Les vicissitudes de mon quotidien

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En presque douze ans d’ une existence chaotique, outre les problèmes d’ordre physiques liés au cancer, il m’a fallu également apprendre à combattre toutes formes d’angoisse, d’irritabilité, de lassitude et de découragement, peu propices à un bon équilibre mental . Contrecarré en permanence par les vicissitudes de mon quotidien de malade,  je ne suis cependant pas arrivé à me forger une carapace suffisamment solide pour qu’elle devienne  infranchissable. Ainsi au fil du temps suis-je devenu perméable à toutes formes d’émotions ou d’agressions suscitées notamment par mon environnement. Ma stratégie de malade, mais aussi ma pudeur inconsciente ou non, m’interdisant de laisser transparaitre quelque ressenti que ce soit, il m’a fallu ouvrir un second  front contre un ennemi de taille : mon égo.   

                                                                                        

Joël Gautier le 14 septembre 2016

 

Il était largement l’heure du déjeuner lorsque nous sortîmes par la porte principale du hall d’accueil. Nous nous installâmes à l’ombre pour entamer notre piquenique, avant d’affronter l’annonce terrifiante ou apaisante des résultats.

Notre choix d’emplacement n’était pas judicieux, car nous subissions des courants d’air renforcés par la présence des bâtiments. Le vent faisait tournoyer des feuilles grillées par le soleil, mais aussi quelques gobelets plastiques abandonnés soit par mégarde, soit par incivisme. 

Nous ne restâmes pas aussi longtemps que nous l’aurions souhaité, et comme les coins d’ombre étaient rares, nous préférâmes à la fin de notre repas, rejoindre le second étage, là où se situe le service des consultations.

Le concept était toujours le même, et il n’avait aucune raison de changer, nous sélectionnâmes sur l’écran tactile le nom de mon oncologue, pour récupérer un ticket portant mon numéro d’ordre d’arrivée.

L’incertitude concernant la teneur des résultats, conjuguée aux effets  du sulfate de Baryum me conduisirent une nouvelle fois vers les toilettes. Je n’oubliais pas la consigne de boire abondamment après l’examen, mais j’avais la fâcheuse habitude de n’avoir jamais soif, et ce n’était pas cette pression constante sur ma vessie qui m’incitait à suivre les recommandations de l’opératrice en radiologie.

Je n’avais pas l’esprit d’entreprendre une grille de mots fléchés, et les revues froissées et dépassées de longue date de la salle d’attente ne m’intéressaient pas davantage, je décidai donc de patienter bien sagement sans penser à quoi que ce soit.  

Lorsque la remplaçante de N en congés, nous invita à nous assoir auprès du cabinet du médecin, je pus m’apercevoir que mes prévisions sur le devenir du poster représentant la vallée du Lison s’avéraient exactes. Le mur restait désespérément blanc, et je me demandais bien sur quoi allais-je pouvoir à présent concentrer mon regard, afin d’oublier que mon avenir immédiat était une fois de plus entre les mains du destin.

J’avais connu pire comme état d’angoisse, mais il m’était cependant humainement impossible de rester stoïque devant une situation aussi peu enviable.

La porte s’ouvrit enfin ! D’un bref regard j’analysai le sourire légendaire de l’oncologue, et il me parut rassurant.  

Il était sur le point de prononcer la phrase tout aussi légendaire que son sourire, lorsque Chantal s’interposa vivement.

« Je vous préviens, il va vous dire que tout va bien, mais tout ne va pas bien ! »

« Ah bon ! Dîtes moi tout ! »

« Depuis son opération de la péritonite, il a de sérieux problèmes intestinaux, associés à des douleurs gastriques, qui se manifestent par des éructations et  d’incessants douloureux gargouillis dans le ventre. »

« Elle vous a tout dit, je n’ai plus rien à rajouter ! »

« Si tu peux rajouter que cette situation anormalement longue est en train de t’user jusqu’à la corde. »  

Cette pathologie somme toute assez gênante se rajoutait à d’autres pathologies toutes aussi invalidantes, j’en avais pris mon parti, aussi tentais-je de composer avec. Je n’étais pas sûr que le médecin puisse me donner la potion miracle, mais je voulais bien rajouter à mes traitements, un nouveau traitement, je n’étais pas à une gélule près.



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