Un enfant peu gâté

Lundi 7 juin 2010


La sentence est tombée : Ganglion au niveau de l’aorte, confirmation de malignité de la surrénale, tumeur au niveau de l’épaule gauche

Un méchant marionnettiste me dirige tel un pantin accroché à ses ficelles, il est le maître de mon destin, et il a décidé de faire de mon histoire une tragédie.

Une vilaine fée s’est penchée sur mon berceau et m’a jeté un sort pour que ma route soit à jamais jonchée d’épines.

Un juge haineux ma condamné à une lourde de peine, mais j’ignore les fautes pour lesquelles je suis sanctionné.

Le démon s’est relevé de ses cendres, le crabe à repris des forces, la guerre est à nouveau déclarée.

Mon Dieu pourquoi m’as tu abandonné?

J’ai peur, j’ai très peur du néant, de la séparation, je ne sais pas comment je vais pouvoir supporter encore et encore cette nouvelle tempête. Je ne sais plus prier, je me sens tellement seul dans mon incommensurable douleur. Je ne pleure pas, je ne sais plus pleurer.

Extrait du livre de mes mémoires (Itinéraire d’un enfant gâté – 14ème jour : Égypte septembre 1976)

Quelqu’un avait frappé à ma porte, c’était Marie-Françoise qui était venu prendre de mes nouvelles, je sortais de la douche et je n’étais pas encore complètement habillé, il était temps de descendre pour le petit-déjeuner. Dominique était en train de boire son thé, la nuit avait été effectivement blanche, et il attendait mon réveil pour monter se doucher à son tour. L’autobus nous attendait dans l’entrée de l’hôtel, les bagages encombraient quelques peu le trottoir. Je regardai pour la dernière fois la rue Gomhoreya avant de m’engouffrer dans le véhicule.

Nous roulions à présent dans la banlieue du Caire, et l’aéroport s’approchait de notre champ de vision. Je commençais à prendre l’habitude des formalités administratives, j’attendais donc stoïquement de passer à mon tour, en zone d’embarquement. Une navette nous transporta à hauteur d’un airbus de la compagnie Air-France, qui nous attendait sur un tarmac écrasant de chaleur. J’avais la chance de me trouver près d’un hublot, ce qui me permettait d’apprécier avec toujours autant de plaisir, le spectacle du décollage. L’aventure étant désormais terminée, j’avais hâte de rentrer chez moi et de retrouver mes proches. Comme une bougie qui venait de s’éteindre, l’euphorie n’était visiblement plus au rendez-vous, tous les membres de l’équipe cédaient à la mélancolie. Notre vol devait durer un peu plus de quatre heures, mon insomnie de la nuit commençant à me peser sur les paupières, je m’étais assoupi quelques minutes, bercé par le ronron rassurant des moteurs de l’avion. Des frissons sur ma peau m’avaient ramené à la réalité. La climatisation de l’habitacle contrastait fortement avec les températures caniculaires que nous avions connu pendant ce séjour, et j’avais effectivement un peu froid, un steward me prêta une couverture, puis je refermai les yeux, sans trouver néanmoins le sommeil. Un repas qui venait d’être servi, raviva les esprits, et la discussion s’engagea enfin, après un trop long moment de silence. Chacun son tour, nous racontâmes les différentes anecdotes qui avaient émaillé notre voyage et cet échange verbal ramena petit à petit la bonne humeur au sein de l’équipe. Il était convenu de ne pas se quitter sans se donner un dernier rendez-vous. Une soirée photos et diapos fut donc fixé pour le mois de novembre suivant, et nous serions reçu chez Claire à Levallois-Perret. Nous survolions à présent la chaîne des Alpes, le ciel étant complètement dégagé je pouvais contempler avec émerveillement la splendeur de dame nature. Il nous restait environ une heure de patience avant de fouler à nouveau la terre. En amorçant notre descente, nous avions traversé une couche de nuages, et l’agglomération parisienne nous était apparue minuscule, avant d’apercevoir plus distinctement bâtiments et infrastructures routières. L’appareil avait effectué un atterrissage dans les règles, avant de s’immobiliser. Nous avions ensuite pénétré dans la zone des arrivées et franchi la douane, mais personne ne m’avait demandé mon passeport, et je n’avais pas non plus été fouillé. Nous étions en début d’après-midi, et le hall de l’aéroport était plutôt calme, il nous restait maintenant à rejoindre la gare routière, pour prendre le bus qui nous ramènerait vers Paris. Contraste saisissant, le ciel était gris, une très légère bruine imprégnait nos vêtements. Le pilote avant de toucher le sol, nous avait annoncé la température extérieure, qui n’était que de quatorze degrés, j’avais été donc bien avisé de conserver un pull à portée de la main. Le soleil, la chaleur, et l’Égypte, toutes ces choses qui font de la vie un paradis, étaient maintenant dernière moi, il fallait songer à reprendre le cours normal de mon destin. Le terminus de notre transport se situait dans les sous-sols du Palais des Congrès, porte Maillot, nous prîmes donc congé à cet endroit. Le métro n’était pas très encombré à cette heure de la journée et j’avais rejoint Montparnasse assez rapidement. Le départ de mon train était prévu qu’en fin de journée, il me restait donc encore quelques heures à passer dans la capitale. J’avais fait quelques pas pour tuer le temps, avant de m’installer à la table d’un café. J’étais à présent confortablement assis dans un wagon et j’attendais patiemment l’heure de départ.

Un coup de sifflet retentit, et le train s’ébranla d’abord doucement, car nous traversions une zone urbaine tristement grise, de la proche banlieue, puis notre vitesse augmenta régulièrement, pour atteindre notre rythme de croisière. La campagne s’étendait à perte de vue, et je restais les yeux fixés sur cette image qui défilait à toute allure et qui avait le pouvoir de m’hypnotiser et de me faire oublier toute notion de temps. Nous étions à quelques jours de l’automne et les journées étant de plus en plus courtes, c’est à la nuit tombante que le convoi ferroviaire s’immobilisa en gare d’Angers. Chantal, Dominique et Jeanne devaient m’attendre, mais ne sachant pas mon heure d’arrivée, leur présence était fort aléatoire. Les voyageurs descendaient des voitures et sortaient du quai avec leurs familles qui étaient venues les accueillir, la foule était très compacte, progressivement les lieux se vidaient et je ne voyais personne de ma connaissance. Il ne me restait que quelques minutes pour récupérer ma correspondance, j’étais las des kilomètres parcourus, et n’avais pas très envie d’attendre plus longtemps, au risque de passer une partie de la nuit ici. Doutant de plus en plus de pouvoir les rencontrer, je pris donc la décision de quitter Saint-Laud. Le train transportait peu de passagers sur cette seconde partie du voyage. J’avais trouvé le trajet triste et ennuyeusement solitaire. Je retrouvais ma ville et son ambiance de fin semaine en parfaite opposition avec l’atmosphère euphorisante des rues orientales, pourtant j’étais ici chez moi et très heureux de ce retour. J’étais sûr d’une chose, c’était que personne ne serait là pour m’accueillir, et il ma fallait rentrer à pied. A l’inverse de l’année passée, j’avais prévu une clé, j’espérai pouvoir pénétrer dans la maison, sans faire trop de bruit. Grand-mère ne dormait pas, je l’avais brièvement rassuré, mon chien n’avait pas eu le courage de faire la fête, et la maison semblait sereine.

Je retrouvai donc rassuré ma chambre, comme on retrouve son nid. Il était clair que la pièce avait été aérée pendant mon absence, et qu’un grand ménage avait été fait. Une odeur de propreté mélangée à une odeur d’encaustique effleuraient agréablement mes narines. Mon lit me tendait les bras. Tout en reconnaissant la griffe de Chantal, j’avais fortement apprécié de me faufiler dans des draps fraîchement lavés, pour le confort qu’ils me procuraient. La nuit avait été extrêmement réparatrice.



Souvenirs pharaoniques et nostalgie

Extrait du livre de mes mémoires ( Itinéraire d’un enfant gâté – 13ème jour : Égypte septembre 1976)


Le soleil s’était levé sur un nouveau jour. Nos bagages qui encombraient le hall d’entrée, témoignaient de notre départ imminent. Nous prîmes congé du personnel de l’hôtel, avec lequel nous avions sympathisé. Notre bus nous attendait à l’heure précise, et nous prîmes place à l’intérieur, avant qu’il ne se dirigeât vers l’aéroport. Notre quittions les lieux tandis que la population continuait de s’agiter frénétiquement, autour des touristes nouvellement débarqués. Notre chauffeur avec son calme habituel, tentait inlassablement de se frayer un passage au milieu du cahot de la rue. L’enregistrement des valises, le passage en zone d’embarquement, toutes ces formalités s’effectuèrent assez rapidement.

Nous montâmes dans un appareil de ligne intérieure de la compagnie Egypt-Air, le vol devait durer un heure. J’empruntais l’avion sans appréhension particulière et pourtant le voyage prit une tournure à laquelle je ne m’attendais pas. Nous allions traverser une zone de turbulences, les passagers avaient attaché leur ceinture, j’étais surpris de constater que nous prenions de l’altitude, le changement du régime des moteurs était net, et j’avais maintenant l’impression que nous faisions demi-tour, impression confirmée par le fait que j’étais à présent complètement ébloui par le soleil qui perçait à travers mon hublot. La manœuvre dura une éternité, puis le soleil disparu de nouveau de mon champ de vision, et l’appareil eut l’air de se stabiliser. Mon inquiétude commença à se dissiper quand une hôtesse nous autorisa à détacher notre ceinture. Plusieurs membres du groupe s’entichèrent de connaître la vérité sur l’incident que nous venions de vivre. Karim nous expliqua que le pilote avait simplement modifié puis rétabli sa trajectoire pour passer au dessus d’une perturbation atmosphérique, mais que ceci n’avait rien d’anormal et que nous poursuivons à présent notre vol sans problème. Ce petit imprévu de parcours qui ne méritait pas qu’on lui attache de l’importance, ne fût pourtant pas un épisode anecdotique de mon odyssée en terre orientale, car mon subconscient avait enregistré la scène. J’ignorais donc que dans l’avenir une sensation de malaise viendrait troubler ma quiétude à chaque occasion qu’il me serait donné de prendre l’avion.

Nous nous posâmes sur le tarmac de l’aéroport en douceur, Le Caire nous accueillait pour la seconde fois. Les formalités administratives accomplies, nous chargeâmes nos valises dans un autocar qui nous conduisit vers l’hôtel qui nous avait déjà logé.

Notre fenêtre ne donnait plus sur la grande rue animée de notre premier séjour, mais sur une petite rue qui lui était perpendiculaire. J’étais certain que ma nuit serait plus calme, car je n’apercevais en bas que quelques chats errants qui tentaient leur chance dans les cartons, poubelles et divers détritus qui obstruaient les trottoirs.

Le son et lumière des pyramides de Gizeh était inscrit au programme de la journée, pour le reste, nous avions quartier libre. Karim proposa donc à l’ensemble du groupe, moyennant une petite participation financière, de profiter de l’autocar pour rejoindre après le déjeuner, les souks du quartier de Khan El Khalili. Apprécié pour ces commerces de bijoux de fantaisies, de pierres précieuses et d’objets en cuivre, le lieu ne différait pas des nombreux bazars que nous avions déjà visité. Cairotes et touristes s’affairaient bruyamment autour des différents étals, tandis que les marchands ambulants tentaient de se frayer un passage. J’avais trouvé une boutique où les bijoux en argent étaient d’un prix raisonnable. J’optai pour l’achat de deux croix ansées qui représentaient la vie et l’éternité, et que l’on pouvait porter en pendentif. J’avais repéré un casse tête chinois en forme de bague. Le vendeur m’avait donné également en cadeau un scarabée sacré qui tenait dans un portefeuille et qui était censé porter chance. Il me restait à trouver un présent à offrir, à mon aïeule. Une sorte de petit tapis de table, avec des motifs cousus main évoquant une scène de la vie antique, avait retenu mon attention, j’avais dépensé avec cet article mes dernières devises. J’étais seul au milieu de la foule, et je goutais pleinement de ces ultimes moments avant notre retour définitif vers la civilisation occidentale. Je profitais encore et encore de ces extraordinaires odeurs d’épices qui flottaient dans l’air, et je ne me lassais toujours pas d’observer les porteurs de pain, les marchands d’orangeade, ou les pousseurs de charrettes. Ces scènes de rue étaient une suite de tableaux vivants, gai et colorés qu’il me fallait malheureusement quitter, car il était déjà l’heure de rejoindre l’artère principale, à l’endroit même ou notre chauffeur devait nous attendre.

Karim m’avait enseigné un dicton égyptien qui disait ceci. : qui a bu de l’eau du Nil devra un jour revenir. Je ne savais pas si mon destin me ramènerai sur la terre des pharaons, mais mes chances étaient grandes, car j’avais étanché ma soif au moins une fois au robinet de ma salle de bain, et j’avais bu aussi pas mal de thé à la menthe et de karkadé, préparés avec de l’eau de ce fleuve on ne peut plus mythique.

Non seulement mon voyage avait été merveilleux, mais j’avais évolué au sein d’une équipe jeune. Nous étions en effet tous de la même génération, et c’était sans doute la raison de notre entente cordiale. Emporté par sa passion, notre guide nous avait accompagné bien au delà du travail que l’agence lui demandait d’accomplir, il était devenu un ami, mais nous sentions que l’aventure touchait à sa fin. Nous décidâmes de nous rendre dans un bar pour prolonger encore un instant la pleine réussite du séjour. L’heure des adieux avait été émouvant, et quelques larmes avaient perlé. A présent le soleil s’était couché, et nous avions regagné notre hôtel pour le diner.

Ce fut donc un autre guide qui nous accompagna auprès des pyramides pour assister au spectacle. Ici point de circuit découverte comme à Karnak, le spectateur était directement assis. Beaucoup de gens avaient envahi les gradins et pourtant la foule respectait religieusement le profond silence qui régnait sur le site, l’atmosphère était étrange. Une voix-off, puis un déchaînement de lumière, vinrent troubler ce moment de quasi méditation. J’avais trouvé la prestation très belle, mais pas à la hauteur de mes espérances, sans doute parce que son concepteur avait privilégié le côté show, et tape à l’œil, au détriment d’une représentation plus intimiste, respectueuse du lieu et de son histoire.

Il avait été décidé de fêter dignement la fin du voyage, la nuit devait être blanche. Dans l’impossibilité de suivre l’équipe, mes ressources financières étant épuisées, j’avais prétexté un mal de tête pour éluder toutes questions embarrassantes. J’avais rejoint ma chambre, contrarié et déçu de me retrouver à l’écart des autres. Je n’avais absolument pas fermé l’œil de la nuit, stressé par le départ qui s’annonçait, et sans doute parce que je n’avais pas digéré le fait de me retrouver bêtement tout seul.



Paysages contrastés du Nil

Extrait du livre de mes mémoires (Itinéraire d’un enfant gâté -12ème jour : Égypte septembre 1976)


Les jours s’égrainaient au calendrier et cette nouvelle journée était consacrée à une excursion que nous devions effectuer sur les sites de Denderah et Abydos. Nous quittions donc provisoirement Louxor et ses hordes de touristes pour nous diriger à environ soixante dix kilomètres au nord de la ville.

Nous longions le Nil et ses contrastes saisissant de paysage. Un long couloir de végétation et de terre grisâtre formée par le limon surlignait le tracé du fleuve et de chaque côté, deux déserts arides et rocailleux aux couleurs rougeâtres composaient le reste du décor jusqu’à perte de vue. De temps en temps nous apercevions un groupe d’habitations nichées à mi-hauteur d’un coteau et ombragées par quelques palmiers dattiers. J’observai la démarche lente et précise d’une femme entièrement vêtue de noir, qui descendait avec sa cruche sur la tête, pour puiser de l’eau sur la rive, tandis qu’une bande de gamins agitaient leurs mains pour nous saluer. Un ânier guidait un bourricot chargé d’encombrants ballots de paille vers une destination qui me resterait à jamais inconnue. Il n’y avait ni rues ni trottoirs dans ces petits villages, simplement de la terre battue, et des nuages de poussières formés par le vent. Il n’était pas difficile d’imaginer les conditions de précarité dans lesquelles ces populations rurales vivaient. La route filait à présent vers des contrées sauvages et dépeuplées, hormis de temps en temps la présence d’un berger et de ses chèvres qui broutaient en bordure du chemin. Nous nous étions arrêtés pour prendre des clichés d’un petit marché aux dromadaires qui rassemblait les paysans des environs, puis nous avions rapidement atteint notre première étape. Qéna était une ville moyenne et typiquement orientale. Le trafic important de la gare accueillait les voyageurs qui arrivaient du Caire, d’Assouan ou des bords de la mer Rouge. Réputée pour ces fabricants de poterie en argile, elle attirait pour cette raison les touristes. Nous avions trouvés là de quoi nous reposer et nous réhydrater. Nous avions effectué un tour rapide de la cité en autobus puis nous avions filé vers le site de Denderah.

La visite avait été relativement rapide car le programme de la journée était chargé. Dédié à la déesse Hathor, le temple avait bien résisté à l’épreuve du temps. Il était conçu comme tous les autres temples, le sol représentant la terre, le plafond représentant le ciel, et les colonnes la végétation. Le complexe monumental comprenait un grande porte, deux petits temples à l’intérieur du grand, et bien d’autres curiosités encore qui ne sont pas toutes gravées dans ma mémoire. Nous devions retourné ensuite pour le déjeuner à Qéna, puis sans plus tarder nous poussions notre périple jusque sur le site d’Abydos.

Lieu présumé du tombeau d’Osiris , le site avait fait l’objet de nombreux pèlerinages. Les prêtres prétendaient posséder une relique importante d’Osiris, des temples furent érigés à cet endroit par plusieurs pharaons. Les pylônes et les portiques étant partiellement détruits, la première salles hypostyle se présentait comme l’entrée du temple. Puis nous traversions une seconde salle hypostyle pour arriver enfin à sept sanctuaires. J’avais comme à l’habitude laissé là les explications du guide, tout en poursuivant ma route, ma solitude me permettant davantage de m’imprégner des lieux. La journée était bien avancée quand nous sortîmes du complexe archéologique. Notre retour à Louxor s’était passé dans les mêmes conditions qu’à l’allée, avec la fatigue en plus, et la chaleur en moins.

La petite première partie du trajet nous avait permis de nous arrêter quelques instants pour admirer la coucher du soleil, puis nous avions roulé principalement de nuit. J’avais espéré avec une petite pointe d’inquiétude que le moteur ne tombe pas en panne, et je n’avais été rassuré qu’en apercevant les premiers néons de la ville. Nous avions regagné nos chambres avant de descendre nous restaurer. A table nous avions évoqué avec une petite pointe de nostalgie notre séjour à Louxor et l’équipe avait donc décidé d’une petite balade nocturne, comme pour dire un dernier adieu à la cité.



Quel souk !

Extrait du livre de mes mémoires (Itinéraire d’un enfant gâté 11ème jour : Égypte septembre 1976)


En ce mercredi quinze septembre, j’entamais ma onzième journée en terre égyptienne, elle n’était pas la plus difficile. Nous avions en effet quartier libre et j’étais donc en train d’écrire quelques cartes postales à mes parents et amis. Le hall d’accueil était vaste et un coin salon me permettait justement de m’isoler pour pouvoir me concentrer. Mon colocataire n’était pas descendu prendre le petit-déjeuner, nous avions tellement mal dormi qu’il avait préféré prolonger sa nuit. Sans vraiment nous concerter, nous nous étions retrouvés une bonne partie du groupe au bord de la piscine. Le poids des traditions influaient beaucoup sur la manière de penser et de percevoir les choses dans le monde musulman. Les occidentaux étaient plutôt considérés comme des impies. Sans doute parce qu’il était à l’abri des regards inquisiteurs de ces compatriotes, Karim donnait l’impression de se détendre au milieu de nous, car il avait revêtu le maillot de bain et n’avait pas hésité à se baigner. Il entamait d’ailleurs une amourette, probablement sans lendemain, avec l’une de nos coéquipière. Allongé sur mon transat, à l’abri des rayons du soleil, je sirotais un verre de jus de fruit glacé, le temps semblait s’être arrêté. Le déjeuner puis la sieste avaient prolongé agréablement se moment de farniente.

L’hôtel était déserté, j’étais descendu aux alentours de quinze heures et je m’apprêtais à sortir dans la rue, quand mes amies Claire et Marie-Françoise apparurent dans l’encadrure de l’entrée. Elles étaient des adeptes de la balade en calèche mais s’étaient ravisées. Elles hésitaient en effet à partir sans être accompagnées. Ma présence étant une aubaine, elles me proposèrent donc de les escorter. J’acceptai leur invitation. Pour tous les égyptiens qui m’adressaient la parole, j’étais le monsieur moustache, le cocher ne dérogea pas à la règle lorsqu’il m’interpela pour nous proposer ses services. Notre attelage nous conduisait dans des rues que nous avions déjà plus ou moins fréquentés, soit à pied, soit en autobus, mais avec en plus le charme des transports d’autrefois. Le trafic était dense, et bruyant, mais depuis que nous avions atterri au Caire, nous avions pris l’habitude de l’ambiance très particulière de ce pays du soleil. Nous longeâmes la corniche jusqu’au port d’attache de la plupart des bât eaux de croisière mouillant le long de la rive à hauteur du temple de Louxor, temple que nous pouvions admirer de nouveau, sans doute pour la dernière fois. Notre caléchier empruntait à présent des rues plus étroites dans un quartier populaire et beaucoup moins touristique. Une jolie petite mosquée avait attiré notre regard, mais il n’était pas possible de la visiter. Nous avions demandé à notre cocher de nous descendre à proximité des souks, car nous ne voulions pas quitter la ville sans les avoir parcourus.

Une multitude de ruelles étroites et bondées nous tendaient les bras et attendaient notre passage pour faire avec nous, des affaires. Des boutiques, des couleurs, des odeurs, des épices, des cafés, des cotonnades, des souvenirs, des marchands ambulants, des cuivres, des bijoux, de fausses antiquités, tous les ingrédients étaient réunis pour donner aux touristes la vision traditionnelle d’un marché à l’oriental. Le tableau ne manquait pas de charme.

Baguenauder dans cette caserne d’Ali-Baba , c’était un peu remonter le temps, le temps où les voitures ne polluaient pas les villes, et ne menaçaient pas à chaque instant la vie des passants, le temps où les gens s’arrêtaient pour saluer un ami en s’inquiétant de sa santé ou de la marche de ses affaires, époque lointaine où la convivialité était un art de vivre.

Les effluves de l’encens et des épices titillaient mon imagination, je me voyais tout à coup transporté dans l’univers des mille et une nuits. Conjugué avec la couleur du ciel et l’euphorie générale qui régnait sur place, le tempérament ouvert et chaleureux des commerçants même s’il n’était peut-être pas complètement dénué d’intérêt, faisait chaud au cœur, et mettait naturellement à l’aise l’étranger que j’étais.

A chaque coin de rue, les devantures des échoppes offraient à mes yeux écarquillés tout ce que la terre fertile et les eaux du Nil procuraient abondamment à tout un peuple. Les gens étaient pauvres, mais j’avais au moins la certitude qu’ils ne mouraient pas de faim. Nous nous arrêtâmes un instant pour nous reposer et étancher notre soif dans un petit café qui servait karkadé et thé à la menthe. Un vieil homme édenté fumait la chicha en formant des volutes de fumée qui venaient nous effleurer les narines, avant de s’envoler définitivement dans les cieux. Les heures passaient vite dans ce dédale de venelles, nous perdions un temps infini à marchander un article qui ne valait pas la moitié du prix indiqué, il n’en restait pas moins vrai que mes deux amies partaient souvent avec le fameux article sous le bras et qu’elles étaient persuadées de tenir là, la bonne affaire.

Je résistais davantage à la frénésie d’achats, mon budget ayant plutôt servi à financer les excursions et autres visites facultatives. En revanche je savais qu’il me restait encore deux ou trois petits souvenirs à acquérir, j’attendais notre retour au Caire pour m’exécuter.

La force animale remplaçait avantageusement la force mécanique, mais ce n’était pas totalement sans inconvénients. Il fallait en effet, faire attention à ne pas marcher dans la crotte fumante,et mal odorante des ces chers équidés. Nous étions restés en extase devant un fabricant de narguilés qui répétant avec calme et sérénité des gestes séculaires, transformait merveilleusement bien la matière. Si j’avais voulu ramené en France ce genre d’objet, j’avais devant moi la certitude de son origine artisanale, et c’est sans aucun doute dans ce petit atelier que j’aurais trouvé mon bonheur. Nous nous étions arrêtés devant l’étal d’un petit confiseur, qui n’avait pas laissé échapper nos yeux gourmands, et qui n’avait pas eu besoin de beaucoup d’arguments, pour nous vendre quelques uns de ses loukoums. Nos petites douceurs avalées, il nous avait fallu interpeller l’un de ces nombreux petits marchands ambulants qui nous avait servi un grand verre de jus de fruit pour étancher notre soif.

A présent nous étions sur le chemin du retour, nous étions fourbus mais content de notre après-midi. Les filles étaient légèrement encombrées par leurs paquets, je m’étais proposé de les aider, car nous avions une bonne trotte à faire pour rentrer à notre hôtel. Nous avions respiré pas mal de poussière et nous avions donc regagné nos chambres pour nous rafraichir avant le diner.

Mon colocataire n’était pas encore arrivé, ma toilette m’avait détendu et je m’étais allongé pour reposer mes jambes d’avoir trop marché. Ce fût le clapotis de l’eau sortant du pommeau de douche qui me ramena à la réalité. Je n’avais pas entendu Dominique rentrer, et il était grand temps de gagner le restaurant. Le diner avait été bien calme, nous étions restés ensuite discuter de nos occupations respectives de l’après-midi, avant de regagner nos chambres.

Le crépuscule remplaçait le jour, la tiédeur d’un ciel étoilé succédait à la chaleur écrasante du soleil. La rue envahie par un flot ininterrompu de voitures et de passants depuis le matin, commençait tout doucement à retrouver son calme. Je refermai doucement ma fenêtre pour ne pas importuner mon colocataire. Le sommeil me donnait rendez-vous et j’avais bien l’intention de répondre à cet entretien.



Réalité inexplorée

Le voyage est une espèce de porte par où l’on sort de la réalité comme pour pénétrer dans une réalité inexplorée qui semble un rêve.

Guy de Maupassant


L’espoir forme l’antidote du soucis, et la sagesse populaire à raison de penser que les voyages calment les peines.

Burgelin


Extrait du livre de mes mémoires (Itinéraire d’un enfant gâté 10ème journée : Égypte septembre 1976)

Mon colocataire s’était réveillé avant moi et avait découvert à son tour le désagrément d’une chambre partagée. Le sacrifice était mince au regard des économies que nous avions pu faire. La rue s’animait de plus en plus, la journée était déjà bien commencée pour les autochtones.

Karim s’était installé à côté de nous pour le petit-déjeuner, ils nous demandaient de nous inscrire, si nous étions intéressés, pour assister au spectacle de son et lumière de Kanak, qui avait lieu le soir même.

Notre dixième journée débutait par une excursion donc sur ce célèbre site de Karnak, au nord de la ville de Louxor. Le complexe s’étendait sur une énorme surface et regroupait plusieurs temples. Une grande allée bordée de sphinx dirigeait les visiteurs vers l’entrée.

Dès que nous pénétrâmes dans l’enceinte, je fus complètement ébloui par la majesté des lieux. A la manière des touristes regardant les buildings dans une grande ville, j’attrapais mal au cou à force d’admirer le gigantisme de l’architecture. J’avais choisi de ne pas suivre l’équipe et de me contenter de mon guide touristique pour m’imprégner de ces milliers d’années d’histoires.

La zone avait été agrandie par des dynasties successives de pharaons, à la manière des poupées russes. Au centre se trouvait l’édification d’origine, et au fur et à mesure de ma progression vers les différentes enceintes, je rencontrais plusieurs agrandissements perpétrés au cours des siècles. Les architectures se succédaient donc de la plus ancienne, à la plus récente. Les explications que me fournissaient mon dépliant me satisfaisaient parfaitement.

Une immense salle hypostyle composée d’une centaine de colonnes ayant gardées leurs inscriptions attira particulièrement mon attention. Il fallait formé une ronde d’au moins cinq adultes pour faire le tour de chacun de ces piliers. Je me demandais bien par quelle prouesse technique ces civilisations aujourd’hui disparues, avaient-elles pu ériger des éléments pareils. Nous n’avions pas à cet époque de numériques, il ne fallait donc pas gaspiller les pellicules de vingt quatre ou trente six poses dont nous disposions. Trente quatre ans sont passés depuis cette aventure, quand je regarde mon album souvenirs, et que je songe au reportage que j’aurais pu réaliser avec les appareils actuels, mes photos jaunies et de bien piètres qualités, me paraissent un témoignage bien décevant de cette expérience inoubliable de ma vie.

J’étais assis non loin du lac sacré, où les prêtre venaient se purifier, j’aperçus au loin l’effectif réduit de mon équipe. Certains de ces membres avaient fait la même chose que moi et nous étions donc pas mal dispersés lorsque il fallut rejoindre notre chauffeur.
Dès notre retour à l’hôtel, et comme il restait un peu de temps avant le déjeuner, je décidai de sortir dans la ville pour y effectuer quelques achats.

Les boutiquiers, cochers, chauffeurs de taxis et autres bateliers ne vivant que du tourisme, j’avais très vite appris à tolérer les sollicitations en tous genres. Je savais pertinemment que l’argent des voyageurs, était leur gagne-pain quotidien.

Lors de mon passage à Assouan, j’avais déjà commander une djellaba auprès d’un petit artisan tailleur d’habits, et j’étais content d’avoir pu lui donner du travail. Un vendeur à la sauvette me proposait de lui en acheter une autre. Je n’avais pas beaucoup dépensé en babioles jusqu’à ce jour, et j’étais disposé à lui faire plaisir. Plus loin un petit magasin de souvenirs proposait de fausses antiquités, je pénétrai à l’intérieur de la boutique et achetai un buste de Ramsès qui m’avait attiré l’attention à cause de sa très jolie couleur. Je voulais pousser ma promenade encore plus loin vers les souks, mais ma montre me dissuada de le faire.

Notre groupe avait pris ce jour là un repas en commun. Depuis que nous avions quitté le Caire, nous étions plutôt dispersés en petites tablées et j’avais trouvé l’initiative de nous réunir de nouveau très sympathique.

Pour notre deuxième grande sortie de la journée, notre chauffeur nous conduisait au temple de Louxor, situé au cœur de la ville à proximité du Nil.

Il ressemblait beaucoup à celui de Karnak par l’élégance de ses statues et de ses colonnes. Avant d’arriver devant l’entrée, nous passâmes par une allée bordée de deux rangées de Sphinx comparable à celle que nous avions empruntée à Karnak. Le guide nous expliqua que ces deux allées constituaient en fait les extrémités restantes d’un dromos de deux kilomètres qui reliait autrefois Karnak et Louxor. Cette voie, rectiligne et dallée, servait de chemin processionnel, lors du déroulement de la grande fête d’Opet.

Le pylône, les deux colosses représentant Ramsès II et l’un des deux obélisques (l’obélisque manquant se trouvant à présent place de la concorde à Paris), nous accueillaient souverainement. Nous ne pouvions que nous incliner devant une telle splendeur. L’intérieur du complexe archéologique était tout aussi fascinant. Il était bizarre d’y rencontrer une mosquée, au détour d’un chemin. Je ne me souviens ni comment, ni par qui, ni pourquoi cet édifice islamique avait été construit à cet endroit. Le tourisme étant la principale ressource économique de l’Égypte, nul doute que les gouvernements contemporains mettront tout en œuvre pour que leur patrimoine soit pour toujours préservé de ces constructions anachroniques. Des générations entières continueront de s’émerveiller devant l’ingéniosité d’une civilisation à jamais disparue.

Il était encore tôt quand nous quittâmes le temple. Nous étions quelques uns qui ne voulions pas rentrer à l’hôtel. Nous prîmes donc la décision de profiter de la corniche Nous n’étions pas à des années lumières de notre logement, et nous pouvions sans problème rentrer à pied. Quel bonheur je ressentais de pouvoir prendre mon temps. Flâner sur la rive et regarder les bateaux sur le Nil était un moment précieux que nul n’aurait pu me voler. Nous nous assîmes à une terrasse pour boire un thé à menthe et tout en le savourant nous assistâmes au coucher de soleil sur la fleuve. L’activité humaine n’avait pas diminué d’intensité, si les felouquiers débarquaient leurs derniers passagers de la journée, taxis, calèches et marchands en tous genres redoublaient d’ardeur pour aborder leurs clients potentiels. Notre promenade c’était déroulée dans la bonne humeur et le temps de remonter à nos chambres pour se rafraichir, l’heure du diner sonna.

Le son et lumière suscitait l’intérêt, car l’ensemble du groupe avait opté pour assister au spectacle. Beaucoup de bus étaient rangés sur les parkings réservés à cet effet, manifestement nous n’étions pas les seuls sur les lieux. La représentation se déroulait en plusieurs étapes. Nous avions été accueillis dans le dromos, puis nous avions franchi le pylône avant de nous arrêter dans la cour. Dans la salle hypostyle les colonnes me paraissaient encore plus démesurées au milieu de cette demi-obscurité. L’atmosphère était étrange, un léger frisson me traversa le corps. Il nous fallait rejoindre une seconde cour pour gagner les gradins érigés devant le lac sacré, à l’endroit même où le matin je m’étais assis pour prendre un peu de repos. Des commentaires en voix off, n’avaient de cesse de nous relater les différents aspects du site. La fin du spectacle avait été salué par un tonnerre d’applaudissements et j’étais de ceux qui l’avaient trouvé trop court. Nous étions rentrés dans notre hôtel totalement comblés.

Cette nuit là nous mirent longtemps mon colocataire et moi avant de nous endormir, Karnak nous avait totalement envouté.



La cour de récréation

Petite minute de réflexion


Les privilèges ont la vie dure.


Nos hommes politiques nous font penser parfois à des gamins dans une cour de récréation. Le sujet pourrait prêter à sourire si je n’avais pas ce fâcheux sentiment de les sentir incapable de nous sortir de cette spirale infernale qui fait que les pauvres sont de plus en plus pauvres, et que les riches sont de plus en plus riches. Des centaines d’années de lutte ouvrière pour conquérir des droits à une plus grande justice, et à une meilleure vie semblent partir tous les jours un peu plus en morceaux. Le budget de l’état est dans le rouge, il est nécessaire de faire des économies, tapons sur les acquis sociaux d’un grand nombre de citoyens, tout en préservant les nantis de tout sacrifice, et nous retrouverons l’équilibre de nos finances.


Guéguerre de chiffres

 

Affrontement verbal à propos du chiffrage des manifestants descendus dans les rues pour défendre la retraite à 60 ans, pour les uns un échec, pour les autres un succès. L’ouvrier dans tout cela, reste la victime pris en otage entre deux politiques qui s’affrontent l’une pour conserver le pouvoir, l’autre pour le récupérer. L’une qui n’hésite pas culpabiliser les gens de vivre trop longtemps, et l’autre qui propose des mesures démagogiques comme l’avait fait François Mitterrand en son temps.





Extrait du livre de mes mémoires (Itinéraire d’un enfant gâté 9ème jour : Égypte septembre 1976)


Ce qu’il y avait d’agréable en Égypte, c’était que la météo était sans surprise. Au matin de ce neuvième jour, j’ouvrais donc ma fenêtre et ne voyais que le ciel d’un bleu d’azur. Les courbatures de notre parcours un peu sportif de la veille, étaient oubliées et j’étais fin prêt pour entamer une nouvelle journée.

Nous étions arrivés de nuit, et je découvrais donc le quartier dans lequel nous étions logés. La rue ne semblait pas être un grand axe routier, car les piétons occupaient autant les trottoirs que la chaussée. Des charrettes à ânes, mais aussi des charrettes à bras, remplies de fruits et légumes, ou de sacs de je ne sais quelle denrée, tentaient de faire bon ménage avec la circulation automobile, mais également avec les nombreux marcheurs qui leur obstruaient souvent le passage. A part un ou deux coups de klaxon, personne n’avait l’air de s’énerver, la cohabitation s’effectuait dans un bon état d’esprit.

J’étais fortement impressionné par la dextérité d’un porteur qui se faufilait en vélo, parmi la foule. Il tenait d’une main son guidon, et de l’autre un plateau en équilibre sur sa tête, remplis de galettes de pains empilées.

Cette fourmilière humaine attisait chez moi une sorte de curiosité, et je ne me lassais pas du spectacle qu’elle m’offrait, je quittai donc mon balcon avec réticence.

La salle du petit-déjeuner était éclairée par une large baie vitrée qui donnait sur la piscine de l’hôtel.

Le petit déjeuner avalé, il était temps de monter dans un bus qui devait nous conduire sur l’autre rive du Nil

Kom el Hettan était notre première halte. Les colosses de Memmon semblaient attendre notre venue. Ils représentaient le pharaon assis sur son trône, des statues de pierre monumentales qui avaient subi les injures du temps mais qui en imposaient par leur stature. Le site était complètement en ruine, mais prometteur en matière de fouilles archéologiques.
Nous laissâmes les vestiges du temple d’Amenhotep pour nous diriger vers la vallée des rois.

Formée par une faille dans la chaine de montagne, cette vallée était complètement désertique. Un paysage lunaire se présentait sous mes yeux, je n’apercevais pas la moindre trace d’une végétation, et pourtant le panorama était grandiose et terriblement intimidant.

Il existait un bon nombre de sépultures sur le site, mais nous étions autorisés à visiter uniquement celles que le conservateur avait décidé d’ouvrir au public, et nous devions impérativement accompagner un guide.

A l’inverse des mastabas de Saqqarah, qui étaient des édifices funéraires bâtis en surface, ici les pharaons avaient fait creuser dans la roche, pour bâtir des hypogées. Il fallait descendre une multitude de marches dans des galeries étroites pour être enfin récompensé de ces efforts.

Les murs étaient couverts de fresques merveilleusement bien conservées. J’avais eu la chance de pouvoir accéder entre autres choses, dans la chambre funéraire de Toutankhamon.

La chaleur cumulée à l’épreuve physique avaient affecté une de nos coéquipière, elle s’était sentie mal et avait dû être évacuée vers la surface.

Il faut dire que sous terre, si la température était légèrement plus fraîche, la sensation de manquer d’air était importante, et pouvait être très paniquante pour les claustrophobes.

Nous devions impérativement nous réhydrater et prendre un peu de repos, la matinée avait été longue et nous avions encore un après-midi très chargé.

Notre chauffeur nous attendait et avec lui une ribambelle de gamins qui savaient à quel point le touriste n’est pas prévoyant, la soif des uns, faisait donc le bonheur des autres.

Notre retour à la civilisation moderne avait été rapide mais largement apprécié.

En franchissant de nouveau le Nil pour rejoindre la Nécropole de Thèbes je remarquai les reflets du soleil sur l’eau du fleuve, ils me faisaient penser à des milliers de pépites d’or, j’en fis la remarque à Dominique mon colocataire qui était assis à côté du moi.

La petite cité de Médinet Habou accueillait ses premiers touristes de l’après-midi, un temple dédié à Ramsès III , un autre voué au culte d’Amon, en faisaient sa célébrité.

Nous avions largement arpenté les lieux, les amateurs de photos s’en étaient donnés à cœur joie. Je n’osais pas me l’avouer mais je commençais à ressentir une overdose des visites de monuments pour cette journée. Il faut dire que ce programme de voyage riche en visites, était fortement adressé à des initiés. Mes lacunes concernant l’histoire de l’Égypte antique étaient grandes, je n’en connaissais que les bases. Il fallait donc que je me recadre sur l’essentiel, et que je laisse les érudits à leur passion du détail en ne tentant pas de comprendre à tout prix, les explications qui nous étaient données. J’appliquai donc ma décision à la lettre et abandonnai le groupe pour m’accorder un grand moment de récréation.

Deux gardiens des lieux, turban sur les cheveux et djellaba de rigueur étaient assis à l’ombre au pied d’un mur. S’étonnant de me voir isolé des autres, l’un deux m’avait demandé dans un mauvais français si j’étais malade. Je leur avais fait comprendre par un geste que j’étais fatigué. Ils s’étaient gentiment moqués de moi.

« Kapput monsieur moustache » m’avaient-ils dit en riant de bon cœur.

L’ultime étape de la journée s’effectuait sur le complexe funéraire du site de Deir el-Bahari, le temple d’Hatchepsout était au programme des réjouissances. Bien qu’en cours de restauration l’édifice était passionnant à explorer et je n’avais pas perdu une miette des explications qui nous avaient été fournies. Un photographe nous attendait à notre sortie des lieux, je possède toujours dans un album cette photo en noir et blanc qu’il avait prise de moi entouré de Claire et Marie-Françoise.

Nous arrivions au terme de notre périple et le soleil commençait à décliner; nous percevions une très relative fraicheur. Je prévoyais une soirée non agité, car mon organisme avait besoin à nouveau d’une bonne nuit de repos.



Le grand méchant loup

Onze gendarmes de différentes brigades viennent de recevoir une  »lettre d’observation » concernant leurs activités sur les bords des routes.

Des lettres donc synonymes de sérieux avertissements pour ne pas avoir suffisamment verbalisé de contrevenants au code de la route.

Il est expliqué donc aux destinataires que leur activité montre des carences dans l’application des directives

Des résultats faibles en terme d’action répressive aux infractions au code de route comparativement aux efforts fournis par les autres militaires et unités composant la compagnie.


Peut-on parler de non respect des quotas de procès verbaux?


A cette question l’auteur de cette mise en garde répond non catégoriquement, bien que son courrier abonde dans le sens contraire.

Afin d’être en adéquation avec les objectifs assignés et lutter contre des résultats erratiques, je vous fixe un chiffre à atteindre.


Mon avis


Si la politique du chiffre est appliquée pour limiter le nombre des accidents, on peut comprendre que nos dirigeants cherchent à mettre la pression sur les automobilistes. Reste à savoir si cette manière de procéder est la bonne, la prévention n’est elle pas moins agressive que la répression. La difficulté de communication de plus en plus importante entre la police et les civiles ne vient-elle pas justement de ces pénalisations à outrances qui révoltent les usagers de la route, tous les jours un peu plus.

La voiture depuis toujours a été considérée par les gouvernements successifs comme une vache à lait, utile à l’enrichissement du budget de l’état. Les quotas de procès verbaux ne seraient-ils pas une manière déguisée de fixer un montant minimum de recettes à percevoir chaque année.

Visiblement la multiplication des radars et l’évolution des techniques de contrôles qui sont systématiquement testés avant d’être très souvent appliqués ne penchent pas dans le sens d’une modification de stratégie des pouvoirs publics

Reste que les français sont un peuple très indiscipliné et qu’il suffirait peut-être d’un peu plus de retenue dans les comportements, pour que la police ne soit pas considérée sans arrêt comme le grand méchant loup.




Extrait du livre de mes mémoires (Itinéraire d’un enfant gâté – 8ème jour : Égypte septembre 1976)


En ce huitième jour de voyage, le dieu Râ nous illuminait de son éclat lorsque nous prîmes la direction du nord pour rallier la ville de Louxor. Le trajet s’effectuait en autobus, nous avions environ deux cent cinquante kilomètres à parcourir.

La route n’était pas exemptée de tout reproche, car elle nous épargnait guère les secousses et les coups de freins brutaux. De ci de là nous croisions des véhicules en tous genres, puis d’un coup de klaxon notre chauffeur signalait notre présence avant de doubler un chamelier ou un gamin qui conduisait ses chèvres vers de maigres pâturages.

De temps en temps nous traversions de petits villages plantés au milieu d’une colonie de palmiers. Leurs habitants semblaient être endormis, car nous n’apercevions pas âme qui vive, sans doute à cause de l’écrasante chaleur qui régnait en ce début de matinée. Nous n’avions évidement pas la climatisation et la sueur perlait sur nos visages sans que nous puissions faire grand chose pour l’arrêter. La difficulté majeure de notre itinéraire, c’était de trouver un coin discret pour soulager un besoin naturel, les femmes étaient encore plus à plaindre que les hommes.

Nous roulions les fenêtres ouvertes pour nous donner un peu d’air, mais la poussière qui volait sur notre trajet pénétrait à l’intérieur de notre véhicule et en très peu de temps nous avions perdu les bénéfices de notre douche du matin.

Une première étape nous conduisait dans la petite agglomération de Kom Ombo où était situé un temple dédié aux dieux Horus (faucon) et Sobek (crocodile).

Nous avions pris le temps de nous désaltérer et de prendre quelques photos après que notre guide nous ait donné les commentaires lors de la visite.

J’apercevais en contrebas un bateau croisière qui était amarré tandis qu’un groupe de touriste débarquait, s’apprêtant à nous remplacer sur le site.

Notre seconde étape se situait à une centaine de kilomètres au sud de notre destination finale. Nous devions y déjeuner avant de visiter le temple d’Horus. Nous étions toujours en haute Égypte, sur la rive ouest du Nil. Edfou était une ville moyenne et tout à fait traditionnelle. Un souk pour touristes coloré et très animé, des charrettes à ânes dans les rues, une kyrielle de petites échoppes, des égyptiens exclusivement vêtus de djellabas, nonchalamment installés sur les trottoirs, le tout baigné dans une chaleur torride, toute l’ambiance qui nous était désormais familière.

Plusieurs odeurs plus ou moins agréables qui s’entremêlaient, et qui s’intensifiaient par une température excessive me donnaient la nausée. Pourtant j’avais faim et j’espérais pouvoir manger de bon appétit. J’avais apprécié cette petite heure de repas et de repos, loin des cahots de la route, et du bruit assourdissant du moteur de notre véhicule.

Le temple était en très bon état de préservation. On nous avait expliqué que pendant des siècles, l’ensemble de l’édifice avait été pratiquement enseveli par le sable, ce qui l’avait largement épargné de l’injure du temps.

L’espace de prendre un cliché de la merveilleuse statue du dieu faucon Horus, et je m’éloignai un peu du groupe pour m’imprégner de l’atmosphère des lieux. Je refis notre parcours à l’inverse, et comme il n’y avait pas d’autres visiteurs, je profitais pleinement de ce moment qui n’appartenait qu’à moi. Me savoir tout seul dans endroit aussi célèbre, me donnait la chair de poule. J’étais dans le même état d’esprit que celui qui avait été le mien lorsque j’avais approché le sphinx de Gizeh. J’aurais bien aimé que l’expérience se prolonge, mais Karim me faisait signe de rallier l’équipe.

Notre troisième étape nous donnait l’occasion de constater le fort encombrement du trafic fluvial à Esna. A cet endroit les navires devaient se disputer la passage de quelques mètres de largeur d’écluses. Des vendeurs à la sauvette arrimaient leurs barques, aux gros bateaux de voyageurs, pour vendre tissus et autres fanfreluches, avant que ces précieuses embarcations de touristes ne repartent vers d’autres horizons.

Le temple de Knoum était érigé sous le niveau actuel du sol, il fallait descendre pour y accéder. Le guide nous expliqua que le site avait été sauvé par Champollion, à une époque où il servait de dépôt pour le coton, c’est la raison pour laquelle il n’était pas en très bon état de conservation.

Une journée éreintante s’achevait. Dans l’autobus qui s’approchait lentement de notre destination finale, bien peu de gens avaient encore la force de parler. Nous devions être logés à l’hôtel Luxor du nom de la ville qui nous accueillait. Nous avions hâte de pouvoir enfin nous poser.

Il faisait déjà nuit quand nous descendîmes nos bagages. Notre chambre était sans surprise, modeste mais propre, il nous en fallait pas plus pour réparer par une bonne nuit de sommeil, notre corps des ankyloses du voyage. Pour l’heure, il était urgent de passer sou la douche, avant de descendre pour le dîner.



Crime et châtiment

La fessée et autres châtiments corporels sur les enfants doivent être interdits dans tous les pays européens avant qu’ils ne deviennent des problèmes sociaux ou de santé a averti le conseil de l’Europe hier à Vienne. Les châtiments corporels sont à ce jour interdits dans vingt et un pays, mais des pays comme la France et le Royaume-Uni sont réticents.


Ma réaction à chaud


N’importe-quels parents sensés connaissent la différence entre les sévices corporelles (gifles, fouets etc….) et petites sanctions qui ne doivent en rien humilier l’enfant, mais lui faire comprendre les limites à ne pas franchir.

Cette loi n’empêchera pas à une minorité d’adultes d’être violents, pour les autres laissons leur la responsabilité d’éduquer leurs progénitures, ce qui aidera considérablement d’ailleurs le corps enseignant qui semble bien démuni face à une jeunesse de plus en plus arrogante.

A en croire les législateurs, nous allons bientôt vivre dans un monde de douceur: les enfants seront sages sur le simple regard de leurs parents, les policiers n’auront plus le droit de sévir dans les interpellations. Au sortir des matchs de foot, tous les supporters sortiront bras dessus bras dessous

Pourquoi ne pas faire une loi interdisant de manger des aliments gras ou sucré le soir afin d’éviter l’obésité?

Pourquoi ne pas faire une loi interdisant au parents de coucher les enfants après 20h?

Pourquoi ne pas faire une loi interdisant aux parents toute initiative en matière d’éducation, en dehors de celles dictées par les autorités?



Extrait du livre de mes mémoires (Itinéraire d’un enfant gâté 7ème jour : Égypte septembre 1976)



Un mauvais rêve m’avait tiré de mon sommeil plus tôt que prévu, mais je m’abstenais de faire du bruit, car mon colocataire dormait encore. J’étais plongé dans mes pensées les plus intimes, lorsque la sonnerie du téléphone nous rappela qu’il était temps de nous lever.

Les membres du groupe qui n’avaient pas choisi de participer à l’expédition facultative organisée par notre tour-opérateur avaient quartier libre ce jour là.

J’étais de ceux qui partaient pour l’extrême sud du pays, visiter le temple d’Abou Simbel. Ce voyage nécessitait un déplacement par voie aérienne.

Le soleil brillait déjà de mille feux quand le minibus nous déposa devant l’aéroport d’Assouan. Nous n’avions pas de bagages à enregistrer, aussi les formalités administratives avaient été rapides. Les uns derrières les autres, nous attendions patiemment devant la porte d’embarquement l’autorisation d’accès à l’appareil.

Le voyage était très court. Dans l’avion qui nous emmenait, je regardais par le hublot ce lac immense qui avait déplacé plus de 100.000 Nubiens et englouti villes, villages et temples.

Hormis une piste d’atterrissage, et un petit bâtiment, il n’y avait rien sur le site. Peut-être des contrôleurs aériens et quelques personnes autour de lui, qui s’occupaient de la sécurité et de l’accueil des passagers, mais pour l’heure, seuls les occupants du boeing constituaient l’effectif des visiteurs.

Karim avait laissé sa place à un guide attitré qui nous expliquait les conséquences qu’avaient entraîné la construction du haut barrage d’Assouan.

Outre l’expropriation des populations locales, quatorze édifices datant de l’ancienne Égypte avaient été sauvés au prix d’un travail titanesque de déplacement vers des zones non inondables.

Le temple d’Abou Simbel se trouvait soixante cinq mètre plus bas sous les eaux et chacun des colosses de vingt mètre de haut avaient été découpés et remontés bloc par bloc.

Remonté lui aussi de la même manière, le temple d’Hator s’offrait à la visite du public quelques dizaines de mètres plus loin. Les deux édifices étaient indissociables car ils étaient consacrés l’un à Ramsès, l’autre à son épouse, la reine Néfertari.

La visite avait duré deux bonnes heures et il nous restait encore un peu de temps avant que notre pilote ne reprenne les airs. Il n’y avait quasiment aucun endroit pour trouver de l’ombre en dehors de quelques arbrisseaux ridicules. Je me demandais comment cette maigre végétation avait pu pousser dans cet enfer. Nous étions à proximité de la frontière Saoudienne, le gigantesque lac Nasser était planté là au milieu d’un désert qui s’étendait à perte de vue, il n’y avait vraiment rien d’autre à faire que d’attendre le signal du départ.

Nous avions déjeuner à bord de l’appareil et dès notre atterrissage nous regagnâmes notre hôtel à Assouan.

J’avais bénéficié des bienfaits d’une douche froide et je marchais à présent le long de la corniche, sollicité comme à l’habitude par de nombreux petits gagnes-misères. Mon colocataire qui ne faisait pas partie du voyage du matin, était en train de s’embarquer pour visiter l’île Kitchener intégralement occupée par un jardin botanique. J’étais persuadé que l’excursion en valait la chandelle et je décidai donc de l’accompagner.

Comme la veille, la traversée en felouque avait opéré son charme, et la balade aux milieux d’une végétation luxuriante avait tranché fortement avec l’excursion touristique du matin.

Le soleil se couchait sur le Nil et nous étions à présent en salle de restaurant, nous achevions là cette étape de notre voyage.

J’avais décidé de me rendre une dernière fois dans les souks pour y faire quelques photos souvenirs. Claire et Marie-Françoise qui se trouvaient dans l’entrée de l’hôtel me proposèrent de faire le trajet avec elles en calèche. Je n’avais pas trop aimé cette virée, j’avais l’impression assis confortablement dans ma position de privilégié, de poser un regard malsain sur la misère. Je n’avais pas sorti mon appareil de son étui. J’étais attristé de devoir quitter cette sympathique communauté de Nubiens.

 



Sant-Brieg

Sant-Brieg (2ème jour)


La nuit a été courte, la chambre est confortable, mais je ne suis pas dans mon lit et le dos me fait un peu mal. Il faut se dépêcher car le rassemblement sur la parking est fixé à sept heures quarante cinq.

Tout le monde est fidèle au poste. La bonne humeur n’est pas tarie et le temps ne semble pas aussi maussade que la météo nous l’avait annoncé.

Première étape le petit village de Plerneuf pour acheter le pain et les croissants. La route nous est déjà familière, aucun habitant dans les rues, quelques kilomètres supplémentaires, et nous sommes de nouveau chez nos amis.

Il fait moins froid que la veille, et le petit déjeuner copieux se passe une fois de plus dans la bonne humeur.

La visite de la ville de Saint-Brieuc est au programme. Jean roule un peu vite, il est difficile de le suivre, nous ne connaissons pas aussi bien la région que lui, et nous craignons de perdre son véhicule de vue.

Le centre ville est provisoirement inaccessible, nous garons nos voitures à quelques encablures du vieux quartier pavé.

Nous marchons dans des rues où les plus vieilles maisons à pan de bois datent du quinzième siècle, nous atteignons la place du Martay. A cet endroit, la cathédrale Saint-Étienne domine les anciennes halles. Nous parvenons rapidement sur le parvis de l’église et pénétrons à l’intérieur de l’édifice qui est malheureusement très sombre. Je sens la fraîcheur des lieux, mais mon odorat identifie très vite les agréables émanations des bougies qui se consument dans les différentes chapelles. Une chorale entame un chant religieux, ultime répétition avant la messe dominicale. L’orgue qui les accompagne est magnifique et impressionnant, il faut lever les yeux pour l’apercevoir, j’adore les sons majestueux de cet instrument a vent, qui me donnent à tous les coups la chair de poule.

Nous sortons quelques minutes plus tard, pour nous diriger vers un secteur qui ne présente que peu d’intérêt. Nous y retrouvons des enseignes commerciales qui nous sont familières. L’endroit ne diffère en rien de ce que nous connaissons dans le centre de notre propre agglomération.

Les Briochins ne sont pas encore sortis de chez eux, les rues sont désertes. Les nouvelles halles nous attendent, Jean y fait une petite course de dernière minute. Nous regagnons la cathédrale puis en la contournant, nous passons devant la mairie, avant d’aborder la place du Général de Gaulle. Des gamins jouent sur une aire de jeux, un faible d’esprit nous croise sans nous apercevoir, il semble en vouloir à quelqu’un, car il se parle en vociférant des propos venimeux.

Nous apercevons de l’autre côté de la place les façades imposantes du conseil régional et de la préfecture. Nous foulons de nouveau le pavé des très vieux quartiers. Je filme quelques façades et rattrape en pressant le pas l’équipe. Nous ne sommes pas bien loin des voitures, très vite nous grimpons à l’intérieur pour nous rendre au port, beaucoup trop éloigné pour que nous songions à nous y rendre à pied.

Les véhicules empruntent un itinéraire qui ne fait que descendre sur une distance de quelques kilomètres.

Mon impression à notre arrivée est saisissante. Je suis complètement subjugué par cette immense pont qui enjambe l’estuaire du Gouet. Porté par de gigantesques piliers, le tablier de ce pont supporte la deux fois deux voies qui conduit de Nantes à Brest. Ma caméra n’arrête pas de filmer, car cette prouesse technique de l’homme m’éblouit terriblement.

Notre balade se prolonge sur plusieurs centaines de mètre. Le lit de la rivière est largement encombré par des bateaux de plaisance, qui sont amarrés des deux côtés. Notre promenade ne nous porte pas jusqu’à la mer, nous empruntons donc un petit pont qui est tournant, pour permettre le passage de la navigation. Nous bifurquons sur la droite et continuons à longer la rive jusqu’à un site de carénage et de réparation navale. Nous sommes dimanche et l’activité y est quasi inexistante. Je suis d’ailleurs étonné de ne pas voir non plus de touriste en ce long week-end de l’Ascension.

Florence me raconte comment la mutation de Jean à Bourges avait été difficile. Ceci est un lointain souvenir, car ils sont à présent complètement intégrés. Elle est contente de notre petite réunion et de cette initiative qui nous permet de nous revoir désormais au moins une fois par an.

Le temps est de plus en plus gris, mais il n’est pas utile d’accélérer le pas car la pluie semble vouloir nous épargner. Nous traversons un autre pont pour aboutir à notre point de départ.

Le chemin du retour est ponctué par un incident qui ne pouvait être qu’inévitable. Jean n’est plus dans notre ligne de mire, et nous nous sommes trompés d’itinéraire. Gaby possède un GPS et Étienne un portable, avec ces deux technologies modernes, nos véhicules finissent par repérer le bon chemin.

Jean a allumé la barbecue. Patrice à débouché une bonne bouteille de muscadet. Assis sur la margelle du puits nous attendons l’heure de l’apéritif.

Florence nous a cocotté un menu typiquement breton. Andouille et pâté, galettes aux saucisses et enfin crêpes au caramel.

Chantal est nauséeuse, sans doute un manque de sommeil conjugué avec un sérieux mal du transport.

Nous sommes tous un peu fatigués, mais rien ne peut entamer notre bonne humeur. La pendule nous rappelle que le séjour se termine et qu’avec regret, il est temps de prendre congé.

La nationale est encombré, je ne conduis pas mais je suis stressé par le trafic routier. Je préfère fermer les yeux. Une halte à Nantes pour déposer Étienne et Nadine puis nous repartons pour une dernière étape, celle qui nous conduira à destination.

Élisabeth, Patrice et Odile nous ont quittés, il nous reste à remercier Gaby et Nelly pour le voyage et prendre congé à notre tour.

Notre périple s’achève, restera les photos et les souvenirs et de nouveaux projets. Deux mille onze sera une autre année.



Extrait du livre de mes mémoires (Itinéraire d’un enfant gâté 6ème jour : Égypte 1976)


La journée s’annonçait intéressante, car il était prévu une longue balade sur le Nil, à bord de felouques que notre tour-opérateur mettait à notre disposition, en même temps que le personnel nécessaire pour les gouverner. Hormis le clapotis des vaguelettes sur la coque du bateau et le claquement de la voile triangulaire, chahutée par le vent, il régnait à bord de mon embarcation un calme olympien.

Nous voguions dans la direction de l’île du temple de Philae, noyée par les eaux du fleuve, une bonne partie de l’année, à cause de la folie constructrice des hommes, son transfert pierre par pierre sur une île voisine était en cours de réalisation. Il n’était pas prévu que nous visitions le chantier.

Nos embarcations filaient au gré de la brise, nous étions à une proximité raisonnable du rivage, ce qui me permettait d’observer les populations rurales locales qui vivaient par petits groupes d’individus au bord du fleuve.

La rudesse de leur environnement conjuguée à l’extrême archaïsme de leur mode de vie, me donnait la sensation d’assister à la représentation de scènes bibliques particulièrement lorsque je voyais les femmes descendre au bord de l’eau pour laver quelques pièces de vaisselle ou qu’un groupe de gamins se baignaient à proximité d’un troupeaux de dromadaires se désaltérant sous le regard attentif de leur propriétaire.

Comme partout sur ma route, je ne constatais qu’une seule et unique chose, des exclamations et des gestes de saluts marquaient notre passage. Leur extrême pauvreté ne freinait en rien leur enthousiasme et leur joie de vivre.

Il se dégageait à bord de notre felouque une impression de profonde sérénité. J’étais certain que mon désir de prolonger indéfiniment ces moments magiques, était partagé par l’ensemble du groupe.

Notre flottille rebroussait à présent chemin, car nous devions toucher terre, à l’opposé de notre point de départ. Une excursion facultative au célèbre promontoire du mausolée de l’Agha Kahn était proposée. Ceux qui n’était pas de l’aventure repartait sur la bateau.

Il n’y avait pas de meilleurs endroits pour admirer des îles qui face à nous, émergeaient du Nil, contraignant le fleuve à les contourner en se divisant en plusieurs branches, avant de poursuivre sa course vers l’océan.

Malgré un nombre important de visiteurs, il régnait à proximité du monument un profond silence marquant ainsi le respect que suscitait la présence du tombeau du chef spirituel des Ismaéliens. Outre la relative mais très appréciée fraîcheur du site, j’avais également savourer les explications précises de notre guide qui nous invitait à présent à rejoindre nos bateliers.

Une autre embarcation nous attendait en contrebas. Une brève traversée nous conduisit de la rive occidentale vers la deuxième étape de notre journée. Nos felouques solidement amarrées le long d’un ponton aménagé à cet effet, nous débarquâmes sur l’île Eléphantine, qui de haut de notre promontoire, était une heure plus tôt dans la ligne de mire de nos jumelles.

Un pique-nique organisé par notre voyagiste, nous attendait avec les moins courageux du groupe. A l’ombre d’une palmeraie, j’avais tout le loisir de remarquer le contraste avec les paysages précédents. Je ne pouvais m’empêcher de comparer les lieux à un oasis au milieu du désert. Ombragées par des rangées de palmiers dattiers, des allées nous conduisaient dans différentes directions, au milieu d’une végétation variée, soigneusement préservée pour garantir le développement touristique du site.

Un groupe folklorique, nous attendait à un détour de notre chemin, et se prêtait au jeu des appareils photos, tout en interprétant un air de musique traditionnelle. L’ensemble était parfaitement agencé et manquait sérieusement à mon goût de spontanéité.

Comme il avait coutume de la faire depuis le premier jour, Karim consacrait de bonne grâce, une partie de son temps à initier notre groupe à l’ethnologie. Nous eûmes donc le privilège de visiter une bananeraie, puis il nous invita à rencontrer la population nubienne, qui habitaient l’île. Le contact fut facilité par la présence de Karim qui traduisait les explications données par cette majorité de paysans et d’artisans, heureux de nous parler de leur origine et de leur culture. Orchestrée par les gestes lents mais excessivement précis de son guide, notre embarcation filait paisiblement sur le chemin du retour, lorsque nous entendîmes dans le lointain, comme un coup de canon.

Ce signal appelait les musulmans à cesser pour cette journée leur période de jeûne. Privé d’eau et de nourriture, depuis le matin, notre batelier qui avait su préserver ses forces, n’hésitait pas désormais, à nous dévoiler sa véritable personnalité. D’un seul trait il avait effacé l’obligation de retenue qu’il s’était imposée depuis le début de notre aventure, sans doute dans le respect de ses croyances.

A présent délivré de toutes ses contraintes, il semblait très agité et prenait la parole régulièrement en exigeant de Karim, qu’il nous traduise ses propos. Son visage s’illuminait d’un large sourire lorsqu’il constatait que ses discours retenaient l’attention des voyageurs. Je me félicitais d’avoir choisi cette époque du ramadan pour visiter le pays, car ce comportement individuel n’était que le pale reflet de l’euphorie générale que je constatais tous les soirs à l’heure du coucher du soleil au sein des populations locales et qui produisait cette ambiance si particulière et tellement agréable à vivre que je constatais depuis mon arrivée au Moyen Orient.



Breizh

Week-end breton (1er jour)

Samedi quinze mai deux mille dix, le réveil sonne, il est l’heure de se lever car il faut terminer de remplir la valise et passer à la boulangerie pour confectionner nos sandwichs. Nous avons rendez-vous à neuf heures précises. Le temps de charger notre coffre, de parcourir les quatre kilomètres qui nous séparent de notre bourgade natale, et nous retrouvons enfin notre fidèle équipe

Depuis dix ans nous avons l’habitude de nous réunir un week-end par an pour ne pas laisser mourir ces liens qui nous unissent, depuis notre prime jeunesse. Nous sommes onze (cinq couples et une personne seule), qui avons en commun d’avoir partager tantôt les bancs de l’école, tantôt ceux de la catéchèse, etc…. Onze qui avons individuellement été témoins à des degrés divers, de la vie des autres pendant les longues années de notre enfance et de notre adolescence, à une époque où nous faisions partie de la grande famille des habitants d’un même village.

Deux couples parmi nous sont restés fidèle à leur clocher, c’est chez l’un d’entre eux que nous nous regroupons. Notre célibataire s’est déplacée de la région parisienne pour nous rejoindre, avant d’avoir effectué une halte chez sa mère.

Nous formons deux voitures direction Nantes, pour récupérer un autre couple et nous filons ensuite à Plouvara dans les côtes d’Armor.

Jean et Florence nous accueillent dans leur petite résidence d’été, une maison typiquement bretonne en plein milieu des champs.

Le ciel est gris et incertain. Quelques gouttes de pluie ont fêté notre arrivée. Il fait frais et la pièce principale est chauffé par un poêle à bois. Rapide visite des lieux, pique-nique sur le pouce et nous partons poser nos bagages à l’hôtel à un quart-d’heure de trajet.

Le courriel nous avait prévenu, prévoyez de bonnes chaussures. Nous voici donc en marche pour un long périple qui nous conduit le long du sentier des douaniers. Nous avons beaucoup grimpé et nous sommes maintenant haut perchés sur la falaise qui surplombe la mer. Paysage totalement magnifique, le vent souffle fort, mais le soleil fait de timides apparitions.

Nous atteignons Binic, un petit port qui célèbre en ce week-end de l’Ascension, ses hommes qui partaient autrefois durant de longues semaines pêcher la morue dans les eaux froides de l’atlantique, du côté de Terre-Neuve. Il y a foule sur la jetée, une chorale de marins installée sur un bateau, interprètent des chants mélancoliques, un peu plus loin c’est le sonneur de biniou qui anime la fête. Les terrasses des cafés attendent les clients, la soirée sera sans doute bien arrosée. Il fait soif et nous nous installons dans un bar.

Nous poursuivons ensuite notre chemin à travers les rues typiques de cette petite station balnéaire bretonne, puis retrouvons de nouveau la campagne, avant de récupérer nos voitures à l’endroit où nous les avions garées.

Des huitres , ainsi qu’une excellente choucroute de la mer, nous attendent pour le diner. Un petit verre de muscadet bu confortablement assis sur la margelle du puits, et quelques photos plus tard, l’apéritif est servi.

La soirée se passe dans un climat convivial, nous nous connaissons bien et sommes encore une fois terriblement content d’être réunis. Les yeux qui s’alourdissent, et les bâillements qui se succèdent, donnent raison à la pendule qui nous indique, qu’il est bien tard.

Demain nous ramènerons le pain et les croissants. La chambre de l’hôtel est confortable, j’allume le radiateur car il fait un peu frais. Très vite je me plonge dans les draps. Chantal est encore dans la salle de bain, mais déjà je sens que mon esprit s’égare, le sommeil m’emporte et n’emmène vers le monde imaginaire de mes rêves. Demain sera un autre jour.



Extrait du livre de mes mémoires (Itinéraire d’un enfant gâté 5ème jour : Septembre 1976)


Au petit matin du cinquième jour, le soleil s’était levé tandis que retentissait la voix du muezzin, qui m’était désormais familière. Je n’avais pas bien dormi. La chaleur et le bruit m’empêchaient de retrouver le sommeil. Je n’étais pas seul dans la chambre, et ne voulant pas réveiller mon colocataire, je restais cloué sur mon lit, me sentant légèrement prisonnier de cette inconvénient du voyage.

Mes pensées se bousculaient dans ma tête, et je songeais au repas de la veille au soir lorsque j’avais compris avoir été la victime de mon manque de connaissances envers les us et coutumes de la population locale.

Notre groupe d’explorateurs était rentré du désert du Sinaï. L’équipe complète avaient rallié la salle de restaurant à l’heure du dîner. La discussion s’était éternisée autour de cette visite du monastère, chacun ayant une anecdote à raconter.

Nous avions avec mes deux amies évoqué à notre tour notre emploi du temps de la journée.

L’épisode de la visite du zoo avait fait réagir Karim notre accompagnateur, qui nous déclara que nous avions été stupidement berné, car au Caire, comme partout dans le monde, la visite d’un parc animalier ne suscitait pas la présence d’un guide .

Cette remarque qui avait provoqué les rires m’avait un peu vexé, je me sentais ridicule et me reprochais ma naïveté. Je n’avais pas prêté attention aux réactions de mes coéquipières de balade, de toute façon, il était trop tard pour se lamenter.

Mon colocataire avait enfin ouvert les yeux, et était à présent sous la douche. J’étais penché à la fenêtre de notre chambre, pour fumer une cigarette. Des enfants me hélaient deux étages plus bas pour me réclamer des bonbons, c’est du moins ce que je croyais comprendre. Je me demandais ce qu’ils pouvaient bien faire dans les rues à cette heure matinale. Un bus tout bringuebalant, et bondé de voyageurs passa en trombe en les klaxonnant alors qu’ils continuaient inlassablement de m’interpeler.

L’eau tiède m’avait rafraîchit le corps et l’esprit. Ma valise était bouclée, j’étais fin prêt à rejoindre la salle du petit-déjeuner.

Le bus nous attendait à l’entrée de l’hôtel, nous quittions provisoirement la capitale pour rejoindre la ville d’Assouan.

Le Boeing 747 de la compagnie Egypt Air qui devait nous transporter à neuf cents kilomètres de la capitale, attendait ses passagers à une centaine de mètres de la porte d’embarquement.

Dans l’avion j’étais à côté de Karim qui m’avait longuement parlé de son séjour en France et de ses parfaites connaissances de notre pays.

Le voyage s’était passé sans incidents notoires et nous avions été transféré à notre logement sans que nous ayons eu besoin d’attendre trop longtemps.

Je me souviens particulièrement de l’écrasante chaleur qui sévissait dans cette ville située très au sud du pays. J’avais promptement franchi par l’escalier, les trois étages qui me séparaient des bienfaits d’une douche. L’immeuble qui nous abritait, était construit à l’écart de la ville, dans une zone dépeuplée. J’étais sorti sur le balcon, par la porte fenêtre de ma chambre, pour sécher au soleil, mes cheveux fraîchement lavés. Le paysage était magnifique et apaisant. Lentement et méticuleusement, je contemplais la majesté du Nil, que le lac Nasser situé à quelques kilomètres de là, alimentait régulièrement en eaux.

Je conserve dans ma mémoire, l’image particulièrement magique et sensuel, de ce moment de solitude. Penché contre la balustrade, je fermai les yeux, pour sentir encore plus intensément le vent brûlant du désert, me fouetter le visage. Ce genre de situation me soulageait de tous mes maux, j’avais à cet instant, la certitude que jamais plus rien de fâcheux ne viendrait désormais polluer mon existence. Très tôt dans les solitudes de mon enfance, j’avais acquis cette faculté de perdre toute notion de temps et d’espace, une sorte de rêve éveillé,

En faisant involontairement claquer la porte, mon colocataire qui venait d’entrer à son tour, brisa la miroir de mes pensées.

Nous avions l’après-midi de libre et Karim proposa à ceux qui le souhaitaient, la visite d’une carrière de granite rose, que l’Égypte exploitait à l’époque ancienne pour satisfaire l’édification de ses temples et autres monuments. L’obélisque inachevé était le principal intérêt touristique de ce lieu. Sa taille avait été abandonnée à la suite d’une fêlure dans la roche et il reposait, à l’état d’ébauche, non détaché du massif.

Nous avions parcouru les quelques kilomètres désertiques qui nous séparaient de cette curiosité historique, à bord d’un minibus, que nous avions loué pour la circonstance. Puis nous poursuivîmes vers le haut barrage. Sa construction décidée par Nasser, avait certes procuré une certaine croissance économique au pays, mais les séquelles sur l’écosystème devenaient au fil des ans, de plus en plus problématiques. Il était temps pour nous de faire demi-tour et de consacrer un peu de temps à la visite d’Assouan.

Hormis l’époque coloniale, la ville ne possédait que peu d’attraits en matière de patrimoine architectural, mais Karim connaissait un vieux quartier réputé pour son marché aux épices.

Après avoir traversé quelques rues animées du centre ville, nous nous engageâmes dans une petite rue qui montait vers les quartiers nubiens. Les plupart des femmes étaient en ce lieu vêtues et voilées de noirs.

Au fur et à mesure de notre progression le quartier changeait d’aspect, la terre battue remplaçait le bitume et les trottoirs n’existaient plus. Beaucoup d’enfants couraient pieds nus ne risquant de rencontrer sur leur passage que quelques ânes attelés à de vétustes charrettes.

Au détour de notre chemin, un tas d’ordure laissée à l’abandon barra partiellement notre route. Des chiens errants tentaient d’y débusquer une maigre pitance.

Nous rencontrions de plus en plus d’animation, manifestement nous nous approchions de la zone commerçante. Ici et là des adultes nonchalamment adossés contre un mur fumait le narguilé et nous décochaient un sourire de bienvenue. De vieilles femmes nous faisaient un signe de la main. Leur pauvreté ne semblaient pas les anéantir.

Notre parcours s’élargissait petit à petit, nous avions atteint les souks. Les étalages étaient à présent les uns sur les autres. De ci de là, des marchands de soieries, de cigarettes, de fruits et légumes tentaient d’attirer notre attention.

Nous étions arrêté devant la boutique du repasseur, qui exécutait son travail avec un fer en fonte accroché au pied, spectacle rare qui nous ne serions pas amenés à voir de si tôt.

Il devenait de plus en plus difficile de se frayer un chemin parmi les badauds.

Nous étions enfin en plein cœur du quartier populaire où les étales regorgeaient de toutes sortes de ces fameuses épices multicolores. Des assaisonnements culinaires, qui exhalaient des parfums capiteux, flattant les odorats des promeneurs, en favorisant par la même occasion l’évasion des esprits.

L’ambiance à la fête et à la décontraction, encourageait les dépenses.

Dans le souk abondait également fabricants d’articles en cuir, quincailliers, tailleurs d’habits. J’avais accepté de me faire couper une djellaba en popeline blanche à mes mesures, à condition de pouvoir la récupérer très vite.

En attendant, avec Claire et Marie-Françoise, nous nous étions accordés une pause, pour boire un thé à la menthe. Je n’avais toujours pas voulu tenter l’expérience de fumer le narguilé, une manière pourtant irréfutable d’épouser les us et coutumes du pays. Un enfant c’était assis sur mes genoux et m’avait embrassé, il était parti sans réclamer un bakchich, je n’avais pas compris la signification de son geste. Plus tard, j’avais reçu un projectile dans le dos, sans savoir si c’était pour attirer mon attention et si c’était au contraire un geste d’hostilité.

En tant que touriste, nous étions harcelés de toute part et notamment, les sollicitations se portaient volontiers sur les cigarettes américaines, que les égyptiens aimaient bien voir se faire offrir. De mon côté, j’étais sûr de ne pas être dévalisé car mes gitanes blanches de fabrication française n’était pas appréciées. Lorsque je tendais mon paquet, une grimace apparaissait sur le visage du quémandeur, qui portait sa main droite à la gorge pour me signifier que mon tabac était trop fort pour lui.

Loin de la ville, nous bénéficiâmes cette nuit là du silence qui nous avait manqué lors de notre séjour au Caire. Cependant l’excessive chaleur qui régnait dans la chambre, me faisait transpirer abondamment. Comme toujours, j »avais soif. J’avais également du mal à trouver le sommeil dans des draps froissés et imprégnés de sueur.

C’est les yeux bouffis et les cheveux hérissés que je décrochai le lendemain matin, le combiné du téléphone qui venait de sonner l’heure du réveil.




123456...19

WEIGHT WATCHERS ET BIG MAMA... |
Manon Pepin - Massage suédois |
Alimentation et grossesse |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | lamaladiedalzheimer
| Info Sante 76
| Vivre sa vie