Sept ans d’enfermement

 

 

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Après 7 ans ‘’d’enfermement’’ notre petite semaine d’évasion Londonienne m’avait semblé pleinement méritée. Il fallut pourtant très vite remiser nos souvenirs dans un coin de notre cerveau, et revenir à notre lot quotidien de bonnes et mauvaises nouvelles. Une prise de sang interrogatrice, une apnée du sommeil que je commençais tout juste à soigner, et enfin mon 55ème scanner, un menu des ‘’fêtes’’  donc capable de tarir rapidement notre enthousiasme du moment.

Ainsi après quelques jours à ne pas mettre autres choses qu’une saucisse à griller au soleil, nous partîmes ce vendredi 30 juin 2017 sous un ciel gris, frais et menaçant.

Il y avait belle lurette que j’avais appris à minimiser le stress durant les semaines qui précédaient l’examen. Malgré l’expérience,  le jour J restait toujours très difficile à vivre, l’angoisse montrait le bout de son nez au moment du réveil, et allait en crescendo jusqu’à ce que le médecin me sorte quelques heures plus tard de l’incertitude. 

Vessie et intestins étaient mis à dure épreuve, l’un à cause des 500 ml d’eau au sulfate de baryum que j’avais ingurgité juste avant le départ, et les seconds en raison des spasmes douloureux dus à mon état de nervosité difficile à canaliser, malgré bien des efforts.

Je ne savais pas en comptant jusqu’à ce jour, combien nous avions effectué de trajets aller-retour à Nantes depuis le début de la maladie, mais sans doute aux alentours d’une cent cinquantaine, une simple routine donc lorsqu’au bout de la route il n’y avait pas la menace potentielle de résultats inquiétants. Lorsque scanner ou toutes autres formes d’examens faisaient l’objet du déplacement, il en était par conséquent tout autrement.

Justement ce jour-là nous étions dans le plus mauvais des cas de figure, et comme je l’ai déjà maintes et maintes fois répété, vivre dans le doute engendre des peurs parfois totalement irraisonnées.

Trouver une place de stationnement était d’autant plus ardu que la matinée avançait. Avec un rendez-vous à 11 heures, nous ne fûmes pas surpris de devoir nous garer dans le parking en contrebas du centre médical.

Le ciel hésitait entre pâles moments de soleil et nuages accompagnés de petites pluies. La météo avait brusquement basculée de la canicule, à une atmosphère automnale. Ainsi en quelques jours nous avions perdu une vingtaine de degrés, et je frissonnais à remonter l’allée qui nous conduisait à notre destination.

Les démarches administratives effectuées, l’ascenseur n’attendait que nous pour nous mener au second étage. A l’extrémité du long couloir la salle d’attente bondée de monde nous accueillit, débuta ainsi  la seconde étape de notre énième périple au CAC de l’espoir.     

Les toilettes furent la bienvenue pour ‘’soulager ma peine’’, aussitôt après la manipulatrice en radiologie vint me chercher.

Cette fois je n’avais ni la chance d’être dans la cabine de préparation éclairée par une fenêtre extérieure, ni celle d’avoir à faire au jovial petit bout de femme des deux examens précédents.

Avec les résultats médiocres de ma prise de sang, il n’était pas question de m’injecter le produit de contraste habituel, j’avais quand même bu la veille au soir et le matin même un litre au total d’eau mélangé au sulfate de baryum, et cela devait suffire à établir un diagnostic.

Sans pose de cathéter je fus donc invité à me rendre très rapidement dans l’antre du loup, également à allonger mon corps sur la table, avant de me laisser porter par trois fois à l’intérieur de l’anneau, avant d’être libéré.  

Le radiologiste était de nouveau un intervenant extérieur, je savais qu’on allait me demander ma carte vitale, et qu’il allait falloir patienter avant qu’elle me soit rendue.

En retrouvant le siège de mon arrivée, j’appris que la plupart des gens présents dans les lieux attendaient eux aussi cette fameuse petite carte verte qui tardait à réapparaître.

L’insatisfaction montait de plus en plus, mais la diplomatie triomphait à chaque fois qu’un malade et son accompagnant étaient invités à partir. 

J’eus le temps de faire trois grilles faciles de mots fléchés lorsque j’entendis enfin mon nom. Nous ne tardâmes pas à rejoindre la voiture que Chantal avait pu rapprocher de l’entrée principale, il était largement le moment de pique-niquer, suivi d’une sieste bien méritée. 

En fermant les yeux il me revint à la mémoire une phrase à laquelle je faisais souvent référence, en sortant du service radiologie.  

« Les dés sont de nouveaux jetés, je croise les doigts ! »

Ce fut sur cette pensée que je dus m’assoupir légèrement, avant d’ouvrir les yeux quelques minutes plus tard pour constater la présence de petites gouttes d’eau perlant sur le parebrise.  Les malades convoqués en début d’après-midi commençaient à affluer, et nous décidâmes de rejoindre le service des consultations pour entamer la troisième étape de notre parcours.

Avec un rendez-vous à 14 heures nous étions les premiers à nous installer dans la salle d’attente. N la secrétaire de l’oncologue nous demanda de l’excuser, car il venait tout juste de terminer ses consultations du matin, et il avait besoin de se restaurer.

Patients, accompagnants  et médecin nous étions tous dans la même galère, un nombre qui ne cessait de croître, pour les uns, et une surcharge de travail qui ne risquait pas de se tarir pour les autres. Il y avait bien longtemps que nous avions compris cet état de fait, et nous acceptâmes sans contestation d’attendre un peu plus longtemps.

Je n’avais pas le goût de faire des mots fléchés, pourtant je m’y attelai en espérant apaiser partiellement l’angoisse qui me tenaillait alors que le verdict était sur le point de tomber.

Nous n’eûmes pas besoin de nous assoir de longues minutes assis à proximité du cabinet de consultation de l’oncologue en espérant rapidement notre tour, car il vint nous chercher en personne afin de nous inviter à nous y rendre. Il avait un large sourire, ce qui était de bon augure, il s’excusa pour son retard et nous pria de nous assoir.

« Alors ? »

« J’ai l’impression d’aller pour le mieux, mais c’est vous qui allez me dire si j’ai raison ou si j’ai tort ! »

« Le résultat du scanner ne nous apporte rien de nouveau, il faut donc nous en réjouir ! « 

Depuis douze ans que nous nous côtoyions régulièrement, je l’avais entendu qu’une seul fois prononcer le mot de rémission, là encore il ne fut pas question de l’évoquer, à défaut je devais me contenter du reste, et je m’en satisfaisais amplement.

Délivré de mon lourd fardeau, je ne voulais pas partir sans lui parler de ma prise de sang qui nous donnait des signes d’inquiétudes.

Avec une créatinine passée en l’espace de vingt jours de 16,9 mg par litre de sang à 18 mg par litre de sang, alors que la moyenne se situait entre 6,7 et 11,7, je voulais des conseils pour préserver le seul rein qui me restait. Cette insuffisance rénale élevée pouvait être dû à une carence en eau et donc à une concentration plus élevée des toxines dans le sang, il fallait donc que je songe à m’hydrater régulièrement ce qui n’était pas une mince affaire car je n’avais jamais soif.

Pour ce qui était de la T.S.H là c’était carrément catastrophique, j’étais passé de 4,79 mUI (millième d’unité internationale à 67,91 mUI pour une moyenne située entre 0,27 à 4,20. C’était tellement énorme que nous avions songé à une erreur d’écriture du laboratoire. Nous avions reçu un coup de fil du généraliste qui nous avait demandé de passer à son cabinet afin d’y récupérer une ordonnance pour une nouvelle prise de sang à faire dans 6 semaines, et une autre ordonnance pour augmenter le dosage des comprimés de Lévothyrox. Cette communication brève effectuée avec un praticien surbooké  ne nous avait pas permis d’en savoir davantage, aussi nous comptions sur le docteur R pour éclairer notre lanterne. Là encore nous reçûmes un avis laconique qui ne répondit pas précisément à nos questions, mais nous n’insistâmes pas, trop heureux d’être enfin libéré de cette journée difficile. 

   



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