Les flots bouillonnants du temps qui passe

 

flots

« Pourquoi moi ? » C’est la première pensée qui nous vient à l’esprit, lorsque l’annonce de la maladie nous coupe à la faux, en nous projetant quasiment dans le néant.   

Nous cherchons notre culpabilité dans les méandres de nos souvenirs du passé.

« Quelle faute ai-je pu commettre pour mériter une telle punition ? »

Ce que nous ignorons dans ces moments de désarroi extrême c’est que nos interrogations nuisent à notre mental, le poids d’une soi-disant responsabilité vient s’ajouter à celui de la souffrance.

Les blessures de l’enfance refont surface, les diverses difficultés que nous avons traversées durant toutes ces années deviennent autant de glaives qui nous transpercent notre corps jusqu’à l’âme. Nous avons l’impression d’avoir raté pas mal de choses, et nous regrettons amèrement de ne pas pouvoir revenir en arrière.  

Il ne faut pas pour autant refouler nos émotions mais au contraire les laisser s’exprimer, et attendre que le ballon se dégonfle, avant d’entreprendre un travail sur nous-même.

Être atteint d’un cancer fait partie de notre destin, et nous ne pouvons pas y échapper, inutile donc de nous rabâcher dans la tête : « Si j’avais fait ceci, si j’avais fait cela ! » Comme dit l’adage : « Avec des si on mettrait Paris en bouteille ! ».

Digérer une telle mise à l’épreuve n’est pas l’affaire d’une journée, nous devons apprendre à identifier nos ressentis, apprendre à les accepter, apprendre à les contrôler, ces exercices nous permettront non pas d’éviter la souffrance, mais de la vivre un peu plus dans l’apaisement.

Ne nous cantonnons pas dans le rôle de victime impuissante, le pire c’est de croire que nous ne sommes pas à la hauteur du défi lancé par le malin. Ne nous apitoyons pas sur notre sort en ne pensant qu’aux vilains et douloureux moments de notre existence, ce qui à la longue nous amènera indubitablement à dire :

« Il n’y a qu’à moi que ça arrive ! » ou « la chance est pour les autres ! »

Cette réaction est autant inappropriée qu’inefficace, chassons plutôt ces pensées erronées et parasites de notre tête, et fonçons la tête la première dans nos difficultés du moment.  

Rien de plus injuste que l’injustice, rien de plus douloureux que de ne pas pouvoir obtenir réparation, pourtant quand nous parlons du cancer, c’est bien de cela qu’il s’agit.

Vivre sainement, honnêtement, défendre le bien et condamner le mal ne suffisent pas pour être bien traité par l’existence, allongé et tuyauté de toutes parts sur notre lit, nous ne pouvons qu’en faire la triste constatation.   

Notre frustration est grande, elle alimente notre colère jusqu’à nous faire sortir de nos gongs. Le pire c’est que personne n’est responsable de tout ça, excepté peut-être un hypothétique être suprême qui aurait décidé de nous mettre à l’épreuve.

Il est plus facile en effet de combattre son adversaire sur un ring et de le mettre KO, plutôt que de tenter d’en découdre avec quelque chose de non papable. S’énerver contre des conditions qui nous échappent, c’est comme si nous donnions un coup d’épée dans l’eau, le résultat est le même.

Par conséquent cette situation étant intenable, nous cherchons par défaut des boucs émissaires, afin d’exorciser notre révolte.

Nous prenons en grippe notre mise à l’écart de cette société que l’on nous présente à tort comme idéale, nous prenons en grippe notre voisin qui continue à l’inverse de nous de profiter pleinement de la vie, en affichant son insolente santé, etc.

La jalousie et une certaine forme de haine des autres s’installent insidieusement dans nos pensées, pourtant notre riposte est là encore improductive et dévoreuse d’énergie. Il faut donc à tout prix que nous prenions une autre direction au risque de nous autodétruire à plus ou moins brève échéance.   

Réfléchissons longuement à ce que nous avons perdu réellement, certainement pas l’amour de notre famille, ni l’estime de nos amis. Notre mode de vie ne sera plus la même, rares sont ceux qui n’ont pas été contraint par des évènements divers de modifier le cours de leur existence. Mariage, naissance, divorce, décès, mutation, chômage, accident, maladie, handicap profond, nous ne sommes pas les seuls à nous confronter aux aléas heureux ou malheureux de ce monde. Rares sont ceux qui ne sont pas obligés à un moment clé de leur existence de se remettre en question.

Cette société idyllique dans laquelle nous étions sensés vivre avant le drame n’est en réalité pas aussi  idyllique que ça, prenons en conscience.

Les guerres, la misère, les famines, les épidémies, les catastrophes naturelles anéantissent des populations entières. Les plus forts peuvent devenir les plus faibles rien n’est définitivement acquis et chacun à sa part de malheur à supporter.

Nous pensions naviguer dans un océan de bien-être matériel, le cancer nous donne l’opportunité de nous voir le monde tel qu’il est réellement.  

Ne restons pas coincé dans l’amertume et dans l’esprit d’une vengeance qu’en tout état de cause nous ne pourrons exercer contre quiconque.

Acceptons ce que nous considérions comme inacceptable, nous ne pouvons pas vivre en conflit permanent contre nous-même. Prenons en compte ce que le destin à bien voulu nous concocter et faisons avec. L’épreuve est difficile et incompréhensible mais rien n’y personne ne sera en mesure de vous apporter des explications et encore moins de changer la face du monde, arrêtons donc tout net de nous torturer l’esprit.  

La vie est sans cesse en évolution certaines positives d’autres beaucoup moins. Nous aimerions bien qu’elle nous apporte éternellement plaisir et sécurité, oui mais voilà les contes de fées n’existent pas. La maladie est là certes mais elle n’est pas la seule responsable de notre décrépitude. Nous ne pouvons pas  rester définitivement accrochés à une branche, elle finit toujours par se rompre, et nous sommes alors engloutis définitivement par les flots bouillonnants du temps qui passe.

Joël Gautier 9 avril 2017

 



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