmes de son bureau pour rejoindre N qui réussit à obtenir l’examen, au sein même de l’établissement, ce qui n’était pas pour moi une moindre satisfaction.

Lorsque nous arrivâmes devant notre domicile il était environ quinze heures, notre expédition n’avait durée qu’un petit plus de deux heures, un record qui serait difficile à battre.  

    

 



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