Expédition nantaise

J’avais été invité à m’assoir dans mon fauteuil. Deux femmes de service étaient en train de refaire mon lit, une troisième s’affairait au ménage rapide de ma chambre. Elles étaient plutôt joyeuses en raison des congés d’été qui se profilaient à l’horizon. Elles me communiquaient leur bonne humeur, mais j’attendais avec impatience qu’elles disparaissent de mon environnement, en raison de mes difficultés à supporter ma position assise. Mon siège inconfortable, malmenait  mon postérieur, et mon dos. De plus je luttais contre des vertiges résultant d’une santé chancelante, et cet état de fait était loin de s’améliorer.

Assis dans mon lit, j’avais réussi à me restaurer un peu mieux que la veille, et j’avais intérêt à me forcer car j’avais perdu 7 kilos, il n’était pas envisageable de maigrir davantage. J’étais donc sous surveillance, et apparemment toutes les personnes qui me côtoyaient avaient reçu la consigne de contrôler mon assiette.  

La porte s’était ouverte sur les visages de ma femme et de ma fille. Mon fils cadet avait promis de venir à mon chevet. Il venait de décroché un CDI et cette bonne nouvelle apportait pour mon moral, un grand coin de ciel bleu.

Chantal avait averti famille et amis de mon infortune, aussi je commençais à recevoir régulièrement des visites qui brisaient un peu la monotonie de mes journées. Le revers de la médaille était que trop de personnes autour de moi me crispaient, car j’avais sans doute les nerfs trop sensibles. Lorsque je retrouvais mon calme, je ressentais à quel point accueillir du monde était très éreintant pour moi.

Le mois d’août n’était pas aussi estival que l’on aurait pu l’imaginer, aussi en dehors de mes accès de fièvre, je ne souffrais pas du tout de la chaleur. Ce point était pour moi positif, car je subissais suffisamment d’agressions de toutes sortes, et je n’avais surtout pas besoin d’une météo hostile. 

Les journées étaient réglées comme du papier à musique. Je comprenais à présent pourquoi beaucoup de personnes âgées supportaient mal de vivre dans une maison de retraite. Entre le petit déjeuner et le souper, leur existence était sans surprise et donc particulièrement ennuyeuse.

Je haïssais le moment où  le soir venu, il me fallait affronter de nouveau ma solitude et mes incertitudes. Pourtant Chantal et Eliane venaient de prendre congés, et je n’avais pas d’autres alternatives que de me conformer à la logique de la situation.

J’essayais de me distraire en regardant la télévision, mais ma fatigue était-elle que je préférais fermer les yeux. Pourtant je voulais attendre que l’équipe de nuit soit passée avant de dormir, car leur intrusion dans ma chambre risquerait de m’empêchait de retrouver ensuite le sommeil.

L’infirmière m’avait souhaité une bonne nuit, maintenant un silence inquiétant régnait au autour de moi. Ma perfusion au bras droit me limitait dans mes mouvements, il fallait que je me couche sur le dos, et j’en n’avais pas l’habitude. Ne trouvant pas la position idéale pour me détendre j’avais beaucoup de difficultés à plonger dans les bras de Morphée.

La nuit ne m’avait cependant pas paru trop longue, mais je n’avais carrément pas faim, la fièvre se manifestait de nouveau et les frissons que me traversaient le corps m’effrayaient un peu. La journée allait être difficile car je partais en consultation à Nantes. Chantal était arrivée de bonne heure pour m’aider à faire ma toilette, nous étions maintenant dans l’ambulance et j’entendais, allongé sur mon brancard, le ronron du moteur. Ma poche d’Augmentin diffusait goutte à goutte dans mes veines, le précieux antibiotique, mais je sentais que mon front était encore bien brûlant.

Les assistants du docteur Rolland étaient étonnés de me voir si mal en point, Valérie qui m’avait suivit durant ma chimiothérapie de 2005 à 2007 était venu bavarder avec moi. Elle avait l’habitude de réconforter les malades, j’appréciai beaucoup son geste.

Je repartais sur Cholet sans ma prescription de Sutent, le cancérologue m’avait trouvé trop faible, et il souhaitait en plus me faire faire une échographie du cœur. Il nous avait fixé un rendez vous au 19 août. Décidément j’étais mal parti pour soigner convenablement ma récidive tumorale.   



La source d’un peu d’apaisement

Quelqu’un avait frappé à la porte, c’était un brancardier accompagné de deux aides soignantes qui venaient chercher le vieil homme du lit d’à côté. Une autre équipe suivait pour changer ma perfusion, et vérifier ma température, malheureusement toujours aussi élevée.

On ne m’administrait pas autres choses qu’une solution de chlorure de sodium pour me réhydrater, et du paracétamol pour faire baisser la fièvre, aussi l’attente des résultats de mes différents examens était longue.

Je bénéficiais enfin de la lumière du jour, et nous pouvions également prétendre avec ma famille, à un peu plus d’intimité, deux satisfactions qui compensaient mon impatience à être efficacement soigné.

Dans les couloirs j’entendais l’agitation du personnel, mon plateau repas allait bientôt être servi. Chantal et Eliane m’encourageaient à manger un peu, mais j’avais tellement le dégoût des aliments, que je ressentais cette heure du dîner, comme une véritable torture.  

J’étais heureux de pousser ma table, de manière à pouvoir enfin m’allonger, l’épreuve de la bouffe,  me laissant dans l’état d’épuisement d’un marathonien en fin de course.

L’après-midi m’avait paru trop court, je sentais que le moment de la séparation avait sonné. J’étais d’autant plus angoissé que des frissons commençaient à me traverser le corps, prémices d’une nouvelle manifestation bactérienne et donc d’une  phase de la maladie très difficile à vivre.

J’étais à présent tout seul dans ma chambre, j’avais beau essayé de me contrôler, les tremblements devenaient de plus en plus intenses. Je pris la décision de sonner, car j’étais sûr que le moment était venu de faire une nouvelle prise de sang. L’infirmière était partie demander l’autorisation au médecin, pour effectuer le prélèvement. Elle était revenue avec le matériel nécessaire pour s’exécuter. J’étais dans un stade de profonde solitude, mais je savais que le personnel médical avait d’autres chats à fouetter que d’être à mon chevet, je taisais donc mes préoccupations qui étaient pourtant bien légitimes.

Un interne avait remplacé l’infirmière, il m’expliquait que l’on ne disposait pas d’éléments aussi solides qu’on aurait pu l’imaginer pour me guérir, mais il pensait à une contamination par voie digestive, et il avait bon espoir de solutionner le problème rapidement. En attendant le médecin avait donné l’ordre de m’administrer un antibiotique à large spectre : l’Augmentin.

Le soleil s’était  de nouveau couché sur mon infortune, j’étais prisonnier de mon destin, et il fallait encore et toujours renoncer à toutes formes de révoltes, révoltes qui n’auraient d’ailleurs pas fait avancer les choses.

L’épisode de tremblements, et de sensation de froid intense qui accompagnait la crise, était terminé. Je guettais maintenant les premières perceptions de chaud, avec le retour inévitable de la fièvre et de l’abondante transpiration qui m’amènerait probablement à changer mon pyjama au cours de la nuit.

Je fermais les yeux et entamais une sorte de prière qui n’avait certes pas l’effet d’une baguette magique, mais qui était la source d’un peu d’apaisement.

J’avais très mal dormi, je pouvais apercevoir la pendule, une nouvelle journée allait commencer.

On s’agitait dans le couloir, la procession des blouses blanches était imminente. Les convulsions et les températures élevées mettaient mon cœur à dures épreuves. J’étais prévenu, dans la matinée je subirais un électrocardiogramme. L’examen avait révélé que le médicament que je prenais pour mes crises d’arythmie n’était pas assez efficace, l’hôpital allait changer mon traitement.

Je n’étais pas plus capable que la veille de me déplacer au lavabo, et j’avais refusé l’aide des aides soignantes Depuis six ans que je fréquentais les milieux médicaux, j’avais souffert maintes et maintes fois d’étaler mon intimité sur la place publique, aussi je choisissais autant de fois qu’il était possible, d’épargner ma pudeur.

J’avais avalé avec un peu moins de dégout, mon pain, mon beurre, et ma confiture J’avais trouvé le café trop amer, et j’avais bu à la place du lait chaud, que j’avais versé dans mon verre. .

Le récepteur allumé, je me sentais moins seul. Les rediffusions d’été ne me passionnaient guère, mais je me forçais à regarder les documentaires sur Arte et la Cinq, afin d’oublier pour un laps de temps ma condition.

Les mots fléchés étaient beaucoup plus bénéfiques pour moi, car ils me canalisaient l’esprit, et  j’étais moins passif que devant la télévision.

Le médecin en chef était venu m’informer de l’état de ma santé. Les biologistes attendaient toujours de pouvoir procéder à un diagnostic fiable, il fallait être patient. Il avait contacté Nantes, et mon rendez-vous au centre Gauducheau était maintenu pour le lendemain Vendredi 6. Une ambulance m’emmènerait en position couché jusqu’à destination finale. 



Conditions de malade

Mon colocataire vivait difficilement son enferment. A quatre vingt douze ans, il ne comprenait pas la raison pour laquelle son médecin l’avait placé là. Il n’était pas aidé par sa famille non plus, car il avait eu la visite très rapide de son fils, qui semblait avoir des choses beaucoup plus urgentes à faire, que de s’occuper de son père.

Je savais à présent que le vieil homme serait transféré dans un autre service, et j’avais espoir de pouvoir passer la prochaine nuit, sans voisin.

N’ayant pas la force de mettre un pied à terre, je ne pouvais pas me rendre au lavabo, aussi je restais allongé à ne rien faire, sinon qu’à attendre la prochaine visite d’une infirmière.

Mon rein avait été malmené durant tous ces jours, une des préoccupations du moment était donc de boire un maximum d’eau, comme on me l’avait demandé, mes urines étant régulièrement prélevées pour en mesurer la quantité.

Concernant ma chimio, j’étais dans une phase de repos, et je devais entamer un nouveau cycle la semaine suivante. Dans l’état actuel des choses, j’ignorais où j’allais pouvoir puiser suffisamment d’énergie, pour supporter ce nouveau traitement de choc

La question me turlupinait dans la tête, car j’étais conscient qu’il ne fallait pas prendre trop de retard sur le calendrier, au risque de donner au cancer du grain à moudre.

Mon environnement n’était pas des plus agréables, le rideau qui me séparait de mon voisin de chambre, m’empêchait de voir par les fenêtres. Il faisait sombre dans mon coin et je n’avais pas d’autres horizons que de fixer le plafond. Il était bien difficile de briser l’ennui.

Le temps me paraissait donc interminable, et pourtant à force de patience, l’heure du déjeuner était arrivée. Je ne pouvais pas avaler grand-chose, mais j’avais au moins la satisfaction de voir des gens, s’agiter autour de moi.

En début d’après-midi, une nouvelle poussée de fièvre avait assailli tout mon corps, je gérais tant bien que mal ce nouveau mauvais moment à passer.

Ma famille n’allait pas tarder à venir, cette perspective m’aidait à ne pas perdre complètement pied. La porte s’était effectivement ouverte et des visages bien connus étaient apparus pour ma plus grande joie.

Par une toilette revigorante, Chantal avait commencé par me débarrasser de toutes ces impuretés engendrées par une transpiration excessive de presque vingt quatre heures. Puis elle  s’était occupée de m’abonner au téléphone, ainsi qu’à la télévision. Avec ces deux éléments j’étais assuré de ne plus être totalement coupé du monde. Ma fille m’avait apporté des mots fléchés, cette démarche me permettrait également de tuer les heures.

Elles m’avaient raconté leur soirée d’hier, et rapporté quelques nouvelles des parents et amis.

Leur présence me faisait oublier ma condition de malade, et apaisait en moi beaucoup d’anxiété.

 

 

Extrait du livre de mes mémoires

 

 

La société qui m’embauchait se développait à vitesse grand V. La tour, nouvellement construite à l’époque de mon intégration, était désormais entièrement occupée. Le service commercial qui avait besoin de s’étendre, avait pris possession de notre bureau du rez-de-chaussée, et le premier étage étant entièrement réservé à  la direction, nous avions donc déménagé au second. L’endroit regroupait la facturation, la gestion, les litiges, le recouvrement, et enfin la compatibilité, tous dans un seul espace, sans séparations, à la manière des grandes sociétés américaines. L’inconvénient majeur de cet aménagement, c’était évidement le cliquetis des machines à écrire, et les sonneries continuelles des téléphones qu’il fallait supporter tant bien que mal. La loi Evin n’étant pas encore passé par là, il fallait aussi compter sur les cigarettes, et les innombrables volutes de fumée qu’elles occasionnaient. A cette époque, j’avais pris la décision d’arrêter le tabac, et j’étais en passe de gagner mon pari. Je me rendais compte à présent combien le tabagisme passif pouvait être difficilement acceptable par ceux qui en  étaient les victimes. Mitterrand n’était pas non plus au pouvoir, et chacun s’activait au travail 8 heures par jour, sans espoir de prendre sa retraite avant d’atteindre l’âge de 65 ans. L’envolée du prix des matières premières était en partie responsable de cette période très inflationniste que nous traversions, et les salaires augmentaient tous les trimestres en moyenne de 3,5%.pour palier à une hausse globale du coût de la vie d’environ 14% l’an. Nous étions pris dans cercle vicieux qu’aucun gouvernement n’avait l’audace de stopper par des mesures beaucoup trop impopulaires

 

 

 

 

 

 



Charges bactériennes

Ma famille qui n’avait de cesse de me donner du courage depuis ce vilain mois de décembre 2004, n’était pas là pour me rassurer, car ma quasi solitude, conjuguée avec l’obscurité et le silence de ma chambre, avaient quelque chose d’angoissant. J’étais en plus tellement fatigué, que je ne trouvais pas le sommeil, je n’avais qu’une hâte, voir enfin le jour se lever.

Le plus terrible, c’était que j’ignorais totalement l’origine de mon mal, et cette fièvre tenace, que je sentais remonter depuis que j’étais installé dans mon lit, me donnait aucune raison de me calmer.

Ce que je craignais d’un colocataire, c’était qu’il ronfle, ou qu’il soit du fait de son grand âge, un peu désorienté. Comme je n’étais pas dans mes jours de chance, j’avais hérité d’un voisin répondant à ces deux critères. Il avait fallu sonner l’infirmière de garde, après qu’il eut passé par-dessus ses barrières, et que sa détermination à vouloir gagner coûte que coûte les toilettes eut mis une joyeuse pagaille dans notre chambre. 

J’étais à peine remis de ces péripéties, qu’une autre infirmière était venue vérifier ma perfusion, prendre ma température, et m’apporter une serviette pour éponger la sueur qui trempait mon pyjama et mes draps. 

J’avais dû m’assoupir, car en ouvrant les yeux je pouvais voir accroché sur le mur d’en face, la pendule éclairée par un rai de lumière, provenant du store extérieur de l’une des deux fenêtres. Dans le couloir j’entendais les allées et venues du personnel médical, j’imaginais que l’heure de la visite matinale était proche.

J’étais à présent entouré de deux femmes, l’aide soignante qui venait prendre ma tension et vérifier ma température, et l’infirmière de jour qui changeait ma perfusion, et qui avait également pour mission d’effectuer sur moi, un nouveau prélèvement sanguin. J’avais réussi à boire durant la nuit, l’intégralité de ma carafe d’eau, mais je refusai catégoriquement de prendre un petit déjeuner.

On m’avait averti de la visite imminente du médecin de garde. Il était arrivé effectivement très vite, et m’expliquait que mes prélèvements sanguins  étaient mis en culture, afin d’y rechercher les germes responsables de mon état. L’apparition de frissons étant synonyme de charges bactériennes, il désirait que je prévienne à ma prochaine crise, afin que l’on effectue sur moi une nouvelle prise de sang.  Il faudrait ensuite attendre de solides résultats pour commencer les antibiotiques.

Je comprenais maintenant que mon séjour à l’hôpital durerait un certain temps, et que je n’avais rien d’autre à faire que d’accepter cette nouvelle épreuve.

 

Extrait du livre de mes mémoires

 

 

En ce début janvier, le réveil du volcan Nyiragongo situé au Zaïre faisait la une de l’actualité, car cette soudaine irruption venait de provoquer la mort de 2000 personnes en l’espace de trente minutes. Des catastrophes humanitaires concernant des régions lointaines du globe et dont les victimes étaient majoritairement issues des pays les plus pauvres, n’émouvaient plus vraiment nos populations d’occidentaux nantis, aussi en France comme ailleurs, la nouvelle avait été accueillie avec indifférence.  

Le développement des médias en était la cause, car il avait permis l’importation quotidienne dans les foyers d’informations et d’images dont l’abondance avait malheureusement contribué à banaliser les évènements quelques soient leurs gravités.

Je n’étais pas meilleur que les autres, car ce volcan qui crachait sa lave dans une contrée reculée d’Afrique ne mettait pas ma vie en péril, et en ce mois glacial de l’hiver, mes préoccupations étaient d’une autre nature.

 

            Chantal et moi avions reçu un courrier qui nous donnait un avis favorable sur nos perspectives de travaux d’extension de la maison. Le formidable enthousiasme qui avait été le notre lors de notre demande à la mairie, avait du plomb dans l’aile. Nous avions eu largement le temps de peser les avantages et les inconvénients que nous apporterait la réalisation d’un tel projet, avant de prendre nos dispositions, et à présent la balance penchait plutôt du côté d’un abandon pur et simple de nos objectifs. 

Notre logement était placé dans un très vieux quartier de la ville, entouré d’habitants également vieillissants, et nous n’étions pas très enthousiastes de voir grandir nos enfants dans cet environnement peu favorable à leur épanouissement.

En outre l’impasse dans laquelle notre demeure était implantée, amplifiait également cette sensation d’étouffement et d’isolement que nous ne voulions ni pour notre progéniture, ni pour nous même.

Il existait également sur ma propriété, un droit de passage accordé par mes ancêtres. Ce droit de passage était considéré par le voisinage comme acquis. Bien que non notifiée sur un acte notarié, je pouvais difficilement remettre en cause ce que je considérais comme une servitude, car le risque de froisser ce même voisinage était grand, et je refusais de vivre dans un milieu hostile.

Enfin surélever et agrandir la maison me semblaient être des rafistolages, et il n’était pas sûr que cette solution soit réellement adaptée pour une cohabitation entre un couple et une personne âgée.

Notre famille de l’avenue Bonaparte nous avait parlé de la création prochaine d’un lotissement sur les terrains jouxtant l’arrière de leur propriété, la solution de loger notre futur foyer dans une construction neuve murissait petit à petit dans nos esprits.

 

 



Dormir et oublier

La toilette succincte que Chantal m’avait faite dans la voiture, entre la radiologie et mon généraliste, était à refaire. Il me fallait également de nouveau changer de tee-shirt. Par expérience je savais qu’il valait mieux avoir une chevelure très courte durant un séjour en milieu hospitalier, cette précaution s’avérait hygiénique, et facilitait l’entretien corporel, surtout quand il était impossible à un malade de se lever d’un lit, et donc de se doucher.

Nous avions pris le temps de raser mes cheveux et de remplir un sac de voyage, avant de gagner ma résidence de vacances.

Les urgences n’étaient pas très encombrées, mais le manque de personnel en cette période estivale faisait que l’attente serait peut-être longue. A l’accueil un membre de l’équipe soignante avait lu le courrier de mon médecin d’un air détaché, puis m’avait attribué le numéro quatre des entrées en médecine de la journée. On m’avait proposé un fauteuil roulant et cet empressement m’avait donné l’illusion que mon cas serait traité en priorité. Très vite je compris ma méprise, pire le fauteuil s’avérait très peu confortable et le mal de dos et de fesses vinrent grossir encore plus mon impatience, de me trouver aussi mal considéré. J’étais heureusement dans une période de stabilisation, car je n’avais pas eu de convulsions depuis la veille, et ma fièvre semblait vouloir diminuer.

Un vieil homme allongé sur un brancard attendait à côté de moi qu’on s’occupe aussi de lui. Il était tellement faible qu’il ne réagissait pas aux assauts d’une mouche qui lui titillait imperturbablement le visage.

J’observais des allers et venus de blouses blanches, les unes des documents entre les mains, d’autres avec du matériel médical, ou en communication avec un portable, mais personne ne daignait porter un regard sur moi, je me demandais bien qui allait pouvoir enfin me délivrer de cette insupportable attente.

Chantal avait été écartée, et priée de gagner la salle d’attente à l’intérieur du sas d’admission. En apostrophant l’infirmière, une mamie rebelle décidée de rester auprès de son mari, avait refusé d’en faire autant.

J’avais soif, j’avais donc demandé poliment que l’on m’apporte un verre d’eau. J’avais eu l’impression de déranger la personne qui m’avait tendu sans un sourire et sans un mot, une timbale pleine du précieux liquide. Elle devait penser qu’elle n’était pas ma bonne, non elle ne l’était pas, je lui avais simplement demandé un service.

Il était environ 19h30 quand enfin quelqu’un s’intéressa à moi. J’étais à présent dans un box entouré d’appareils en tous genres, couché sur une table d’examen, répondant aux mille et une questions que l’urgentiste voulait bien me poser.

Légèrement frissonnant car simplement vêtu d’un slip sous mon drap, j’attendais que l’on me fasse une deuxième série de prise de sang, la première série étant déjà en analyse au laboratoire.

Ma position allongée était encore plus incommode que ma position assise. J’avais beaucoup de mal à tenir en place, et j’étais en train de me demander si je n’allais pas devenir fou. Pourtant j’étais entre de bonnes mains, et je faisais confiance à la médecine pour que l’on me délivre de ce mauvais pas. Chantal avait également perdu patience, elle était revenue me rejoindre en forçant diplomatiquement le barrage. Elle s’était rassurée en constatant ma prise en charge, et n’étant pas à l’agonie, elle m’avait quitté pour la nuit. 

Quelques prises d’urine, de température, et de tension artérielle plus tard, une aide soignante était venue m’informer qu’aucune chambre n’était libre en médecine, et que je serais transféré provisoirement en chirurgie, il fallait être compréhensif. En attendant que mon lit soit prêt, elle me demandait de ne pas perdre patience.

Il était 0h 35 et j’étais enfin conduit par un brancardier, vers un peu de repos, l’admission en urgence n’avait pas été des plus rapides, mais j’étais trop fatigué pour dire autres choses que merci à mon accompagnateur.  

Je partageais ma chambre avec un malade qui me semblait calmement endormi, nos deux lits étaient séparés par un rideau.

Une infirmière était venue me poser une perfusion, puis on m’avait proposé une collation. Je n’avais pas envi de manger, je voulais simplement dormir pour oublier les dernières heures que je venais de passer.

 

Extrait du livre de mes mémoires

 

Le mois de novembre était fidèle à sa réputation, froid, gris et souvent brumeux. Chantal possédant une voiture, nous avions pris l’habitude de suivre l’équipe de football de notre village natal, lors de ses déplacements. En réalité nous restions le plus clair de notre temps à l’abri dans notre véhicule, à discuter d’un bon nombre de sujets qui contribuaient à apprendre à nous connaître. Au retour de notre balade, nous passions toujours la fin de nos soirées à boire un chocolat chaud au café Bretaudeau, le seul endroit à l’époque qui attirait les jeunes et que nous aimions fréquenter comme la plupart de nos amis.

Quelquefois nous allions rendre visite à Jeanne et Dominique qui avaient déménagé sur les Pont-de-Cé. Leur location étant située pas très loin du bord de Loire, ils faisaient progressivement connaissance avec l’inconvénient majeur de cette proximité, les crues du fleuve qui n’épargnaient ni leur maison, ni leurs meubles. Cette vilaine expérience les incitait vivement à faire de nouveaux projets, bientôt nous irions les aider à poser leurs valises sur Saint-Augustin-des-Bois, village distant d’une trentaine de kilomètre d’Angers. Plus les mois passaient, et plus leur manière d’être s’apparentait à la vie de bohême, pourtant nous aimions bien les côtoyer, et nous nous privions rarement de ces moments de plaisir que nous pouvions partager avec eux.

 

            Nous connaissions un hiver froid, mais sans excès. Ma situation financière nous permettait de nous chauffer correctement, sans que notre budget soit menacé de déséquilibre. Grand-mère prenait l’habitude de voir régulièrement Chantal et ne s’offusquait pas du fait qu’elle prenne de plus en plus d’initiative dans l’organisation de notre maison, au contraire elle se sentait soulagée de pouvoir enfin se reposer sur quelqu’un de beaucoup plus jeune, et en meilleure santé qu’elle.

Les vacances scolaires de décembre marquaient l’approche des fêtes de fin d’année. Ce nouveau 24 décembre passé sans mes parents ne différa pas des précédents, cependant le lendemain je devais assister au repas de famille chez Chantal, et sachant mon aïeule psychologiquement beaucoup mieux, je savais que je pourrais m’absenter sans trop de scrupules. 

 



Winnie l’ourson

Depuis que j’étais tombé malade, la sieste de l’après-midi m’était devenue nécessaire. J’avais pris la mauvaise habitude de m’endormir devant mon poste de télévision, la télécommande entre les mains. Ma fille et ma femme qui m’en avaient fait la remarque, m’avaient gentiment offert à Noël, une petite peluche de Winnie l’ourson, qu’elles m’avaient demandé de me servir, en remplacement de cette télécommande qui risquait de se briser, en cas de choc.    

Mon petit fils avait été estomaqué de constater qu’un papy pouvait recevoir en cadeau un jouet d’enfant, et à partir de cet instant, la peluche en question était devenue pour lui quelque chose de mystérieux, et faisait l’objet de toute son attention.

Aussi en ce mardi 3 aout, lorsqu’il pénétra dans ma chambre, d’instinct il comprit que son grand-père avait besoin de réconfort, et partit récupérer dans mon fauteuil, le fameux Winnie qui devait sûrement avoir des pouvoirs surnaturels, pour appartenir à une grande personne.

Ce geste aussi simple soit-il m’avait profondément touché. Matéo n’ayant pas les mots pour s’exprimer, me prouvait ainsi son attachement. Lorsqu’il déposa délicatement la peluche entre mes mains, les larmes se mirent à perler sur mon visage profondément crispé, traduisant ainsi mon état d’extrême épuisement.

Je pleurais sur mon propre sort, et sur ce sentiment d’injustice qui m’entaillait le cœur depuis bien des années, mon fils aîné tentait de me consoler, mais les sanglots avaient l’effet de décongestionner et calmer une souffrance longuement retenue.

Encore une fois il avait fallu combattre mon appréhension pour me rendre au cabinet du radiologue, et ensuite chez mon médecin traitant. Il n’y avait pas d’infection pulmonaire, il fallait rechercher l’origine du mal plus loin. J’avais mon billet en poche pour prétendre à un séjour gratuit à l’hôpital.

 

Extrait du livre de mes mémoires

 

Après une très très longue période de soleil et de chaleur, qui s’était prolongée par mon voyage en Egypte et ensuite par notre séjour avec Chantal dans le sud de la France, les nuages et la fraîcheur de ce mois d’octobre ne faisait qu’attiser ma nostalgie du ciel bleu. J’avais vécu le paradis sur terre et mon esprit avait beaucoup de mal à se défaire de ce qui appartenait désormais au passé. L’activité économique ayant repris de plus belle, mes collègues étaient plongés à fond dans le travail, les vacances se trouvant bien loin derrière eux. J’étais physiquement à mon poste, mais je me surprenais parfois à rêver tandis que la pluie ruisselant sur les vitres du bureau me rappelait à la réalité. Ma réintégration fut donc lente et pénible, et il fallut attendre le début de l’hiver pour que cette réintégration soit totalement effective. 

 

            L’armistice du 11 novembre tombait un jeudi, je bénéficiais également du vendredi, journée exceptionnelle de repos qui m’avait été accordée, pour récupérer des heures supplémentaires. Ce long week-end tombait à point, car notre réunion chez Marie-Claire à Levallois-Perret, qui avait été  fixée dans l’avion lors de notre retour d’Egypte était maintenue, et fixée au samedi 13 novembre. J’avais donc répondu favorablement à l’invitation. Montparnasse accueillait son flot de voyageurs, et j’étais planté dans un coin de la gare, anonyme parmi des anonymes, en train de consulter mon plan pour identifier mon itinéraire. Il était aux alentours de midi, et je m’étais arrêté dans un snack pour me restaurer avant de reprendre mon trajet. Porte de Champerret étant ma destination finale, j’empruntai l’escalier de sortie du métro, pour me retrouver dans un quartier moderne mais terriblement oppressant. Cette proche banlieue semblait surpeuplée, et les constructions modernes n’avaient laissé aucune place à la végétation. Marie-Claire habitait au neuvième étage de l’une de ces immenses tours qui jouxtaient le périphérique. Je n’avais pas eu trop de mal à trouver son adresse. Il était un peu tôt, et j’étais le premier de ses invités. Les autres participants à la soirée étant natifs de Paris, ou de la banlieue, aucun d’entre eux n’était tributaire des horaires d’un train de grande ligne. Nos retrouvailles avaient été des plus conventionnelles, le charme des vacances n’opérant plus sur notre état d’esprit. Pourtant nous avions passé un bon moment à visionner nos diapos et à nous remémorer quelques bons moments de notre voyage. Je n’avais pas eu besoin de trouver un hôtel pour passer la nuit, car Marie-Claire disposait d’une chambre d’amis. Je n’avais pas très bien dormi, car il faisait un peu chaud dans la pièce. En dépit des neuf étages qui me séparaient du périphérique une espèce de bourdonnement incessant venant de la circulation automobile finissait de me tenir éveillé. Marie-Françoise qui nous avait quittées la veille, pour rentrer chez ses parents, était revenue chez sa sœur dès le petit matin. Nous avions pris notre petit-déjeuner ensemble. Elles avaient convenu de me faire visiter le marché aux puces de Saint-Ouen. Marie-Claire disposant d’une voiture, il ne nous avait pas fallu bien longtemps pour rallier la Porte de Clignancourt. Malgré les difficultés de stationnement nous avions quand même trouvé une place au risque d’être fortement verbalisées, ce qui ne semblait pas inquiéter mes coéquipières. Immense rassemblement des commerçants de la mode et de l’artisanat, l’endroit était également célèbre pour sa brocante et ses antiquités. Petite ville dans la ville, ce grand déploiement de marchandises de toutes sortes attirait dans un dédale de petites rues, une population très hétéroclite d’acheteurs et de curieux. Tout droit sorti de ma province, je n’avais pas l’habitude de côtoyer autant de natures si différentes et l’observation de ces gens attisait autant ma curiosité que ce déballage d’objets de toutes natures qui s’offrait à nos yeux. Nous avions déjeuné dans un petit bistrot typique, implanté dans le quartier des brocanteurs, tandis qu’une femme accompagnée de son accordéoniste nous chantait le répertoire d’Edith Piaf, contribuant au charme et à la réputation de ce célèbre marché de Saint-Ouen. La journée s’avançait et il était temps pour nous de reprendre le chemin du retour car un train m’attendait en début de soirée pour regagner ma province. J’avais pris congé de mes deux amies avant de descendre les marches d’accès au métro. La ligne que j’empruntais était bondée de voyageurs qui descendaient également à Montparnasse. Mon week-end s’achevait et le trajet jusqu’à Angers ne m’avait pas paru trop long, à l’inverse des derniers kilomètres qui me séparaient de mon domicile. Hormis deux cartes postales qu’elles m’avaient envoyé, l’une en hiver de Norvège et l’autre l’été suivant du Japon, je ne revis jamais les deux frangines.

 

 



Inéluctabilité

J’avais avalé la dernière gélule de mon traitement le 27 juillet au matin J’étais totalement vidé de toutes énergies, mes promenades quotidiennes devenaient quasi impossibles. Il faisait beau et chaud, aussi avais-je décidé de profiter quand même du soleil en me reposant confortablement allongé dans une chaise longue de jardin. Je subissais tant bien que mal des effets secondaires toujours aussi présents, mais je savais qu’il n’y aurait point de salut sans ce passage périlleux de ma thérapie. Depuis presque 6 ans que je combattais la maladie, j’avais appris à contrôler mes humeurs et donc à me résigner, aussi en dehors des inconvénients liés à cet état physique peu enviable, je n’étais pas inquiet de mon état de santé, et je considérais les frissons qui me parcouraient le corps depuis quelques jours, comme des manifestations normales du médicament. Mes premiers doutes arrivèrent le vendredi 30 avec l’apparition d’une forte fièvre. J’essayais encore et toujours de me convaincre que mon état dépendait de ma chimiothérapie, car je ne souhaitais pas consulter, comme ma famille me le préconisait, un autre médecin que mon généraliste temporairement absent. Les frissons des premiers jours s’étaient transformés en convulsions, les crises apparaissaient de plus en plus régulièrement. D’abord une sensation de froid de plus en plus marquée, puis les forts tremblements, et enfin un pique de fièvre à 40°. La sérénité que j’affichais au début des symptômes avait disparu, j’étais désormais largement soucieux de ce qui était en train de m’arriver. J’avais considérablement diminué ma nourriture depuis que je suivais mon nouveau protocole, mais avec cette affection qui me tombait dessus, je n’arrivais plus à avaler le moindre aliment. Mon cœur trouvait là un terrain favorable pour s’emballer plus fréquemment qu’à l’habitude. Ce cocktail détonant eut raison de ma personne, et je passai pratiquement tout le week-end alité.

Mon erreur avait été grande d’attendre le lundi pour consulter mon médecin qui était enfin revenu de vacances, car j’étais littéralement au bout du rouleau. J’appréhendais fortement de devoir me lever, car j’étais incapable de faire un pas sans vaciller. L’expédition au cabinet médical n’avait pas été une mince affaire, la sueur me perlait sur tout le corps et à mon retour, il avait fallu changer de vêtements, comme j’étais obligé de le faire régulièrement, depuis l’apparition des fièvres. Le praticien pensait à une infection pulmonaire, aussi m’avait-il prescrit une prise de sang à effectuer le jour même, et une radiographie des poumons qui ne pouvait être faite que le lendemain. L’infirmière avec l’aide de Chantal avait bataillé ferme, pour pouvoir me piquer le bras, car à l’instant même où elle avait franchi la porte de notre maison, mes convulsions avaient repris.

La nuit avait été agitée, et mon état avait encore empiré, mon fils aîné avait eu un entretien avec le médecin, je savais désormais que mon hospitalisation était inéluctable.

 

Extrait du livre de mes mémoires

 

Le sommeil de la nuit avait été largement réparateur et nous étions fin prêt pour nous rendre à Cordes qu’Henri et Anne-Marie nous avaient vivement conseillé de visiter. Nous avions donc laissé nos coéquipiers repartir vers la vie active, et nous étions garés à présent sur un parking à l’entrée de ce village qui ne pouvait se visiter qu’à pied. Site médiéval par excellence, cette petite citée n’était pas sans rappeler le Mont-Saint Michel. Construite sur un piton rocheux, les maisons de caractères bordaient des rues étroites et pavées qui ne faisaient que grimper. Une importante activité artisanale occupait largement les touristes qui en cette fin septembre, jouissant encore de quelques jours de vacances, semblaient s’être regroupés en ce lieux. Une nouvelle halte à Saint-Antonin Noble Val nous avait permis de nous dégourdir les jambes et de nous restaurer avant de reprendre notre route. Surplombant la rive gauche de l’Aveyron, le petit village de Penne marqua mon esprit de son emprunte à cause des magnifiques ruines de son château niché sur une pointe rocheuse dominant largement les habitations. La photo souvenir de ces ruines n’est pas de très bonne qualité, mais elle reste pour moi un témoignage précieux de notre passage dans cette charmante localité. Une averse orageuse avait marqué la fin de notre circuit alors que nous étions en train de traverser les vignes de la région de Gaillac, nul doute que cet épisode pluvieux n’allait pas affecter le reste de notre séjour.

La pluie était finalement tombée une partie de la nuit, mais au petit matin le soleil nous avait donné rendez-vous pour notre dernière journée d’excursion.

Graulhet était une citée que je n’avais jamais visité mais que je connaissais bien de par ma profession. Le Tarn était un centre important pour le tannage du cuir et les échanges commerciaux avec les nombreuses entreprises de chaussures des Pays de la Loire faisaient que notre direction développait un trafic routier important entre les deux régions. Lautrec fut notre première halte de la journée. Cette citée médiévale était riche en monuments de toutes sortes et son patrimoine architecturale valait la peine d’être visité. Nous passâmes à cet endroit une partie de notre journée. Nous étions ensuite très vite rentrés sur Saint-Juéry car il nous restait une chose importante à faire, c’était de grimper au sommet du clocher de la cathédrale d’Albi en compagnie d’Henri qui s’était libéré un peu plus tôt de son travail pour l’occasion. Admirer la ville du haut de son monument le plus prestigieux, donnait une dimension supérieure à notre séjour. La soirée s’était déroulée plus calmement que les précédentes car nous étions à la veille de notre départ et l’ambiance était un peu plus emprunte de mélancolie. Toutes choses se terminent un jour et il était temps pour nous de regagner notre domicile pour se préparer psychologiquement à reprendre le travail



Vilains projets

Jeudi 28 octobre, la journée n’est pas facile, j’ai cessé mon troisième cycle de chimiothérapie, il y a deux jours, mais les effets secondaires sont encore bien présents. L’heure n’est pas aux pensées philosophiques, car les épreuves physiques ont pris le pas sur le reste. 

Je suis excessivement fatigué, et je souffre de nausées qui m’empoisonnent la vie, mais j’ai décidé de me faire violence pour reprendre mes écritures, que j’avais laissées tomber en juin dernier.

La mauvaise nouvelle que m’avait rapportée mon cancérologue, n’était que les prémices de ce que j’allais réellement endurer les semaines suivantes. J’étais loin de me douter que ma seconde chimiothérapie serait un parcours du combattant, car les traitements que j’avais suivis entre 2005 et 2007 n’avaient pas été aussi violents que j’aurais pu me l’imaginer, aussi je partais relativement confiant pour cette seconde étape.

La biopsie de ma  tumeur de l’épaule gauche avait donc confirmé la récidive de mon cancer, l’information n’était pas une surprise, je redoutais seulement les résultats de ma scintigraphie des os, et de ce côté-là, j’avais eu une réponse apaisante. Maintenant il fallait recommencer à se battre pour les trois métastases qui rongeaient petit à petit  ce qui restait de ma vie.

Après un bref séjour au bord de la mer au début du mois de juillet,  j’avais compris que la partie était loin d’être gagnée. Très vite la gélule quotidienne avait littéralement épuisé mes forces, et les mycoses avaient colonisé ma bouche, m’interdisant petit à petit de manger. Mon cœur n’était pas non plus mon allié, car il me clouait sur place, à chaque fois qu’il se décidait à battre n’importe comment. A la fin de ce même mois, j’avais cependant résisté aux assauts de toutes sortes, et en terminant ce premier cycle de soins, j’espérais pouvoir enfin sortir la tête de l’eau. C’était sans compter sur mon destin qui avait de vilains projets à mon encontre.

 

Extrait du livre de mes mémoires  

 La cité médiévale de Cordes apparaissait au loin à droite de notre route, construite sur un piton rocheux nous pouvions aisément admirer sa prestance, il était prévu de visiter la ville mais quelques jours plus tard. Notre première halte se situa donc à Laguépie. Le charme particulier de cette petite commune venait du fait qu’elle était une presqu’ile entourée par les eaux de l’Aveyron et du Viaur. L’endroit était faiblement montagneux, mais suffisamment accidenté pour offrir aux touristes de passage des merveilleux paysages. Le temps était beaucoup plus nuageux et la relative fraîcheur nous permettait de mieux supporter le trajet en voiture. Villefranche-de-Rouergue fut notre deuxième étape, nous avions profité d’un petit coin sympathique pour enfiler nos sandwichs et nous désaltérer. Carmaux était une citée autrefois minière et verrière qui avait vécu l’agonie puis la disparition de ses deux principales industries. La ville me paressait encore largement traumatisée par la misère et le chômage qui avaient logiquement découlé de la fermeture des puits, et les habitants me semblaient nostalgiques d’un passé glorieux à jamais enterré. Toutes les villes et villages que nous traversions s’étaient vidées de leurs touristes, il y avait belle lurette que la rentrée scolaire avait sonné le glas des congés d’été. Nous étions donc plutôt tranquilles lors de nos visites et le beau temps de ce mois de septembre ne faisait qu’agrémenter notre séjour. 

Notre retour à Saint-Juéry fut ce jour là suivi d’une soirée encore plus joyeuse que les précédentes, car Henri et Anne-Marie se trouvaient en week-end, et donc beaucoup plus détendues pour apprécier notre présence. Nos parties de dé s’étaient prolongées tard dans la nuit, alors que nous avions convenu de faire ensemble, la virée du lendemain

Le réveil avait sonné tôt ce jour là, car notre itinéraire était long et un peu chargé. Une halte à Albi pour faire le plein d’essence puis Henri qui nous conduisait avec son propre véhicule, emprunta la route en direction de Millau. Notre programme prévoyait plusieurs visites dont celle du point sublime situé à environ 870 mètres d’altitude sur les Causses de Sauveterre. A cet endroit un panorama s’offrait à nous sur le Tarn enchâssé dans ses gorges profondes, le spectacle était à couper le souffle. La région était pleine de petits hameaux construits à flan de coteaux, et je me demandais si ces maisons d’une autre époque étaient encore habitées. L’ambiance à bord de notre véhicule était bon enfant, nous avions un carnet et nous n’hésitions pas à pousser la chansonnette. Notre itinéraire nous avait permis de traverser la grande bourgade de Saint-Affrique et nous étions à présent bien confortablement installés dans un restaurant en plein centre de la ville de Millau. A l’époque le viaduc n’existait pas et les autorités n’envisageaient même pas sa construction. En ce dimanche de fin septembre, l’activité commerciale tournait au ralenti et les rues n’étaient pas très animés, cependant nous n’avions pas besoin de la foule des mois d’été pour apprécier l’architecture des lieux. Nous étions toujours dans le département de l’Aveyron et au sud de Massif Central, nous bénéficions donc de paysages escarpés et fortement variés à mesure de notre progression. Dernière étape avant notre retour, la cathédrale de Rodez ainsi que les vielles demeures du centre ville nous accueillirent marquant un point final aux nombreuses visites qui avaient ponctué différents moments de notre long périple. 

 



Le diable ce mal absolu

Le diable, ce mal absolu est entré en moi. Il fait de moi son esclave, et je suis solidement enchaîné. La souffrance physique n’a pas encore daigné se manifester, mais la souffrance moral fait son chemin, épuisant petit à petit cette énergie qui me faisait jusqu’à ce jour tenir la tête hors de l’eau. L’angoisse mon ennemie intime a signé un pacte d’alliance avec mon geôlier, elle trouve dans cette entente le terrain favorable pour développer son emprise.

Quelle faute dois-je expier pour subir un destin aussi cruel ?

La facture n’est pourtant pas assez lourde a payer, car il faut également y rajouter l’humiliation du malade dépouillé de ses vêtements devant le personnel médical, la main sur le sexe, les yeux regardant le sol, tel un déporté de la dernière guerre entièrement nu devant ses bourreaux qui ne réalise absolument pas comment il en est arrivé là.

 

Extrait du livre de mes mémoires

 

 

J’avais bien été attendu à Angers, mais à cette époque le téléphone portable n’existant pas, le rendez-vous avait été manqué, l’incident était désormais clos.                                                                                                       

Le soleil était revenu dès le lendemain de mon arrivée et la météo annonçait une belle arrière saison. La nouvelle était plutôt bonne, car il me restait deux semaines de vacances et j’avais d’inscrit au programme une escapade de plusieurs jours dans les Gorges du Tarn, escapade que je devais faire en compagnie de Chantal. Nous allions rendre visite à sa sœur nouvellement mariée, et profiter de ce séjour pour visiter la région. Je disposais de plusieurs jours pour remettre le jardin en ordre, m’occuper de diverses démarches administratives et faire ma lessive pour recharger ensuite ma valise.  

Nous étions partis dans la journée du jeudi par un itinéraire qui nous dispensait d’utiliser une autoroute qu’il aurait d’ailleurs fallu récupérer à Niort. Notre trajet nous conduisait notamment à travers les villes de Poitiers, Limoges, Brive-la-Gaillarde, Cahors, Montauban et enfin Albi.

La circulation automobile n’était pas aussi dense que celle que nous connaissons de nos jours, mais les routes étaient déjà bien encombrées et notre voyage s’était prolongé au delà de l’heure que nous avions prévu d’arriver. Henri et Anne-Marie nous attendaient heureux de pouvoir nous recevoir dans leur tout nouveau foyer. La distance qui les séparait des familles, leur isolement au sein de la population d’un quartier qu’ils ne connaissaient pas encore faisait que notre présence leur donnait du baume au cœur, car s’acclimater dans cette nouvelle région était pour Anne-Marie, une épreuve difficile. Notre discussion s’était prolongée au delà du raisonnable car nos hôtes n’étaient pas en vacances. Henri s’était installé artisan plâtrier, après  avoir fait son apprentissage au sein des compagnons de devoir et Anne-Marie avait trouvé un petit boulot de caissière dans un supermarché. Le lendemain nous nous étions donc retrouvés seul à l’heure du petit-déjeuner. Nous avions organisé notre emploi du temps pour explorer les alentours suffisamment riches en paysages et en patrimoines architecturaux pour occuper largement et agréablement notre séjour. Nous étions d’abord retournés à Ambialet, commune que nous avions déjà visitée lors de notre voyage éclair du mois d’avril. Le paysage était particulièrement magnifique à cet endroit, et notre programme beaucoup moins chronométré, nous permettait cette fois de nous arrêter plus longuement. Notre route se poursuivait ensuite vers la commune de Villefranche d’Albigeois sur une petite route escarpée de laquelle on pouvait admirer trois cent mètres plus bas les méandres du Tarn. La région était moyennement montagneuse car nous abordions les contreforts du Massif central. Notre circuit nous conduisait en Aveyron dans le petit village de Réquista notre retour sur Albi étant programmé pour l’heure du dîner. Le soleil se couchait de plus en plus tôt car nous étions désormais en automne, pourtant il faisait encore chaud en cette fin septembre et le temps était à l’orage, nous supportions donc de veiller avec la fenêtre ouverte. Nous avions pris le temps de regarder des photos et quelques parties de yahtzee plus tard nous nous étions couchés car le lendemain une nouvelle excursion nous attendait.

 



La France s’appauvrit

Jeux

La France s’appauvrit : cherchez l’erreur

Les associations caritatives démunies devant le nombre croissant de demandeurs, alors que leurs ressources diminuent, lancent un cri d’alarme. La croix rouge vient d’allonger son week-end de quête nationale, à une semaine complète. Elle doit faire face à l’augmentation des aides aux foyers de plus en plus nombreux et de plus en plus nécessiteux. Les dons quant à eux se raréfient, il y a moins de billets dans les urnes et davantage de pièces jaunes, les français subissent la crise de plein fouet et deviennent égoïstes, ils préfèrent aider concrètement les membres de leur propre famille plutôt que de donner de l’argent sans en connaître l’utilisation.


Les français devrons travailler plus longtemps, les caisses sont vides et la population vieillie. Le retraite à 60 ans n’aura vécu que l’espace d’un moment. Français au turbin, travaillez plus pour gagner moins, 42 ou 43 années de cotisations pour une pension de misère. Si vous n’êtes pas trop fatigués et si vous restez en bonne santé, vous aurez passé les mailles du filet pour profiter enfin d’une longue vieillesse.


Le gouvernement légifère et n’a de cesse de demander à ses citoyens de faire des efforts, qu’il applique donc à lui même ce qu’il demande aux autres d’appliquer.

A partir de 60 ans et après 15 ans au Palais Bourbon, la pension d’un député est de 4649 euros par mois, 5811 après 20 ans, 6198 (retraite à taux plein) après 22,5 ans de cotisations.

Trois ministres perçoivent actuellement leur allocation vieillesse de parlementaire en même temps que leur traitement ministériel de quelque 14000 euros mensuels.

Chez les sénateurs, un seul mandat de six ans permet de toucher quelques 1932 euros par mois et 6664 euros après 23 ans de cotisations.


Le gouvernement Fillon a promis de réformer le système, on attend de voir. Les trois ministres auraient décidé de renoncer à leur retraite. Généreux de leur part n’est-ce pas?



Réflexion


Ma lente descente aux enfers a débuté le 22 février dernier, depuis presque 6 ans je t’avais oublié, mais tu étais bien là, tapi dans un coin en attendant ton heure.

La vie s’est de nouveau arrêtée, je regarde les autres s’agiter, bâtir des projets, s’inquiéter pour leur avenir, pour moi demain sera un autre jour.

Je me force de sourire et de ne rien laisser paraître, mes proches en font autant, mais ce n’est qu’une attitude de façade, l’ambiance est pesante, le ciel est orageux et menaçant, tout le monde redoute la la tempête qui s’annonce.

Cet après midi un ixième voyage me conduira à Saint-Herblain, je sens monter l’angoisse, cette fidèle compagne de bien des années de ma vie.



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