La redoutable agressivité du traitement

chat méchant

Le cancer est porteur de mort et le regard des autres faits que le malade atteint d’un cancer à l’impression de porter la mort sur lui. Il y a celui qui peut affronter cette vérité et celui qui ne le peut pas. Un malade informé ne perd pas tout espoir, le médecin lui a expliqué comment préparer son champ de bataille, il peut à partir de cet instant devenir l’acteur à part entière de sa maladie.

Être dans l’acceptation réveille l’instinct de défense, être dans le déni tend à se réfugier dans le vide et l’inhibition. Je ne conteste pas le fait que l’esprit est mis à rude épreuve, et nier l’évidence peut être un moyen efficace de se protéger au risque de l’anéantissement, j’en ai moi-même fait parfois la douloureuse expérience. Cependant j’ai toujours fait en sorte d’adopter cette habitude de façon temporaire, il est impossible de fuir la réalité indéfiniment.   

La peur de la mort demeure en nous, mais une personne dite en bonne santé physique et mentale mettra des barrières de protection autant de fois qu’il sera nécessaire de le faire, pour empêcher l’idée du trépas envahir son quotidien. Son emploi du temps riche et varié lui rendra la tâche facile, en lui occupant l’esprit d’une toute autre manière que celle de songer à un destin lui offrant de biens sombres perspectifs.

A l’inverse souvent privé de toutes activités propices à de sereines évasions, le cancéreux n’aura pas d’autres choix que de cohabiter dans sa tête avec celle que l’on appelle ‘’poétiquement’’ la faucheuse. Il devra apprendre à dompter ses propres angoisses, avant de supporter sa présence. Il devra apprendre à la regarder non pas comme un spectre monstrueux, mais plutôt comme une ennemie intime. Il devra apprendre encore à mobiliser toute son énergie pour la combattre. Certes le combat tournera un jour en la faveur de cette encombrante ennemie, mais pour l’heure sa vie étant précieuse autant pour lui-même que pour ses proches, il ne devra pas baisser la garde, avec l’espoir de voir durer autant se faire que peut les choses. 

 

                                                           Joël Gautier 18 octobre 2016

 

 

La découverte de mes tumeurs osseuses avait occasionné l’administration par voix intra musculaire de piqûres d’Xgéva à partir de mois de mai 2014, jusqu’au mois d’avril 2016. N’étant pas sans aucun inconvénient pour l’organisme, ce traitement me donnait l’obligation de consulter régulièrement un dentiste. En effet l’Xgéva cumulé avec le Votrient formaient à eux deux un cocktail explosif qui risquait de me pourrir un peu plus la vie. Les potentialités de plaies à l’intérieur de la bouche, sur les gencives, ou sur les os de la mâchoire, un déchaussement accéléré des dents ou toutes autres pathologies liées à ses effets indésirables, nécessitaient une surveillance accrue, à laquelle je n’avais nullement l’intention de me dérober.

Le 5 septembre je sortis donc afin de me rendre au cabinet du chirurgien-dentiste.  Je ne ressentais ni douleur, ni gêne particulière dans la bouche, cependant je demeurais prudent, j’avais en effet souvenir de ma dernière visite et de ma sérénité du moment, sérénité qui avait été mise à dure épreuve d’une part par la découverte d’une carie sous une couronne dentaire, et d’autre part par les mauvais moments que j’avais dû passer pour soigner le mal.

Comme beaucoup d’autres médecins et spécialistes en tous genres, le docteur P connaissait bien mon parcours médical, et mon visage lui était familier.

« Six mois que nous ne nous sommes pas vu ? »

« Exact ! »

« Comment vous sentez vous ? »

« Je vais le mieux possible compte-tenu de ma position de malade. »

« Vous êtes venu pour un contrôle, ou souffrez-vous quelques part dans la bouche ? »

« Non je viens simplement vous rendre visite par mesure de précaution, comme il a été convenu depuis le début de mon traitement chimiothérapique. »

Une fois encore je n’avais pas fait le déplacement pour rien, la carie officiellement guérie avait en fait récidivé, et le dentiste n’avait pas d’autres choix, que de ‘’bricoler’’ comme il sut une nouvelle fois me le dire, en grattant à l’aide d’une fraise mécanique, la zone affectée. Les sensations de vibration cumulées au bruit de  l’appareil étaient fortement désagréables à supporter, je concentrai donc autant se faire que peut mon attention pour contrôler mon appréhension. J’étais d’autant plus mal à l’aise que ma difficulté à tenir les mâchoires ouvertes perduraient depuis que j’avais subi en mai 2014 une radiothérapie au niveau des cervicales.

Comme tout à une fin, monsieur P m’invita à me relever du fauteuil, une fois que la dent fut colmatée.

« J’espère que je n’aurais pas dans l’avenir l’obligation de vous arracher une dent, ou celle de pratiquer une chirurgie disons un peu plus délicate ! Je serais dans ce cas-là contraint de vous hospitaliser. Il serait en effet imprudent de tenter le diable, car vos traitements montrent au fur et à mesure de votre passage leur redoutable agressivité. »    

 



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