Le mauvais sort

boule

 

« Le sort dispose de tout, et dans la vie on ne peut compter sur rien »

Isocrate

 

« Le sort est un enfant gâté qui touche tout, et casse bien souvent tout ce qu’il touche. »

Galiani

 

« Le sort pourra bien nous séparer, mais pas nous désunir. »

Rousseau

 

«  Le sort est beaucoup plus souvent un débiteur, qu’un créditeur.»

J Gautier

 

« Au fait, le compte-rendu de votre examen est très positif ! »

Loin d’être anodine, cette petite phrase  s’insérait au milieu de notre conversation, comme on ouvre une parenthèse inattendue, afin de nous ramener à la principale raison de notre présence en ces lieux.

Ces résultats de scanner étaient on ne peut plus plaisants à entendre,  nous allions en effet pouvoir remettre sur pied nos projets de vacances, précédemment avortées, pour cause de prostatite aigue.

Malgré cette excellente nouvelle, nous ne nous attardâmes pas davantage sur le sujet, en retrouvant dans la foulée, le fil de notre conversation initiale.  

Mes préoccupations majeures du moment nous ramenaient par conséquent à nos moutons. Depuis mon opération de décembre, et comme l’avait souligné Chantal,  mes intestins jouaient les mauvais élèves en lieu et place de mon cœur qui à l’inverse s’était assagi depuis presque deux ans, grâce aux comprimés d’Amiodarone. A  ‘’mes diarrhées légendaires’’, s’ajoutait à présent des problèmes durables de flatulences, de ballonnements et de gargouillements bien peu agréables, et fortement pénibles à supporter, favorisant en prime l’installation progressive d’une fatigue physique tout autant déplaisante.  

Des années d’opérations, et de traitements en tous genres laissaient forcément des traces, elles étaient sensiblement variables d’une personne à l’autre, aussi était-il bien difficile à l’oncologue de contrecarrer efficacement les trop nombreux et très différents effets indésirables de ses tout aussi nombreux patients.

N’échappant pas à cette constatation générale, je n’ignorais donc point et depuis bien longtemps que l’oncologue n’avait pas automatiquement la solution miracle à me proposer, mes ennuis d’ordre digestifs pouvaient perdurer, comme ils pouvaient disparaître du jour au lendemain, c’était au petit bonheur la chance.

Nous sortîmes de son cabinet pour rejoindre le bureau de la secrétaire, et nous quittâmes ensuite les lieux, munis de mes ordonnances, ainsi que de ma nouvelle convocation fixée pour le 20 septembre.

Comme à chaque issue d’examen, alors que le stress était retombé, je me sentais totalement vidé de mes forces, aussi avais-je hâte de rentrer chez moi pour me reposer.

Les travaux routiers qui nous avaient fait dévier de notre trajet habituel à l’aller, ne semblait pas affecter le chemin de notre retour, nous empruntâmes donc l’itinéraire attitré.  

La décision que nous venions de prendre n’était pas la meilleure, notre voyage ne tarda pas en effet à se transformer en parcours du combattant. Après maintes péripéties qui retardèrent l’heure de notre arrivée d’une bonne demi-heure, nous pûmes enfin franchir la porte d’entrée de notre maison. L’heure de la sieste était passée, mais j’éprouvais la précieuse consolation de pouvoir vivre les deux prochains mois à l’écart des incertitudes liées à la maladie.    

Il me restait deux caps à franchir avant d’ouvrir la page vacances, une visite chez mon généraliste fixée au 1 septembre et une autre visite chez mon dentiste le 5 septembre, à la suite de quoi nous serions libres de charger nos bagages dans la voiture, pour passer deux semaines à la mer. 

C’était sans compter sur le destin qui aimait s’acharner contre nous, il nous concoctait en effet une bien mauvaise surprise.



Les vicissitudes de mon quotidien

lesv

En presque douze ans d’ une existence chaotique, outre les problèmes d’ordre physiques liés au cancer, il m’a fallu également apprendre à combattre toutes formes d’angoisse, d’irritabilité, de lassitude et de découragement, peu propices à un bon équilibre mental . Contrecarré en permanence par les vicissitudes de mon quotidien de malade,  je ne suis cependant pas arrivé à me forger une carapace suffisamment solide pour qu’elle devienne  infranchissable. Ainsi au fil du temps suis-je devenu perméable à toutes formes d’émotions ou d’agressions suscitées notamment par mon environnement. Ma stratégie de malade, mais aussi ma pudeur inconsciente ou non, m’interdisant de laisser transparaitre quelque ressenti que ce soit, il m’a fallu ouvrir un second  front contre un ennemi de taille : mon égo.   

                                                                                        

Joël Gautier le 14 septembre 2016

 

Il était largement l’heure du déjeuner lorsque nous sortîmes par la porte principale du hall d’accueil. Nous nous installâmes à l’ombre pour entamer notre piquenique, avant d’affronter l’annonce terrifiante ou apaisante des résultats.

Notre choix d’emplacement n’était pas judicieux, car nous subissions des courants d’air renforcés par la présence des bâtiments. Le vent faisait tournoyer des feuilles grillées par le soleil, mais aussi quelques gobelets plastiques abandonnés soit par mégarde, soit par incivisme. 

Nous ne restâmes pas aussi longtemps que nous l’aurions souhaité, et comme les coins d’ombre étaient rares, nous préférâmes à la fin de notre repas, rejoindre le second étage, là où se situe le service des consultations.

Le concept était toujours le même, et il n’avait aucune raison de changer, nous sélectionnâmes sur l’écran tactile le nom de mon oncologue, pour récupérer un ticket portant mon numéro d’ordre d’arrivée.

L’incertitude concernant la teneur des résultats, conjuguée aux effets  du sulfate de Baryum me conduisirent une nouvelle fois vers les toilettes. Je n’oubliais pas la consigne de boire abondamment après l’examen, mais j’avais la fâcheuse habitude de n’avoir jamais soif, et ce n’était pas cette pression constante sur ma vessie qui m’incitait à suivre les recommandations de l’opératrice en radiologie.

Je n’avais pas l’esprit d’entreprendre une grille de mots fléchés, et les revues froissées et dépassées de longue date de la salle d’attente ne m’intéressaient pas davantage, je décidai donc de patienter bien sagement sans penser à quoi que ce soit.  

Lorsque la remplaçante de N en congés, nous invita à nous assoir auprès du cabinet du médecin, je pus m’apercevoir que mes prévisions sur le devenir du poster représentant la vallée du Lison s’avéraient exactes. Le mur restait désespérément blanc, et je me demandais bien sur quoi allais-je pouvoir à présent concentrer mon regard, afin d’oublier que mon avenir immédiat était une fois de plus entre les mains du destin.

J’avais connu pire comme état d’angoisse, mais il m’était cependant humainement impossible de rester stoïque devant une situation aussi peu enviable.

La porte s’ouvrit enfin ! D’un bref regard j’analysai le sourire légendaire de l’oncologue, et il me parut rassurant.  

Il était sur le point de prononcer la phrase tout aussi légendaire que son sourire, lorsque Chantal s’interposa vivement.

« Je vous préviens, il va vous dire que tout va bien, mais tout ne va pas bien ! »

« Ah bon ! Dîtes moi tout ! »

« Depuis son opération de la péritonite, il a de sérieux problèmes intestinaux, associés à des douleurs gastriques, qui se manifestent par des éructations et  d’incessants douloureux gargouillis dans le ventre. »

« Elle vous a tout dit, je n’ai plus rien à rajouter ! »

« Si tu peux rajouter que cette situation anormalement longue est en train de t’user jusqu’à la corde. »  

Cette pathologie somme toute assez gênante se rajoutait à d’autres pathologies toutes aussi invalidantes, j’en avais pris mon parti, aussi tentais-je de composer avec. Je n’étais pas sûr que le médecin puisse me donner la potion miracle, mais je voulais bien rajouter à mes traitements, un nouveau traitement, je n’étais pas à une gélule près.



Ne pas vendre la peau de l’ours

la peau de l'ours

 

Période estivale oblige, le centre accueillait un peu moins de visiteurs qu’à son accoutumé, nous eûmes d’ailleurs aucun mal à nous garer. Il  ne fallut que peu de temps pour accomplir les démarches relatives à mon arrivée, avant de nous rendre ensuite au premier étage du bâtiment.  

L’espace réservé aux patients était peu occupé, et j’espérais par conséquent une courte attente.

L’épreuve de l’examen n’était pas anodine, et j’avais beau être coutumier du fait, je percevais une certaine forme de nervosité qui me conduisit illico presto aux toilettes.

Malgré les multiples pathologies infligées par le malin, je ne me sentais plutôt en forme.

L’homme installé à ma droite me donnait une raison supplémentaire de me rassurer, car contrairement à ma mine radieuse, comme je le tenais de mon entourage, il paraissait à l’inverse pas mal affaibli par la maladie. Le teint blafard, le visage émacié, il avait des difficultés à prononcer ne serait-ce que quelques mots à sa femme, pourtant assise à ses côtés. J’avais pour lui des raisons de m’inquiéter, quoique personne ne soit à l’écart des bonnes ou des mauvaises surprises.

‘’Mon compagnon de galère’’ fut appelé avant moi, une femme sortit d’une autre cabine de préparation, je me tins sur mes gardes.  

La salle numéro trois me rappelait de bons souvenirs, elle s’ouvrit sur le visage souriant d’une jeune femme, qui m’invita à la rejoindre. Le soleil inondait de lumière les lieux, ce qui différait des autres cabines de préparation, où l’éclairage néon ne faisait qu’empirer la sensation d’angoisse qui me tenaillait le ventre, lorsque je n’avais pas d’autres choix que de m’y enfermer.

Elodie, c’était le prénom inscrit sur le badge épinglé à sa blouse, faisait montre d’une gentillesse et d’une loquacité rarement égalée.

Elle me posa les questions d’usage, et me laissa seul quelques instants, afin qu’elle puisse demander l’avis du radiologue, concernant mes problèmes d’insuffisance rénale. Je connaissais la réponse sur le bout des doigts, mais je ne jugeai pas nécessaire d’intervenir, car je savais avec certitude que l’opératrice ne tiendrait pas compte de mes remarques.

« Votre créatinine étant un peu élevée, nous allons vous injecter que la moitié de la dose de produit de contraste. »

Elle marqua un temps de silence, afin de préparer son matériel pour me poser ensuite un cathéter.

« Avez-vous déjà passé un scanner monsieur ? »

« Comment vous dire !!! Malheureusement oui, j’en suis à mon 54ème 

Elle écarquilla les yeux.

« Celui-ci ne sera qu’un examen de routine, votre teint est resplendissant. »

Je n’aime pas beaucoup vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué, pourtant la jeune femme m’insufflait des ondes positives qui me donnaient assez de punch pour affronter le trop long moment d’attente avant les résultats.

« Quel bras préférez-vous que je vous pique ? »

« Les veines de bras droits sont bien fatiguées, essayons de ‘’maltraiter’’ plutôt celui de gauche. »

Elle s’exécuta en trois temps trois mouvements, et l’opération s’effectua sans que je ne ressente aucune douleur.

« Super je n’ai absolument rien perçu ! »

« Vous savez ça fait partie de mon métier de poser un cathéter ! »

Je me souvenais pourtant d’examens précédents, où l’introduction d’une aiguille dans l’une de mes veines, n’avait pas été une partie de plaisir, et ce malgré l’expérience de l’opératrice, je lui en fis d’ailleurs la remarque.

« Bon je crois que nous allons pouvoir nous rendre dans la salle d’examen ! »

 Le ronron de la machine m’était familier, mais il en n’était pas pour autant plus rassurant. Je m’allongeai sur la table comme j’avais l’habitude de le faire, puis j’attendis patiemment que mon corps tout entier soit introduit dans le tunnel.

Tour à tour j’entendis les ordres rituel pour un bon résultat des clichés, et sentis ensuite la chaleur m’envahir des pieds à la tête, puis enfin le moment de regagner ma cabine arriva.   

Elle me laissa de nouveau seul, le temps que la petite poche d’eau stérile accrochée sur le pied à perfusion finisse de me laver la veine.

J’eus tout le loisir d’apprécier une nouvelle fois le soleil et le ciel bleu à travers la fenêtre qui donnait sur une autre aile du bâtiment, une météo qui incitait fortement à l’optimisme.

« Voilà monsieur, je vais pouvoir enfin vous libérer. N’oubliez pas de boire abondamment pour aider votre rein à éliminer le produit de contraste. Bonne journée ! »

Je me levai, enfilai le peu de vêtements que j’avais quitté, puis je sortis pour rejoindre Chantal, qui ferma son livre, avant que nous sortions des lieux.  

 

 



WEIGHT WATCHERS ET BIG MAMA... |
Manon Pepin - Massage suédois |
Alimentation et grossesse |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lamaladiedalzheimer
| Info Sante 76
| Vivre sa vie