Tristesse et désolation

Papa était un homme discret et pudique, il ne dévoilait que peu de choses de son passé, et n’exprimait ses sentiments que très rarement. Je n’avais pas besoin d’un long discours, je savais d’instinct qu’il m’aimait profondément. J’avais découvert dans les documents souvenirs de notre famille, qu’il avait séjourné au Maroc dans le cadre de son service militaire, et que mon grand-père était décédé durant son absence. Sans doute avait-il souffert de ce drame, mais face à son mutisme persistant, j’avais appris à ne pas poser de questions.La sépulture de maman fut le point final d’un premier chapitre relativement heureux de ma vie. Dès lors que nous nous retrouvâmes seuls après la cérémonie, une chape de plomb s’abattit sur notre foyer. Ecrasé de douleur, mon père était devenu agressif. Il ne supportait pas que l’on puisse être aussi malheureux que lui, aussi m’interdisait-il toutes formes de manifestations extérieures. Ce silence imposé était lourd de conséquences pour mon équilibre psychologique.Si autrefois je pleurais en cachette pour épargner ma mère, à présent je m’isolais pour me protéger des réactions imprévisibles de papa. Je n’étais pas menacé physiquement, mais cette extrême autorité à mon encontre et l’inhabituel sévérité de ses paroles me remplissaient d’effroi. J’avoue qu’à cette époque j’avais très peur de son comportement. A force de contenir ses sentiments, il finissait par ne plus être maître de lui et j’étais dans ces périodes de crises, le témoin de scènes difficilement supportables. Sous tension permanente, traumatisé par une situation que me dépassait complètement je n’étais plus que l’ombre de moi même.

Extrait du livre de mes mémoires A partir de ce jour, la vie ne fut plus jamais comme avant dans notre maison. L’atmosphère était lourde et pesante, les semaines s’écoulaient tristes et monotones, chaque jour apportant son lot de chagrins et de désespoirs. Une chape de silence s’était abattue sur ce qu’il restait de notre foyer.

Mon père avait décidé de ne rien changer au décor de la maison, tous les effets personnels de ma mère étaient devenus des objets de culte. Ses vêtements n’avaient pas quitté les armoires, toujours rangés à la même place. Je sentais la présence de la mort partout, c’était quasiment invivable. Parfois les nerfs craquaient et je me mettais à pleurer, toujours en cachette car mon père de supportait pas qu’un autre que lui souffre de la disparition de sa femme. Jamais il ne me questionna sur le tragique instant où j’avais découvert maman gisant sur le carrelage, le sujet était complètement tabou. Plus jamais il ne fut question d’évoquer ne serait ce que cinq minutes, des instants que nous avions partagés avec ma mère.

Papa restait des longs moments prostré devant son assiette pleine, puis il se mettait à éclater en sanglots. J’étais tétanisé sur ma chaise incapable d’avaler une seule boucher de mon repas, mais je ne devais ni pleurer ni être triste, car il me fallait me protéger de l’agressivité que mon père manifestait envers moi, tant il était incapable de gérer son immense chagrin



L’horrible, l’impensable, l’irréparable

Devant l’ampleur de cette tragédie, ma réaction vive et violente avait donc été de pousser ce cri horrible, qui me déchirai les entrailles. Mon esprit, mon âme, mon corps entier, sombrèrent ensuite dans un espèce de trou noir. Je me souviens d’avoir alerté un passant dans la rue et puis après le néant. Les voisins d’en face, m’avaient recueilli, mais je ne savais pas comment. En état total de léthargie, j’avais fait le vide autour de moi. Je ne voyais plus rien, je ne saisissais plus rien, je n’éprouvais plus rien, je n’avais ni faim, ni soif, ni sommeil. La petite sœur infirmière, était venue m’annoncer qu’il ne fallait pas être triste, car ma maman était au ciel. J’étais resté totalement indifférent à son discours, mon esprit tout entier s’était volontairement mis en état d’hibernation, sans doute un réflexe d’autodéfense contre l’effroyable souffrance à laquelle je venais subitement d’être confronté.Je fus hébergé le temps des funérailles chez des amis de mes parents. Je connaissais bien cette famille car avant que maman ne soit trop gravement atteinte, nous nous rendions mutuellement de fréquentes visites. Patrice leur fils était aussi un camarade de classe. Je me sentais bien chez eux, leur maison c’était le calme après la tempête.

L’endroit était idéal pour fuir la réalité et dans cet havre de paix après la tension extrême que mon pauvre corps avait du subir, je pouvais enfin me poser et revenir progressivement à la vie.

Papa avait souhaité que je rende une dernière visite à ma mère avant qu’elle ne soit ensevelie. Elle était belle dans la mort, elle ressemblait à ces princesses de contes de fées, plongées dans le sommeil en attente du prince charmant. Elle était allongée sur le lit, les yeux fermés, un drap d’un blanc immaculé, couvrait ses jambes jusqu’à la hauteur de la ceinture. Un chapelet entourait ses doigts. Ses mains jointes, comme dans un geste de prière, étaient posées sur son buste. Une gerbe de roses rouges avait été déposée à côté d’elle à la hauteur de ses hanches.

Mon père n’avait pas pu dissimuler son immense chagrin en m’apercevant, je le voyais pleurer, pour la première fois de ma vie et je savais que dans nos relations plus rien ne serait désormais comme avant.

Je n’avais pas assisté à la sépulture et je ne sais pas vraiment bien pourquoi. Patrice qui me faisait partager ses jeux, m’avait le temps de ce séjour permis de retrouver provisoirement mon âme d’enfant. J’appréhendais le moment où je devrais quitter ma famille protectrice, mais on ne peut pas indéfiniment se dérober et je savais qu’il faudrait très bientôt me confronter de nouveau à la vie.

 

Extrait du livre de mes mémoires

Lorsque mon père revint me chercher, le stress recommença à envahir tout mon corps, il me fallait de nouveau affronter l’épouvantable évidence. J’avais envie de lui dire :  » laisse moi ici, je suis tellement bien dans cette maison, la vie y est si douce et si calme, je ne veux pas renter chez nous pour vivre à nouveau ce cauchemar « . Papa avait le visage grave, complètement buriné par le grand malheur qui venait de s’abattre sur lui, lorsque nos regards s’étaient croisés, immédiatement j’avais senti un profond malaise s’installer. Plus jamais nous n’aurions les mêmes rapports entre nous. Le bonheur s’était envolé en même temps que l’âme de ma mère avait rejoint le ciel.

De retour à notre domicile, j’avais pu rencontrer quelques membres de la famille qui étaient encore là, car la sépulture venait de s’achever et mon père n’avait pas voulu venir me chercher avant la cérémonie, il avait souhaiter m’en dispenser. J’appris que grand-mère Gautier allait désormais habiter avec nous, il fallait bien une femme pour élever un petit garçon de bientôt sept ans et pour s’occuper entre autres, des tâches ménagères. Je ne suis pas sûr que mon aïeule avait accepté cette grande responsabilité sans appréhension. Pour elle, ce devait être sans doute difficile de quitter sa maison, ses amies et ses habitudes de vie.

Mon père m’emmena sur la tombe de ma mère qui reposait désormais sous un monticule de terre couvert de fleurs et d’objets funéraires que les familles et amis des défunts avaient l’habitude d’offrir en de telles circonstances. Il me tenait par la main, qu’il me serrait de plus en plus fort, son chagrin était perceptible, je n’osais pas le regarder, il ne prononça pas un mot. Je rompis le silence en lui promettant de venir fleurir la sépulture tous les jours de la semaine. Il me répondit que c’était le devoir d‘un fils d’accomplir ce geste, pour sa mère, et qu’il m’en était reconnaissant



Beauté fragile

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Tu n’avais que vingt neuf ans, je n’avais pas encore sept ans.

Que la rose soit pour toujours l’emblème de ta beauté et de ta fragilité.

Reçois en hommage de l’amour que tu m’as donné, ce poème écrit par Pierre de Ronsard

 

Comme on voit sur la branche au mois de mai la rose

En sa belle jeunesse, en sa première fleur

Rendre le ciel jaloux de sa vive couleur,

Quand l’aube de ses pleurs au point du jour l’arrose :

La grâce dans sa feuille, et l’amour se repose,

Embaumant les jardins et les arbres d’odeurs :

Mais battue ou de pluie ou d’excessive ardeur,

Languissante elle meurt feuille à feuille déclose :

Ainsi en ta première et jeune nouveauté,

Quand la terre et le ciel honoraient ta beauté

La parque t’a tuée et cendre tu reposes.

Pour obsèques reçois mes larmes et mes pleurs,

Ce vase plein de lait se panier plein de fleurs,

Enfin que vif et mort, ton corps ne soit que roses.



Enfance violée

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Ma mère semblait aller beaucoup mieux. Nous avions retrouvé la parole et le sourire. Une once d’optimiste s’installait enfin au sein de notre foyer.Cette embellie faisait naître des projets. Maman parlait d’agrandir la famille. Plus matériellement, mon père avait fait l’acquisition d’une machine à laver le linge, précieuse invention pour les femmes qui après des années de labeurs pouvaient enfin bénéficier de la technologie moderne, allégeant ainsi cette charge considérable de travail qu’était la lessive. La cerise sur le gâteau, mon père l’avait annoncé un soir au cours du dîner. Puisque nous n’avions pas de voiture et puisque nous ne pouvions pas faire grand chose pour ne pas fatiguer maman, notre prochain achat serait celui d’un téléviseur. Dans notre village, les possesseurs d’un tel appareil se comptaient sur les doigts d’une main. Papa nous offrait sans doute le luxe extrême, quelque chose que je n’aurai même pas pu imaginer dans mes rêves et ce en dépit d’un sacrifice financier que j’imaginais important pour son budget.Nous pensions que notre avenir s’ouvrait sur d’autres horizons. Le soleil était dans notre maison et dans nos cœurs. Ma mère resplendissait de beauté et de bonté. J’étais le petit garçon le plus heureux du monde car j’avais reçu en cadeau du ciel la grâce et l’amour d’une maman. Oui vraiment tu étais pour moi l’image de la perfection.En mars de l’année mille neuf cent soixante et un, alors que rien ne laissait présager ce cataclysme, le cruel, injuste, et inexplicable destin à choisi de t’arracher à nous, tu nous quittais, laissant derrière toi une maison inondée de douleurs.

 

Extrait du livre de mes mémoires Lorsque j’ouvris la seconde porte pour pénétrer dans la cuisine, d’abord je crus la maison vide. Je ressortis pour appeler ma mère à l’extérieur. Je poursuivis mes recherches jusqu’à la grange, et de là, jusque sur la route. Elle ne pouvait pas être chez ma tante, car celle-ci était absente. Je retournai donc dans la cuisine, étonné de ne pas trouver maman pour m’accueillir à cette heure de la journée. L’inquiétude vira au cauchemar, lorsque que je découvris son cadavre gisant entre la table et l’évier. Elle était en train de laver des bocaux pour faire des conserves, lorsqu’elle s’était écroulée, terrassée par un ultime malaise. La bassine pleine d’eau restée sous le robinet de l’évier, en témoignait. Maman était allongée sur le dos, les bras contre son corps. Les yeux grands ouverts, elle fixait le plafond, mais son visage était détendu et parfaitement serein. Je m’étendis sur le sol, en me blottissant contre elle, puis je l’embrassai sur les joues et sur le front. Son visage était glacial et légèrement violacé. Je passai mes doigts tout doucement sur ses paupières et sur ses lèvres, je caressai ses cheveux, puis je restai un long moment immobile dans le silence, mon bras droit entourant sa taille. Des larmes commencèrent à perler sur mes joues, je compris que ma mère s’en était allée et que plus jamais je ne pourrai lui parler, rire avec elle ou l’embrasser. Je poussai un cri qui me déchira la gorge et sorti en courant à la recherche d’un adulte qui pourrai m’aider à sortir de cet enfer. En un instant je venais de perdre ma mère et ma jeunesse. Le traumatisme était incommensurable, d’une cruauté inouïe. Je n’avais pas encore sept ans, mon enfance venait d’être violée, et à jamais détruite.



Fatalité de la vie

 grolleaujosephine.jpgNi le soleil ni la mort ne peuvent se regarder fixement. Grand-mère aujourd’hui encore je pense à toi.

Ma sensibilité d’enfant était largement égratigné par cette douloureuse épreuve. En grandissant, j’avais commencé à comprendre l’extrême fragilité de la santé de ma mère, aussi pour ne pas l’inquiéter, je m’interdisais de manifester ma peine. A chaque fois que le besoin se faisait sentir, je m’isolais dans un coin du jardin. Je m’assoyais sur la margelle du puit, et là je laissais couler mon trop plein de larmes. Le soir j’avais du mal à m’endormir. Mes premières crises d’angoisse, firent leur apparition à cette époque. Heureusement, mes parents ne m’avaient pas encore installé dans l’autre chambre, aussi je m’efforçais de gérer ma panique en me rassurant de leur présence à mes côtés.

Il fallait que l’amour que j’éprouvais pour ma maman soit bien grand pour que je sois aussi déterminé à vouloir la protéger de ces désordres mentaux qui finissaient de détruire la part d’innocence de naïveté qui me restait encore de ma prime enfance.

 Malgré ces extrêmes précautions, souvent je constatais la présence du docteur à la maison et à l’heure ou les familles profitaient de la campagne et du soleil, nous étions mon père et moi enfermés dans notre maison au chevet de notre épouse et mère trop souvent malade et alitée.

La vie chez nous était faite de silences. Depuis que nous nous étions installés dans notre nouveau quartier, les réunions de famille n’existaient plus. Nous nous étions progressivement mis à l’écart du monde qui lui s’était mis en marche. La progression du pouvoir d’achat et l’apparition du modernisme qui rendait l’existence plus facile étaient des phénomènes que nous observions de loin. A l’heure où les gens commençaient à partir en vacances, avec leur propre automobile, nous nous passions de longues heures à lire, à écouter la radio (la TSF à l’époque), ou à écouter les autres raconter leurs récits de voyages. En quelque sorte, nous vivions notre vie par procuration.

Je pense que mon père n’avait pas la sensation de nous sacrifier. Il voulait le bien-être de sa femme et de la savoir vivante à ses côtés, même très malade, était le plus grand de ses bonheurs. Moi j’étais triste et de plus en plus solitaire sans savoir réellement pourquoi. Je n’en étais pas encore à l’âge de pouvoir analyser la situation, je subissais donc la fatalité du sort, sans me poser de questions.



Première déchirure

Le déménagement avait changé mon existence, mais ce bouleversement eut pour avantage de me faire sortir de ma bulle. Le chérubin prenait conscience que le bonheur était très aléatoire, que de vivre, c’était aussi de pouvoir être contrarié dans sa quiétude. Je savais désormais que les rapports humains peuvent évoluer, que la situation familiale peut elle aussi subir des changements profonds. J’apprenais patiemment à m’adapter, à devenir en sorte un petit d’homme.

Le comte de fée dans lequel j’avais vécu, restait gravé en moi comme un talisman que je ne chasserai jamais de ma mémoire, mais il fallait tourner la page.

J’appris au fil du temps à faire mieux connaissance, avec Marie-Paule et Christine. Je voyais moins souvent mes cousins, mais ils n’avaient pas disparu de mon entourage, et nos retrouvailles n’en n’étaient que plus joyeuses.

Je sentais qu’il naissait en moi un autre forme de bien-être, établi progressivement sur d’autres bases. Le bonheur était partout. Je l’avais laissé dans ma première demeure, mais je le découvrais niché sous une autre forme dans mon univers tout neuf.

Cette sérénité retrouvé ne dura qu’un temps. La santé de mon aïeule s’était brusquement dégradée. Agée de 93 ans, presque un record de longévité pour l’époque, elle s’éteignait petit à petit comme une bougie usée. Elle mourut en novembre de l’année mille neuf cent soixante. J’aimais profondément mon arrière grand-mère.

Personnage très autoritaire, elle avait été pendant de longues années le noyau familial, et sa disparition apparaissait en moi comme un grand vide.

Extrait du livre de mes mémoires

Depuis que ma grand-mère était à l’hospice, nous allions lui rendre régulièrement visite en voiture, je pense avec mes oncles. J’avais beaucoup de peine de la voir coucher dans son lit, partageant ce que l’on appelait à l’époque la salle commune, avec plusieurs des pensionnaires de l’établissement. A quatre vingt treize ans bientôt, je crois qu’elle avait décidé de nous quitter, aussi se laissait elle lentement mourir. Elle m’avait fait donner un énorme paquet et m’avait fait dire qu’elle m’aimait bien. Je ne sais plus ce que renfermait le colis, en revanche mon cœur s’était mis à saigner pour la première fois de ma vie quand j’avais appris le onze novembre de cette année mille neuf cent soixante, son décès. Elle fut enterrée deux jours plus tard. Je n’avais pas eu le droit d’assister à la sépulture. Alain avait été chargé de me garder. Je me souviens d’avoir aperçu par la fenêtre de la cuisine, la procession qui conduisait ma bisaïeul à sa dernière demeure. Je pleurais discrètement dans mon coin , par pudeur mais aussi à l’abri des regards. J’avais peur qu’Alain se moque de moi, car mon cousin semblait moins affecté par ce décès que je ne l’étais moi même. Il n’avait pas vécu avec grand-mère, ses sentiments ne pouvaient pas être identiques aux miens. Lorsque le soir venu ma mère s’était penchée au dessus de mon lit pour me dire bonsoir, elle m’avait dit que grand-mère était maintenant au ciel et qu’elle ne souffrait plus, qu’il ne fallait pas être triste. Je lui avais répondu que j’essaierai de ne pas être malheureux, je ne voulais pas lui faire de peine, mais mon cœur n’avait pas cessé de saigner depuis la triste nouvelle, et il saignerait encore pendant très longtemps.



Déracinement

Samedi 09 février 2008

11h50 – DéracinementEnfance Adolescence

Année mille neuf cent cinquante neuf, me voilà plongé dans un nouvel environnement pas très loin géographiquement de mon ancienne demeure, mais à mes yeux à des années lumières du décor et des personnages qui avaient fait partie de ma vie jusqu’à ce jour.

Notre nouveau toit se composait d’une cuisine et de deux chambres et à l’arrière d’une cour et d’un grand jardin. Nous occupions le rez-de-chaussée de l’habitation, ma tante par alliance (mon oncle est mort à la guerre 39/45) et son second mari avec leurs deux filles résidaient à l’étage. Le fils aîné qui était mon vrai cousin était interne dans un collège de la ville voisine. Je connaissais Marie-Paule et Christine pour les avoir côtoyées lors des réunions familiales, mais notre intimité était moins grande, qu’avec Dominique et Patrick qui jusqu’à présent partageaient mes jeux d’enfants.

Mes parents comprirent ma détresse. Au troubles d’ordres psychologiques suscités par ce brusque déracinement, ils ne voulaient pas rajouter d’autres dérèglements mentaux liés à l’éloignement de leurs personnes physiques. D’un commun accord, ils décidèrent d’installer mon lit à côté du leur.

Le temps passait, réglant imperceptiblement mes conflits internes, grâce à mon acclimatation lente mais progressive. Petit à petit mon esprit s’apaisa, contribuant ainsi au retour progressif de mon équilibre



Première contrariété

13h46 – Première blessureEnfance Adolescence

Les cinq premières années de mon enfance furent l’époque de l’insouciance et de l’innocence. Dans mon esprit, les aléas de la vie n’existaient pas, et donc je ne connaissais ni peur, ni souffrance, ni tristesse, ni désarroi..Me sentant protégé par la présence de mon père et de ma mère, je n’imaginais même pas qu’une quelconque menace puisse planer sur notre avenir.

Et pourtant les nuages s’amoncelaient, annonciateur d’une tempête et d’une tragédie. Les fréquentes visites du médecin, les séjours à Nantes, parfois la faiblesse extrême de maman, rien ne pouvait me faire douter d’un bonheur sans faille.

Ma sérénité fut une première fois ébranlée par le départ à l’hospice de mon aïeule. Cet évènement fit apparaître en moi une sensation aussi nouvelle que désagréable. La séparation était d’autant plus douloureuse qu’elle correspondait aussi à notre déménagement. Nous quittions cet univers qui avait été le mien depuis ma naissance et je prenais soudain conscience, que rien n’était définitivement acquis. Le plus douloureux, c’était de m’éloigner de cette maison familiale, occupée jusqu’à ce jour dans sa partie gauche par mes parents, et dans sa partie droite par mon oncle et ma tante. L’instant du départ fut aussi l’instant de mes premières larmes de chagrin. Considérant mes cousins comme mes frères, la simple pensée de les quitter me donnait la chair de poule. J’affrontais pour la première fois depuis que j’étais sur terre, l’angoisse de la solitude et j’éprouvais un lamentable sentiment d’abandon



Amour maternel

 

 

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11h19 – Rien ne remplace l’amour d’une mèreEnfance Adolescence

Il ne me reste de toi que des photos précieusement classées dans un album souvenir. Des images de ta beauté et de ton éternelle jeunesse se moquant de la cruauté du sort, qui sont pour moi autant de témoignages de ta vie intime que des bonheurs que nous avons pu partager



Insouciance

18h00 – La pureté de la naissanceEnfance Adolescence

 

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Je suis né un mois d’avril de l’année 1954. Fils unique d’une famille d’ouvriers, j’ai vécu les six premières années de mon histoire, entouré de parents affectueux, et d’une arrière grand mère remplie d’amour. Nos conditions d’existence n’étaient pas misérables, mais néanmoins très modestes. Nous habitions un deux pièces. Je partageais l’unique chambre de la maison avec mon père et ma mère, alors que notre aïeule dormait dans la cuisine.  

Point d’égoïsme en ces temps là, les membres du clan se serraient les poings, pour ensemble être fort, et pour mieux se battre contre les rudesses de la vie.

Matriarcat, oncles, tantes, cousins et cousines, nous étions tous solidaires des bonheurs et des malheurs de chacun.

Le plus grand de mes souvenirs, c’est cette imme nse convivialité qui régnait au milieu des repas familiaux. Nous n’avions ni voiture, ni téléphone, ni télévision, et pas d’argent pour sortir. En revanche nous ne manquions pas de bonne humeur et la qualité humaine de nos rapports, valaient toute les richesses du monde.



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