Les petits bonheurs de tous les jours

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Le malheur des uns ferait-il le bonheur des autres ?

Le développement exponentiel des maladies dites modernes, est une merveilleuse machine à faire du fric. Les évolutions négatives de notre environnement et de nos modes de vie  ne sont pas prêtes à tuer la poule aux œufs d’or, le cancer en recrudescence pour ne citer que cet exemple, en est la preuve visible.  

Est-on chercheur médical par humanisme, par vocation, par compassion,  par dévotion, par ambition, par passion, pour la gloire, ou tout simplement pour gagner aisément sa vie ?

Pourquoi la profession fait-elle aussi souvent appel aux dons, alors que les laboratoires pharmaceutiques engrangent des profits considérables profitant sans doute aux actionnaires avant de privilégier l’intérêt général.

J’avoue ne pas comprendre les rouages du fonctionnement de ces prestigieuses institutions que sont la recherche médicale et pharmaceutique, par conséquent je reste totalement dans l’expectative d’un éclaircissement qui ne viendra sans doute jamais.

Malgré cet état de fait je ne m’interdis pourtant pas de douter des professionnels de ce secteur lorsqu’il s’agit de percevoir de ‘’ leur mission’’,  les côtés humanitaires et leurs implications éthiques,  les intérêts financiers primant bien souvent sur le reste.  

Si je suis aussi sceptique sur les  soucis que peuvent causer la considération morale, c’est parce que lors de la fixation des prix toujours exorbitants des médicaments, la discrimination dans l’accès aux soins n’est jamais prise en compte, il faut que le produit soit rentable, le reste on s’en fou.  

 Il ne serait cependant pas honnête de ma part de dénigrer totalement les laboratoires et leur toute puissance. La course sans fin des profits, à défaut d’un engagement purement humanitaire, est en effet un excellent moteur de progrès profitable à un grand nombre, même si dans l’indifférence générale l’inégalité reste de mise.  

Grâce à l’un de ces laboratoires, à une période périlleuse de ma maladie, son choix de me faire confiance en tant que sujet d’expérience clinique pour l’élaboration d’un nouveau traitement, me permit et me permet encore de rester du côté de la frontière, nous séparant du monde des ténèbres.  

A l’époque comme pour chaque étude, des millions de dollars étaient engloutis pour que la mise au point de cette nouvelle molécule obtienne l’homologation des pouvoirs publics, ce qui représentait des enjeux économiques considérables pour le laboratoire concerné, espérant façon mine d’or, un  franc retour sur investissement.   

Fort de cette stratégie d’entreprise j’étais comme dit l’expression soigné aux petits oignons, et je profitais donc pleinement d’une largesse budgétaire qui interdisait aux médecins accompagnants de négliger quelque détail que ce soit dans l’évolution de mon traitement. Certes l’oncologue, son équipe, ainsi que moi-même étions soumis à des règles très strictes, mais notre collaboration mutuelle ne souffrait en aucune mesure de ses contraintes, chacun de notre côté nous étions motivés pour mener à bien ces essais thérapeutiques, formidable espoir pour le futur des malades atteint comme moi d’un cancer du rein métastasé.   

Le laboratoire était peut-être en priorité en train de se battre contre la concurrence afin de remporter des parts juteuses sur le marché florissant de la santé, mais en ce qui me concerne, il était clair dans ma tête que ma contribution servirait l’intérêt général et j’étais plus que pleinement satisfait de vivre activement la maladie, avec l’espoir enthousiaste  de faire avancer la science.    

 

                                                                          Joël Gautier le 13 novembre 2016

 

Compte-tenu de l’heure tardive de ma consultation j’étais l’avant dernier patient du docteur R. Les salles d’attentes étaient vides, et la fébrilité habituelle du service marquait le pas.

N la secrétaire médicale en titre  était occupée à faire des photocopies, lorsqu’elle nous aperçut à la sortie du couloir. Elle nous adressa un sourire et hocha légèrement la tête en signe de compassion à l’égard de Chantal.

Comme je n’avais pas grand-chose à dire à l’oncologue, je savais que cette fois Chantal me ravirait ‘’la vedette’’. Nous nous assîmes directement à proximité du cabinet du médecin, l’attente ne serait pas longue.   

Une fois encore le tableau représentant la vallée du Nison brillait par son absence, cette constatation me traversait l’esprit, lorsque Chantal en fit la remarque à haute voix.

Je n’avais pas entendu la porte s’ouvrir, car mes pensées naviguaient vers d’autres horizons. Chantal me tapota l’épaule et nous fûmes invités à pénétrer dans le bureau.

« Dîtes-donc on ne s’ennuie jamais avec vous, à chacune de vos consultations vous apportez dans vos bagages un lot de nouveautés. »

Cette remarque bonne enfant nous fit sourire. Curieux de connaître les causes de ce bras en écharpe, l’oncologue oublia le temps des explications le but de notre visite, avant de m’adresser un regard interrogateur.

« Et vous comment allez-vous ? »

La réponse à cette question maintes et maintes fois répétée n’avait pas toujours été optimiste, mais cette fois encore je pouvais me réjouir de lui dire que tout allait relativement bien.

Bien sûr j’avais abandonné une grande partie de mes activités physiques, bien sûr mon organisme avait pris un grand coup massue avant l’âge, bien sûr les effets secondaires des 22 cachets, gélules et autres traitements que je prenais régulièrement empoisonnaient de temps à autres mes journées, cependant j’étais largement en mesure d’apprécier les valeurs inestimables d’une vie devenue toute simple, mais qui se satisfaisait pourtant des petits bonheurs de tous les jours.

« Dîtes moi monsieur Gautier, ça fait combien de fois que l’on se voit ? »

« En dehors de trois à quatre scanners ordonnés par certains de vos confrères, nous nous sommes rencontrés 50 fois pour entretien après  résultats d’examens, plus 50 fois pour des visites intermédiaires entre deux contrôles, à cela il faut rajouter environ une dizaine d’autres visites pour raison diverses. »

« Un peu plus d’une centaine de fois donc ! »

« Exact ! »

Il écarquilla légèrement les yeux manifestement impressionné par un tel parcours, marqua un léger temps d’arrêt, puis établit les ordonnances habituelles, avant de prendre son calendrier pour fixer un nouveau rendez-vous.



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