L’inconfort d’un mal être profond

mal être

Le cancer oblige l’organisme à s’adapter à des mutations diverses, et l’esprit à donner un sens à la vie malgré les souffrances endurées. Le cancer et ses diverses thérapeutiques vont entraîner chez le patient une métamorphose plus ou moins rapide de son corps, de son identité corporelle d’où un risque potentiel de dépersonnalisation avec un appauvrissement du contrôle de l’esprit, avec une disparition progressive de son identité, avec enfin  une profonde atteinte de l’estime de soi entraînant une bien fâcheuse perte de confiance.

 

Mieux vaut être beau riche et bien portant, que laid pauvre et malade. La publicité placardée sur les murs, imprimé dans les magazines, ou diffusé par l’intermédiaire des médias, ne manque pas à chaque minute de notre vie de nous le faire savoir.

Le paraître étant donc beaucoup plus important que l’être, les dommages corporels engendrés par la maladie apparaissent inévitablement comme une blessure physique et psychologique que notre société matérialiste dite moderne, caractérisée par son égoïsme et  sa profonde déshumanisation, ne nous aidera pas à combattre, bien au contraire.

En dehors de mes cheveux devenus subitement blanc par les traitements agressifs, l’altération de mon corps et son image projetée dans le miroir, n’avait pas été jusqu’à ce jour, l’une de ces nombreuses barrières à franchir, depuis que mon long parcours de combattant avait débuté.

J’étais certes flanqué de trois belles cicatrices dans le dos, d’un trou bien visible dans le biceps du bras gauche, d’un œdème à la base du cou, et enfin d’une surdité qu’il avait fallu corriger par le port d’appareils auditifs, mais au fur et à mesure de la progression du mal, j’avais surtout subi  des mutilations d’organes internes, sans trop de conséquences donc pour mon apparence.

Bien sûr au fil des ans ma silhouette se transformait, mais cette modification progressive était conforme à mon avancée en  âge, et n’avait rien à voir avec la maladie. J’acceptais cet état de fait, car il faisait partie de l’évolution biologique de tout être humain.  

C’était sans compter avec le malin, il était indéniablement le plus fort et savais taper là où ça fait mal. Il jouait avec moi comme un chat joue avec une souris, je résistais autant se faire que peu à ses assauts répétés, et chaque petite victoire me donnait matière à satisfaction, cependant je ne ressortais jamais indemne des épreuves. 

Après une courte trêve, le malin qui savait être patient, sûr de sa victoire finale, m’infligea une nouvelle épreuve. Il me condamna sans appel à ‘’fêter’’ la nouvelle année à l’hôpital, en raison d’une péritonite opérée de toute urgence, le soir du 29 décembre 2015.  

La situation évoluait une fois de plus en ma défaveur, mais une fois de plus j’étais bien décidé à relever le défi.

Pour les avoir longuement évoqués lors de mes écrits, je ne reviendrai pas en détail sur ces quinze jours d’enfermement, et sur les semaines suivantes où des complications vinrent envenimer les choses, il n’empêche que mon adversaire venait de remporter une importante victoire, en me sapant durablement le moral.

Conséquence de mes multiples opérations et de leurs complications, j’’étais en effet l’héritier malheureux d’une proéminence abdominale pour le moins inesthétique, et j’avais beaucoup de mal à accepter cette cruelles réalités, d’autant que mon aspect physique repoussant à mes yeux était définitif, les médecins ne me permettant pas d’espérer un retour en arrière.  

Outre les préjudices psychologiques, cette maudite éventration avait des répercussions matérielles dont on ne peut pas se douter, avant d’y avoir été confronté. Mon corps en général et mon abdomen en particulier avaient subi un véritable tremblement de terre, une mutation qui me faisait passer de la taille 44 à la taille 50, m’obligeant à vider ma penderie de tous les vêtements dont je n’avais plus l’utilité.

Je n’avais pas d’autre choix que d’adopter un nouveau style d’habillement, et je le faisais à contrecœur, car il me contraignait à faire le deuil de ce que notre société considère comme les normes les plus courantes du corps humain, au-delà desquelles je me voyais donc rejeté dans la catégorie peu enviable des minorités.      

Cette blessure physique et narcissique avait des conséquences psychologiques non négligeables, et je n’étais plus aussi sûr de mes capacités à retrouver l’estime de moi. L’épreuve de force allait une nouvelle fois capter une bonne partie de mon énergie mentale, avec une issue qui me semblait incertaine.

Comme pour les douleurs ordinaires, et en attendant de suivre le chemin de l’acceptation, je faisais en sorte d’épargner mon entourage, en dissimulant autant se faire que peut mon état d’esprit affecté par les ‘’ blessures assassines ‘’ de mon âme.

Pour l’heure il m’était impossible d’assumer cette ‘’monstruosité’’ qui portait atteinte à mon intégrité physique.

Il est terrible de penser que la maladie et ses conséquences puissent provoquer en nous la honte de nos faiblesses, de nos maladresses, et de nos handicaps en tous genres. Bien souvent mes comportements publics involontairement préjudiciables à mon image, engendrent dans mon esprit la peur du regard des autres, me donnant l’envie de disparaître immédiatement du tableau. Conscient que ces complexes douloureux risquent de me désocialiser, je lutte contre ma tentation en essayant de surmonter le mieux possible mes appréhensions. Malheureusement les résultats escomptés son rarement à la hauteur de ma tâches, le sentiment d’humiliation restant indéniablement le plus fort. 

Il y a un adage de Guy de Maupassant qui dit ceci :

« Notre grand tourment dans l’existence, vient que nous sommes éternellement seuls, et tous nos efforts, tous nos actes ne tendent qu’à fuir cette solitude. »    

Quoi que l’on dise et quoi que l’on fasse, personne ne pourra nous aider efficacement, à nous débarrasser de nos démons.

Chaque individu est un être à part entière. Il lui arrive de rencontrer des épreuves qu’il sera le seul à pouvoir surmonter. Il n’aura pas d’autres alternatives que d’assumer en silence la réalité des faits, au risque de s’enliser durablement dans l’inconfort d’un mal être profond. 

     



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