Surhomme

images

 

Nous aspirons tous à la tranquillité sans souffrances, mais finalement la pratique s’avère excessivement compliquée. Le bonheur devrait être facile à trouver, pourtant il en est rien. Vivre signifie pour nous tous de participer à un parcours de combattant, certains plus faciles que d’autres, mais personne ne sera épargné.  La vie est un grand huit fait de hauts et de bas, c’est ainsi et personne ne peut rien y changer. Lorsque la maladie vient frapper à notre porte, il faudrait que nous soyons des surhommes pour ne pas ressentir de la souffrance, pour ne pas éprouver le besoin de chercher une épaule sur laquelle nous appuyer. À l’instant même où la mauvaise nouvelle s’abat sur nous, il faudrait que nous soyons des surhommes pour penser que notre dignité nous interdit de dire que cela ne va pas, pour être en mesure d’empêcher le mal-être de nous envahir. Il faudrait que nous soyons des surhommes pour juger que le cancer n’est qu’un mauvais moment à passer et qu’une solution pour nous sortir de ce mauvais pas, finira bien par être trouvée.    Face à l’impensable, je crois au contraire que nous sommes des humains plein de faiblesses, totalement perdus dans les méandres de l’incertitude, incapables de savoir vers qui nous tourner. Ne nous terrons pas comme des voleur, osons laisser paraître notre désarroi, osons exprimer nos ressentis, n’ayons pas peur du jugement de notre entourage  car il est à n’en pas douter désarçonné autant que nous. D’un côté comme de l’autre de la barrière, cherchons chacun à notre rythme la meilleure solution pour nous permettre de retrouver notre vivacité d’esprit. La tempête dans laquelle nous sommes embarqués nous a projetés hors du chemin que nous avions l’habitude de fréquenter, nous sommes totalement abasourdis, prenons conscience qu’il nous faudra du temps avant de recouvrer le sens de la réalité.     Le cancer est une tragédie qui influence intensément notre état intérieur, mais ne soyons pas totalement dans le déni, car nous allons bel et bien devoir affronter un séisme de magnitude 9.  Certes il n’est pas facile d’admettre que nous sommes en grave danger, pourtant seule notre prise de conscience nous aidera à digérer la chose. Le mal physique qui nous dévore ne ressemble en rien à une éraflure sur le genou, le mal psychique quant à lui n’est pas qu’un simple blues passager, nous sommes comme une ville à l’état de ruine après un bombardement. Dès lors comment se reconstruire ?   Il existe autant de manières de diriger sa vie qu’il y a d’humains sur cette planète, il n’y a pas de remèdes miracles pour se sortir des ornières dans lesquelles nous somme embourbés. Il est par exemple toujours trop tôt pour le bien-être de notre organisme de s’inquiéter de la date d’un examen.  Notre vision de l’avenir est un lourd fardeau dont il faut autant se faire que peut nous délester, vivre le temps présent est un moyen de parvenir à nos fins. Cela dit, tenter de se raisonner n’est pas automatiquement synonymes d’apaisement, l’effort doit toujours être maintenu, car de nombreuses failles viennent ébranler la discipline que nous nous sommes imposés.  La très grosse difficulté du malade c’est de combattre l’irrationalité de ses réactions, l’euphorie engendrée par de bonnes nouvelles, l’abattement ressenti par des moins bonnes sont des sentiments excessifs que nous devons dompter à tout prix, car ils sont grandement responsables de l’installation de troubles durables de notre humeur. La société telle qu’elle est conçue ne nous facilite pas dans notre tâche, faire passer l’argent comme source de bonheur, elle l’affiche à chaque coin de rue, sur fond de réussite professionnelle, de performance, de jeunesse, de beauté. Comment dans ces conditions ne pas éprouver de la difficulté à exister, lorsque ce mode  de vie nous a été brutalement retiré par le démon du mal absolu.       Pourtant ne soyons pas obnubilés par cette image d’une forme illusoire du bien-être, le bonheur ne se décline pas uniquement au singulier, au contraire il faut employer le mot au pluriel. Aussi différents soient-iles, beaucoup de chemins mènent à eux (les différents bonheurs), il faut simplement prendre la peine de les emprunter, et de ne pas abandonner en cours de trajet.

Petites graines de philosophie : Joël Gautier 30 juin 2017



Un bref moment d’exception

images

Beaucoup de personnes minimisent la puissance incommensurable du mental sur la santé, pourtant nous savons bien selon l’expression populaire, qu’un moral en berne entraine des conséquences désastreuses sur le corps, ayant parfois pour conséquence le décès  prématuré de la personne.

Je suis bien placé pour affirmer la chose car  tous les jours je fais l’expérience de cet état de fait, ce qui représente une lutte acharnée pour faire barrière aux ondes négatives synonyme du basculement de l’état d’esprit vers une pente dangereuse, laquelle le cas échéant serait difficilement surmontable.

Avoir le moral ne guérit pas certes, mais apaise les souffrances, aide à accepter notre destin, et nous permet de maîtriser nos pensées, afin de les concentrer sur autres choses que sur la maladie.   

Je pensais en connaître un large rayon en ce domaine, mais un projet récemment réalisé vient de me prouver le contraire. 

Il y a exactement 7 ans que nous n’avions pas pris avec Chantal de vacances significatives, quelques hospitalisations, de nouveaux traitements et de nombreux examens étaient passés par là pour nous piéger comme des rats,  un épisode de mon parcours médical qui s’avérait particulièrement long, et sans un seul moment de répit.

Il est facile de comprendre dans ces conditions à quel point nous étions frustrés par cette tenace injustice. Nous vivions donc par procuration, souriant en écoutant les autres nous raconter leurs récits divers, et nous devions nous en satisfaire, tout en refoulant nos envies au plus profond de nous-même.  

Dans l’existence il faut dans la mesure du possible tenter de ne pas abandonner tout espoir, vivre au jour le jour est le seul moyen de ménager notre patience, et ce que nous considérions comme inatteignables peut le devenir,  comme un cadeau tombé du ciel.

La rareté des évènements fait leur extrême valeur, c’est donc dans ce contexte que notre voyage à Londres prévu de longue date put enfin voir le jour.

Certes je n’avais pas à me soucier de grand-chose, l’intendance ayant été idéalement assurée par ma famille, il ne me restait qu’une mission, celle de préserver ma forme aussi fragile soit-elle, pour que le séjour ne soit pas un fiasco.  Pourtant les semaines qui précédèrent le jour j ne furent pas des plus tranquilles. Comme je les déjà dis, je n’avais de cesse de cultiver ma force mentale pour être le mieux armé possible face aux agressions. Je connaissais mes faiblesses, j’étais un colosse au pied d’argile. Je maitrisais mes douleurs depuis longtemps déjà, et il n’y avait aucune raison pour que cela ne change, et de ce côté-là j’étais rassuré. Ce que je redoutais davantage c’était les malaises que je subissais brutalement et à tout bout de champ, chez moi, dans la rue, chez des amis. A l’apparition des symptômes je ne paniquais pas car je me trouvais dans un environnement familier.  Lorsque le pic de la crise était passé je demeurais dans un état d’épuisement incompatible avec l’exercice physique. Mes ennuis intestinaux liés avec la prise massive de médicaments n’étaient pas non plus le moindre des problèmes à surmonter. Ma crainte suprême était que l’un de ces éléments fasse obstacle à un séjour réussi, aussi la nuit avant le départ fut encore plus agitée que d’habitude.

Lorsque l’heure de se lever fut sonnée, je sentis comme une sorte de chaine se briser en moi, libérant par la même toutes mes appréhensions, je fis immédiatement confiance au destin, sans me torturer davantage l’esprit.

Lorsque quelques temps plus tôt j’avais voulu faire part de mon immense enthousiasme à une relation, cette même personne avait mis un frein immédiat à mon ardeur joyeuse en me répondant qu’elle avait déjà fait le voyage plusieurs fois , comme pour me signifier qu’il n’y avait vraiment pas de quoi se comporter comme un gamin le matin de Noël.   

Cette réaction m’avait autant surpris que vexé, mais avec du recul j’étais content d’être à ma place plutôt qu’à la sienne. Je me sentais en effet encore capable de m’extasier pour des faits aussi courants soient-ils, à l’inverse de ces gens beaucoup trop gâtés à mon gout, qui eux sont blasés de tout, demeurant par la même dans une insatisfaction permanente.       

Lorsque je montai dans le train, une autre sensation vînt me parcourir l’esprit, le tableau noir sur lequel était inscrit à la craie tous nos projets avortés, toutes nos souffrances, toutes nos humiliations, tous nos ressentiments, nos privations en tous genres, bref toutes ces choses qui nous paraissaient tellement imméritées s’effacèrent d’un coup.

Du début jusqu’à la fin du séjour, je fus comme une sorte d’ermite qui  découvrais ou redécouvrais le monde, ce qui par conséquent  dans mon esprit, ne laissait de la place à personne d’autre qu’à ces instants privilégiés de la vie.

La maladie n’existait plus, la fragilité de mes membres inférieurs au réveil, le manque d’équilibre et parfois même les étourdissements, ma faiblesse chronique et mes essoufflements tout aussi récurrents, rien de tout ça ne transparaissait.

Pourtant tous ces symptômes étaient bien réels, mais mon esprit stimulé en permanence, était capable de laisser tous mes vilains maux planqués au fond d’un tiroir, puisant pour cela dans des coins inexplorés de mon cerveau une énergie nettement supérieure à celle que je connaissais jusqu’alors. Certes le soir quand je rentrais à l’appartement après une longue journée de marche et de piétinement, mon corps n’en pouvait plus, mais la fatigue que je ressentais était saine. Il (mon corps)  se manifestait fermement à l’encontre des efforts physiques réalisés durant la journée, et il y avait belle lurette que je n’avais pas senti cette perception bien différente de mes lassitudes habituelles.     

Les pires moments nous donnent l’impression de durer longtemps, à l’inverse les bons moments passent bien trop vite. Je revins donc mes bagages remplis de souvenirs et de nostalgie, pas pressé de plonger de nouveau dans l’univers de la maladie.

A peine rentré, je devais songer à mes prochains rendez-vous ORL, scanner, et bien d’autres choses encore, le charme qui avait opéré ces quelques jours s’évapora spontanément, et cette énergie supplémentaire apparut comme un coup de baguette magique, disparut comme si elle n’avait été qu’un mirage.



Le livre des maux

 

le livre

La philosophie triomphe aisément des maux passés et des maux à venir ; mais les maux présents triomphent d’elle.

 Inconnu

 On ne chérit jamais autant sa chance que lorsque l’on écoute le récit des malheurs d’autrui.

 Inconnu

 On parle sans cesse du partage des biens, il n’est jamais question du partage des maux ! Ce sont pourtant ces derniers, les maux que le destin a réparti le plus inégalement.

 Inconnu

Mes lecteurs assidus peuvent éprouver parfois de la lassitude à parcourir les chapitres successifs de mon récit. Au fil du temps ils doivent en effet avoir l’impression de relire les mêmes choses. Ils ont cet avantage d’être en mesure de laisser ‘’le livre’’ de côté pour un certain temps, ou de l’abandonner tout à fait, mais ils ont aussi le choix de m’accompagner sans relâche, afin de mieux comprendre à travers les mots, nos servitudes de malade et d’accompagnant.

En ce qui me concerne l’exercice n’est pas aussi simple qu’eux, je suis pris dans une souricière d’où il est impossible de m’échapper. Examens et rendez-vous successifs  me rappellent à chaque instant, que le mot santé est à rayer définitivement de mon dictionnaire.      

C’est dans ce contexte donc, que la page de mon escapade à Nantes à peine tournée, il fallait songer à revoir sans gaité de cœur cet ORL qui nous avait glacé le sang dès notre première visite.

Comme beaucoup d’autres voyages à caractères médicaux, c’était la énième fois que nous nous rendions au centre hospitalier choletais, nous connaissons le fonctionnement du service administratif aussi nous ne partîmes pas trop tard pour respecter l’horaire qui nous avait été donnée par la secrétaire du médecin.  

Nous savions par expérience que nous allions devoir attendre longuement notre tour, mais cette fois c’était pire que d’habitude, la salle d’attente était tellement pleine que nous dûmes nous ‘’réfugier’’ dans le couloir pour y trouver une place assise.  

J’avais abandonné dès le premier soir le traitement suggéré par l’ORL. Me mettre dans les oreilles des gouttes d’eau oxygénée occasionnait des brulures trop douloureuses à mon gout, je cherchais donc dans ma tête la bonne manière d’aborder le sujet durant la consultation. Je n’étais pas comme un gamin qui s’inquiétait d’avouer une désobéissance à un adulte, mais il faut bien le dire je ne me sentais pas non plus  complètement à l’aise, compte-tenu du caractère peu avenant de l’individu.

Une assistante médicale nous invita au bout d’une dizaine de minutes à rejoindre la salle d’attente légèrement désemplie. Je préférais largement les allées et venues du couloir, plutôt que de subir le silence pesant de ces lieux synonymes d’ennui et d’impatience.

Les aiguilles n’arrêtent jamais de tourner, arriva donc le moment proche de la délivrance, car j’avais hâte de rentrer chez moi.

La magie n’avait pas opéré, le docteur J restait le même, droit, stoïque, sans sourire, et avare de mots, une pierre tombale en comparaison de lui me semblait plus sympathique. J’eus droit au même ‘’cérémonial ‘’ que lors de mon rendez-vous précédent. Ainsi donc me donna-t-il  une série d’ordre à appliquer, et en moins de temps qu’il faut pour le dire, je me retrouvai assis dans le fauteuil d’examen privé de mes appareils auditifs, autrement dit projeté dans un autre monde.    

Avant de plonger dans le silence j’eus le temps de lui parler de mes soucis à supporter l’eau oxygénée, il n’eut pas l’air surpris de cet état de fait, et me confirma que j’avais bien fait d’abandonner le traitement. Du coup je ne comprenais plus la raison pour laquelle il m’avait prescrit cette politique de soins s’il n’était pas dès le départ convaincu lui-même du résultat. 

Il m’introduisit son otoscope dans l’une de mes oreilles, puis dans l’autre, ce qui m’éloigna immédiatement de mon sujet de préoccupation.  

Il constata comme à toutes mes consultations que la situation ne s’était pas améliorée, et procéda à une aspiration des impuretés, m’invita ensuite à reprendre mes appareils avant que je le rejoigne à son bureau. Il prit cette fois le temps de lire convenablement mon dossier, et me demanda crument où j’en étais rendu dans ma lutte contre le cancer. Je lui répondis aussi directement car il y belle lurette que je ne m’offusquais plus lorsque le milieu médical manquait de délicatesse à mon égard.

Finalement il me réitéra que je n’avais pas grand-chose à espérer, il fallait simplement veiller aux infections, il me prescrivit des gouttes d’Ofloxacine pour que je ne tombe pas en rupture de stock, puis nous proposa de nous revoir dans les six mois. 



WEIGHT WATCHERS ET BIG MAMA... |
Manon Pepin - Massage suédois |
Alimentation et grossesse |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lamaladiedalzheimer
| Info Sante 76
| Vivre sa vie