Le verre à moitié plein

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« La vie est un mystère qu’il faut vivre, et non un problème à résoudre. »

Gandhi

 

« La vie n’est jamais banale, chaque événement que nous traversons recèle un mystère inexplicable. »

Boris Vian

 

« Chaque phénomène a son mystère ; le mystère est l’âme ignorée des choses. »

Gustave Le Bon

 

Ainsi donc je sortais de ‘’mon isoloir’’ sans avoir eu l’opportunité de me confronté à la plus tenace de mes peurs. Ce radiologue qui m’avait fait tant de mal par son manque total de diplomatie, celui-là même considéré depuis douze ans par mon esprit comme le diable en personne, avait brillé par son absence.

Les pensées cauchemardesques de son regard froid, et de son visage sans expression, pompaient encore et toujours une partie de mon énergie. Hélas ! Ma  détermination à vouloir combattre mes obsessions était faute ‘’d’adversaire’’ réduite à néant.

Ni je ne m’en réjouissais, ni je ne m’en désolais, je ne voulais retenir de ce rendez-vous que la bonne nouvelle des résultats communiqués.   

J’étais soulagé certes, mais je constatais néanmoins que mes essoufflements s’accrochaient à moi comme un dictateur au pouvoir, et ni la prise de sang, ni la radio n’étaient pour l’heure en mesure de m’apporter des éclaircissements sur ces dysfonctionnements respiratoires.

Décembre s’affichait au calendrier, et l’année se terminait sur un bilan mitigé.

J’avais bien mal commencé janvier car outre mon hospitalisation suite à  ma péritonite, il m’avait fallu subir en sus les foudres d’une maladie nosocomiale, dont les conséquences avaient été l’apparition d’une éventration que je devais supporter à présent à vie. Les quinze séances de kinésithérapie n’avaient pas permis de me le libérer de cet œdème au cou, œdème responsable à part entière d’une entrave considérable à mes  mouvements de rotation de la tête. Mes oreilles exigeaient une surveillance de tous les jours, mais de ce côté-là l’audioprothésiste avait constaté une légère amélioration d’écoute, une bonne nouvelle donc assez rare pour qu’il soit important de la souligner.

Pour ce qui était du cancer, le malin s’était montré plutôt sage, marquait-il une trêve, ou semblait-il profondément endormi ? Quelque-fût la réponse, J’espérais qu’il en soit ainsi le plus longtemps possible.

De cinq scanners en 2015, je n’étais passé en 2016 qu’à un IRM et deux scanners, ce qui ne manquait pas de me satisfaire au plus haut point.  

Un bémol cependant, au fil du temps mon corps se dégradait par l’usure de la maladie et de ses différents traitements, reflétant dans le miroir une image de moi que je refusais d’être la mienne. Malheureusement mon état d’âme n’empêchait pas la terre de tourner, et là encore je ne devais compter que sur mon mental pour ne pas sombrer dans le découragement, et dans la perte définitive de l’estime de moi.

La maladie peut être peuplée de mystères difficiles à éclaircir, ainsi donc plusieurs jours après avoir passé ma radiographie mes difficultés à respirer s’estompèrent, pour disparaître ensuite peu à peu. La médecine n’avait pas trouvé la source du mal, mais la source du mal s’était tarie d’elle-même, sans attendre une hypothétique intervention humaine.     

Faire de la marche pour juguler ma prise de poids n’était pas une mince affaire. Certes j’étais plein de bonne volonté, mais cette volonté perdait de plus en plus de terrain face à mon organisme qui n’avait de cesse de se rebeller. J’avais la nostalgie de cette époque où j’étais en mesure de me promener en forêt tout un après-midi durant, une nature à l’état pur où je prenais tant de plaisir à me ressourcer. Je n’étais pas dupe, ce temps était révolu, ma mission actuelle était celle de limiter la casse, et je m’y employais de moins en moins facilement, d’autant que je ne savais pas par quel bout m’y prendre pour inverser durablement la vapeur.

J’étais plein de bonne volonté, et je n’ignorais point qu’il était nécessaire d’en avoir, mon combat contre l’adversité était permanent, car il était bien évidemment vital.

Si je m’employais ardument à relativiser les choses, c’était pour ne pas être mort avant l’heure. L’épreuve de la maladie est un défi de chaque instant, qu’il faut apprendre à relever par étapes successives. Ne chercher à conserver dans son esprit que les pensées positives font partie des leçons qu’il est nécessaire de retenir.

Ne voir que le mauvais côté des choses, s’apitoyer constamment sur son sort vous attire davantage dans une situation de faiblesse, que dans une situation de force. 

Le stress, la colère, l’impression d’injustice sont des émotions difficiles à vaincre, et je sais de quoi je parle. Pourtant s’agissant de sentiments négatifs, il est impératif de les combattre au mieux de nos possibilités,  afin de canaliser le meilleur de notre énergie mentale, celle dont nous avons expressément besoin pour ne pas sombrer dans le néant.

Je m’apprêtais à passer mon 13ème Noël en famille, je ne pouvais donc pas trop me plaindre de mon sort car bon nombre de malades, entres autres parmi mes proches relations, n’étaient plus en mesure d’en dire autant.

Voilà une constatation qui m’aidait à regarder du côté du soleil, plutôt que du côté des ténèbres. Ce n’était pas la panacée, mes cette manière d’aborder les choses avait fait ses preuves, et j’espérais que mon état d’esprit reste toujours axé vers cette politique du verre à moitié plein, plutôt que celle du verre à moitié vide.   

 



On est jamais trop petit

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Si vous avez l’impression que vous êtes trop petit pour pouvoir changer quelque chose, essayez donc de dormir avec un moustique… et vous verrez lequel des deux empêche l’autre de dormir.

Le Dalaï Lama

Vous pouvez blâmer les gens qui se cognent dans l’obscurité ou vous pouvez allumer des bougies. La seule erreur est d’avoir conscience d’un problème en choisissant de ne pas agir.

Paul Hawken

C’est parce qu’on s’imagine tous les pas qu’on devra faire qu’on se décourage, alors qu’il s’agit de les aligner un à un.

Marcel Jouhandeau

“Accepter l’inévitable sans révolte, ne pas s’apitoyer sur soi, penser encore à être utile, bien sûr, c’est cela le courage, beaucoup plus que des actes héroïques.”

Anne Bernard

 

Le quartier était venteux, je marchais à pas lents, et je frissonnais à chaque léger souffle de vent. Comme promis Chantal me rattrapa avant même que j’eus franchi la porte d’entrée du bâtiment. Je ne reconnus pas les hôtesses d’accueil, mais par-contre le décor n’avait pas changé d’un iota.

Mon humeur était aussi changeante que la météo en période des giboulées, j’étais parti gonflé à bloc, en cours de parcours mon anxiété avait repris le dessus, et à présent que j’étais ‘’dans le bain ‘’, cette même anxiété  s’évaporait pareil à de l’eau sur le feu.

Comme je l’avais prédit, la salle d’attente n’était occupée que par trois personnes, dont l’une fut appelée par une secrétaire pour lui remettre l’enveloppe contenant clichés et compte-rendu du médecin, qu’elle s’empara avant de quitter aussitôt les lieux.   

J’étais sur le point de prendre une revue, lorsqu’une femme arborant la cinquantaine apparut dans l’encadrement de la porte. Après avoir pris connaissance de mon identité, elle m’invita à la suivre.

Elle m’installa dans une petite cabine aussi lugubre que la plupart de celles que j’avais l’habitude de fréquenter, et me demanda de me mettre torse nu.

Outre mon blouson, mon gilet et mon polo, depuis mon éventration je portais aussi une ceinture de maintien abdominal, et une paire de bretelles pour soutenir un pantalon qui était passé de la taille 44 à la taille 50. Lorsque j’eus terminé de me débarrasser de tout cela, j’attendis que l’on vienne me chercher.

Je ne connaissais que trop bien cette profonde solitude, et ce silence pesant, pré et post examen, j’avais l’impression dans ces moment-là de vivre dans un monde parallèle à celui des vivants. Heureusement la même femme vint me chercher, brisant ainsi l’état d’esprit dans lequel j’étais plongé depuis ‘’mon enfermement’’.    

En fait elle était manipulatrice en radiologie, je n’étais pas sûr de voir le médecin qui allait étudier mes clichés, et c’était peut-être mieux ainsi.

L’imposante machine m’attendait plus que moi, la salle était sombre et peu accueillante. Je fus prié de m’approcher et de monter sur un petit marchepied pour que mes poumons soient à la hauteur voulue. Mon interlocutrice me demanda d’allonger mes bras le long du corps, les paumes de la main plaquées sur le bas des cuisses, puis de coller mon thorax sur la vitre.

« Inspirez à fond monsieur, et bloquez votre respiration ! »

J’entendis le déclenchement bien spécifique de l’appareil.

« Voilà monsieur c’est terminé, vous pouvez retourner dans votre cabine ! »

J’étais sur le point d’enfiler mon polo lorsqu’elle ouvrit la porte, pour me signifier que l’opération devait être réitérée, les images étant inexploitables.  

Il n’y avait rien de bien réjouissant dans ces propos, mais je lui obéis sans broncher, je renouvelai donc ma séance de déshabillage, afin d’être fin prêt lorsqu’elle viendrait me rechercher.    

La vitre sur laquelle je plaquai de nouveau mon thorax était un peu froide, je me raidi quelque-peu, puis après avoir suivi scrupuleusement les instructions de l’opératrice, je retournai dans mon lieu de ‘’villégiature’’.

Convenablement vêtu je m’assis sur le petit banc prévu à cet effet,  dans l’espoir de ne pas être une nouvelle fois contrarié par un autre imprévu.

L’opératrice vint m’extirper de mes pensées.

« Les clichés sont  nets, le médecin va venir vous voir pour vous communiquer les résultats ! »

J’hochai la tête en signe d’acquiescement, puis dans le silence pesant de mon espace réduit, je retins mon souffle en attendant le verdict. Certes je n’étais pas très à l’aise, mais bizarrement mes nerfs ne semblaient pas vouloir me jouer de mauvais tours, j’étais en effet en mesure de me maîtriser, ce qui n’était pas toujours le cas. 

La porte s’ouvrit de nouveau. Une femme de petite taille et plus âgée que la précédente s’adressa à moi.

« Je suis le médecin qui a étudié vos images. Vous avez des difficultés à respirer parait-il ? »

Elle n’attendit même pas ma réponse.

« Il faudra regarder ailleurs que du côté des poumons, car je n’ai pas trouvé d’anomalie. Vous pouvez retourner dans la salle d’attente, ma secrétaire va vous apporter votre dossier. Bonne journée monsieur ! »

« Merci ! Bonne journée à vous aussi ! »

 

 

 

 

 

 



Le diable en personne

le diable

La chose la plus difficile est de n’attribuer aucune importance aux choses qui n’ont aucune importance.

Charles de Gaulle

Vous pouvez vous désoler que les roses aient des épines mais vous pouvez aussi vous réjouir que les épines aient des roses !

Tom Wilson

Vous ne pouvez choisir ni comment mourir, ni quand. Mais vous pouvez décider de comment vous allez vivre. Maintenant.

Joan Baez

 

Mon traitement à l’Amoxicilline se poursuivait, Chantal mettait donc deux fois par jour une dosette de gouttes, dans chacune de mes oreilles. J’ignorais s’il y avait une relation de causalité, entre le dysfonctionnement de mes appareils, et le fait  d’une probable infection auriculaire, mais je constatai  au fil des jours une nette amélioration dans ma qualité d’écoute. Ces échos désagréables qui déformaient les sons pour les rendre insupportables avaient disparu, et je pouvais jouir à présent de la conversation sans faire de grimaces, et sans ressentir une certaine forme d’agressivité à l’intérieur de moi. De plus je n’observais plus sur mon oreiller que de faibles traces de suintements inodores, provenant de la surface des tympans.   

Le médecin ne considérait pas mes écoulements malodorants comme une preuve d’infection, l’audioprothésiste attribuait mes problèmes d’auditions à un mauvais réglage de l’appareil gauche, deux hypothèses qui s’avéraient peu probables, j’étais même convaincu que tous les deux avaient eu tort.

Des désagréments de toutes sortes empoisonnaient ma vie de malade, et je me rendais bien compte que les médecins, ou les spécialistes de tous bords, n’avaient pas toujours la science infuse, pour en expliquer les raisons. Souvent leurs diagnostics étaient basés sur des suppositions qui s’avéraient plus qu’aléatoires. Dès que je ressentais une valse-hésitation de la part des professionnels de santé, j’écoutais leurs explications, mais par la suite j’effectuais ma propre analyse sur l’origine de mes maux, afin de tenter d’améliorer autant se faire que peut mon bien-être au quotidien, par mes propres moyens.

Ce lundi 28 novembre je me réveillai l’esprit ailleurs, mon rituel journalier allait être mis à mal par un rendez-vous chez le radiologue, afin de terminer éventuellement la cause de mes essoufflements. Ce n’était pas trop la crainte des résultats qui me faisait flipper, mais  plutôt celle de rencontrer, ou même pire encore d’avoir à faire au médecin qui m’avait révélé quelques douze ans plus tôt sans la moindre délicatesse et sans la moindre compassion, le début de mon cauchemar.   

Même si j’avais appris au fil du temps à gérer la maladie et ce qui allait avec, le choc psychologique restait bien présent dans un coin de ma mémoire, et de me retrouver devant ce regard froid risquait à coup sûr d’être l’étincelle qui rallumerait le feu.

Laisser cette obsession s’ancrer définitivement en moi n’était pas une solution, alors que je buvais mon café sans enthousiasme, je songeai qu’il était temps de dédiaboliser le personnage.

Ma détermination me rassura un peu, je passai dans la salle de bain délesté de mon mal être, sûr d’être en mesure de me résonner, du moins si l’occasion se présentait.

L’examen était fixé à 11h30, à cette heure avancée de la matinée,  j’étais convaincu de trouver peu de monde dans la salle d’attente. Comme de coutume Chantal m’accompagnait et comme de coutume il fut difficile de trouver une place de stationnement. Elle me déposa donc à quelques dizaines de mètres du centre de radiologie, avec la certitude de me rejoindre dès qu’elle aurait garé la voiture. Nous étions à six jours de l’anniversaire de ce rendez-vous du 4 décembre 2004, date à laquelle ma vie avait basculé dans un trou noir sans fond. Douze années plus tard j’empruntais le même chemin, pour me rendre dans le même cabinet de radiologie, aussi ne pouvais-je pas penser à cette journée d’horreur absolue, sans ressentir des spasmes intestinaux douloureux.

 



Le chemin de la destinée

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Le succès, c’est d’avoir ce que vous désirez; le bonheur, c’est d’aimer ce que vous avez.

H. Jackson Brown

Il y a deux façons de faire face aux difficultés : soit on les transforme, soit on se transforme en les affrontant.

P. Boltome

Nul ne peut atteindre l’aube sans passer par le chemin de la nuit. 

Khalil Gibran

 

Mon épée de Damoclès trônait invulnérablement au-dessus de ma tête. Elle m’enseignait toutes les minutes que Dieu fait, la fragilité de la vie, et me rappelait également constamment la chance qui était la mienne de pouvoir contempler encore le ciel, malgré toutes ces années de batailles. Je n’étais certes pas indifférent à cet état de fait, mais j’avais appris à m’en accommoder à défaut du reste.

Pourtant lorsqu’il s’agissait de prendre la direction de Nantes, afin d’y passer un examen, la perspective de résultats déprimants désarçonnait mon fragile équilibre façonné au cours des ans, dès lors, je ne voyageais guère l’esprit tranquille.

Cette fois il en était rien, je partais le cœur léger aux antipodes de ce que je connaissais dans de trop nombreuses circonstances.

Le trajet était routinier, et le ronron du moteur me berçait dans un demi-sommeil apaisant. L’heure de mon rendez-vous nous permit de suivre le périphérique sans trop de difficultés, mais nous savions que le retour ne serait pas de même.

Le CAC de l’espoir débordait d’activité, les parkings archicombles en témoignaient. Nous réussîmes à trouver une place sur la nouvelle aire de stationnement aménagée en contre-bas des bâtiments.

La température extérieure était un peu fraîche, mais rien de bien anormal pour la saison. J’atteignis l’accès  au hall d’accueil, essoufflé d’avoir parcouru les 150 mètres d’allées pentues qui nous en séparaient.  

L’entrée disposait d’un sas dont les deux portes automatiques s’ouvraient quasiment en même temps, avec l’inconvénient majeur de laisser le temps au froid de s’engouffrer à l’intérieur des bâtiments. Cette fois la direction du CAC de l’espoir semblait avoir retenu la leçon des hivers précédents, où des centaines d’euros dépensés en gaspillage d’énergie n’avaient pas permis de réchauffer convenablement les lieux. A présent la porte intérieure nous retenait dans le sas, jusqu’à ce que la porte extérieure soit totalement refermée. En l’absence de courants d’air, nous ressentîmes immédiatement à l’intérieur du hall cette chaleur qui faisait si cruellement défaut les années antérieures, particulièrement au personnel y travaillant.

Nous étions légèrement en avance, mais après les procédures habituelles d’admission, nous décidâmes de rejoindre sans plus tarder le second étage.

Les belles lumières d’ambiance qui existaient dans les salles d’attente, lorsque nous avions investi quelques années auparavant ce nouveau lieu, n’existaient plus. Là encore il me sembla que la politique de la direction tendait vers une maîtrise des dépenses.

Je n’avais apporté ni livre ni mots fléchés, je préférai patienter sereinement que mon tour arrive. 

L’oncologue avait beaucoup de retard, mais nous en avions l’habitude, certains patients nécessitaient beaucoup plus d’attention que d’autres, et j’étais bien placé pour le comprendre.

Il y avait peu de temps que N nous avait invités à nous assoir à proximité du cabinet du médecin, lorsque nous entendîmes la porte s’ouvrir et vîmes apparaître R avec sa bonne humeur coutumière.

Il était l’un des très rares médecins à s’excuser de son retard. Il me posa ensuite les questions rituelles. Je n’avais pas subi tous ces différents protocoles sans y laisser quelques plumes, mais globalement j’avais de la chance de pouvoir supporter les effets secondaires des chimiothérapies sans que ces traitements ne deviennent plus nocifs que bénéfiques pour ma santé. Il me restait de gros progrès à faire cependant, notamment dans l’acceptation des changements opérés sur mon aspect physique, mais de ce côté-là l’oncologue ne pouvait pas m’apporter son aide.

Hormis mes essoufflements, je n’avais pas eu de trop gros problèmes depuis notre dernière rencontre, il en fut avisé. Contrairement à ce que nous avions décidé, je lui parlai donc de mes essoufflements en minimisant la chose, et en lui précisant que j’avis consulté déjà le généraliste, avec à présent des examens en cours.  

Il tapota sur son écran et constata que ma prise de sang ne lui donnait aucune de raison de ne pas continuer mes prises régulières de Votrient, il m’en fit la remarque et me proposa donc de ne pas changer de protocole.

Cette fois il n’était plus question de différer un nouvel examen au scanner, il saisit son grand calendrier pour fixer une date, puis se ravisa. Je crus comprendre qu’en raison d’un changement d’organisation, il ne pouvait pas dans l’immédiat me fixer sur mon sort.

Muni de nos deux ordonnances habituelles nous pénétrâmes dans le bureau de N, et il chargea sa secrétaire de faire en sorte de clarifier la situation. Il prit ensuite congé de nous.

« Vous recevrez une convocation par le poste dans le courant de la semaine, je fais le nécessaire auprès des services. »

Après deux ou trois petits échanges courtois, nous remerciâmes N de son accueil, puis nous quittâmes les lieux sans nous retourner.

A l’heure de sortie des usines et des bureaux, nous n’échappâmes pas au traditionnel bouchon de la ‘’ Porte des Vignobles ‘’, mais avec un peu de patience, nous rentrâmes ensuite tranquillement chez nous.

Dès la fin de la soirée, les laboratoires qui avaient pris en charge mon analyse (Protéines – Marqueurs Sériques) pour détecter d’éventuelles anomalies cardiaques, nous indiqua par internet les résultats de ses recherches. De ce côté-là, il n’y avait pas matière à s’inquiéter, restait quand même cette radiographie des poumons qui n’allait certainement pas être au moment voulu, une partie de plaisir. La convocation que nous allions recevoir des CAC de l’espoir ne ferait pas partie non plus des lettres que j’aime recevoir, mais je n’avais pas d’autres alternatives que de me plier aux exigences tracées par mon destin. 



Vis tout de suite

 

vivre

 

« Le plus grand obstacle à la vie est l’attente, qui espère demain et néglige aujourd’hui. C’est de ce qui est entre les mains de la fortune que tu veux disposer alors que tu lâches ce qui est entre les tiennes. Où regardes-tu ? Vers quel lointain vont tes pensées ? Tout ce qui est censé arriver relève de l’incertain : vis tout de suite. »

(Sénèque)

 

Depuis plusieurs années je souffrais de tremblements. Si ce handicap ne menaçait pas ma vie, il entraînait en revanche une gêne quotidienne, tous les gestes essentiels comme l’écriture par exemple, devenaient difficiles  voir même dans certains cas, impossibles à réaliser.

Suivant ma forme, il y avait des jours où j’étais capable de former correctement mes lettres, d’autres jours où mon écriture était celle d’un enfant, d’autres jours encore où la présence des gens me paralysait complètement les muscles. Je n’étais alors même plus capable de signer mon nom autrement que par une espèce de gribouillis peu flatteur.    

De cette difficulté à me confronter au regard des autres, naissait un cercle vicieux, mon angoisse d’être observé et jugé, alimentait ma nervosité qui augmentait mes tremblements, qui augmentait mon angoisse etc. J’en avais parfaitement conscience, mais je n’avais pas encore trouvé la force psychologique de me débarrasser de ma honte.  

Loin de s’y habituer, nous étions au contraire remplis de doute, notre inquiétude venait du fait que ma pathologie ressemblait fortement à celle d’un individu atteint de la maladie de Parkinson, nous demandâmes donc au médecin son point de vue.  

« Dans votre cas il s’agit d’un tremblement d’action, c’est en sollicitant vos muscles que vos mains se mettent à trembler, si vous posez vos mains sur la table elles restent immobiles. Dans le cas de la maladie de Parkinson, c’est totalement l’inverse.» 

La réponse était tout aussi rassurante que décourageante. J’évitais Parkinson mais pour le reste il fallait faire avec.  Il ne me proposait pas de traitements, il n’y en avait sans doute pas, c’était du moins les conclusions que j’en tirais. Une fois de plus devais faire en sorte de poursuivre mon chemin, comme si aucun obstacle ne venait l’entraver.  

L’autre sujet du jour relatait la présence permanente de gaz aussi bien dans mon estomac que dans mes intestins, présence dont j’avais beaucoup de mal à supporter les effets.

« Après l’opération d’une péritonite, le système digestif reste irrité un bon moment. Tout finira bien par rentrer dans l’ordre ! »

Je ne peux pas dire que ces explications me remplissaient de joie non plus, il y avait quand même presque un an que j’étais passé sur le billard, je voulais bien être persévérant mais il y avait des limites ! Le médecin pouvait bien me conseiller d’être patient, ce n’était pas lui qui subissait les méfaits de cette réaction inflammatoire tenace, j’évitai une fois encore de manifester ma frustration.  

Ce rendez-vous anticipait celui qui rentrait dans la cadre de mes renouvellements trimestriels de médicaments, soignant mes différentes pathologies annexes au cancer. Nous sortîmes donc avec l’ordonnance habituelle sans avoir obtenu de solutions à nos préoccupations du moment.

Nous reprîmes le chemin de notre domicile en ayant oublié de lui parler de mon genou, mais sans doute n’y aurait-il pas eu là encore de solution à apporter à cet autre déficience corporelle présente elle aussi sur ma liste.

Mes prothèses auditives continuaient à me transmettre épisodiquement des sons déformés et insupportables pour les nerfs, je n’étais pas retourné chez l’audioprothésiste mais j’envisageais de le faire dans un très bref délai. Le soir même Chantal commença à m’administrer dans mes conduits auditifs les précieuses gouttes d’Ofloxacine qui devait éviter une infection sous-jacente.         

Quatre jours après notre passage chez le généraliste, l’infirmière passa le matin pour prélever un peu de mon sang, afin de faire effectuer par un laboratoire d’analyses et conformément aux souhaits du généraliste, les recherches de dosage des Protéines et Marqueurs Sériques dans mon sang. 

Le même jour nous avions rendez-vous cette fois dans la région nantaise, pour faire un ixième bilan obligatoire, après deux mois de traitements au Votrient. Cet entretien auprès de mon oncologue était la deuxième visite intermédiaire entre deux scanners. Comme je l’ai déjà précédemment signalé, le docteur R avait décidé d’espacer de 2 mois supplémentaires la périodicité des examens.  

Nous avions décidé de passer sous silence mes défaillances respiratoires, ma légère hypothyroïdie et tout le reste de mes désagréments ‘’ à la mode’’, l’oncologue ayant déjà bien assez à faire avec mon cancer métastasé, dont la politique de soins relevait proprement de ses compétences et de son autorité.   



D’élève on devient le maître

 

 

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Comment déchiffrer les traces de l’enfant sur la peau de l’adulte que nous prétendons être devenus ? Qui peut lire ses tatouages invisibles ? Dans quelle langue sont-ils écrits ? Qui est capable de comprendre les cicatrices que nous avons dissimulées ?

 

Delphine de Vigan

 

 

Il ne faut pas se plaindre de sa destinée et, quoi qu’il advienne, en prendre son parti et tourner toute aventure à son avantage. Ce qui compte ce n’est pas ce qu’on endure, mais la manière de l’endurer.

 

Sénèque

 

Si en arrivant sur cette terre nous sommes gorgés d’innocence, au fil du temps les coups de poings assénés par les épreuves successives, ainsi que les profondes blessures infligées par la lame acérée du destin, nous apprennent très vites que l’existence n’est pas un conte de fée.

Les bleus et les cicatrices de l’âme nous enseignent aussi que le bonheur n’est pas un objectif facile à atteindre, et lorsqu’on pense l’avoir rattrapé, ce bonheur devient aussi fuyant qu’une poignée de sable entre nos doigts. 

Cette adversité permanente nous contraint sans relâche au combat, et il faut apprendre aussi à vivre avec ses stigmates, notre ardeur de vivre ne s’entretient que par le sourire, même si ce sourire est approximatif. Dans le cas contraire notre source d’énergie s’épuise jusqu’à extinction, et on a alors bien peu de chance de trouver ne serait-ce qu’un petit moment, une source réelle de plénitude. 

Ne considérons pas les épreuves comme quelques choses d’injustes, même si c’est plus souvent le cas, tenons les au contraire comme une manière de s’endurcir tout en avançant vers une certaine forme de sagesse, d’élève on deviendra alors le maître.

 

Joël Gautier 28 décembre 2016

 

Nous arrivâmes chez le généraliste avec une liste de questions à lui poser au sujet de quelques-uns de mes petits problèmes, qui s’additionnaient à d’autres de plus grande importance.

Mes tremblements incessants des mains, mes oreilles qui continuaient à couler durant la nuit, mon genou droit qui craquait à chacun de mes pas, mes gaz intestinaux qui perdurait depuis des mois, et enfin et surtout ma gêne respiratoire qui s’intensifiait depuis quelques nuits, tout ça était soigneusement noté sur un morceau de papier que Chantal avait emporté avec elle.

Il était 12h30 quand nous franchîmes la porte du cabinet médical. Nous étions les seuls à attendre  notre tour, et je n’avais pas l’habitude de ce genre de situation. Je n’eus pas le temps de prendre une revue que le généraliste nous invita à passer dans son bureau.

Ma visite était en priorité destinée à découvrir l’origine de mes essoufflements à répétition, c’est donc par-là que le médecin débuta sa consultation.

Il commença par écouter soigneusement mes battements cardiaques, puis s’inquiéta de savoir si mes chevilles étaient enflées. Il me rassura car de ce côté-là tout allait bien.

Il étudia ensuite mes mouvements respiratoires à l’aide de son stéthoscope, et en conclut que l’air circulait bien dans les bronches, en outre ma tension était normale.

Je lui précisai qu’un contrôle d’une possible apnée du sommeil avait été déjà faite, et que les résultats s’étaient avérés négatifs. 

A première vue il ne trouvait pas la cause de mes désagréments, et pour plus de sûreté il décida de me faire passer une radiographie pulmonaire, ainsi qu’une prise de sang (Protéines – Marqueurs Sériques) pour détecter d’éventuelles anomalies. 

A l’aide de son otoscope il examina mes conduits auditifs, et trouva un liquide clair qui ne reflétait pas à son opinion la présence d’une infection quelconque. Il préféra néanmoins me prescrire deux boîtes d’Amoxicilline à titre de précaution.

Je descendis de la table d’examen, puis il m’invita à passer sur la balance. J’avais encore pris des kilos depuis la dernière fois, aussi étais-je désormais en légère surcharge pondérale.

« Peut-être que vos essoufflements viennent de là ! »

J’étais sceptique quant à un prétendu rapport entre mon poids et mes essoufflements, mais je me gardai bien de lui donner mon opinion. Je n’étais pas très inquiet de ce léger embonpoint, car je n’avais pas modifié mes habitudes alimentaires depuis des lustres, sa cause venait probablement d’un manque d’activité, je marchais en effet très irrégulièrement. J’avais conscience que du fait de cette sédentarité de plus en plus évidente, je rentrais progressivement dans un cercle vicieux. En effet moins je marchais plus je m’empâtais, et moins j’avais de résistances à l’effort, mais j’en étais persuadé ma fatigue physique n’avait rien à voir avec mes difficultés respiratoires qui se déclenchaient au repos le matin à mon réveil. 

Je voulais bien donner un peu de crédit à son avis médical, et faire en sorte d’appliquer ses conseils, mais parfois malgré ma meilleure volonté, le défi sportif sensé me faire retrouver ‘’ma taille de guêpe’’ était quasi impossible à relever.   



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