De la souffrance physique ordinaire à la souffrance extrême.

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Aucune technique, ni médicale, ni psychologique, ne nous empêchera d’être confrontés notre vie durant à des formes diverses de souffrance, de la plus légère à la plus abominable. Une personne dite en bonne santé physique et mentale, ne s’attarde pas à penser que cet état de fait puisse être un jour remis en cause, elle vit tout simplement en ignorant sa chance. Lorsqu’un grain de sable vient perturber cette insouciance, l’agression physique ou mentale à laquelle cette même personne n’était pas habituée est perçue par elle comme une entrave inconcevable et  scandaleuse à son bien-être. La sensation de douleur prend alors des proportions exagérées dans son cerveau, décuplant autant d’inquiétude que de stress, confortant ainsi son inaptitude à gérer convenablement cette douleur. 

  La souffrance physique ordinaire 

 

En fonction de l’évolution de l’état d’esprit, il existe des degrés d’importance dans le ressenti de la douleur. Il existe aussi différents paliers d’évolution de ce même état d’esprit au-delà desquels la souffrance qui ronge le malade  ne sera plus possible à supporter. Au fil du temps, l’apprentissage difficile et quotidien de la maîtrise de soi permet à ce même malade d’endurer l’épreuve. Son expérience lui permettra de se  préserver autant se faire que peut d’un potentiel déséquilibre mental qui lui serait forcément préjudiciable par la suite.    L’heureux acquéreur d’une automobile va fulminer à la première éraflure, il passera une nuit blanche lorsque qu’une partie de la carrosserie sera endommagée, mais remerciera le ciel de voir sa famille indemne, lorsqu’en raison d’un accident de la route, sa voiture partira à la casse. La souffrance c’est un peu comme ça, on se plaint  dès l’apparition de petits bobos, puis on gémit au premier signe de pathologies bénignes, mais quelques soient le chemin à parcourir, les épreuves à endurer, et les nombreux sacrifices à faire, on se satisfait de notre sort lorsque notre combat n’a pas permis à  la faucheuse de passer le seuil de notre maison, bien qu’elle rôde encore autour de nous.    Pour que notre obsession de la douleur disparaisse, il faut accepter sa présence à l’intérieur de soi, y faire face plutôt que la subir, faire en sorte de la minimiser en balayant toutes les mauvaises pensées de notre cerveau. La patience est une vertu qui portera à un moment ou à un autre ses fruits. Porter ses fruits ne voudra pas dire que nous n’aurons plus mal, disons que nous aurons acquis la force de maîtriser notre souffrance.  Certes  Il s’agit là d’une gymnastique d’esprit qui s’acquière au fil du temps, mais qui s’avère également nécessaire pour que le patient ne se laisse pas déborder par ses invivables démons.   Cette philosophie est la mienne, mais je n’ai pas été toujours été capable, et je ne sais pas si je serais toujours capable de l’appliquer. Au fil des années j’ai subi pas moins de huit opérations, j’ai connu les soins intensifs, j’ai expérimenté les bienfaits des différentes  machines auxquelles je fus assujetti par décision médicale. J’ai connu l’inconfort des sondes gastriques, des sondes urinaires, des drains en tous genres. J’ai subi trois sortes de chimiothérapie, avec leurs effets de violence immédiate sur le corps, avant de vivre ensuite à long terme d’autres de leurs effets plus ou moins invalidants. J’ai connu l’injection de la morphine à hautes doses, et j’ai expérimenté ses actions euphorisantes. Je ne peux pas ignorer non plus les longues journées d’hôpital, où il me fallut apprendre à combattre solitude et ennui, où il me fallut apprendre à regarder mon existence autrement que par le passé. Bien souvent la douleur était présente, mais je n’avais pas un autre choix que de vivre avec elle. Encore à ce jour je m’en accommode à défaut de pouvoir m’en débarrasser. Bien sûr il existe des traitements médicamenteux ou autres, pour soulager notre peine, mais ils ont leur limite, et ne peuvent en aucun cas devenir notre locomotive de tous les matins. Qui pigne vit dit un célèbre proverbe, mais on peut tout aussi bien vivre sans. Il faut bien garder à l’esprit que pleurer sur notre sort ne peut en aucune façon nous servir, car ce comportement nuit à notre équilibre mental, et ne fait qu’accentuer nos souffrances. A geindre à tout-va, nous agaçons  jusqu’à saturation notre entourage immédiat qui, en dehors des médecins, ne peut pas faire grand-chose pour nous soulager. A geindre à tout va nous risquons aussi et surtout de détériorer la qualité de nos rapports malade accompagnants. N’oublions pas que la valeur des rapports malade accompagnants constitue sans le moindre doute possible un appui autant solide que précieux. Cet appui s’avérera fort utile lorsque dans notre tête nous nous sentirons près à combattre notre égo,  afin que nous jouissions ensuite d’une qualité de vie à peu près tolérable, et ce en dépit de notre statut de malade atteint d’un cancer.  

La souffrance extrême

 

Se tordre de douleur sans trouver le moindre petit moment de repos conduit jusqu’aux limites de la folie. J’ai traversé moi-même une période de souffrance dévastatrice, où je ne concevais pas la mort autrement que comme une délivrance, délivrance à laquelle j’aspirais plus que tout. Les nuages noirs étaient apparus un matin au réveil, lorsque posant mon pied gauche sur le sol, je ressentis comme des milliers de coups de couteau me transpercer la hanche, une décharge électrique descendit immédiatement jusqu’au talon. Depuis ces nombreuses années de combat mon organisme s’est habitué aux mauvaises surprises, je ne peux pas dire que je passe une semaine entière sans ressentir çà et là quelques petits problèmes. Je ne m’attarde guère sur ce genre de détail, comme je l’ai déjà dit précédemment, la douleur ordinaire m’accompagne à longueur de temps, et j’ai appris à cohabiter.     Cette fois l’attaque me semblait plus sévère. Je me voulais cependant optimiste, c’était la seule façon d’avancer ‘’sereinement’’ en attendant un avis médical. Je me rassurai donc et j’attribuai ce vilain élancement à une possibilité d’arthrose. Je n’y pensai pas davantage jusqu’au second, puis au troisième coup de boutoir. Difficile de dissimuler mes grimaces à mon entourage, je me trouvai donc contraint de leur faire partager mes interrogations. Y avait-il anguille sous roche ? » Cette alerte n’était pourtant qu’un hors-d’œuvre par rapport à ce qui m’attendait. De violentes tortures cervicales se déclarèrent quelques jours plus tard lors d’un bref séjour au CHU de Nantes, me confortant dans l’inquiétante idée, que le cancer s’était cette fois niché sur les os.  Y at-il un endroit pire que l’enfer ? Je ne serais le dire, mais les semaines suivantes moi qui était si sûr de ma théorie,  j’appris à mes dépends qu’il existait des souffrances hors de tout contrôle. Je passais des nuits blanches à pleurer, à attendre l’heure où il me serait possible de prendre un antalgique. Je ne dominais plus les souffrances, c’étaient-elles qui me dominaient. Il n’était alors point question de philosopher, car j’étais entièrement asservi à mes supplices, et dans un sursaut de vie je n’espérais que les talents de la médecine pour ne pas sombrer dans le néant.  Personne n’est préparé à affronter ce genre de situation, et lorsque cette monstrueuse épreuve nous tombe dessus, nous nous sentons complètement désorientés. Nous vivons totalement dans l’instant présent, et l’instant présent c’est d’être la victime d’une terrifiante et insoutenable torture contre laquelle nous sommes infiniment impuissants. Il nous est donc impossible d’adopter une philosophie protectrice, car la douleur poussée à son paroxysme nous paralyse les sens. Nous ne voyons plus personne, nous n’entendons plus personne, nous ne sentons plus la vie en nous, bref nous sommes accaparés à cent pour cent par notre supplice, supplice qui nous déconnecte radicalement notre environnement. En quelques sortes nous ne sommes plus que l’ombre de nous-mêmes. Heureusement pour moi plutôt que de chercher la solution du côté de la mort, la radiothérapie m’apporta le soulagement, que j’attendais. Mon désir de vivre repris alors très vite ses droits. Cette parenthèse cauchemardesque dans mon parcours médical me ramena à plus d’humilité qu’en à ma prétendue infaillibilité dans la gestion de la souffrance, ce qui ne m’empêche pas tout de même de continuer à philosopher.  

Joël Gautier 26 octobre 2016



Du paradis à l’enfer

arbre

La maladie nous oblige à faire le deuil aussi bien de notre santé que de notre identité de personne en bonne santé, elle remet en causes pas mal de nos projets de vie et souvent même hypothèque notre avenir.

L’annonce de l’apocalypse est une onde de choc qui nous déconnecte sur le champ du monde qui nous entoure. En moins de temps qu’il faut pour le dire, nos pensées se paralysent et notre organisme se liquéfie. Nous reprenons cependant quelques peu nos esprits, nous remarquons alors que notre compagne est en larmes, nous n’avons donc pas fait un mauvais rêve, le médecin vient de nous enfouir la tête dans les ténèbres.

Le traumatisme s’exprime à travers le corps, et nous ressentons alors le froid puis le chaud nous envahir, des perles de sueurs s’écoulent de notre front, notre gorge se resserre, le silence nous assaille,  nous n’avons plus la force de déglutir, bref nous n’existons plus.

Totalement figé, incapable de nous extériorisez par des larmes ou par des cris, nous sommes déjà au royaume des morts, avant même d’en  avoir franchi le seuil.

L’incrédulité nous gagne, nous formons autour de nous un bouclier de protection pour nous préserver de la violence des coups, l’essentiel étant de ne pas penser l’impensable.   

Puis vient le temps de chercher la meilleure façon de reprendre les rênes de notre existence, l’acceptation étant le travail primordial à accomplir. Nous ne pouvons pas nous battre contre quelques choses dont nous refusons l’existence. Aussi crue soit-elle, il faut  nous accommoder de la réalité, et lorsque nous  sentons de nouveau nos pieds toucher le sol, le combat pour la vie peut alors commencer.   

Le chemin est long et semé d’embuches, il n’épargne ni le malade ni ses proches ni même le reste de son environnement. Comment en effet ne pas se révolter contre l’injustice, il n’y a pas pire châtiment qu’une injustice irréparable. Notre colère doit se manifester coûte que coûte.  Certes mais contre qui ? Les membres plus ou moins proches de la famille, les voisins, la société, l’environnent, l’être suprême, tous endossent tour à tour le rôle de bouc émissaire.

Ni la fureur, ni l’inertie ne nous apportent le soulagement de l’esprit, elles ne font que nous polluer la tête d’une vilaine et insoutenable  amertume. Nous comprenons alors que notre angoisse, nos ressentiments, notre peur, ne seront canalisés que par une activité combative. Connaître, apprendre, tout comprendre, collaborer avec le milieu médical, bref ne pas mourir idiot, seront notre leitmotive.    

Pour l’heure nous sommes encore en gare, et le chemin d’un avenir incertain va être long, des multiples opérations, des traitements lourds, des illusions, des désillusions, de la souffrance, beaucoup de souffrance vont jalonner à rythme régulier notre trajet. Ce que l’on ignore c’est que durant notre périple nous vivrons une merveilleuse aventure humaine, aventure humaine qui viendra nous réchauffer de ses rayons solaires, dans les pires moments de ce si long voyage.

 

                                                                         

Chers tous !

Le 2 décembre de l’année 2004 un jeudi à 10 heures précise ma vie bascula du paradis lumière à l’enfer. Elle fut plongée à travers une brume impénétrable,  dans un gouffre sans fond, dans la noirceur des abysses. J’aurais été bien incapable à cette époque de vous faire part de mes sentiments concernant l’effroyable réalité de la maladie. Il m’aura donc fallu 11 ans 10 mois 20 jours de vécu pour vous transmettre malgré tant d’épreuves ce message tinté d’espoir.

 

 

Joël Gautier 22 octobre 2016

 

 



Le chemin de la normalité

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La normalité est une expérience plus extrême que ce que les gens veulent communément admettre.

 

                                                                          David Cronenberg


Le cancer est une maladie éprouvante et quand elle atteint un stade avancé, elle engendre des conséquences psychiques et physiques qui influent indéniablement sur le quotidien, sur le bien-être du patient, mais aussi sur celui de sa famille. L’annonce de la maladie est perçue comme un tremblement de terre qui vient définitivement ébranler votre vie de tous les jours, avec la perspective cauchemardesque de son anéantissement.

Le diagnostic amène avec lui des bouleversements phénoménaux qui nécessitent des adaptations au quotidien et obligent la famille à se restructurer, à se réorganiser en fonction des nouvelles donnes imposées par le cancer.

Porter sur les épaules le poids de tant de souffrance ne peut être possible que par la présence des proches, qui de leur côté se doivent d’égratigner une partie de leur propre existence. La famille représente indéniablement un rempart qu’aucune autre forteresse ne peut égaler.

Le travail pour retrouver une certaine forme de stabilité est long et périlleux, l’irritabilité de malade ou la maladresse des accompagnants peuvent créer des tensions qu’il est nécessaire d’apprivoiser.

Il faut écarter l’idée de ne pas se sentir épaulé, personne de l’entourage ne s’est préparé à une telle épreuve, et ce même entourage fait ce qu’il peut pour s’adapter à cette situation plus que périlleuse.

Il est urgent pour la famille et le malade de ne pas se laisser gagner par la panique, le seul moyen de bien gérer l’état des choses, c’est de prendre le temps nécessaire pour clarifier son esprit. Au prix de bien des combats, il sera alors possible de prendre le recul nécessaire pour comprendre que le malheur n’est pas une fatalité.

Prendre du recul jusqu’à l’acceptation ne voudra pas dire pour autant baisser les armes, au contraire chacun de son côté le patient comme ses accompagnants trouverons alors l’énergie nécessaire, afin de regagner peu à peu du terrain sur le chemin de la ‘’ normalité ‘’.     

 

                                                                          Joël Gautier 19 octobre 2016

 

Irritabilité, sautes d’humeur, manque d’entrain, fatigue musculaire ou difficulté de concentration sont autant d’obstacles au maintien d’un bon équilibre nerveux et émotionnel. Je connais bien le problème car j’y suis confronté tous les jours avec plus ou moins de succès, mon état de santé physique ou mental pouvant en effet faire obstacle au travail que je n’ai de cesse d’accomplir sur moi-même.  

Pour garder la tête froide, ma vie de malade doit être réglée comme un cahier à musique, et pour ce faire, j’ai besoin de m’appuyer sur un certain nombre de rassurants repères. Ainsi un simple petit grain de sable est en mesure de me déstabiliser durablement dans ma quête vers un semblant de sérénité. 

La chute de Chantal et ses conséquences n’avaient pas manqué de chambouler un programme méticuleusement établi, aussi étais-je dans la situation d’un GPS (la rapidité en moins) qui doit recomposer son itinéraire après une erreur de direction. Tout s’embrouillait dans ma tête. Je réalisais pleinement que durant ces 12 dernières années ma résistance autant physiologique que psychique face aux multiples difficultés rencontrées, n’avait été possible que grâce à un accompagnement suffisamment solide à mes côtés, et qu’il en serait de même pour les années à venir.   

L’arythmie cardiaque qui était réapparu sans crier gare, m’avait tenu en alerte permanente durant quelques jours, mais voilà qu’elle semblait rentrer dans les rangs. Je voulais espérer que l’incident n’avait été qu’une fausse alerte, et que l’Amiodarone n’avait pas dit son dernier mot quant à son efficacité.

La rentrée scolaire avait eu lieu, chacun avait repris ses activités en gardant en mémoire les souvenirs de vacances particulièrement chaudes et ensoleillées. Il y avait six ans que nous n’étions pas partis pour un séjour excédant les deux jours, une fois encore nous allions nous contenter d’écouter le récit de voyage des personnes de notre entourage. Je n’étais pas amer, car je n’oubliais pas la chance que j’avais de faire mieux que de survivre après un peu plus d’une décennie de tempêtes en tous genres.

De fil en aiguille nous approchions du mardi 20 septembre, date à laquelle nous allions retrouver mon ‘’fidèle’’ oncologue, le teint halé par le soleil généreux de cette saison estivale malheureusement passée.

 

 



La redoutable agressivité du traitement

chat méchant

Le cancer est porteur de mort et le regard des autres faits que le malade atteint d’un cancer à l’impression de porter la mort sur lui. Il y a celui qui peut affronter cette vérité et celui qui ne le peut pas. Un malade informé ne perd pas tout espoir, le médecin lui a expliqué comment préparer son champ de bataille, il peut à partir de cet instant devenir l’acteur à part entière de sa maladie.

Être dans l’acceptation réveille l’instinct de défense, être dans le déni tend à se réfugier dans le vide et l’inhibition. Je ne conteste pas le fait que l’esprit est mis à rude épreuve, et nier l’évidence peut être un moyen efficace de se protéger au risque de l’anéantissement, j’en ai moi-même fait parfois la douloureuse expérience. Cependant j’ai toujours fait en sorte d’adopter cette habitude de façon temporaire, il est impossible de fuir la réalité indéfiniment.   

La peur de la mort demeure en nous, mais une personne dite en bonne santé physique et mentale mettra des barrières de protection autant de fois qu’il sera nécessaire de le faire, pour empêcher l’idée du trépas envahir son quotidien. Son emploi du temps riche et varié lui rendra la tâche facile, en lui occupant l’esprit d’une toute autre manière que celle de songer à un destin lui offrant de biens sombres perspectifs.

A l’inverse souvent privé de toutes activités propices à de sereines évasions, le cancéreux n’aura pas d’autres choix que de cohabiter dans sa tête avec celle que l’on appelle ‘’poétiquement’’ la faucheuse. Il devra apprendre à dompter ses propres angoisses, avant de supporter sa présence. Il devra apprendre à la regarder non pas comme un spectre monstrueux, mais plutôt comme une ennemie intime. Il devra apprendre encore à mobiliser toute son énergie pour la combattre. Certes le combat tournera un jour en la faveur de cette encombrante ennemie, mais pour l’heure sa vie étant précieuse autant pour lui-même que pour ses proches, il ne devra pas baisser la garde, avec l’espoir de voir durer autant se faire que peut les choses. 

 

                                                           Joël Gautier 18 octobre 2016

 

 

La découverte de mes tumeurs osseuses avait occasionné l’administration par voix intra musculaire de piqûres d’Xgéva à partir de mois de mai 2014, jusqu’au mois d’avril 2016. N’étant pas sans aucun inconvénient pour l’organisme, ce traitement me donnait l’obligation de consulter régulièrement un dentiste. En effet l’Xgéva cumulé avec le Votrient formaient à eux deux un cocktail explosif qui risquait de me pourrir un peu plus la vie. Les potentialités de plaies à l’intérieur de la bouche, sur les gencives, ou sur les os de la mâchoire, un déchaussement accéléré des dents ou toutes autres pathologies liées à ses effets indésirables, nécessitaient une surveillance accrue, à laquelle je n’avais nullement l’intention de me dérober.

Le 5 septembre je sortis donc afin de me rendre au cabinet du chirurgien-dentiste.  Je ne ressentais ni douleur, ni gêne particulière dans la bouche, cependant je demeurais prudent, j’avais en effet souvenir de ma dernière visite et de ma sérénité du moment, sérénité qui avait été mise à dure épreuve d’une part par la découverte d’une carie sous une couronne dentaire, et d’autre part par les mauvais moments que j’avais dû passer pour soigner le mal.

Comme beaucoup d’autres médecins et spécialistes en tous genres, le docteur P connaissait bien mon parcours médical, et mon visage lui était familier.

« Six mois que nous ne nous sommes pas vu ? »

« Exact ! »

« Comment vous sentez vous ? »

« Je vais le mieux possible compte-tenu de ma position de malade. »

« Vous êtes venu pour un contrôle, ou souffrez-vous quelques part dans la bouche ? »

« Non je viens simplement vous rendre visite par mesure de précaution, comme il a été convenu depuis le début de mon traitement chimiothérapique. »

Une fois encore je n’avais pas fait le déplacement pour rien, la carie officiellement guérie avait en fait récidivé, et le dentiste n’avait pas d’autres choix, que de ‘’bricoler’’ comme il sut une nouvelle fois me le dire, en grattant à l’aide d’une fraise mécanique, la zone affectée. Les sensations de vibration cumulées au bruit de  l’appareil étaient fortement désagréables à supporter, je concentrai donc autant se faire que peut mon attention pour contrôler mon appréhension. J’étais d’autant plus mal à l’aise que ma difficulté à tenir les mâchoires ouvertes perduraient depuis que j’avais subi en mai 2014 une radiothérapie au niveau des cervicales.

Comme tout à une fin, monsieur P m’invita à me relever du fauteuil, une fois que la dent fut colmatée.

« J’espère que je n’aurais pas dans l’avenir l’obligation de vous arracher une dent, ou celle de pratiquer une chirurgie disons un peu plus délicate ! Je serais dans ce cas-là contraint de vous hospitaliser. Il serait en effet imprudent de tenter le diable, car vos traitements montrent au fur et à mesure de votre passage leur redoutable agressivité. »    

 



La solitude psychologique du malade

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Tant que tout va bien dans notre vie, tant que nous réussissons à concrétiser nos projets, nous pouvons affirmer que nous éprouvons un sentiment de ‘’bonheur’’, ou du moins une certaine forme de ‘’ bien-être’’. Encore faut-il en avoir conscience, mais c’est là un tout autre débat.

Généralement la santé, la réussite sociale, la réussite de notre vie intime, nous confortent dans cette manière de sentir les choses.

Ce sentiment de bien-être est d’ailleurs renforcé par le retour que nous pouvons recevoir de notre entourage.

Le regard des autres, les rapports que nous avons avec nos semblables, lorsqu’ils sont de bonne qualité, nous rassurent dans l’idée que l’on se fait de soi-même. (Je suis entouré et apprécié, je dois donc être quelqu’un de bien.)  

Lorsque la maladie vient bouleverser la donne, les regards croisés, méfiants, fuyants ou évoquant de la pitié, voire même de la peur, transforment la solitude du patient en souffrance. L’isolement psychologique prend la forme d’un fossé infranchissable entre la personne atteinte d’une pathologie potentiellement mortelle et ses semblables.

J’ai bien connu cette situation des plus inconfortables, c’est la raison pour laquelle j’ai toujours privilégié le dialogue au mutisme, le sourire aux larmes, et les attitudes positives à celles que mon environnement aurait du mal à supporter. Le travail est parfois bien difficile à accomplir, mais il s’avère plus que nécessaire.     

 

                                                                            J Gautier le 11 octobre 2016

 

 

Cette fois je n’étais pas la cause de ce énième contretemps,  Chantal s’était en effet fracturée le poignet gauche, en chutant lourdement dans le jardin.

Ainsi donc, avant même d’avoir franchi le cap de mes deux consultations médicales, la date fatidique du mercredi 24 août 2016 mettait un terme à notre projet d’escapade au grand air iodé de la mer.

La valise pouvait rester prendre la poussière, il fallait en effet une nouvelle fois réorganiser notre vie en fonction de cet évènement pour le moins mal venu.

Notre état d’esprit positif nous laissait à penser que les choses finiraient bien un jour par s’arranger, pour l’heure il fallait composer avec l’acharnement du destin.

J’ignore encore si l’incident fut quelques jours plus tard à l’origine d’une déstabilisation de mon état de santé, toujours est-il que mon cœur qui comptait parmi les enfants sages, se mit brusquement à me causer des soucis.

Comme je l’ai maintes fois mentionné dans mes écrits, lors de mes crises arythmiques, j’ai l’impression qu’un Alien est en train de se débattre vigoureusement à l’intérieur de ma poitrine.  Au plus fort des troubles cardiaques, des étourdissements apparaissent plus ou moins intenses, m’interdisant peu à peu de faire autres choses que de patienter dans un fauteuil en attendant l’accalmie.

Justement cette situation très inconfortable m’empoisonnait depuis quelques jours le matin au réveil, sapant mon moral que je n’avais pourtant de cesse de protéger, contre les coups de boutoirs de la maladie. 

Parmi plusieurs autres déjà testés, l’Amiodarone était le seul médicament capable de m’apporter un réel soulagement. En contrepartie de ma prise quotidienne de ce traitement, il me fallait accepter non sans conséquences dans ma vie de tous les jours,  l’un de ses effets indésirables les plus perverses, une interdiction absolue de m’exposer au soleil sous peine de graves brûlures, et voilà que son action positive sur mon état de santé semblait battre dangereusement de l’aile. 

J’étais à la fois profondément contrarié et profondément inquiet de cette réalité des faits, aussi m’interdisais-je de penser à de bien vilaines choses.

Les épisodes de fatigue intense, je ne les connaissais que trop bien, et ils tendaient malheureusement à se multiplier. J’avais 50 ans lorsque la maladie avait été diagnostiquée, j’en avais à présent 62 ans, et si dans les premiers temps je pouvais encore vivre à peu près normalement, l’exercice devenait malheureusement de plus en plus difficile. Le retour de ces crises arythmiques venait compléter un tableau déjà assez sombre, et j’en étais bien désolé, je priais  ‘’L’être suprême’’ pour que la situation revienne le plus vite possible à la normale, c’était  pour l’heure mon seul et unique recours.

Quelques jours s’étaient écoulés depuis le passage de Chantal à l’hôpital, en ce 1 septembre j’avais mon rendez-vous chez le généraliste. Cette rencontre était régulièrement fixée tous les trois mois, elle me donnait l’opportunité de faire le bilan sur mes différents pathologies ‘’annexes’’  au cancer.

Dans un premier temps Chantal fut à ‘’ l’honneur’’ son bras résiné attira l’attention du médecin. Il avait reçu le compte-rendu du chirurgien, aussi voulait-il se rendre compte par lui-même de l’évolution de la situation.

Ensuite se fut mon tour, prise de poids, tension, souffle etc… Comme de bien entendu mon cœur battait normalement, le docteur C ne voyait aucune anomalie susceptible de l’inquiéter. Il consentit pourtant à établir un courrier pour mon cardiologue. Je sortis de son cabinet pas plus rassuré qu’en rentrant, je ne pouvais pas disposer du personnel médical 24 heures sur 24, j’étais donc une fois encore assurer d’affronter la prochaine crise dans l’angoisse de ma solitude de malade.

D’ailleurs il ne valait mieux pas espérer l’assistance de mon cardiologue dans un bref délai, car conformément aux difficultés rencontrés par la profession, faute de spécialistes, mon rendez-vous ne pouvait être arrêté qu’en février de l’année 2017.  



Philosophie de vie

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L’épreuve de la maladie vous apprend à ne plus vous retourner, mais au con traitre à regarder droit devant vous. Elle vous enseigne aussi comment profiter des bonnes choses de la vie et comment éluder le reste. J’aime cette photo car elle me résume parfaitement bien.



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