La tarte de bêtises

Recette

 

Prenez un élu qui cumule les fonctions de conseiller régional socialiste, et conseiller municipal d’opposition.

Prenez une réunion du conseil municipal qui tourne mal, le maire estimant avoir été insulté par l’individu ci-dessus nommé : (La phrase objet du scandale ‘‘ Quand vous me regardez avec un air hébété comme maintenant »)

Rajoutez un premier magistrat qui demande des excuses publiques et son adversaire qui refuse de s’exécuter.

Complétez par une décision municipale de ne plus inviter ce conseiller régional aux manifestations financées par la région alors même qu’il en est le représentant élu.

Arrosez le tout de la colère d’un président du conseil régional qui s’insurge de l’éviction de son protégé de ces fameuses manifestations.

Salez et poivrez par un chantage : (monsieur le président à monsieur le maire)

Vous prenez le risque de placer votre commune et communauté d’agglomération que vous présidez dans une situation délicate vis à vis de l’un de ses partenaires financiers importants.

Ces obligations (d’inviter l’élu de l’opposition) ne sont pas des figures de style, elles ont un valeur juridique et entraînent en cas de non-respect le gel des financements concernés mais aussi la possibilité pour la région de demander le remboursement des aides versées.

Car non seulement les contribuables ne bénéficieront pas de leurs impôts versés au conseil régional mais en plus ils devront mettre la main à la poche pour compenser le financements évaporés.

Vous obtiendrez une délicieuse tarte de bêtises digne des chamailleries d’enfants en maternelle, alors que nous traversons un grave crise économique, que le chômage gangrène notre société, que les injustices sont de plus en plus évidentes, que l’état creuse la dette sans relâche, que nos gamins risquent de travailler jusqu’à soixante dix ans, et que dans les siècles à venir notre terre menace ruine à cause d’une humanité qui court tous les jours un peu plus vite à la catastrophe.



Extrait du livre de mes mémoires (Itinéraire d’un enfant gâté – Egypte 4ème jour : septembre 1976)



Personne ne nous réveilla ce matin du quatrième jour, nous avions quartier libre. J’étais descendu prendre mon petit déjeuner avant de rejoindre le salon pour rédiger quelques lettres. J’avais l’impression d’avoir quitté la France, depuis une éternité. J’eus une pensée affectueuse, pour mes proches, qui me manquaient. Je serai ravi de les retrouver. Pour l’heure je leur adressais des messages remplis de bonheur.

Mon colocataire m’avait rejoint. Nous étions assis l’un en face de l’autre à boire un coca. La pièce était encombrée de projecteurs et de différents matériels. Une équipe de cinéma arriva sur les lieux pour tourner la scène d’un film. Nous voulûmes partir, mais le réceptionniste nous expliqua de rester le temps d’une prise, car en tant que voyageurs, nous ferions des figurants parfaits. L’expérience fut amusante, malheureusement nous n’en verrions jamais le résultat.

Une excursion hors circuit ayant été planifiée, beaucoup de nos coéquipiers avaient déserté l’hôtel. Localisé dans le désert du Sinaï, le monastère Sainte Catherine était une destination très prisée des touristes, car le site était classé au patrimoine mondial de l’Unesco. Mon budget me permettait quelques incartades, mais j’avais décidé d’exclure cette balade du programme de mes visites.

Il ne me restait plus qu’à faire preuve d’un peu d’imagination pour occuper à temps plein cette journée en solitaire. Je ne me comportais pas comme un guerrier en terre conquise, mais ma méfiance des premiers jours s’était dissipée. Je m’habituais à la vie quotidienne des orientaux et n’éprouvais aucune angoisse à l’idée de déambuler seul, au hasard des rues. Je retournai dans ce quartier populaire que nous avions visité avec notre guide et retournai m’asseoir à la terrasse du troquet qui nous avait si chaleureusement accueilli. J’y retrouvai deux de mes accompagnatrices, Claire et Marie-Françoise et nous décidâmes de passer le reste de la journée ensemble. Alors que nous étions à essayer d’identifier la nature des boissons que nos voisins de table étaient en train de boire, le cabaretier nous proposa de nous servir la même chose. Il s’agissait d’une infusion glacée à base de de fleurs d’hibiscus, le Karcadé , que nous appréciâmes davantage que le café turc que nous avions pu boire la veille au soir.

Nous profitâmes également de notre présence au milieu des souks, pour faire quelques achats, puis poursuivant notre chemin, nous repérâmes un petit musée traitant de l’histoire coloniale dans lequel nous décidâmes d’entrer.

Beaucoup de petites gens, exerçaient une activité que je qualifierais de survie. Sur le chemin du retour, nous croisions le cireur de chaussures, le porteur d’eau, le vendeur de beignets. Bon nombre étaient des enfants et nous étions sans cesse sollicités, par cette horde de nécessiteux.

Des kiosques à journaux étaient disséminés aux coins des rues. Ce jour là nous apprîmes la mort de Mao Tsé-toung le leader Chinois, dont la photo trônait en première page d’un journal que le vendeur avait accroché en devanture de sa boutique.

Nous déjeunâmes à l’hôtel. Nous ne buvions que de l’eau minérale, directement importée d’Europe et prenions à tous les repas, des gélules contre la  »tourista ». Nous suivions en ce sens les consignes de l’organisation mondiale de la santé. Cette protection semblait efficace, mais avait l’inconvénient d’être très coûteuse. La salle de restaurant comportait de larges ouvertures vitrées qui donnaient sur la rue. Des gamins, le visage collé aux carreaux épiaient nos différentes tables. Je ne manquai pas de me triturer l’esprit, à la vue de ces enfants que j’imaginais pauvres et sans doute, mal nourris. Je me sentis de nouveau mal à l’aise dans cette position d’intrus privilégié, mais je me gardai bien de faire part de mes scrupules à mon entourage.

L’après midi, nous prîmes un taxi, pour nous rendre dans un quartier contemporain de la ville. Le chauffeur nous descendit au pied du Ramsès Hilton, un palace réservé à une clientèle fortunée. Par curiosité nous avions décidé d’explorer les lieux. Ce building, érigé au bord du Nil, disposait d’une esplanade, offrant aux visiteurs une vue panoramique des différents bâtiments modernes construits sur l’autre rive du grand fleuve à proximité de la tour du Caire, qui ne souffrait d’aucune rivalité en matière de beauté architecturale. En pivotant du regard, j’observai d’un bout à l’autre de l’horizon, les méandres du cours d’eau et constatai que le trafic fluvial était presque aussi dense que le trafic routier.

Nous pénétrâmes dans un immense hall d’accueil peu fréquenté à cette heure de la journée. L’air climatisé contrastait fortement avec la chaleur écrasante que nous subissions dehors. Une galerie marchande située à droite de l’entrée, offrait aux touristes une kyrielle de boutiques toutes aussi luxueuses les unes que les autres. La diversité des commerces était telle que de séjourner en ce lieu dispensait le vacancier de tout contact avec la population extérieure. Nous comprîmes très vite que cette visite ne comportait pas d’intérêt, car nous trouvions ici le matérialisme débridé que nous avions justement voulu temporairement oublié en quittant la France. Nous libérâmes sans plus attendre la place, soulagés de retrouver le quotidien de tout un peuple que nous apprenions petit à petit à connaître et à apprécier.

Une longue balade sur le bord du Nil nous dirigeait jusqu’à un quartier commerçant où nous fûmes assaillis par une multitude de braves gens qui tentaient de nous vendre les produits de leurs étalages. Nous fûmes heureux de nous libérer de cette emprise, car notre temps était précieux et nous voulions profiter un maximum de notre journée.

Notre déambulation au hasard des rues nous amena à proximité du zoo que Karim, notre guide, nous avait recommandé de visiter. Notre promenade au sein du parc fut des plus agréables. Un jeune égyptien s’était incrusté dans notre équipe et tenait le rôle d’accompagnateur. Nous n’avions pas trouvé cette situation curieuse. Pensant naïvement que cette manière de faire, rentrait dans le cadre des coutumes locales, nous avions gratifié notre chaperon d’un généreux pourboire, n’oubliant pas de le remercier de son amabilité.

L’après midi était bien avancé quand nous prîmes la décision du retour. Déjà les boutiques ouvertes sur les trottoirs, éclairaient largement les piétons qui se précipitaient de partout, chacun se dirigeant vers sa propre destinée. Je continuais à m’étonner du spectacle que m’offrait la rue. Il était rare par exemple, de voir deux personnes de sexes opposés, se déplaçant côte à côte. A l’inverse, croiser deux hommes se tenant par le bras était dans les normes. Usage que notre civilisation occidentale interpréterait dans les rues de nos villes, comme de la plus malsaine des manières. Dans le vacarme infernal des klaxons et dans le tohu-bohu des voitures, il nous fallut repérer un taxi car nous étions trop loin de notre hôtel pour s’y rendre à pied.



La voie de la sagesse

Historique : La condamnation définitive des horreurs du stalinisme au plus haut niveau de l’état russe


Le président russe a condamné le régime  »totalitaire » de l’URSS et les crimes  »impardonnables » commis par le dictateur soviétique Joseph Staline, dans un geste fortement symbolique.

C’est la première fois que la plus haute autorité de cet état prend clairement le parti de condamner le stalinisme et son leader.

Dmitri Medvedev a écrit un véritable réquisitoire, contrecarrant par avance les principaux arguments adverses et lançant une authentique campagne pour le devoir de mémoire envers les victimes.

L’une des plus grandes tragédies de l’histoire russe – c’est la terreur stalinienne: après avoir cité « la Volga de la douleur du peuple » de A. Soljenitsine, parlant du « flot » des victimes, Medvedev insiste sur l’horreur des exactions et les millions de victimes des répressions et des fausses accusations.

Il se dit convaincu qu’aucun succès ou ambition nationale ne peut justifier cela:

« Rien ne peut être mis plus haut que la valeur de la vie humaine » écrit-il.

Il attaque les défenseurs du stalinisme qui puisent leurs arguments dans le principe de la fin qui justifie les moyens: c’est la nécessité de bâtir un pays puissant pour se défendre, et pour aboutir au succès final ( industrialisation et victoire de 1945), qui sont censés absoudre les criminels.

A deux jours de la commémoration du 65ème anniversaire de cette fameuse victoire de 1945, monsieur Medvedev a explicitement séparé l’exploit de l’Armée rouge des méfaits de l’Union soviétiques qui ont suivi

‘ L’ Armée rouge, qui avec les Alliés a libéré l’Europe des nazis »

 » Les crimes de Staline ne peuvent diminuer l’exploit du peuple russe qui a obtenu la victoire… ».

Il qualifie clairement Staline de criminel et met fin à un autre argument de ses défenseurs, celui qui fait de lui l’artisan de la Victoire et prétend que s’attaquer Staline s’est s’attaquer à tous les héros de la guerre

Enfin dans son allocution du 65e anniversaire de la victoire sur l’Allemagne nazie, Dmitri Medvedev a encouragé les puissances mondiales à s’unir pour la défense de la paix et a expliqué sa décision d’inviter des soldats de l’Alliance atlantique à défiler sur la place Rouge.

A l’opposition communiste et aux anciens combattants de l’Armée rouge qui ont critiqué la décision d’inviter des troupes occidentales, il a répondu que la Seconde Guerre mondiale avait enseigné au monde une leçon « d’unité et de solidarité » face au nazisme. Cette leçon, a-t-il souligné, est toujours valable aujourd’hui face aux menaces contre la paix.

 » Il faut savoir regarder son passé en face, avec ses cotés tragiques, vaincre la facilité de l’oubli et élever les enfants à respecter les droits de l’homme, la valeur de la vie humaine… etc. »

Épilogue : L’affaire de la commémoration de la déportation.(cf article blog  »Douloureux souvenirs)


Ida Grispan, une ancienne déportée de la guerre 39/45, à qui l’on reprochait de citer dans son texte, l’intervention de trois gendarmes, lors de son arrestation, et dont l’écrit avait été partiellement censuré, vient d’obtenir réparation de l’offense qui lui avait été faite.

Monsieur le maire de cette désormais célèbre municipalité, qui avait été à l’origine de la polémique, a lu le témoignage tel qu’il avait été écrit, au pied du monument aux morts de la commune, lors de la cérémonie de ce 8 mai 2010.


Pour la mémoire : Heureuse initiative du gouvernement allemand.


L’ Allemagne consacre un musée au crimes nazis à quelques centaines mètres du mémorial des victimes de l’holocauste, dont les 2700 cubes de béton où sont inscrits le noms des morts, couvrent une surface équivalente à un stade de football.

Construit au-dessus des anciennes caves de la Gestapo, seuls vestiges conservés des anciens bâtiments, le nouveau musée de deux étages, en verre et en acier, donne l’impression de  »flotter » au-dessus du site.

Sur les murs des photos de dirigeants nazis, des photos de détenus prises par la Gestapo, des photos d’exécutions sommaires, ainsi que des plaquettes visant à expliquer les efforts après-guerre pour juger les coupables.


Ma réaction : (La menace ne viendra plus de l’Europe de l’est, mais de l’Orient ou plus sûrement des pays du sud)


Vingt sept pays ont adhéré à la communauté économique européenne depuis sa création en mille neuf cent cinquante sept. Cette coopération politique industrielle scientifique et sociale du fait de son imbrication de plus en plus étroite, interdit toute possibilité de conflits entre les états membres.

La guerre froide qui perdura de mille neuf cent quarante sept, jusqu’en mille neuf cent quatre vint et onze, et qui restait une énorme menace pour la paix, semble désormais un mauvais souvenir.

La chute du communisme, puis l’évolution positive des relations entre l’est et l’ouest éloignent petit à petit les risques majeurs d’un conflit entre nos nations.

Le discours historique de monsieur Medvedev, l’initiative allemande pour que les crimes nazis ne tombent pas dans l’oubli, le choix de monsieur le maire de lire un texte qui méritait que l’on ne l’ampute pas d’une partie de la vérité, trois parmi de nombreuses dispositions qui font que notre vieux continent semble vouloir panser ses plaies, et trouver peu à peu la voie de la sagesse.



Extrait du livre de mes mémoires : (Itinéraire d’un enfant gâté – Égypte 3ème jour : septembre 1976 )


 

La sonnerie du téléphone nous fit tressaillir. Le réceptionniste nous informait qu’il était l’heure de se lever. Le petit déjeuner avalé, nous prîmes la route du nord en direction de la ville d’Alexandrie. Nous nous approchions d’une région où le Nil forme un delta se séparant à cet endroit en plusieurs branches. La contrée était marécageuse et ce paysage verdoyant contrastait fortement avec l’aridité de certaines régions que nous avions eu l’occasion de traverser. Alors que nous longions le bras le plus à l’ouest du fleuve, nos regards furent attirés par le regroupement sur la rive, d’un certain nombre de petite embarcations typiques du pays et les amateurs de photos souvenirs demandèrent au chauffeur de s’arrêter Sur les felouques des hommes s’affairaient à différentes tâches. Leur méthode de travail me paraissait bien archaïque. Je me demandais s’il s’agissait de pêcheurs ou bien si leur activité était liée au transport artisanal de marchandises. L’image était belle et apaisante. Elle nous renvoyait à des années lumières de cette course effrénée aux profits, que nous connaissions dans nos gigantesques ports industrialisés d’Europe. Je serais resté des heures à contempler la scène mais déjà notre guide nous hélait en pointant du doigt sa montre bracelet.

Nous avions parcouru les deux cents et quelques kilomètres qui nous séparaient du Caire, en un peu plus de trois heures et il nous restait assez de temps pour effectuer un tour de visite rapide de la ville.

Pêle-mêle nous avions pu apercevoir à travers les vitres de notre bus, le fort Qaït Bey, la mosquée d’Abou Abbas al Mursi, l’amphithéâtre de Kom el Dick, la colonne de Pompée.

Deux heures de pause déjeuner plus tard, le musée national nous ouvrit ses portes pour une inspection minutieuse et précise de ses collections. Grâce à la compétence de notre accompagnateur je passai encore un moment fabuleux. Et puis la cerise sur la gâteau, fut le créneau horaire qui permit aux détenteurs d’un maillot de bain (nous avions été averti la veille), de pouvoir piquer un plongeon dans les eaux tièdes de la Méditerranée. La plage était quasi déserte, notre guide nous expliqua que la religion musulmane était très stricte en matière de mœurs et les tenues à l’occidentale sur les plages, encore plus en période de ramadan, étaient à proscrire. Il respecta ses convictions religieuses et resta pendant toute la durée de la baignade à l’écart du groupe.

La tête appuyée contre le carreau, je regardais défiler le paysage. Au loin le soleil couchant marquait la fin de la journée. L’état des routes n’était pas toujours sans grief, et nos pauvres corps fatigués par cette épuisante excursion, étaient cahotés dans tous les sens. J’avais retrouvé ma chambre avec beaucoup de soulagement.



Daniel mon ami

La vie d’un homme est trop courte, elle ne laisse même pas le temps de compter jusqu’à deux.

Son décès arrive donc un jour parce que l’une ou l’autre des principales parties du corps se sont corrompus.

Vous voici revenus mes vieux tourments, au creux de mon corps, comme un mauvaise blessure que chaque mouvement irrite, l’angoisse de la solitude éternelle, la crainte qu’il n’y ait pas de réponses en ces lieux mystérieux où toi le trépas tu nous emmènes.

Quand on pense à quel point la mort nous es familière, et combien est entière notre ignorance, et qu’il n’y jamais eu aucune fuite, on doit avouer que le secret est bien gardé !

Je suis de la race des hommes, je n’aime pas l’inconnu, à défaut de certitude j’aimerais tellement retrouver cette confiance qui s’est évaporée au fil du temps. Cette foi, remède à bien des maux de l’âme, qui me conduirait sûrement sur le chemin de la sérénité.

Daniel mon ami, tu as été de ceux qui m’ont aidé à porter ma croix durant cette période difficile de ma maladie, et puis tu es tombé malade à ton tour. Ton fardeau était bien trop lourd, il a donc fallu contraint et forcé que tu démissionnes.

En ce début de mois de mai ta bougie s’est éteinte et il nous est impossible de la rallumer.


A méditer

Ce n’est pas parce que les autres sont morts que notre affection pour eux s’affaiblit, c’est parce que nous mourons nous-mêmes.



Extrait du livre de mes mémoires (Itinéraire d’un enfant gâté – Égypte 2ème jour : septembre 1976)


Même causes, mêmes effets, au matin de cette deuxième journée, notre chauffeur tentait patiemment de se frayer un chemin au milieu de la cohue et des embouteillages. Il faisait toujours aussi chaud et je ressentais déjà le besoin de me désaltérer. Nous nous dirigions dans la banlieue sud, à l’endroit même où se situait Memphis, la capitale de l’ancienne Égypte. Ce site archéologique était très riche en vestiges et les explications de notre guide étaient suffisamment convaincantes pour que nous prenions beaucoup de plaisir à visiter les lieux. Nous fîmes ensuite étape à Saqqarah.

Construite à quelques encablures de Memphis, cette nécropole rassemblait un grand nombre de mastabas qui étaient à l’Égyptien antique, ce que les caveaux de nos cimetières sont à nos familles occidentales. Ici un bon nombre de sépultures de pharaons et de notables avaient été mises à nu et l’on pouvait prendre en photos l’une des plus ancienne pyramide existante: la pyramide à degrés de Djéser.

Un soleil écrasant nous rendait la vie difficile, mais la matinée s’achevait et nous devions regagner notre car.

Heureusement, une ribambelle de gamins nous attendaient à la sortie pour nous proposer des bouteilles de jus de fruits et de coca cola qu’ils tenaient au frais dans des seaux d’eau glacée. Le service était largement payé, mais j’étais prêt à dépenser une fortune pour ne plus souffrir de la soif.

Nous longions la verte vallée du Nil, où des agriculteurs disposaient de terres enrichies par les alluvions apportées par le fleuve royal, au moment des crues. Les cultures étaient abondantes, aussi bien en céréales, qu’en plantes fourragères ou en légumes. Nous avions fait une halte pour satisfaire la curiosité des possesseurs de jumelles. On apercevait dans le lointain une partie des trois célèbres pyramides de Gizeh.

Des gamins en costumes traditionnels, des paysans tirant un dromadaire chargé de marchandises, nous abordaient avec un sourire et se prêtaient contre un bakchich, aux jeux de nos appareils photos. Notre restaurant jouissait d’une vue imbattable sur le plateau désertique de la nécropole. Je n’imaginais pas un seul instant, découvrir ce site mondialement connu aussi près de la ville. En fait nous étions situé exactement à la frontière entre civilisation et désert.

Au programme, il était prévu de parcourir la zone à dos de dromadaires. J’avais besoin de silence et de recueillement face à ces 4500 ans d’histoire, aussi j’optai pour la marche afin de m’approcher le plus possible du sphinx. Des milliards de gens s’étaient trouvés à cet endroit avant moi, des milliards d’autres me remplaceraient. Pourtant l’instant présent m’appartenait.. Cette pensée me donnait la chair de poule. Je songeai à cette multitude de rêves qui avaient peuplé mon enfance. Que de chemins parcourus avant que certains d’entre eux ne deviennent réalité. La promenade touristique s’achevait et l’arrivée de la caravane mit un terme à mes rêveries.

Nous devions ensuite explorer l’intérieur de la pyramide de Kheops. Elle était constituée d’un nombre important de galeries qui formaient un labyrinthe, censé dissuader les pilleurs. Depuis déjà bien longtemps l’accès à la chambre funéraire avait été découvert. Pour atteindre la dernière demeure de pharaon, il fallait se servir d’un escalier métallique aménagé à l’usage des visiteurs, dans un couloir étroit et sombre. La progression se faisait la tête penchée et le dos courbé, mais la récompense suprême attendait les passionnés au bout de leur effort. Il ne restait rien dans la chambre hormis la pierre tombale qui avait renfermé le sarcophage, Je considérais néanmoins comme un privilège de me retrouver en ce lieu si prestigieux.

La journée s’achevait, il nous restait vingt cinq kilomètres à parcourir avant de regagner le Caire. La clarté du soleil avait laissé sa place à celle des lumières de la ville qui se reflétaient dans les eaux tumultueuses du Nil que nous franchîmes sur un pont nouvellement construit.

En très peu de temps, nous étions passés d’une architecture antique, datant d’au moins deux mille cinq cent ans avant Jésus-Christ, à l’architecture ultramoderne du vingtième siècle, ce qui me fit penser que le génie de l’homme était de toutes les époques.

Notre guide offrit de nouveau ses services, pour agrémenter notre soirée, en nous suggérant la visite d’un quartier très populaire de la ville. Il y avait moins de volontaires que la veille, j’étais de ceux qui avaient profité la nuit précédente d’une dose correcte de sommeil, j’acceptai donc l’invitation. Un quart d’heure de marche, nous suffirent pour atteindre une rue très étroite qui nous conduisait dans un souk populaire. L’endroit était inondé de la lumière émanant des différents commerces qui s’étalaient côte à côte, tout le long des allées, et qui malgré l’heure avancée de la soirée, continuaient à proposer un impressionnant achalandage à une nuée de badauds quelquefois intéressés mais négociant avec acharnement le prix des articles vendus.

Nous nous étions installés à la terrasse d’un troquet pour boire le traditionnel thé à la menthe. Certains d’entre nous essayèrent d’imiter les Cairotes, en fumant le narguilé, d’autres se pliaient aux usages de bienvenue en acceptant les colliers de jasmin qui leur étaient offerts.

L’ambiance était conviviale et l’accueil des plus chaleureux. La présence de notre guide d’origine orientale parmi nous n’était pas étrangère au climat de confiance qui s’était établi entre nous et les autochtones. Nous ne pouvions que le remercier de nous avoir conduits dans ces quartiers habituellement désertés des touristes.



L’instinct de survie

L’instinct de survie fait souvent perdre le sens du raisonnement et peut rendre l’homme terriblement dangereux pour l’homme.

Le corps, quelque soit le domaine, nous renvoie à notre condition, il a pour conséquence, souvent, l’agressivité, simple réponse à une menace réelle, ou future, ou imaginée.

 

Pourquoi l’homme, animal doté de raison conserve-t-il son instinct d’agressivité?

Parce que sa raison n’est pas suffisante pour dominer ses instincts.

Enfermez un groupe d’énarques, d’académiciens, de prix nobels, bref, une trentaine de personnes, parmi lesquelles un soi-disant « inculte », dans la même pièce, et donnez leur une fois par semaine de quoi nourrir dix d’entre eux, avec le strict minimum d’eau.
On verra tout de suite de quoi l’être humain est aussi fait.
Il n’est pas impossible que se soit le moins érudit qui se comporte de la manière la plus humaine.
Nous sommes conditionnés par notre corps, notre partie animale, et tout ce qui se rapporte à lui.
Dès que ce corps est en grande carence, il nous ramène inexorablement, fatalement, puissamment, à nos instincts les plus primaires, à la partie de nous dont nous ne pouvons nous défaire, puisqu’elle est le véhicule de notre existence, et donc, si nous la sentons en danger, pour la plupart d’entre nous, alors plus rien d’autre n’a d’importance, plus rien d’autre n’existe, sinon une réponse immédiate, brutale, sans aucune concession, à sa survie, fut-ce au dépens de celle de l’autre.

Parce que sa raison n’est pas suffisante pour dominer sa peur.

Au plus profond de lui-même, l’homme connaît la peur: la peur de l’autre homme, surtout de l’homme autre, cet inconnu, cet étranger, cet indésirable, cet intrus qu’il considère porteur de menaces et de dangers. La peur de l’homme s’enracine toujours dans la crainte de mourir. Dès lors, nous considérons l’autre comme un ennemi auquel nous prêtons l’intention de nous faire du mal et, peut-être, de nous faire mourir. Nous appréhendons la rencontre avec l’autre homme en le considérant comme notre meurtrier potentiel, quand bien même il ne manifeste aucune hostilité à notre égard.

La peur crée le danger plus souvent que le danger ne crée la peur.

Extrait du livre de mes mémoires (Itinéraire d’un enfant gâté – Égypte septembre 1976)

Je n’avais pas la notion du temps, peut-être étais-je couché depuis une ou deux heures. Je ne dormais pas aussi profondément que j’aurais pu l’espérer. J’avais soif et ma bouteille d’eau était vide, il fallait pourtant que je me réhydrate, car j’avais beaucoup transpiré. L’agence de voyage m’avait conseillé de ne pas boire au robinet, mais la tentation était trop forte,et tant pis pour mes intestins, d’ailleurs j’avais dans ma valise des gélules pour parer à toute éventualité. La lumière extérieure, perçait à travers les rideaux et j’eus envie d’ouvrir ma fenêtre pour observer l’agitation de la rue. Penché à ma balustrade je fumai une cigarette pour m’apaiser un peu, je me sentais légèrement nerveux. Du haut de mon deuxième étage je contemplais cette fourmilière humaine qui s’agitait dans tous les sens, je n’avais encore jamais rien vu de semblable.
Mon colocataire n’était pas encore rentré, et je regrettais à présent de ne pas l’avoir accompagné. Mes paupières étaient lourdes, il fallait que j’essaie de me reposer. J’avais dû m’assoupir mais je gardais les yeux semi-ouverts. Le plafond éclairé par les lumières de la ville servait de toile de fond à des ombres filiformes qui me donnaient l’impression de danser faiblement.
Un léger bruit me fit tressaillir, mon coéquipier était entré en essayant de se faire le plus discrètement possible.
Etait-ce mon état d’anxiété qui m’avait fait réagir ainsi ?
L’espace d’un éclair, je vis une troupe effrayante de momies, commandées par la silhouette agressive d’un individu armé d’un couteau, celui-là même qui m’avait fait sursauté peu de temps avant, alors qu’il était assis à proximité de ma chambre. Je me sentis brutalement en danger et sautai du lit en poussant un cri strident, en même temps que je décochai un coup de pied magistral dans ma table de chevet, qui s’en alla valser un peu plus loin.
Surpris par cette réaction d’une extrême violence, mon colocataire restait figé le long du mur. Le temps de recouvrer mes esprits, nous pûmes nous rassurer mutuellement.
J’avais été victime d’une hallucination et nous expliquions mon geste, par le fait que se sentant menacé, mon esprit avait obéi à un réflexe d’autodéfense. Je n’avais même pas mal aux orteils et pourtant la brutalité de mon geste aurait pu faire penser le contraire.
Nous passâmes une partie de la nuit à discuter de choses et d’autres, avant de trouver enfin un peu le sommeil. L’appel à la prière du petit matin, ne troubla pas notre repos.

 




Douloureux souvenir

J’ai été arrêté le 31 janvier 1944 par trois gendarmes, l’inhumanité même de ces trois hommes, le chiffre trois, chiffre impair qui montre bien la détermination d’être solidaires, de ne pas se laisser influencer face à la jeunesse, face aux suppliques de ma nourrice, des demandes insistantes du maire de la commune pour ne pas n’emmener moi, si jeunes, si innocente, qui avait la malchance d’être née juive! Alors que les armées alliées sont en train de délivrer l’Europe des Allemands, trois gendarmes français, on obéi aux ordres de m’emmener à Niort pour connaître le pire.

Ida Grinspan


Dimanche 25 avril, journée du souvenir de la déportation, une professeur d’histoire accompagnait comme depuis quelques années , ses élèves qui participaient avec elle aux cérémonies commémoratives de la déportation.

Elle avait demandé à une ancienne déportée de rédiger un texte que ses élèves devaient lire. Dans ce récit, l’auteur évoquait son arrestation par trois gendarmes alors qu’elle n’avait que 14 ans.

Ce témoignage a tout d’abord heurté la sensibilité d’un ancien gendarme, adjoint au maire dans la commune où la célébration devait avoir lieu.

Après échange avec cet adjoint, l’enseignante accepta de retirer le mot ‘‘gendarmes » et de ne plus évoquer que  »trois hommes qui obéissaient aux ordres de Vichy »

Le conseiller municipal en question, décida cependant de présenter le texte au maire qui en censura tout bonnement la lecture.


Déclaration du premier magistrat de la commune.

Je décrète qu’on ne lira pas ce texte, car il n’est pas de nature à apaiser les ressentiments à une époque où le repentir est malheureusement mis en exergue Ne stigmatisons pas une catégorie professionnelle qui dans ces temps troubles avait obéi aux ordres de l’autorité légitime.


Riposte de l’enseignante

Mes élèves ne participeront plus au devoir de mémoire et aux cérémonies commémoratives de votre commune. Je renonce à souscrire à ce que j’appelle une forme de censure


Réaction de l’ancienne déportée

C’est terrible cette mentalité-là. Il faut savoir regarder la vérité en face. Tous les gendarmes n’ont pas arrêté des gens et certains même ont permis d’éviter des déportations. Mais dans un pays démocratique comme le nôtre c’est triste de penser qu’on ne peut pas raconter l’histoire telle qu’elle s’est passée.


Nouvelle déclaration du premier magistrat de la commune

L’affaire du texte censuré de l’ancienne déportée a fait beaucoup de bruit et je tiens à m’expliquer. Je le reconnais c’est une maladresse. Je pense à cette dame qui a souffert dans sa chair et qui a dû être blessée par cette situation. Je lui présente mes excuses les plus sincères.

Je suis partisan d’une histoire apaisée. Jacques Chirac avait officiellement reconnu la responsabilité de l’état français dans la persécution des juifs. C’est désormais un fait reconnu.

Je n’ai pas interdit la lecture du témoignage de cette dame, j’ai dit que ce serait bien qu’on évite de stigmatiser une profession dans sa globalité.


Mon opinion (elle n’engage que moi)

Dans cette période troublée de notre histoire la terreur dominait le monde. Certains avaient parié sur une victoire totale et définitive de l’Allemagne, ils collaboraient donc avec l’ennemi dans l’espoir de s’enrichir et de grimper les échelons sociaux. Pour servir leur cause, ils n’hésitaient pas à commettre les pires des atrocités et n’éprouvaient aucune compassion pour les personnes qu’ils tenaient entre leurs griffes.

Le discours de l’ancienne déportée est remplie d’amertume et cette réaction est très logique, car il humainement impossible de pardonner l’impardonnable. Les exactions commises durant ce conflit mondial sont inconcevables pour des personnes saines d’esprit, la folie meurtrière qui s’était emparée des nazies dépassait largement l’entendement.

Je ne pense pas pourtant que les gendarmes avaient choisi le camp des bourreaux. Ils se soumettaient à un gouvernement qui avait capitulé devant l’envahisseur et qui en était à présent son esclave. Il fallait avant tout protéger sa famille, car la désobéissance risquait de coûter la liberté, voir même la vie.

Je ne pense pas non plus qu’un grande majorité de ces mêmes gendarmes, prenaient plaisir à agir de la sorte. Le sentiment de honte devait très vite se transformer en sentiment de faute puis de remords.

L’histoire nous raconte les effets psychologiques dévastateurs provoqués par des arrestations musclées, sur les victimes, mais elle passe sous silence celles subies par des exécutants qui n’avaient pas choisi le rôle qu’on leur demandait de tenir.

En pleine période d’occupation, pour la plupart de la population, il était impossible d’imaginer ni la cruauté du destin réservé à ces gens qu’on arrêtait avant d’être déportés par les Nazis, ni l’ampleur du génocide que découvrirait plus tard les troupes alliées.

Peut-être que dans le cas contraire davantage de personnes se seraient rebellés en enfreignant les ordres.

Avec soixante cinq années de recul depuis la fin de la guerre il est facile, assis dans notre fauteuil de dire que nous n’aurions jamais été du côté des méchants, pour quelqu’un qui n’a pas connu le conflit mondial de 39-45, il est impossible de savoir dans quel état d’esprit se trouvaient les contemporains de cette sombre période, l’instinct de survie prédominait, et l’on devait penser davantage à sauver sa peau que de se préoccuper de celle des voisins.

Notre président ayant reconnu la responsabilité de l’état français dans la persécution des juifs, il était donc inutile de vouloir un fois encore masquer la vérité en remplaçant un mot par un autre pour ne pas porter atteinte à une profession qui bénéficie largement du délai de péremption.

Que dire du préjudice moral infligé à une femme qui a largement souffert et qui méritait que l’on fasse preuve d’un peu plus de respect envers elle.



Extrait du livre de mes mémoires (Itinéraire d’un enfant gâté – Égypte septembre 1976)


A quelques encablures du musée des antiquités, l’après déjeuner fut consacré à la découverte de la vieille ville. Nous laissions provisoirement les pharaons, pour nous intéresser à la période conquérante des arabes. Datant du début de notre ère, la luxuriance des réalisations, en matière d’art et d’urbanisme, témoignaient de l’incontestable domination islamique et de son implantation irréversible dans ce pays. L’encrage politique et culturel des musulmans étaient présent à tous les coins de rues. Nous avions de noté à notre programme, la visite de deux édifices religieux. Avec discernement et dans le plus grand respect des rites, nous nous déchaussâmes afin de pénétrer à l’intérieur de la mosquée d’Ibn Touloun, qui me permit d’apprécier un style et de m’initier à une architecture qui m’était jusqu’alors, quasiment inconnue. Solidement implantée au cœur de la citadelle et érigée à partir de mille huit cent trente, Mehemet Ali fut la seconde mosquée que nous eûmes l’occasion d’explorer.

Sous une telle latitude, le crépuscule plongeait très tôt, la ville dans l’obscurité, marquant la fermeture des sites touristiques et contraignant les voyageurs à regagner leurs hôtels à un moment où en cette saison estivale l’astre solaire était encore au zénith en occident.

En cette période de ramadan, les musulmans respectaient scrupuleusement les astreintes liées à leurs croyances religieuses. Le jeûne prenait fin avec le soleil couchant, marquant ainsi le début des réjouissances. Nous traversions des quartiers populaires, noyés par une foule de gens qui se pressait vers les échoppes artisanales, ouvertes sur la rue. Tous ces petits commerces étaient largement éclairées et joyeusement animées par la diffusion de musiques orientales, diffusées en continu par différentes chaînes de radios. L’ensemble composait une indescriptible cacophonie qui déconcertait quelques peu l’occidental que j’étais.

Nous arrivions au terme de notre première journée de voyage et nous avions quartier libre jusqu’au lendemain matin. Emporté par la passion de son pays, notre guide qui ne se décidait pas à nous quitter, proposa de nous accompagner après dîner dans un cabaret généralement peu ou pas fréquenté pas les touristes. La plupart des participants au séjour acceptèrent la proposition. Je fus de ceux qui préférèrent décliner l’invitation, j’espérais ainsi pouvoir me reposer et récupérer un gros retard de sommeil.

C’était la première fois que je me trouvais complètement seul depuis que nous foulions la terre d’Égypte. J’étais cependant déterminé à me balader dans la rue qui jouxtait notre lieu de résidence.

Étranger parmi les étrangers, j’en ressentais comme à mon arrivée,un léger inconfort. Je décidai de regagner mon hôtel au plus vite, pressé de dissiper cette désagréable sensation.

Le couloir qui conduisait à mon lit était sombre, et dans cette demie obscurité, je faillis bousculer un employé de l’hôtel. Assis sur le sol, dos au mur, et les bras croisés sur ses genoux, il semblait dormir. Mon arrivée impromptue avait dû le réveiller car il s’apprêta à se mettre debout

Je lui fit signe de ne pas bouger, et je rentrai dans ma chambre à peine rassuré par cette rencontre insolite. Je fermai ma porte sans la verrouiller, en espérant que mon coéquipier ne tarderait pas trop à rentrer de cette fameuse soirée cabaret.

Malgré l’appréhension et bien que le vacarme extérieur fut identique à celui de la veille, mon épuisement était tel, que je dus plonger presque instantanément dans les bras de Morphée.




Moyenâgeux

Il était bien tard samedi soir lorsque je regagnai mon lit après avoir éteint mon téléviseur. La diffusion des deux derniers épisodes d’une série dont l’action se déroulait en 1375, venait de s’achever en nous laissant présager d’une suite à suspens et à rebondissement.

Ma déception fut bien grande ce matin en lisant dans la presse les mauvais résultats d’audience obtenus par ce feuilleton.

Cet échec risque fortement de compromettre le tournage d’une nouvelle saison, et pourtant cette production française distançait largement en matière de qualité la multitude de séries policières américaines qui inondent les écrans.

L’intrigue nous ramenait à ces temps que notre maître d’école nous décrivait comme les heures obscures de notre histoire.

Toutes les causes étaient en effet réunies pour faire de ce moyen-âge une période de profonds ténèbres, que peu de nos contemporains auraient aimé connaître.

A l’époque donc, la guerre de cent ans plongeait le royaume de France, dans le désastre d’une lutte sans merci contre les anglais.

Un fléau encore plus menaçant décimait les populations, la peste noire qui se propageait par la prolifération des rats. Prolifération d’autant plus grande que l’on massacrait les chats responsables selon la croyance de la transmission de la pandémie.

D’autres calamités achevaient d’accabler les paysans de misère, c’étaient les trop souvent mauvaises récoltes et la domination de la noblesse, qui ne prêtait que peu d’importance à la basse classe.

Le film nous montre avec beaucoup de minutie, les serfs et les vilains évoluer dans leur cadre de vie.

Ces paysans habitaient de modestes demeures, construites en bois ou en boue séchée, les maisons étaient couvertes d’un toit de chaume et ne s’ouvraient que sur une seule pièce mal éclairée par une petite fenêtre. Le sol était en terre battue, le mobilier était constitué de coffres, de quelques bancs et d’un lit garni d’une paillasse.

Presque toute les terres étaient aux mains de grands propriétaires tels que les seigneurs ou les ecclésiastiques, qui n’éprouvaient aucune compassion pour une population écrasée d’impôts, qu’ils pouvaient emprisonner ou condamner à mort sans la moindre restriction.

Le monde rural était volontairement maintenu dans l’ignorance (les paysans n’avaient pas le droit d’apprendre à lire sous peine de graves sanctions), ce qui permettait au clergé de le tenir sous son joug.

La peur de l’enfer et du jugement dernier était une obsession également encouragé, ce qui avait également pour effet de développer grandement l’obéissance religieuse et la reconnaissance du pouvoir de ce même clergé, le seul à être capable d’éloigner le mal.

L’esprit des croisades faisait remonter le désir de vengeance contre les juifs, accusés d’avoir mis à mort Jésus. On les rendait comme les chats, coupables de la peste, et des rumeurs circulaient sur leurs rituels supposés cruels. L’inquisition mise en place au XIIIe siècle se déchaînaient contre eux.
Personne ne pouvait échapper à l’autorité papale, l’inquisition était célèbre par ses excès en matière de tortures et de jugements sommaires. C’était un tribunal ecclésiastique qui servait aussi la politique du roi, en l’aidant à se débarrasser de certaine personnes, via le bûcher, et qui réduisait en cendres des milliers d’hérétiques.

La commanderie d’Assier, seigneurie de l’Ordre des Hospitaliers, est dans cette série télévisée l’unique espoir d’un peuple qui est terrorisé et qui à faim. Sa mission héberger, soigner et protéger par les armes, quiconque vient y trouver refuge.

La malédiction proférée à l’encontre du roi Philippe le Bel, responsable du massacre des Templiers et de la spoliation d’une grande partie de leurs biens, hante encore les esprits. Un trésor ayant appartenu à l’Ordre des Templiers serait caché à la commanderie et attise les convoitises de ceux qui cherchent à financer une nouvelle expédition en terre sainte.

L’arrivée impromptue de Louis I d’Anjou (grand-père de notre bon Roi René d’Angers, et frère du roi Charles V), qui à bien l’intention de s’approprier le magot, va déclencher une suite d’évènements dramatiques. L’histoire s’achève avant son dénouement, espérons donc que l’intérêt culturel de cette série l’emportera sur les exigences financières et que nous serons amenés à regarder la suite de cette passionnante fiction.




Extrait du livre de mes mémoires (Itinéraire d’un enfant gâté ou la suite de mon périple égyptien : 1 jour septembre 1976)


Avant de monter à bord d’un minibus, nous avions été invités à prendre notre petit déjeuner. Accompagnés d’un chauffeur et de notre guide, nous entamions cette première journée, par la visite du grand musée national des antiquités. En l’absence d’un réseau de transport en commun suffisamment développé, nous fûmes rapidement confrontés aux difficultés de circulation. Nous empruntions des infrastructures routières complètement saturées par une surpopulation urbaine totalement indisciplinée en matière de conduite.

Malgré une présence policière accrue aux intersections, le flux des automobiles avait bien du mal à être régulé et le passage en force, à grands coups de klaxons semblait l’emporter au détriment du respect élémentaire des règles de priorités. La cohue était présente aussi bien dans les rues, que sur les trottoirs et je comprenais à présent les raisons de ce vacarme incessant qui avait gâché mon sommeil et qui risquait de me dérouter durant une partie de mes vacances.

J’avais été impressionné par la grandeur de ce musée et par l’abondance de ses collections. Subjugué par la richesse du trésor de Toutankhamon et particulièrement par l’extrême beauté de son sarcophage, je pensais avoir atteint le summum du ravissement, quand nous nous dirigeâmes vers la salle des momies. J’avais sous mes yeux écarquillés, protégé par d’épaisses parois de verre, le corps gisant de l’un des plus grands pharaons de l’Égypte ancienne, Ramsès II, mort depuis plus de trois mille ans.

La fin de notre visite fut bien éprouvante pour les nerfs. Nous avions été délesté de nos appareils photos, avant d’entrer dans la galerie. Maintenant des groupes de gens toujours plus nombreux, s’agglutinaient aux abords du comptoir derrière lequel, un employé exploitait l’impatience des pauvres étrangers que nous étions, en faisant monter la tension. Par crainte de ne pas récupérer notre bien, nous faisions en effet preuve d’une certaine générosité pécuniaire, envers ce fonctionnaire zélé, qui jouait de notre manque de confiance pour accélérer ou ralentir son travail de restitution, de manière à recueillir un maximum de bakchichs.

Préservé de la chaleur et de ses agressions, j’avais oublié pendant un temps, les pollutions atmosphérique et sonore du Caire. Dès ma sortie du muséum, l’activité économique intense de la ville, me rappela à mes bons souvenirs.

Bien que les égyptiens soient en conflit avec Israël, soutenu par les occidentaux (mon passeport ne devait pas mentionner un passage dans l’état hébreux sinon je n’aurais pas obtenu l’autorisation d’entrée sur le territoire), notre statut de touriste suffisait à favoriser nos relations avec la population locale.

Cette sympathie que nous manifestait les autochtones, n’était pas dénuée d’intérêts. Nous étions en effet détenteurs de devises et donc des consommateurs potentiels, bien utiles au profit de la lutte que les égyptiens menaient contre leur propre précarité. Les enfants étaient les premiers à témoigner leur bienveillance envers nous. Notre présence provoquait attroupements, bousculades et sollicitations en tous genres.

Le soleil était au zénith et mon ventre me rappelait qu’il était l’heure de se mettre à table.



Froides statistiques

Dans la série la mort d’un homme est une tragédie, la mort d’un million d’hommes est une statistique, je lisais jeudi matin, dans la presse quelques lignes traitant de l’espérance de vie des cancéreux.

Censé nous informer d’une bonne nouvelle, mais rédigé d’une manière abrupte, l’article était dépourvu de toute humanité, et glaçait le dos, surtout de ceux concernés par le sujet.

Un peu comme on recense les moutons, l’annonce disait ceci :

Selon un rapport rendu public, sur les quelques 320 000 patients qui ont chaque année un diagnostic de cancer, plus de la moitié vivront encore cinq ans après et  »au moins 120 000 guériront »

120 000 guériront imprimés en italique pour nous signifier que la médecine sauvera certains du néant, mais le conditionnel reste de rigueur en particuliers en ce qui concerne la quantité exacte des rescapés.

Selon l’institut nationale qui a fourni ces données, il faut considérer ce bilan comme encourageant Donc si vous êtes malade débutant , vous pouvez espérer faire partie des 160 000 élus qui soufflerons encore leurs bougies en 2015 et pourquoi pas des 120 000 chanceux qui seront hypothétiquement sauvés. Rassurant non?

Des chiffres qui ne disent rien des cris et des larmes versées par les familles touchées par ce fléau.

Ce jeudi encore, j’assistais à la sépulture d’une lointaine parente. Je connaissais un peu de son histoire, car nous nous étions côtoyés lors de mes différentes quêtes généalogiques.

Son père n’avait que très peu compté dans son existence, elle était fille unique, s’était mariée mais n’avait pas pu avoir d’enfants. Son mari était décédé d’un cancer après quinze ans d’une union sans faille, et elle s’était très difficilement remise de son veuvage. Sa mère dont elle était très proche était elle même morte de la même maladie en l’an deux mille. Elle avait donc largement subi son lot de souffrance et de solitude avant de rencontrer enfin un ami avec lequel elle poursuivait désormais son chemin. La mort de ma cousine, vient de mettre un terme à leur romance.

Tous les membres d’une famille terrassés par la même affection et qui n’apprécieraient surement pas le ton résolument optimiste de ce journal.

Des dictionnaires entiers d’autres noms de malades, dont l’étoile brille pour toujours au firmament, mériteraient un peu plus de compassion de la part des milieux scientifiques et de leurs statisticiens.


Extrait du livre de mes mémoires (Itinéraire d’un enfant gâté – périple égyptien suite)


Après une toilette revigorante, nous sortîmes arpenter le bitume à la découverte du quartier et de ses alentours. Piétons et automobilistes s’étaient enfin assagis. Une étrange odeur flottait dans l’air que je ne savais analyser. Les rues étaient quasi désertes et presque silencieuses, mais l’état d’excitation dans laquelle nous nous trouvions, nous dissuadait de tout autre tentative de repos. Il faisait déjà chaud et sec, une légère brise soulevait la poussière qui volait jusque dans nos yeux. Le spectacle sans cesse renouvelé des mendiants blottis le long des façades et parfois même couchés dans les caniveaux, ravivait en moi ce sentiment de gêne à l’égard de cette misère qui me faisait relativiser sur les durs moments de pénuries financières que j’avais pu connaître à une certaine époque de mon existence. En comparaison de cette extrême indigence, ma pauvreté n’avait été qu’un simple mauvais moment à passer.

Parfois nous évitions des tas d’immondices, éparpillés sur le trottoir par une meute de chats à demi sauvages. Je me demandais comment était organisé le ramassage de ces ordures dans une ville d’une telle dimension. Le temps passait vite et le tumulte urbain reprenait du service. Les premiers marchands ambulants apparaissaient, poussant leurs charrettes pleines de fruits et légumes, vers les marchés de proximité. Les plus aisés parmi eux, disposaient de carrioles tirées par un mulet. Tout ce petit monde se fondait aisément avec le trafic routier, qui se densifiait au fil des heures. L’archaïsme cohabitait avec le modernisme, de la manière la plus naturelle possible.

J’étais à présent dans le petit salon de l’hôtel à rédiger mes premières correspondances. Le réceptionniste me proposa les bienfaits d’un ventilateur, car la chaleur commençait à se faire intense. Mon coéquipier était remonté se rafraîchir, tandis que les premiers membres du groupe commençaient à affluer dans le hall d’entrée.



Décadence et laxisme

Après un hiver trop long et des températures de début d’avril frisquettes, le soleil semble enfin disposer à nous dispenser de cette chaleur nécessaire à notre vitalité. Le carnaval s’est achevé très tard dans la nuit, et les milliers de spectateurs qui avaient envahi le parcours du défilé se sont envolés comme une nuée de moineaux. Les flonflons se sont tus, les groupes de danseurs ont raccrochés les déguisements et les chars ont regagné leurs hangars, une année vient encore de s’écouler.

En ce dimanche matin de la saint Parfait, je déambule dans des rues désertes, le contraste est saisissant compte tenu de l’ambiance euphorique des festivités de la veille. Seule une légère brise trouble le silence qui règne en maître au milieu de la ville.

Les confettis qui tourbillonnent dans le vent devraient être le seul témoignage de cette nuit de liesse populaire et pourtant l’envers du décor est là sous mes yeux. Je constate avec amertume l’incivisme qui prévaut, comme à chaque fois qu’une réunion de telle ampleur est organisée.

Les bombes aérosol à serpentin, les cannettes en aluminium ou en verre jonchent le sol à deux pas des poubelles publiques largement présentes à différents endroits des quartiers, des dizaines de sacs en plastique ressemblent à des cerf-volants qui s’écrasent contre les façades des maisons avant de redescendre sur les trottoirs, attendant un nouvel assaut du vent pour reprendre leur course.

Le pire je le constate en traversant le parc municipal qui a manifestement servi d’aire de pique-nique, emballages à pizzas, sacs et cartons alimentaires jetables portant bien leur nom, gobelets en plastique, etc… l’endroit ressemblent à un dépotoir à ciel ouvert au milieu duquel le promeneur que je suis, n’a pas envie de s’arrêter. Je sens la colère monter en moi quand j’aperçois un massif de tulipes piétinés par des individus qui peu soucieux de respecter le travail des employés municipaux, font également supporter aux contribuables les frais de leur inconduite.

Vivons nous une époque de décadence et de laxisme, ou ce genre de situation existait-il lorsque j’étais enfant. Peut-être suis je en train de devenir un vieux grincheux et que finalement tout ceci n’est pas aussi grave que je veux bien l’imaginer. Il me semble pourtant qu’une certaine morale s’est envolée de l’éducation des nouvelles générations et mes craintes pour l’avenir ne semblent pas prêtes à se dissiper.

 

Extrait du livre de mes mémoires (récit de voyage Égypte 1976)

 

Très vite nous fûmes pris en charge par notre guide accompagnateur et acheminés en autobus vers notre hôtel. Il était environ dix huit heures quand nous quittâmes l’aéroport, mais la nuit était déjà tombée. Je n’avais plus la force de me réjouir d’avoir enfin atteint mon but, car j’étais littéralement épuisé par cette folle journée. Tout en essayant de faire le vide dans ma tête, je fermai doucement les yeux me laissant bercé par le ronron sécurisant du moteur. Au loin les premiers néons de la ville apparaissaient à travers les vitres du véhicule, me laissant présager que nous approchions de notre destination finale.

Nous posâmes nos valises dans un hôtel situé en plein cœur d’un quartier populaire, très fortement agité en cette période de ramadan. La rue grouillante de vie, continuait à déverser son flot continue de véhicules qui manifestaient leur présence par des coups de klaxons intempestifs. Sur les deux trottoirs, une foule dense et ininterrompue, contribuait à prolonger l’activité commerciale, bien au delà du crépuscule. Le couché du soleil, avait marqué en effet la fin d’un jeûne débuté dès l’aurore et qui s’était achevé par le traditionnel coup de canon, approximativement tiré au moment de notre arrivée à l’aéroport. Les musulmans, consacraient à présent la soirée à se restaurer et à faire la fête en attendant une nouvelle journée de privation.

Les différentes formalités administratives accomplies, nous avions reçu nos clés, avant de passer au restaurant pour le dîner. Ma mémoire me fait défaut quant à la qualité des repas qui nous fûmes servis durant tout ce voyage. Sans doute cette alimentation ne s’éloignait elle pas trop de nos habitudes culinaires. Nous séjournions dans un pays pauvre et la quantité de nourriture mise à la disposition des touristes était sans commune mesure avec celle, singularisée par l’abondance et la richesse des plats qui m’avaient été servis en Scandinavie. Cette différence de prestations, n’affectait en rien la qualité de mes vacances.

Je partageais ma chambre avec un parisien, fleuriste de métier et à peu près de mon âge. Nous avions choisi cette formule par souci d’économie. J’avoue qu’en sa présence, je me sentais un peu moins dépaysé et surtout en relative sécurité. Le choc des cultures n’était pas une chose à laquelle on faisait face dès la première seconde et mon colocataire m’aidait à ne pas me sentir complètement perdu, d’autant plus que nous avions opté pour un hébergement qui nous permettait d’évoluer en plein cœur des populations locales, aux antipodes des formules qui proposaient aux occidentaux, un accueil dans des complexes touristiques, dont l’agencement ne différait pas beaucoup de leurs habitudes. Ces hôtels surprotégées était pour la plupart construits dans des secteurs résidentiels, bien à l’écart des petites gens et de leurs préoccupations quotidiennes.

Nous étions logés au second étage de l’immeuble et notre chambre donnait sur la rue Gomhoreya. L’hôtel Victoria datait de l’époque de la domination britannique. Il n’était pas récent et de confort modeste, mais nous disposions de sanitaires propres, d’une salle de bain très acceptable et de lits relativement confortables.

Nous avions passé un long moment à discuter, afin d’apprendre à nous connaître, puis nous avions tenté de nous coucher pour récupérer le sommeil qui nous faisait défaut. Il faisait chaud, mais le vacarme incessant de la circulation, nous dissuadait d’ouvrir notre fenêtre. Dormir dans ces conditions extrêmes, relevaient d’un miracle. Cependant, nous avions à force d’insistances, réussi à nous assoupir avant d’être définitivement réveillé par un appel à la prière, diffusé par voie de haut-parleur et émanant du minaret voisin. Il était environ quatre heures du matin et il faisait déjà grand jour. Nous brûlions d’impatience de sortir de notre isolement et nous décidâmes de ne pas nous attarder plus longtemps dans notre lit.



Eyjafjallajokull

Les médias nous rabâchent à longueur de temps que nous traversons une grave crise économique. Les associations caritatives qui fleurissent comme les pâquerettes au printemps, appellent à la solidarité, alors soyons solidaires de ces pauvres vacanciers qui sont tragiquement bloqués dans les aéroports, à cause d’un vilain volcan islandais qui crache des épaisses fumées nocives aux avions qui voudraient les affronter.

Certains hommes de sciences ont dit, réjouissez vous mes frères, car grâce au réchauffement climatique, la fonte des calottes glaciaires dans les décennies à venir, en ôtant un grand poids libèreront beaucoup plus facilement le magma, lors des éruptions qui seront de plus en plus nombreuses.

Certains hommes de sciences ont dit aussi, qu’il n’y avait aucune preuve montrant que le phénomène actuel situé sous le glacier Eyjafjallajokull, était lié au réchauffement de la planète, nous voilà rassurés, tant pis pour les futures générations.



Extrait du livre de mes mémoires



Situé au niveau supérieur, les zones d’embarquement étaient accessibles au départ des différentes portes, par l’intermédiaire d’escalators. Protégés par une galerie en plexiglas, nous traversions un puits central inondé de lumière, où s’entrecroisaient les passagers en partance ou en provenance des différents continents.

Les formalités douanières achevées nous fûmes dirigés vers un endroit exigu, réservé pour l’heure aux seuls et uniques participants de notre vol AF124.

Il était bientôt onze heures à ma montre quand une issue s’ouvrit sur le sourire d’une hôtesse qui nous invitait à emprunter ce que je pensais être l’un de ces fameux tunnels contemplés lors de mon arrivée en taxi. J’eus la confirmation que ce large passage avait pour usage d’acheminer les voyageurs directement à l’intérieur de la carlingue.

De part sa démesure et sa modernité, l’airbus dans lequel nous prenions place n’avait rien à voir avec les DC8 que j’avais pu emprunter précédemment. La partie centrale de l’habitacle était occupée par des rangées de places assises désolidarisées des sièges latéraux par deux larges allées dans lesquelles une personne pouvait aisément déambuler. L’avion pouvait transporter un grand nombre de passagers, cependant l’espace vital de chacun étant préservé, je n’avais pas cette sensation de mal-être qu’une situation de confinement aurait pu provoquer en moi. Assis du côté gauche de l’appareil à proximité d’un hublot, j’avais obéi à l’ordre qui nous avait été donné, d’attacher notre ceinture. Très vite nous sentîmes que nous étions en mouvement. L’avion rejoignait doucement sa piste d’envol. Le décollage m’avait largement impressionné. Le commandant de bord nous informait à présent que nous avions atteint notre vitesse de croisière, soit les neuf cents kilomètres par heure. La stabilité en plein ciel ainsi que le ronron assourdi des moteurs contribuaient à renforcer cette impression de sûreté et d’invulnérabilité que cette merveille de haute technologie avait suscité en moi dès l’instant où j’avais franchi la porte d’accès aux passagers. Une hôtesse nous fit la démonstration des gestes à réaliser en cas d’incidents majeurs, tandis que l’une de ses collègues commença à nous servir un plateau repas. Pour mon plus grand bonheur, mon expédition en Scandinavie n’avait émoussé en rien le côté enfantin de ma personnalité. Je continuais à m’émerveiller et à m’extasier au fur et à mesure de mes découvertes. Loin d’être blasé et insensible au milieu dans lequel j’étais en train d’évoluer, mes yeux étaient au contraire aux aguets. Des années d’enfermement et de repli sur soi étaient à l’origine de ma frustration. Je m’employais à présent à combler cette lacune en ouvrant ma fenêtre sur l’humanité et en faisant de mon inexpérience un stimulant à la soif que j’avais d’apprendre et de comprendre la vie.

Nous fîmes escale à Athènes où nous devions embarquer une série de passagers parmi lesquels une équipe de footballeurs, qui se rendait à Dubaï en Arabie Saoudite. Nous avions l’autorisation de sortir sur la passerelle pour nous dégourdir les jambes. J’étais de ceux qui voulurent en profiter. Je fus instantanément suffoqué par la chaleur. La réverbération intense du soleil sur l’asphalte, me blessa les yeux, mais j’eus le temps de ressentir comme un léger frisson à la vue de cette étrange étendue désertique qu’était le tarmac en ce milieu d’après-midi. Le personnel navigant nous fit savoir que l’aéroport était en état d’alerte. Le commandant de bord avait reçu la consigne de diriger son appareil vers un endroit très précis à l’écart d’une zone ultra sécurisée. Les autorités grecques redoutaient l’atterrissage forcé d’un Boeing contrôlé par des terroristes qui étaient pour l’heure en pleines négociations avec les gouvernements régionaux.

Depuis le début des années soixante dix, l’aviation civile était la cible privilégiée de détournements à répétions. J’avais choisi une destination où les probabilités d’un piratage étaient possibles, mais peu probables. Persuadé d’être à des années lumières de ce type d’incidents, je n’avais pas manqué de répondre par des sourires au boutades multiples que cette destination dite à risques avait alimentées au fil de mes conversations. J’étais à présent au cœur d’un fait divers qui faisait la une de l’actualité. Je n’étais que le témoin de cet évènement mais je pris soudainement conscience que j’aurais pu en être la victime, confirmant la thèse selon laquelle les choses n’arrivent pas qu’aux autres.

Nous reçûmes l’ordre de décoller à l’horaire prévue. La deuxième partie du voyage se déroula sans incident. Nous étions à présent en phase d’approche. Le commandant de bord nous avait informé de notre atterrissage imminent après nous avoir donné l’ordre d’attacher notre ceinture. Il nous avait souhaité un bon séjour en nous précisant l’heure locale et la température ambiante que nous allions trouver à notre arrivée. Il nous avait recommandé au préalable de jeter un œil à travers les hublots de l’appareil, d’où l’on pouvait distinguer comme égaré dans l’immensité désertique, le minuscule trio mythique des pyramides de Gizeh Envahi par une excitation difficilement contenue, je m’étais délecté de ce moment privilégié qui me rappelait ma petitesse face à l’échelle du temps et l’humilité dont je devais faire preuve au regard de ce grand mystère que représentait l’existence de notre univers.

Au sortir de nos presque cinq heures de vol, nous étions descendus de la passerelle, oppressés par la chaleur et la sécheresse de l’air. La lumière diminuait d’intensité car nous arrivions au couché du soleil. Des agents de service s’affairaient à descendre les bagages de la soute mais j’avais l’impression que sur le reste de l’aéroport, le calme prédominait.

Je ne pouvais m’empêcher de comparer mon expérience présente, à celle de l’année passée et le contraste était saisissant. Malgré quelques spécificités, les us et coutumes du peuple norvégiens restaient très proches de nos propres habitudes. Je ne m’étais jamais senti dépaysé lors de mon séjour en Scandinavie.

A l’inverse, en posant le pied sur le sol égyptiens, j’éprouvai immédiatement comme une sorte de malaise. Plus nous approchions du contrôle bagages, plus j’avais l’impression de ne pas être à ma place en ce lieu. D’un seul regard, j’avais mesuré l’ampleur des différences qui séparaient nos deux civilisations.

J’étais presque gêné de ma situation d’européen riche et privilégié. Je considérais le regard des gens comme autant de jugements portés à mon encontre. Ma présence indécente était comme une forme de provocation face à leur pauvreté. De peur d’être considéré comme un indiscret, je n’osais plus lever les yeux du sol, car la tentation était grande d’observer des scènes de vie qui m’étaient jusqu’à présent totalement étrangères.

Ce mal-être se dissipa un peu à l’instant même ou mon passeport me fut rendu par un douanier qui d’un large sourire me souhaita un bon séjour dans son pays. Je compris que je ne pénétrais pas sur un terrain hostile mais qu’à l’inverse, j’étais plutôt accueilli avec respect. Choc des cultures oblige,il me restait du chemin à faire avant d’être totalement à l’aise, mais j’étais partiellement rassuré et mieux disposé à profiter de cet opportunité qui m’était offerte de découvrir un peuple.



Voyages voyages

La machine à remonter le temps n’existe pas, et pourtant il se trouve une façon simple de voyager à travers les siècles, c’est de s’asseoir dans un fauteuil de théâtre et de se laisser transporter par le talent des acteurs, à l’époque par exemple, de l’intrigant cardinal de Mazarin, drapé dans son habit de diable rouge.

Un périple historique et politique qui prouve qu’en affaires, rien a changé. Il faut donner l’illusion que tout est possible, surtout quand on est sûr de rien

Nos hommes de pouvoirs contemporains n’ont rien inventé. Dans le royaume de France régenté par la reine mère, Anne d’Autriche, au remède à apporter à un trésor qui était à sec ( aujourd’hui on parle de la dette de l’état), son premier ministre répondait:

« Dans un royaume où la dette se creuse chaque jour un peu plus, impossible de toucher aux plus démunis et pas question de froisser les nantis, il n’y a que la classe moyenne, qui à peur de devenir pauvre et qui rêve d’être riche qui peut contribuer au redressement du pays »

Extrait de la pièce de théâtre  » Le diable rouge »

J’aimerais que Monsieur le Surintendant m’explique comment on s’y prend pour dépenser encore quand on est déjà endetté jusqu’au cou…

 ** Mazarin  : Quand on est un simple mortel, bien sûr, et qu’on est couvert de dettes, on va en prison. Mais l’Etat… L’Etat, lui, c’est différent. On ne peut pas jeter l’Etat en prison. Alors, il continue, il creuse la dette ! Tous les Etats font ça.
** Colbert   :  Ah oui ? Vous croyez ? Cependant, il nous  faut de l’argent. Et comment en trouver quand on a déjà créé tous les impôts imaginables ?

** Mazarin : On en crée d’autres.
** Colbert : Nous ne pouvons pas taxer les pauvres plus qu’ils le sont déjà .

** Mazarin : Oui, c’est impossible.

** Colbert : Alors, les riches ?

** Mazarin: Les riches, non plus. Ils ne dépenseraient plus. Un riche qui dépense fait vivre des centaines de pauvres.

** Colbert : Alors, comment fait-on ?

** Mazarin : Colbert, tu raisonnes comme un fromage (comme un pot de chambre sous le derrière d’un malade) ! il y a quantité de gens qui sont entre les deux, ni pauvres, ni riches… Des Français qui travaillent, rêvant d’être riches et redoutant d’être pauvres ! C’est ceux-là que nous devons taxer, encore plus, toujours plus ! Ceux là ! Plus tu leur prends, plus ils travaillent pour compenser… C’est un réservoir inépuisable.

 

 

 

 

 

 

 

A méditer :


Le voyage est une espèce de porte par où l’on sort de la réalité comme pour pénétrer dans une autre réalité inexplorée qui semble un rêve.

Le voyage me semble un exercice profitable. L’âme y a une continuelle sorte d’entrainement à remarquer les choses inconnues et nouvelles.


Extrait du livre de mes mémoires



Une grève de la SNCF perturbait la rentrée. Les cheminots s’étaient engagés dans un conflit avec leur direction au début du mois. Ce matin du cinq septembre, Chantal était venue me conduire à la gare de Cholet sans trop de convictions, car le trafic ferroviaire était fortement perturbé. Ma correspondance pour Angers était annulée, cependant on m’avait donné l’information qu’un train en direction de la capitale était maintenu au départ de cette même ville d’Angers. Je n’avais qu’une heure devant moi pour ne pas rater cette occasion unique de gagner Paris dans la durée qui m’était impartie. De son côté, Chantal avait juste le temps de faire l’aller et le retour pour ne pas arriver en retard à son travail. A partir de cet instant précis, une course contre la montre s’engagea. Notre marge de manœuvre était mince, aussi avais je l’impression de bien mal commencer mon périple oriental et je ressentais en moi une montée d’adrénaline qui collait mal avec l’état d’esprit qui aurait du être le mien en ce début de vacances. Nous n’avions pas eu le temps de longs discours à notre arrivée à la gare. Il me fallait très vite rejoindre les quais et grimper dans un wagon bondé de voyageurs satisfaits d’avoir trouvé enfin une solution à leurs tourments.

A Montparnasse régnait la plus complète des anarchies. A cette heure de grande affluence, il fallait se frayer un chemin à travers une foule de plus en plus compacte. Je ressentais comme une sorte de nervosité grandissante dans les comportements des gens et j’étais bien content de m’éloigner de cette galère. Il n’était pas à l’ordre du jour de prendre le métro, mon avion décollait aux alentours des onze heures. J’avais donc opté pour le taxi, auquel j’avais donné l’ordre de me conduire à Roissy, le plus rapidement possible.

Implanté au nord est de la capitale, cette infrastructure ultra moderne et de conception nouvelle, était pour l’époque l’un des aéroports les plus vastes et les plus modernes au monde. De la rocade, à travers la vitre du véhicule, je fus très impressionné d’apercevoir la structure gigantesque et futuriste de l’aérogare. Les yeux écarquillés je constatai avec émerveillement l’ingéniosité des architectes qui avaient imaginé un rangement des avions aux abords des bâtiments de manière à ce que chaque appareil soit relié à l’édifice par un tunnel escamotable, évitant ainsi aux passagers une sortie sur le tarmac. Le spectacle de ces machines volantes disposées en arc de cercle était à couper le souffle.

Ayant un peu dépassé l’horaire de convocation, je me présentai au comptoir d’Air France, fort de mon expérience précédente et sans appréhension particulière. L’enregistrement des bagages s’effectuait en ordre dispersé, car la plupart des gens accusaient plus ou moins de retard, pour avoir affronté les mêmes difficultés que moi.

Ce laps de temps aussi court entre mon départ de Cholet et mon arrivé à l’aérogare, ne m’avait pas permis de prendre le moindre répit. Il me restait cependant une dernière démarche à accomplir avant de m’accorder une pause. Pour plus de facilités, il était en effet dans mon intérêt d’acheter des devises égyptiennes avant le décollage. Nous avions la consigne de porter un badge et de nous regrouper porte numéro quatre pour y attendre l’ordre de départ. Je n’eus donc pas de difficultés à identifier mes compagnons de route après avoir rallié les lieux désignés par notre tour-opérateur. Le stress engendré par les péripéties de cette matinée laissa la place à la détente et à la convivialité dans la perspective d’un séjour plein de mystères et de découvertes exceptionnelles.



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